En écoutant Francis Bebey…

Avez-vous déjà eu durant des jours une mélodie dans la tête ? Vous savez un de ces airs qui vous accompagnent comme le ferait un lecteur de musique portable ?  Ces derniers temps à des moments inattendus, cette phrase « o bia nja o ma kwalisane no, o bia nja o bale no esoka » tirée d’une chanson de Francis Bebey ne me quittait pas. 

Il était bien onze heures hier du soir quand la mélodie est venue discrètement frapper aux portes de mon cœur. Comment aurais-je pu refuser l’hospitalité à une telle visiteuse ? Francis Bebey, musicien, poète, musicologue, génial défricheur de son et passeur de sens ironique et tendre, Francis Bebey venait me voir, précédé par quelques notes de musique. Les morts ne sont pas morts, les artistes encore moins. Ils laissent en partant davantage qu’un héritage ils laissent leur voix, leur émotion, les accents de leur âme.

 

Répondant à l’inclination de mon cœur j’ai écouté « O bia » chanson remplie d’enseignements sur la prudence. O bia, que je traduirais du Duala par « sois, prudent » ou « fais attention ». Dans cette chanson au cours de laquelle Francis Bebey égrenne de nombreux conseils de prudence « fais attention aux personnes avec lesquelles tu marches, aux maisons dans lesquelles tu entres, fais attention à ceux à qui tu parles et confie des secrets. » « Ne prête à personne l’intime de ta pensée la plus précieuse, ne prête à personne ta parole ».

 

En filigrane, l’ombre de son frère assassiné Bebey Eyidi.

 

Comme à mon habitude quand une chanson me rencontre je ne sais pas ne pas la réécouter un nombre incalculable de fois. J’ai été saisie par le beauté de la mélodie, par le guitariste qu’était Francis Bebey et que j’apprends à écouter. Il n’est pas besoin de multiplier des effets prétendument épatants pour éblouir.

 

Il était plus de minuit et je n’arrivais plus à quitter mister Francis. Ecoutant ensuite « Idiba », j’ai passé un moment merveilleux. La chanson semblait receler des tiroirs que je n’avais pas ouverts avant et ouvrir pour ma pensée d’intéressantes fenêtres. La musique est dialogue.

« Le jour s’est levé et le soleil est là, ne cache plus ton visage, ne le fronce pas, mais regarde autour de toi. Quand tu marches dans la rue, fais le comme un homme et non comme si tu étais sans substance. Viens et allons voir la lumière, n’oublie jamais que tu as reçu bénédiction sur bénédiction. Qui d’autre a jamais été béni comme toi ? »

 

Ouverture de fenêtres intérieures comme si Francis me parlait, parlait de moi. Comme s’il me rappelait à mes essentiels, à mon essentiel.

 

Ouvertures de fenêtres plus grandes comme s’il parlait aussi à l’Afrique telle que je la vis, la vois, la rêve en lui disant  « Viens allons vers la lumière de peur de manquer la bénédiction ».

 

Francis Bebey, la classe, la musicalité, la finesse. Il a toujours été là dans la toile de fond de ma vie musicale. Il était dans la discothèque de mes parents. Je l’ai écouté enfant je l’entends adulte et suis heureuse qu’il ait existé, heureuse qu’il ait chanté dans une langue que je comprends. Je l’aime.

 

Hier je m’apprêtais à me coucher quand sa musique et moi sommes entrés en conversation. Il est difficile d’exprimer au cœur de mes soudaines indigences sémantiques, le bonheur, l’émotion, les découvertes et les pistes de réflexions suscitées par les notes de musique, la voix, et les paroles de cet homme parti trop vite.

 

En me souvenant en cet instant de ce moment, je me rends compte du privilège que j’ai d’être africaine, d’être Camerounaise, d’avoir accès à ceci. Je mesure aussi que parce que la mondialisation est par trop arrogante les occidentaux se privent de bien des trésors culturels.

 

Si seulement le monde était davantage ouvert pour une mondialisation intelligente ! Oh non pas celle qui permet aux riches de s’enrichir d’avantage en pillant les autres et en privatisant pour leurs intérêts les sols d’Afrique ou d’ailleurs. Pas celle qui ne sert qu’à imposer un modèle culturel dominant et annihiler les variétés culturelles qui sont le sel de l’être ensemble. Pas celle qui imposerait le hamburger aux beignets et haricots mais celle sui laisserait cohabiter les deux. Une mondialisation qui serait circulation des biens culturels en recevant dans le respect de ce que l’autre apporterait.

 

Francis Bebey a beaucoup apporté. Il a vécu, travaillé et élevé ses enfants en France. La France a-t-elle écouté ou entendu ce qu’il avait à dire ? Il était bien plus qu’un saltimbanque exotique, c’était un homme brillant, cultivé, curieux des sons et cultures du monde qui a su inviter le monde dans ses mélodies. Il nous laisse heureusement un héritage que nous pouvons découvrir.

 

Francis Bebey savait l’importance de transmettre aux enfants leur langue maternelle. Une anecdote savoureuse que m’a racontée hier une amie précieuse  qui par ailleurs est chanteuse m’a confortée dans le fait qu’il est décidément passé un homme immense.

 

Parce que l’humain est plus grand que son passage sur terre et les limites de sa peau, il parle encore. Permettons lui par sa musique de parler aux générations d’après.

 

Pour le découvrir un peu plus : http://www.bebey.com/francis_bebey/francis_bebey_accueil.htm

http://etudesafricaines.revues.org/index1511.html

 

Image de prévisualisation YouTube

Valery Lobé nous a quittés. Hommage et impressions subjectives d’une admiratrice

Valery Lobé nous a quittés. Hommage et impressions subjectives d'une admiratrice dans Hommage 12145_181781630869_181551055869_3447738_5894716_n

Vendredi 6 novembre, Alaji Touré et le Kata Kata Band sont en concert en Allemagne. Sur scène un quatuor avec à la batterie Valéry Lobé percussionniste éblouissant d’origine camerounaise. Dans la salle l’on peut s’attendre à un moment de musique comme savent les offrir les virtuoses qui sont sur scène. Malheureusement, tapie dans l’ombre, il y a celle qui n’autorise pas de rendez-vous différés et qui cueille en plein vol même un aigle majestueux comme Valo. Il était forcément aigle pour être allé chercher les sons et le jeu qui le caractérisait. Cela venait forcément d’ailleurs, de plus haut que nous, des hauteurs que l’on rencontre quand on est nanti de ce que l’on appelle un don.


Valéry Lobé était un batteur dont la maîtrise de l’instrument et la créativité n’étaient plus à démontrer. Au fil des décennies il a accompagné bien des chanteurs et musiciens par delà les frontières de la musique camerounaise. Depuis une trentaine d’années le musicien « aura visité […] tous les rythmes du monde prouvant de manière aussi limpide qu’il usait de la caisse claire que la musique est le langage universel des hommes et que son alphabet est unique. […]. Il savait que le rythme est une base extraordinaire, que la batterie et la basse, imprègnent de leurs pulsations métriques, les musiques du monde ». Suzanne Kala Lobé

D’Ekambi brillant à Papa Wemba, de Douleur à Alaji Touré, le percussionniste a apporté son groove, son style, sa subtilité et sa dextérité à bien des œuvres musicales. L’homme était étonnant par son impressionnante stature, la finesse de son jeu et la maîtrise de ses baguettes. Entre ses mains ces dernières se faisaient aériennes, fines, légères ou fougueuses. Elles n’étaient que l’expression de la subtilité du musicien. Valéry Lobé était de ces musiciens l’écoute desquels les instruments se révèlent à nous autrement, livrant des sons inattendus, insoupçonnables, et insoupçonnés.

Les Camerounais et autres africains sont nombreux à avoir découvert Valéry Lobé alors qu’il jouait dans l’EBS (Ekambi Brillant Show) dans les années 1970. Ceux qui l’ont vu sur scène alors rendent témoignage d’un musicien qui jouait de son instrument avec maîtrise et assurance. Il semblait défier le monde. Léo Nséké rend témoignage d’un duel à distance avec Denis Hekimian qui ouvrit à celui que l’on surnommait Valo une plus grande notoriété.

Comme Toto Guillaume, Alaji Touré, Vicky Edimo et bien d’autres Valery Lobe a participé à ce que l’on appelle encore avec nostalgie l’âge d’or du Makossa. C’était le temps où ces orfèvres de la musique réinventaient des sons et semblaient sans cesse en quête d’un rythme ou d’un mouvement qui enrichirait cette musique sans la dépouiller de son essence. Ces musiciens magnifiques ont pris la suite de leurs illustres prédécesseurs élargissant le socle qu’ils ont posé sans le trahir. J’aime à penser que Emmanuel Nelle Eyoum et les autres fondateurs du Makossa ne se sentaient pas trahis alors que ces musiciens de grande valeur élargissaient le lit du Makossa.

Ce sont les musiciens par lesquels j’ai rencontré cette musique dans mes jeunes années. Le fait d’avoir connu leur maîtrise, leur inventivité, leur doigté et leur subtilité rend les auditeurs de ma génération, les mélomanes nés dans leur musique, exigeants et reconnaissants.

Comment pourrions-nous souffrir la « junk music » quand l’on a rencontré et vu ou entendu jouer – pour faire une analogie avec le football – la première division de la musique ?

Valery Lobé est de ceux qui me rendent inaudibles certaines hérésies sonores à vocation commerciale. Merci à lui, merci à eux d’avoir été de loin des précepteurs qui ont éduqué mon oreille et ont donné de l’exigence à mes explorations musicales.
Est-ce parce qu’il avait le jeu subtil, est-ce parce qu’il avait un jeu qui parfois semblait aller vers l’épure qu’il m’a touchée ? Comment mettre des mots sur ce qui se passe au-delà de l’explicable ? La musique quand elle est belle et bonne se ressent, se reçoit, s’ingère et finit par faire corps avec soi. La musique est une rencontre aussi inexplicable que la chimie d’un coup de foudre. C’est juste une évidence que l’on accepte.
Merci à Valéry Lobé d’avoir fait de moi par l’imaginaire une musicienne, une percussionniste, un rythme, une note de musique.

Je me souviens comme si c’était hier de la musique et des arrangements de dans l’album Beneground de Douleur. Cela a été un coup de poing musical, un coup de foudre, un coup de cœur absolu. Nous étions à la fin des années 80 et cette musique m’a enveloppée et a été une béquille magnifique pour une de ces transitions par lesquelles la vie nous oblige à passer.

Si les musiciens savaient ce qu’ils nous apportent par delà les exultations sur une piste de danse ou une autre ! La musique quand elle est une rencontre est un refuge qui aide à vivre.
Valery Lobé m’a aidée à continuer d’avancer dans un de ces moments de vie où l’on peut se perdre. Comment dire merci à ceux qui comme lui participent à nous rendre la vie plus belle, plus légère, plus supportable ne serait-ce que le temps d’un instant ?

Le travail de Valery Lobe sur l’album de Douleur est magistral et vingt ans après les subtilités sonores de cet album me demeurent un éblouissement permanent. Depuis ce moment là le nom du musicien s’associe à mon esprit avec les mots excellence et finesse. L’homme me laisse l’impression d’un artiste qui n’avait de cesse de réinventer sa musique, de se réinventer et de tendre vers l’excellence.

Valery Lobe était non seulement un percussionniste de grande classe, mais aussi un arrangeur et un compositeur de grand talent.
Même si on le connaît moins comme compositeur il a composé le magnifique « We nde mba ne nde oa » de Douleur et Biala de la chanteuse angolaise Florence Chitacumbi. Si je ne me trompe pas, il est aussi compositeur et arrangeur sur l’album de Dora Decca.

Nous sommes le vendredi 6 novembre 2009 sur une scène à Constance, à 200 km de Berlin, trois jours avant les célébrations commémorant la chute du mur de Berlin, Valéry Lobé musicien magnifique et homme rare s’effondre sur son instrument, victime dit-on d’un accident vasculaire cérébral. Funeste accident qui vole à une femme et à trois enfants un père et un époux. Mort obscène qui ôte la vie à un homme au midi de son existence, un homme qui avait encore tant à offrir et qui fourmillait de projets.

Le public dans la salle a-t-il conscience que c’est un pan de la musique qui vient de s’effondrer ? Savent-ils, ceux qui ont assisté à cette scène tragique que nous perdons en lui un homme que ses pairs admiraient et respectaient.

Comment sauraient-ils que l’instant tragique prive une femme et trois enfants d’un époux et d’un père ? Comment le public saurait-il que l’homme à la carrure massive qui s’effondre était bien plus grand, bien plus impressionnant que son enveloppe corporelle ? Comment sauraient-ils que sa vivacité, sa profondeur, son humour et sa confraternité manqueront dans un milieu qui exalte l’ego ?
Comment ne pas penser avec émotion à Alaji Touré et les autres membres du Kata Kata Band qui doivent être absolument traumatisés par cette mort sur scène et la revivre en boucle sur l’écran noir de leur mémoire ? Un homme vient de s’effondrer et provoque un séisme musical émotionnel et humain.

Le lendemain quand la nouvelle m’arrive je suis pétrifiée et je repense à la série funeste des quinquagénaires de la musique Camerounais qui nous ont quittés depuis deux ans. Je repense à Ndoumbe Djengue son ami et frère dont la mort nous demeure indigeste.

Que dire des Hoïgen, Charlotte, Tom et des autres qui nous rappellent la fragilité de l’existence et nous rappellent aussi que nous devrions inventer des espaces pour rendre hommage à nos artistes de leur vivant, entrer en dialogue avec eux non dans le but de flatter leur ego mais pour leur dire que leur art nous aide à vivre.

Les témoignages glanés ça et là de ceux qui l’ont connu et approché, célèbres ou anonymes ébauchent le portrait d’un homme de bien, humble, accessible et chaleureux. Il laisse la trace d’un homme facile à aimer par delà une admiration légitimée par son talent.
Mes pensées sont tournées vers son épouse et ses enfants, vers tous ceux pour lesquels le 6 novembre 2009 aura résolument changé la vie. Puisse cette page, nos hommages et nos prières participer à alléger leur peine. Merci à eux d’avoir consenti à partager leur époux et père avec son public. De tout cœur nous leur adressons nos condoléances attristées et leur affirmons l’émotion que ce départ suscite en nous. Puissions nous leur dire combien le passage trop court de Valo aura illuminé des vies.

Comment trouver les mots pour rendre hommage à cet homme qui m’apparaît magnifique au fil des témoignages ? Comment résumer en quelques mots l’apport de Valery Lobé à la musique ? Je reconnais mes incapacités mais je ne pouvais le laisser s’en aller dans le silence. Sa mémoire mérite des mots, des hommages, nos mots à tous. Puisse cette page participer à célébrer sa vie et son oeuvre.

Il me revient un cri qui m’a été cathartique dans l’album de Douleur cité plus haut « A dikom lasu di meya oa di meya oa we nde we. A dikom lasu di meya oa natena o bwindea » (Ô notre ami nous te pleurons où es-tu ? notre ami nous te pleurerons jusque dans l’éternité) . Ce cri est probablement celui de nombreux confrères et amis d’un homme à l’âme élégante qui nous quitte trop tôt.
Que son âme repose en paix.

Valéry Lobe, merci !

INOUBLIABLE SOIREE A L’OLYMPIA AVEC SMV (Stanley Clarke, Marcus Miller et Victor Wooten)

concertsmvetc0051.jpgIl est à peu près vingt-trois heures et debout en communion avec une salle extatique nous n’avons pas assez de mains pour offrir à ceux à qui nous devons ce moment merveilleux des acclamations à la hauteur de l’offrande de leur talent, de leurs grâces, de leur génie. On se voudrait Shiva pour que la multiplicité de nos membres puisse leur faire en offrande un de ces bruits qui marquerait leurs cœurs et leurs mémoires. Comme une envie de multiplications des mains en réponse à ces mains qui nous ont offert des performances telles que l’on demeurait interdit à l’idée que chacun des bassistes n’avait que deux mains et cinq doigts à chacune. J’ai vérifié rassurez-vous. 

Sur la scène leurs visages souriants, les gestes de gratitude vis-à-vis d’un public qui aura été en phase avec eux dès leur entrée sur scène, voire avant, sont des cerises sur les gâteaux de nos enchantements. Nous avons été en communion avec eux, et eux avec nous, nous étions « comme un ». A côté de ceux que nous sommes venus voir un batteur et un pianiste  qui nous ont émerveillés par leur talent, existant dans le sillage de ces maîtres, de ces rois de la Bass. Stanley Clarke, Marcus Miller et Victor Wooten, bassistes incroyables dont le trio a le temps d’une soirée, redessiné mon rapport à la Bass, à la musique, et aux concerts. Il y aura résolument un avant et un après 3 juillet 2009. 

Ces trois bassistes sont individuellement des virtuoses de leur instrument chacun réinventant sons et rythmes pour le bonheur de leurs aficionados. Chacun d’eux, quand il prend en main une guitare Bass, semble la révéler, nous révéler qu’il y a en cet instrument que nous croyions connaître d’infinies ressources que seul un maître, un véritable alchimiste du son parfait peut aller chercher. Chacun me déplacerait sans hésiter pour le voir et l’entendre en concert persuadée que je suis qu’il m’offrirait des moments incroyables. Imaginez les trois, sur la même scène, au même moment existant et coexistant sans être prédateurs les uns des autres chacun semblant heureux de voir briller l’autre, de se laisser éblouir par le génie de l’autre qui éclate le temps de solo démentiel. Faut-il qu’ils soient chacun suffisamment assuré de son talent pour laisser le « je » se fondre dans un « nous » qui au final semble rendre chacun plus grand ? SMV est un tout, est un groupe, c’est la fusion et la synergie de trois talents pour le bonheur de leur public et visiblement pour le leur aussi. J’en redemande !

Ah ce  trois juillet 2009 ne me quittera pas de si tôt.

Il est à peu près vingt heures quand j’arrive à l’Olympia. Un bon quart d’heure après le moment prévu. Je n’aime pas faire attendre une personne avec qui j’ai rendez-vous. Comme souvent quand je me dirige vers la matérialisation des mes anticipations musicales extatiques, il y a une légère contrariété, un petit rien qui vient gripper la parfaite machine. Une fois de plus, une fois encore, c’est un léger couac dans la machine RATP qui met du stress dans mon parcours vers l’Olympia. Qu’à cela ne tienne l’état d’urgence augmente la réceptivité je me prépare mentalement pour être dans le concert avant d’être dans la salle. La contrariété ne me volera pas un moment que j’attends, et dont je rêve. C’est mon rendez-vous.

En entrant dans la salle, la première partie est commencée. Il s’agit d’un duo claviers percussion de grande qualité pose une ambiance résolument jazzy et affirme à qui entre que la qualité sera le minimum requis pour la soirée. Les musiciens que nous attendons peuvent oser la qualité absolue en première partie. Ils n’ont rien à craindre. Ils vont nous montrer après l’entracte que si la Bass a des rois ils s’appellent Stanley, Marcus et Victor ! J’ai eu le plaisir de voir le percussionniste Edmundo Correiro sur scène il y a quelques temps avec Patrick Bebey et une fois encore il est magnifique et jovial. La maîtrise qu’il a de sa partie et l’enthousiasme qu’il manifeste en jouant sont un bonheur qui se communique sans effort. Je regrette de n’avoir pas saisi le nom de celui avec qui il a formé le temps d’un beau prélude à la magie attendue, un duo  des plus harmonieux.

Après vingt minutes d’entracte c’est l’heure. Notre heure. Ils arrivent enfin et ils sont magnifiques comme sait l’être le talent. Dès les premiers accords, je sais, nous savons que nous sommes dans un lieu de rencontre privilégiée.  Les sons qui nous arrivent de la scène nous affirment d’emblée que le rendez-vous ne sera pas manqué. Nous pouvons nous poser sur les notes et nous laisser porter la musique.

Je suis à la fois émue et enthousiaste. Emue  parce que se rencontrent dans ce moment sublime des rêves que je n’ai pas envisagé de faire quand dans les années 80, encore au Cameroun, j’ai découvert la Bass de Stanley d’abord, puis celle de Marcus. Et bizarrement les années 2000 qui m’ont conduite vers la grâce de Victor ne m’ont pas poussée à m’imaginer dans une salle de concert avec lui sur scène.

 

Et ils sont là tous les trois, la basse impériale, ils sont à nous, ils sont à moi et nous sommes à eux le temps d’une parenthèse enchantée, le temps d’un concert.

 

Enthousiaste parce que je sais que les rêves que je n’ai pas osé faire et la réalité viennent de se rencontrer pour un moment mémorable. Si j’ai aimé la Bass, en dehors des premiers pas au son et à la magie unique de la Bass Camerounaise, c’est par Stanley Clarke, Marcus Miller, et Louis Johnson notamment que cet instrument s’est imposé à moi comme un langage auquel répondent mes intériorités et mes sens. C’était avant que mes amours musicales s’élargissent vers le saxophone, le piano, puis la guitare.

 

Ils sont là rois parmi les rois de la Basse et je suis dans la salle. C’est un rêve éveillé.

 

Stanley, Marcus & Victor nous invitent pour partager une étape de leur « Thunder Tour ». Sur scène ils sont accompagnés de Derico Watson à la batterie et de Federico Gonzalez Pena aux claviers. Le concert montrera que le titre donné à leur tournée n’est pas usurpé. De mon point de vue on est au-delà du tonnerre. Ces hommes invitent dans leurs instruments tous les phénomènes naturels existant de la foudre au tonnerre en passant par la légèreté de la brise. L’on passe d’une émotion, d’une sensation à l’autre sans rupture et pas un moment dans le concert n’est de trop. Tout est à sa place, les musiques s’enchaînent dans une éblouissante cohérence sonore, les solos de l’un ou de l’autre ne rompent pas la magie du trio. Ils sont avec nous et ils sont ensemble. Ca se voit.

Mon compte–rendu de la soirée est fait d’impressions subjectives forcément, de ces moments dont je peux parler, de ceux qui m’ont éblouie, enchantée, émue, et enthousiasmée.

victorwooten.jpgJe me souviens du premier solo, c’est celui de Victor Wooten qui arrive très vite dans le programme du concert et qui nous aura laissés à bout de souffle. Ce solo est introduit par Stanley Clarke.  Victor Wooten commence tout en douceur avec la bonhomie trompeuse qui lui est caractéristique et, de ruptures en accélérations il nous embarque dans la folie de son jeu. Ses mains semblent posséder une vie en propre. Sa musique m’inviterait à fermer les yeux tant elle est envoutante et en même temps je n’en reviens pas qu’il soit seul à jouer. Je garde les yeux ouverts pour m’assurer que mes oreilles ne me trompent pas. Il est seul avec sa Bass dompteur intelligent qui alterne douceur et force. C’est incroyable ! Je n’ai pas les mots d’un spécialiste pour dire ce qu’il faisait mais mon cœur, mes sens, et mon âme sont au diapason passant d’un éblouissement à l’autre. Le solo de Wooten appellera dans la salle de nombreux applaudissements lors de ces moments durant lesquels, à bout de souffle nous pensions le solo terminé. Mais le virtuose repartait de plus belle, faisant monter d’un cran l’expression de sa maestria. A la fin du solo sans nous concerter, nous étions debout, comme évidence. Comme s’il eut été impossible de lui dire merci en restant assis. Quelle soirée !

 

marcusmiller.jpgQuand vient le solo de Marcus Miller il est présenté par Victor Wooten qui l’appelle the « crazy bass player » (le bassiste fou) si mes souvenirs sont exacts. L’homme commence à jouer et tout de suite, nous reconnaissons les accords de « Shake your Body down to the ground» la salle répond, se joignant à un hommage à l’absent qui n’a pas besoin de mots.  Marcus, seul avec sa Bass, sans esbroufe, nous en impose. J’ai l’impression de redécouvrir un morceau que je connais depuis 1979 !  Pendant que Marcus Miller nous enflamme dans ce premier hommage à Michael Jackson ses comparses se préparent à accompagner la suite de son solo.  Stanley Clarke  jouera d’un instrument que je crois être contrebasse et que Marcus Miller appellera plus tard Bass acoustique. Victor Wooten reprend sa Bass et Marcus Miller reprend un saxophone (il en a joué un peu lors du morceau initial).  Miller égrène quelques notes et nous reconnaissons « Human nature ». Frissons. L’hommage à Michael Jackson rencontre la virtuosité des trois musiciens. C’est magnifique. Le son, les lumières, l’ambiance, la dégaine des musiciens, j’ai l’impression de faire un voyage dans le temps. Le trio SMV semble soudain être le lit d’un fleuve vivant dont les affluents racontent l’histoire du jazz. C’est beau. C’est émouvant. Marcus Miller est non seulement un bassiste inénarrable, mais c’est un musicien total. J’ai du mal à croire qu’il a appris cet instrument en autodidacte. Je suis conquise. Après avoir reposé le saxophone, Marcus reprend sa Bass pour un moment comme lui seul en offre. Il termine son solo tout au bord de la scène comme pour se donner encore plus. Nous répondons à la performance du soliste. Nous sommes debout enthousiastes, et émerveillés. Il faut dire que le musicien nous conquiert par le fait qu’il nous parle en français tout au long du concert et c’est lui qui interagit le plus avec nous, forcément nous ne sommes pas séparés par la barrière de la langue.

 

stanleyclarke.jpgQuand vient le solo de monsieur Stanley Clarke, il est présenté par Marcus Miller. L’homme est assis, comme un contrebassiste. Ce qu’il nous prépare est un déchainement de sons que bien des bassistes aguerris ne sauraient produire debout. Son bras droit est pris d’une surprenante frénésie osant des gestes d’une amplitude ahurissante. Nous sommes interdits devant les prodiges qu’il fait avec son instrument. Il nous invite dans une ballade appelée « Milano » porte d’entrée de l’expression de son génie. A quel moment quitte t-il Milan pour engager un voyage extra terrestre ? Nous sommes au-delà du réel. Quand vers la fin de sa prestation en solo, le musicien est debout et semble défier son instrument pour qu’il réponde de manière parfaite à ses sollicitations, l’aphonie me guette. Il est des bienséances qui en réponse à de tels éblouissements seraient malséantes. Je découvre Stanley Clarke sur scène et il me prend l’envie de revisiter son répertoire, de rencontrer d’autres moments durant lesquels il explore les sons et les rythmes révélant les subtilités d’un instrument que je découvre. Quelle soirée !  Comme pour ses deux comparses il nous entraine dans des montagnes russes émotionnelles et à chaque atterrissage nous sommes encore chamboulés que ça repart. Après un tel voyage on ne saurait revenir pareil !

Marcus Miller et Victor Wooten qui à l’écart regardent le maître, se laissent aller à des applaudissements en réponse à la démonstration maîtrisée qui nous est faite.

 millerclarkewootenenaction.jpg

 

Je me souviens aussi de moment durant lesquels l’un des musiciens semble défier l’autre avec pour résultat un crescendo d’expression de leur génie. Lors d’un duel entre Marcus et Victor leurs instruments semblent prononcer des mots. Ils se regardent, se répondent, se défient, s’épatent, se sourient. C’est magique.

 

Il me revient aussi ce moment durant lequel, de debout qu’ils étaient, ils ont fini presque accroupis dans une sorte de chorégraphie tandis que leurs Bass s’embrasaient et nous enfiévraient. Mais quelle soirée !

 

 J’ai aussi aimé cette soirée pour la fraternité et le respect qui semblent unir les trois hommes. Le final est évidemment une apothéose. Les musiciens s’en vont sous nos ovations. J’ai mal aux mains à force d’applaudir, mal à la voix à force de crier. Que n’ai-je d’autres mains pour applaudir plus fort ?  Les applaudissements, cris et sifflements enthousiastes ne décroissent pas, comme dans un désir de les faire revenir encore un peu, sinon pour que notre réponse à leur don les accompagne longtemps.

Au bout de quelques minutes, les maîtres reviennent pour un morceau nous disent-ils. Le bonheur avec ce trio c’est qu’un morceau chez eux c’est un moment extensible. Marcus prend sa basse et c’est lui qui introduit le final. Nous reconnaissons « Beat it » de Michael Jackson. Les cris dans la salle prennent des accents hystériques. Les rois de la Bass laissent passer le roi de la pop. La classe ! Ils nous rappellent par leur hommage l’impact de ce dernier sur la musique contemporaine. Ce nouveau final est « post apothéotique ». Nous sommes dans une dimension inexplorée entre folie et extase, dans un endroit indescriptible, dans un endroit qui semble nous dire que la musique est en soi un langage. Ben Harper définit la musique comme « le dernier vrai langage de l’âme ». A l’écoute de musiciens de cette classe, on est porté à le croire. Ils sont de ceux que l’on ne se lasserait pas d’entendre parler.

 

J’ai eu le privilège de voir Stanley Clarke, Marcus Miller, Victor Wooten à l’Olympia. Les superlatifs se bousculent dans mon esprit pour essayer de traduire ce moment. Ils révèlent leur pauvreté sémantique tant le moment aura été inénarrable. Il y aura définitivement un avant et un après 3 juillet 2009 dans mon histoire avec la Bass, avec les concerts, avec la musique. Je ne peux dire à ces messieurs que « RESPECTS » & « MERCI ».

© Malaïka

 

Hommage à Charlotte Mbango : on l’appelait la diva de la musique camerounaise

charlottembango4.jpgHier matin, le mardi 2 juin à 9h45 s’éteignait en région parisienne une figure importante de la musique camerounaise et africaine. Après Tom Yom’s, Hoigen Ekwalla et Ndoumbe Djengue bassiste et chanteur, voici que Charlotte Mbango vient rejoindre le cortège trop nombreux à notre goût de ceux qui après nous avoir fait danser mettent un noeud dans notre gorge. Elle avait 49 ans et la vie devant elle. Et la nouvelle nous tombe dessus sans préparation : Charlotte Mbango est morte !


La nouvelle de sa mort laisse stupéfaites de nombreuses personnes. Elle porte en elle comme une impression d’obscénité, celle qui nous envahit quand la mort happe une personne de manière prématurée. Une impression d’inachevé vient se marier à notre mémoire d’elle. Impression renforcée par la nouvelle qu’elle préparait un nouvel album quand la maladie…

Le public, son public n’a rien vu venir. Charlotte Mbango morte ?!?
Comment cela serait-il possible alors que nous n’avons même pas par rumeur associé son nom à quelque maladie ?

 

La stupeur qui gagne la ville de Douala à cette triste nouvelle a des échos dans la diaspora Camerounaise dont la mémoire se trémousse sur « Konkai Makossa »

 

Des chansons comme « dikom lam la moto », « duala serenade », « malea » et bien d’autres remontent dans nos mémoires et amplifient la stupéfaction.

Charlotte Mbango
donnait l’image d’une femme énergique et enthousiaste, l’image même de la vie. La nouvelle de sa mort est d’autant plus obscène qu’elle est antithétique avec le sourire, la joie de vivre et le punch que dégageaient la chanteuse.

 

Charlotte Mbango a commencé sa carrière musicale très tôt d’abord en amateur dans le cadre de l’église. Elle disait avoir commencé à chanter dans les églises à 9 ans. Les églises, de nombreux chanteurs sur plusieurs continents en sont la preuve, peuvent être des lieux favorables d’acquisition de technique vocale. La soprano continuera ses classes dans des groupes gospel et en chantant dans les concerts scolaires. Elle fondera une chorale scolaire baptisée « Gospel and Negro Spirituals band »

 

En 1979 elle rejoint la France pour poursuivre ses études. Ses études seront couronnées de succès et Charlotte Mbango obtiendra une maîtrise de Marketing. Mais la musique est son univers, son espace d’expression, alors Charlotte chante.
Son cousin Joe Mboule sera une aide précieuse pour lui mettre le pied à l’étrier : “ Charlotte a commencé avec moi. Elle a ensuite volé de ses propres ailes, de succès en succès. Elle est devenue une voix incontournable de la chanson africaine. Elle a chanté avec les plus grands ”

 

Rapidement, avec des chanteuses comme Sissy Dipoko elle fera partie d’une sorte de « dream team » des chanteuses de makossa. Elle accompagnera de nombreux chanteurs parmi lesquels Manu Dibango, Angélique Kidjo, Toto Guillaume, Ben Decca, Dina Bell, Paul Simon et bien d’autres artistes séduits par son timbre unique et sa technique vocale.

 

En 1987, sous l’impulsion d’Aladji Touré, bassiste et producteur, paraît son premier album fait de reprises qui connaît un franc succès avec notamment « Dikom lam la moto ». Ce premier album la pose et l’impose comme une voix qui comptera dans la musique camerounaise en général et dans le makossa en particulier.

 

En 1991 paraît son inoubliable « konkai makossa » écrit par Guy Lobe. C’est la consécration et un disque d’or remis par Paco Rabanne lui-même vient affirmer le fait que le public ne s’est pas contenté de l’écouter à la radio, il a voulu se procurer en nombre son opus. Charlotte Mbango est désormais dans ce que certains qualifieront d’équipe nationale du makossa.

En 1996 elle sort l’album « Massoma » pour remercier ceux qui se sont tenus à ses côtés dans une période de grandes difficultés dans sa sphère intime et privée.

En 1998 elle revient à ses premières amours avec un album gospel qui raconte ses amours pérennes par des chants qui disent sa foi, sa piété. « De la musique » disait-elle  » pour nourrir nos âmes, le chant par excellence… »

Ses proches disent qu’il y a deux mois encore, elle travaillait à un album de musiques. Elle n’aura pas eu le temps d’aller au bout de son projet. La maladie, puis la mort auront arrêté son vol. Elle ne chantera pas de nouvelles chansons. Elle ne chantera plus que dans nos mémoires et sur les CD et vidéos du passé. Funeste mardi de juin ! Elle n’avait que 49 ans.

 

Charlotte Mbango a succombé à un cancer du foie. Pour nous cette maladie été bien cruelle puisqu’elle lui aura pris la vie.

 

Une chose est sûre la voix de celle qu’on appelait « la diva du Makossa » s’est tue le le mardi 2 janvier 2009 à 09h45mn au CHU du Kremlin Bicêtre.
Il nous reste sa musique, ses vidéo clips qui nous rappeleront son sourire et sa joie de vivre.

Mais dans les coulisses Charlotte Mbango laisse une fille de 21 ans Chris Audrey Mpacko et un petit-fils.
Nous nous associons à l’émotion et à la douleur de ses proches, à celle de sa fille unique et à celle de tous ceux qui, dans l’intimité, perdent une maman, une soeur, une épouse, une fille, une amie, et une grand-mère.

Nos empathies s’élargissent vers ceux pour qui la journée du 2 juin aura à jamais modifié les contours de la vie. Quarante neuf ans et puis s’en va. Dur !

Cette mort brutale d’une autre voix du makossa ramène en mémoire celles de Tom

Yoms et Hoïgen Ekwalla. Encore une soustraction essentielle du paysage musical

camerounais. Décidément…charlottembango6.jpg

R.I.P Charlotte MBANGO.
http://www.dailymotion.com/video/x3fc7x

Une musique dans la nuit belles prémices de l’album à venir de Fred Doumbe

l_f17ce733fde44c73a4a5fb5a741f6183.jpg picture by maddyspace

J’aime le cœur de la nuit pour mille et une raisons. Certaines d’entre elles sont dicibles d’autres plus personnelles. Mais quand la nuit fait descendre sur la scène de nos vies un rideau opaque obligeant nos yeux à faire des efforts pour discerner les choses et libérant parfois des insécurités dans les grandes villes elle apporte aussi des quiétudes et des silences qui permettent des détentes qu’offre rarement le jour. Le silence complice éveille une conscience de soi et des choses que ne permettent pas nos frénétiques journées. J’aime la nuit aussi parce que je la trouve créative pour moi. C’est la nuit que les mots viennent à moi sans entrave et m’offrent des voyages qui souvent me surprennent. J’aime écouter de la musique au cœur de la nuit parce qu’alors je peux l’entendre. Est-il possible que je sois chouette ? Pas la peine de monter sur vos grands chevaux en m’accusant de défaillance de modestie. La chouette dont il est question c’est la femelle du hibou. Ca y est on a retrouvé son calme ? Revenons à quelques uns de mes bonheurs nés au cœur de la nuit. Figurez vous que la nuit dernière j’ai reçu un bien joli cadeau. J’ai eu le privilège d’écouter en avant première un des morceaux du prochain album de Fred Doumbe, chanteur, compositeur et bassiste d’origine camerounaise. Comment ? Par quel circuit ? Ferais-je partie de ces pirates qui pillent les œuvres des artistes avant leur sortie et la diffusent en douce ? Que nenni mes amis. Si vous rêvez d’en entendre une note par mon entremise, autant essayer de puiser de l’eau avec une passoire ou avec une fourchette. Ca ira plus vite (hi hi).

Revenons à la chanson. Il n’est pas aisé de mettre des mots sur des émotions de l’instant et de fait j’ai conscience des limites de l’exercice. J’assume totalement la subjectivité de mes impressions sur la musique d’autant que mon rapport à la musique passe forcément par des sentiers intimes et personnels. J’aime quand une musique vient à moi, me prend par les sens, par l’émotion et me propose un dialogue, un voyage, et propose des danses à mon âme. Parce que la chanson que j’ai écoutée au cœur de la nuit a ouvert des portes de l’intime elle a retenu mon attention. Je la trouve magnifique pour bien des raisons. La musique a des arrangements d’une subtilité comme je les aime. C’est sans difficulté qu’elle a passé le test des paupières. Le test des paupières kezako ? Laissez-moi vous expliquer. Vous arrive-t-il quelquefois d’écouter de la musique et d’éprouver le besoin de vous soustraire à votre environnement pour être en osmose, en communion avec une musique ? Connaissez-vous cet appel de la musique qui vous invite à fermer les yeux et à entrer dans un de ces lieux dans lesquels la musique et l’auditeur cheminent ensemble tout en entretenant un dialogue ? Avez-vous déjà eu l’impression que la musique vient à votre rencontre et semble ouvrir en vous fenêtre après fenêtre simplement parce qu’elle a trouvé votre «  sésame ouvre-toi  » ? Combien j’aime ces moments, ces balbutiements de la relation à une musique, à une chanson que l’on découvre. Combien j’aime les anticipations que nous offrent les premières notes de musique ! Un peu anthropomorphique ce rapport à la musique ? Probablement. Mais de vous à moi, ne jugeons nous pas des choses au travers du prisme de nos socles de références conscients ou non ?

J’ai aimé la chanson de Fred Doumbe d’abord pour des raisons d’abord strictement musicales. En effet, la musique, les harmonies, les arrangements sont d’une belle subtilité. Aucun son en effet ne m’apparaît rédhibitoire par le fait de céder à la facile tentation du «  attend que je t’épate.  » Les sons s’emboîtent comme une évidence pour livrer une douce mélodie sans pour autant céder aux irritantes facilités qui vous obligent à rouvrir les yeux parce qu’un non sens est venu altérer la beauté de l’instant. Et puis le sens qui forcément rencontre mes chemins intérieurs puisque le chant parle d’une relation avec Celui qui est mon essentiel. Il raconte le voyage en prière de celui qui, devant la conscience de l’état du monde et celle de sa finitude en appelle à la transcendance pour trouver du secours pour lui et pour ses congénères. C’est un chant entre abandon et supplique. «  Sunga nin wase  » (Sauve cette terre) est une prière, une supplication, une complainte à laquelle les cuivres viennent apporter une profondeur et cette douce mélancolie propre à la valse que dansent l’espoir et  nos désespérances. En cela le chant est dans la filiation du blues et du gospel. Drôle sensation que celle d’avoir l’impression d’entendre clairement le langage d’un instrument qui semble entrer en prière, parler, et dire nos complaintes. Magnifique morceau que j’écoute en boucle. Encore et encore. C’est grave docteur ? Clin doeil

J’aime aussi la manière dont vocalement le chant commence tranquillement, à l’image d’une prière chuchotée dans la quiétude du matin. Puis, il monte comme montent ces cris intérieurs propres à cet échange là. Echange unique et antagonique qui voit lutter le désespoir et les entêtements de l’espérance. A force de l’écouter, en moins de 24 heures je le connais presque par cœur. Ah ! vivement l’album !

J’avais déjà été à la rencontre des musiques de Fred notamment sur My Space et les mélodies m’avaient accrochée. Encore un talent né du côté de ma terre qui me touchait. J’aime découvrir les talents qui font briller la richesse artistique du Cameroun. Plus le temps passe, plus ces musiques là, ces sons qui, même enrichis de l’ailleurs laissent passer comme un battement du cœur de ma terre qui me touche et m’habite. Il faut croire que l’ailleurs et la distance ramènent à soi. J’ai écouté apprécié les musiques de Fred Doumbe au fil de mes découvertes. Des musiques qui vous interpellent d’abord par leur qualité et, par la finesse des arrangements. Dans la musique de Fred Doumbe, l’influence du jazz est évidente, de même que celles de la musique funk, et cette double influence va à la rencontre des sons venus de sa terre natale. Je vous laisse découvrir sur My Space les arrangements de Mot’a Ikon qui pose dès l’entrée une ambiance jazzy. Mais alors que vous écoutez la chanson il y a un changement de rythme qui invite des guitares résolument Makossa. Le sons se suivent, s’unissent et se répondent sans rupture. En même temps il passe du duala, au français et à l’anglais avec aisance, comme si chaque langue était dans la continuité de l’autre. Une musique et des mots à la confluence de cultures diverses qui enrichissent sa musique.

1305897212_l.jpg picture by maddyspaceSur no sleep la basse résonne comme j’aime. Venez et écoutez et vous découvrirez qu’il y a des insomnies bienfaisantesCool. Ceux qui aiment le jazz fusion ne devraient pas être dépaysés en empruntant les sentiers ouverts par cette belle musique. Les influences de musiciens tels que Earl Klugh ou George Benson sont audibles. « Mais il arrive quand l’album ? ! ? »Triste Vous entend-je par l’imaginaire soupirer à l’écoute de ce morceau. Comme je vous comprends ! C’est le genre de musique qui vous transporte un lieu de détente dans la quiétude du soir, blotti dans un fauteuil, un verre à la main, ou mieux encore, au risque d’offusquer les âmes sensibles dans un bon bain pris les yeux clos, la musique à fond dans un casque, coupé du monde, seul avec la musique, seul avec cette beauté là. Se contenter de l’écoute via son PC ce n’est pas la même chose vous ne trouvez pas ? Vivement l’album !

Les quatre morceaux offerts à l’écoute sur My Space promettent des variétés dans la thématique des chansons tout en tournant autour de la relation à l’autre. Le musicien nous entraîne en musique dans l’exclusivité d’une relation amoureuse qui fait face à des vents contraires. We na mba (tu es avec moi) est à la fois une déclaration chantée et une prise de position contre les pollueurs de paix pour ceux qui s’aiment. Tout ceci sur une musique comme j’aime, tout en finesse et avec une intervention de la basse vers le milieu du chant du genre …hummmmmmm ! ! ! On n’est pas dans la démonstration, mais la basse est là pour le bonheur de mes écoutilles.

Puis la ballade en musique emmène à la rencontre d’une de ces personnes pernicieuses et rongées par l’envie. Vous savez celles qui vous polluent la vie et apportent la division dans les familles (mot’a Ikon). Avec Kongossa, (terme générique du Cameroun qui désigne les ragots médisances et autres calomnies réunies dans la même malveillance) l’on peut entendre une mise en garde et une mise en lumière des dégâts causés par ces langues infectées par le fiel et nourries à la méchanceté. Les langues de ceux qui trouvent leur jouissance dans la chute et dans le malheur de leur prochain. Il faut croire que les tours et détours du cœur humain laissent apparaître bien des gémellités qui défient les barrières culturelles et qui rendent les histoires singulières contées par un chanteur universelles. « Ils sont parmi nous » comme dirait David Vincent.Sourire

Ces prémices me laissent anticiper un bel album, soigné et abouti. J’ai parié avec moi qu’il le serait et je compte bien gagner mon pari (hi hi). Il me tarde de découvrir les autres chansons et de découvrir les arrangement ultimes de celles que j’ai entendues. Mon petit doigt m’a secrètement soufflé le nombre de chansons de l’album à venir mais je ne vous le dirai pas pour vous laisser le bonheur de la découverte au temps convenable.1000311732_l.jpg picture by maddyspace Si tout va bien, et il y a intérêt (soi dit en passant) il devrait être disponible en décembre.

En décembre ? Wow !!!! Mais qui a prétendu que que le père Noël n’existait pas ? (lol).

Je vous laisse découvrir sa musique :   

http://www.myspace.com/freddoumbe

Photos piquées sur My Space (oh la voleuse !!!!).Rire

Si vous croisez Toguy, dites lui…: hommage à Toto Guillaume.

Dans nos parcours de vie,  nous faisons des rencontres virtuelles ou réelles mais qui marquent nos mémoires, nos émotions, nos sens. Il y a dans ma mémoire des musiques qui sont le verso de la mémoire de mes racines. Ce sont des rencontres qui ont fondé mon rapport à la musique et qui sont en filigrane dans mes coups de foudres en musique. Ce billet inaugure mes hommages à ceux qui ont marqué ma mémoire au coeur du patrimoine musical de ma mémoire, de mon enfance, des sons de ma terre. Ce seront des hommages sans être des hagiographies, juste des rapports subjectifs à une musique, un artiste ou des anecdotes dans lesquels leur musique a une place. Ce sont des musiques qui font partie du patrimoine musical de mes terres intérieures. Laissez moi vous parler de Toto Guillaume, alias Toguy.

 n21085252829_991464_4240.jpg picture by maddyspace

Dans les années 70/80 au cœur de la profusion musicale ambiante, une nouvelle génération vient enrichir les sons du Makossa (musique née dans le littoral du Cameroun). Des voix, des chansons qui demeurent dans la mémoire collective comme des classiques. Emile Kangue, Nkotti François et bien d’autres signent des mélodies qui deviennent pour beaucoup des classiques. Dans cette nouvelle génération, un visage, une voix,  un talent, du génie, celui de Toto Guillaume, alias Toguy.
Je me souviens d’un album chez mes parents « les black styl’s à Paris ». Ah la pochette ! Tout un poème. Sur cette pochette, au cœur de la nouvelle génération, il était là, au milieu des autres mais offrant déjà les prémices des années d’éblouissements à venir pour ceux qui aiment le makossa et plus largement, la musique. Et pour ne rien gâcher l’homme est beau. Caramba papa enferme moi à la maison (hi hi) ! Le rapport à la musique est forcément subjectif mais le talent et la classe de Toguy sont de ceux qui font converger nos subjectivités vers des affirmations consensuelles. Affirmation consensuelle sur la qualité et l’originalité des mélodies qu’il a apportées au patrimoine musical Camerounais. Je vous encourage à le revisiter ou à aller à sa rencontre. Vous serez surpris de la modernité des sons et de la profondeur du sens. De Françoise à Dibena, de Issokoloko à Mont Koupé l’homme a déposé des joyaux dans ce patrimoine et des sourires dans bien des souvenirs. Il nous a aussi offert de belles émotions en nous invitant quelquefois dans ses intimes mélancolies. Je me souviens du cri bouleversant du fils à une mère exilée en terre de déraison « Na diane nyongi we, na diane nyongi…son binyo bweya mba ndedi ». J’ai encore besoin de ma mère ma mère criait il en substance dans Emene Marie. Ce chant de finira jamais de m’émouvoir. Qu’on le veuille ou non, et quels que soient nos âges la pensée de nos mères a le pouvoir de mettre l’adulte en pause pour inviter l’enfant à émerger. Quand la mère s’absente de cette manière ou pour toujours il y a en nous un enfant, en position fœtale qui crie
« j’ai encore besoin de ma maman s’il vous plaît ayez pitié de moi ».
Je me souviens aussi de Rosa et des surprises-parties de nos sages jeunesses (lol). Caramba qu’il était beau sur la pochette pensaient nos hormones adolescentes. Mes hormones adultes semblent du même avis mais ce n’est pas le propos.
Y a t-il quelqu’un qui comme moi entend dans sa mémoire la complainte chantée dans Angèle ?  « Angèle o Angèle o na bwa ne  eeeee », dès les premières notes nous prenions « air Toguy » portés par sa voix et sa guitare et nous montions. Pas besoin de parachute de sécurité nous savions que l’atterrissage serait maîtrisé par le savoir faire exceptionnel de Toto Guillaume. Alors c’est sans prendre de risque que j’ai souvent pris « Air Toguy ». Ce vol n’était pas du genre « Air peut-être » (private joke pour ceux qui ont connu les fantaisies horaires de Cameroon Airlines). Chez Toguy la qualité du voyage en musique était assurée. Je ne me souviens pas d’une seule déception à l’écoute de Toto Guillaume. Les subtiles percussions qui soutiennent la chanson Angèle demeurent modernes. C’était le temps durant lequel les chansons Makossa avaient toujours une rupture musicale vers le milieu pour nous obliger à changer le rythme de nos danses. Je me souviens que sur les pistes de danse nous attendions ces ruptures qui le temps d’un instant mettaient comme une osmose à nos trémoussements.
Oh le souvenir de « Dibena » ! Nous tournions et virevoltions sur son injonction chantée même si nous ne comprenions pas réellement l’essence du chant. Pour moi ce chant ne se ride pas « keka yombo le na mombwa nga o tondi mba ! » (Essaie de tourner et laisse moi voir que tu m’aimes). Pas moyen d’écouter cette chanson en restant stoïque. La chanson invite mes sourires et des contorsions corporelles.
Ce qui m’émerveille aussi chez celui que l’on appelle Toguy c’est la profondeur de ses paroles et comment il sait mettre en musique les proverbes et des expressions qui font partie du patrimoine Sawa (région cotière du littoral du Cameroun) charriant des images qui appartiennent à un être ensemble dans lequel chacun de nous rencontre un peu de lui. Parfois les images sont de celles qui participent de la dimension mystico-légendaire propre à nos cultures.
Je vous invite à vous plonger dans « Elimbi na ngomo » « Mbella na wuba », « Douala Mbedi na sawedi », « Ndom’a mumi », « o bia te ndolo »,  qui font de mon point de vue partie des classiques pérennes de la musique camerounaise. Il serait utile de les dépoussiérer pour rappeler à la jeune génération que la qualité ne vieillit pas. La musique de Toguy n’est pas de la musique fast food c’est de la musique pour gourmets. C’est une musique qui, si elle devait prendre des rides ne devrait prendre que des rides d’expression, comme celles que le bonheur dépose au coin des yeux et  des lèvres pour avoir souri, pour avoir ri, pour avoir vécu. La musique de Toguy est de celles qui traversent les décennies parce que le sens et le son y font bon ménage. Et même quand il se met au service de la musique d’autres chanteurs son génie et sa classe  éclatent sans entrave. Son boulot sur le Beneground de Douleur tutoient la perfection. Caramba. Mais où êtes vous Toguy ?
2_grande.jpg image by maddyspace

Si vous croisez Toguy  dites-lui qu’il nous manque.
Si vous croisez Toguy  dites-lui que ses harmonies nous manquent.
Si vous croisez Toguy  dites-lui que son inventivité nous manque.
Si vous croisez Toguy dites-lui qu’au delà de tout, c’est lui qui tout entier manque à la musique.
Si vous croisez Toguy  dites-lui que si par hasard l’échange avec nous son public lui manquait, il peut revenir en confiance. Nombreux sont ceux à qui il manque et qui espèrent en son retour.

Si vous croisez Toguy, pensez juste à lui dire MERCI.

merci.gif picture by maddyspace

L’Afro Ethno Jazz de Terrence Ngassa belle découverte au coeur de la nuit

Bild020.jpg picture by maddyspace

Au cours de mes pérégrinations musicales nocturnes, j’ai fait une belle rencontre et je ne résiste pas au plaisir de vous la partager. Au cœur de la nuit alors que je vais à la recherche de Satchmo, je découvre Terrence Ngassa. Ca y est elle a définitivement craqué la Malaïka vous direz vous. Que nenni les amis. J’ai découvert ce musicien, compositeur et chanteur dans un hommage à celui qui était l’objet de ma quête insomniaque. Le nom de celui que je découvre sur un détour m’interpelle parce qu’il m’est familier. Je sais que c’est un nom de chez moi. Mes sens sont en alerte forcément : Cameroun o mulema ponde yese wuma yese (le Cameroun au cœur tout le temps et partout) comme chante quelqu’un que je ne citerai pas pour une fois de peur de provoquer des overdosesLangue. Le Cameroun et moi, c’est viscéral, c’est profond, c’est intime. Le Cameroun m’est intrinsèque. Loin des yeux près du cœur ou comment un poncif s’habille des mes réalités intérieures. Ma terre, mes nostalgies, mes intimes respirations, que je rencontre dans les voix et les musiques qui jaillissent de nos sources communes. Sources nourries aux rythmes traditionnels, fontaines de nos mémoires communes.
Je l’entends d’abord dans un hommage à Louis Armstrong dans lequel le mimétisme vocal est troublant, mimétisme avec cette voix particulière qui caractérisait le Satchmo que l’on aime.  Curieuse et vorace de musique, passionnée des talents de ma terre natale, je ne peux laisser passer l’occasion d’aller à la rencontre de ce musicien au delà de l’hommage rendu à Louis Armstrong.  Je découvrirai plus tard et sans surprise que Louis Armstrong est une de ses principales influences musicales, de même que Dizzy Gillespie, Clifford Brown et Miles Davis. En découvrant l’univers de l’artiste on est dans la continuité du chemin frayé par ces grands anciens.

Pour moi la musique est souvent une rencontre, une rencontre avec un univers, un instrument, un instrumentiste de la voix ou de quelque autre instrument. A la recherche de Satchmo j’ai rencontré Terrence et j’en suis fort aise.  Me voilà de nouveau face à mon abyssale inculture musicaleCool. Comment est-il possible que je n’aie pas eu vent de l’existence de ce musicien d’origine camerounaise ? Y a du boulot l’amie ! Bon de vous à moi c’est plutôt rassurant, cela met en lumière l’incroyable vivier de talents et la variété des expressions artistiques de mon pays natal. La musique camerounaise n’est pas monochrome elle va de rythmes traditionnels à des ceux  qui allient tradition et rythmes venus d’ailleurs notamment ceux du jazz. Quand on écoute nos musiciens qui se sont laissés attirer dans la beauté du jazz, on remarque qu’il n’y a pas pour autant  eu de clonage stylistique et c’est tant mieux. Ceci prouve bien que chacun de nos musiciens imprime sa personnalité dans son appréhension et son imprégnation du et par le jazz. Le Progressive Afro Jazz de Jay Lou Ava, les incroyables revisitations du jazz par Gino Sitson et sa voix séraphique, le Bikutsi according to jazz d’Avline Ava, et tous ses autres talents dont je ne saurais faire la liste en un billet prouvent que bien des personnalités musicales si elles se sont révélées par le jazz ne s’y sont pas perdues au point de se dépersonnaliser. Ce soir en écoutant des interprétations de ce musicien, il me prend l’envie d’explorer davantage son univers et de me procurer rapidement son dernier opus « Ngassalogy vol 1 ». Qui est donc celui à qui je dois ces jolis moments au cœur de la nuit ? J’ai envie d’en savoir plus.

Terrence Ngassa est né à Bamenda dans le Cameroun occidental d’un père trompettiste (son père était  trumpet lead dans l’orchestre national du Cameroun) remarquable qui lui offre sa première trompette en 1989. Initiative inspirée n’est-ce pas ? Dès l’année suivante, le jeune Terrence joue dans l’orchestre de son lycée et commence à y faire ses classes en tant que musicien. Il y joue trois ans et se distingue très vite par son inclination pour le jazz. Cette inclination le conduira à former le Medium Jazz Quintet qui connaîtra en 1996 un grand succès lors du Festival de Jazz sous les Manguiers à Yaoundé.jazz_20030124a_Ngassa.jpg picture by maddyspace Ce festival sera sa première rampe de lancement. Ils entre dans la lumière, son talent comme celui du groupe s’expose et attire l’attention. D’autres opportunités s’offrent à lui notamment quand il remplace un musicien indisponible au Hilton et peut ainsi exprimer son art au contact d’autres musiciens d’horizons et d’arrière plans divers. Ces apprentissages au Cameroun seront des fondations utiles pour le temps de la maturité artistique qui plus tard s’exprimera. Le musicien rodera sa musique sur de nombreuses scènes africaines et européennes. En 2000 il a l’occasion d’étudier le jazz à l’académie de musique de Cologne ce qui lui permettra de toute évidence d’affiner sa technique. Aujourd’hui Terrence Ngassa sur scène est accompagné de fort belle manière par un sextet.

La découverte de Terrence Ngassa m’est d’autant plus agréable qu’elle me rappelle mes premières incursions dans cette musique avec pour guide mon père qui m’apprenait à  écouter le jazz, à isoler un instrument des autres pour l’écouter de manière prioritaire. et entendre le musicien. J’ai ainsi découvert Louis Armstrong (Satchmo), Duke Ellington, et j’ai commencé à écouter Miles Davis.

Le jazz de Terrence Ngassa tout en étant résolument moderne n’a pas rompu le lien avec les grands aînés. Si êtes amateurs de jazz classique, en écoutant Big Man vous devriez vous sentir comme à la maison. Laissez-vous porter par le solo et vous m’en direz des nouvelles. Talent quand tu nous tiens !

Big Man
Image de prévisualisation YouTube 

Dans sa musique se glissent des rythmes caractéristiques de l’ouest du Cameroun. Un mariage réussi et ma foi fort agréable. J’aime la diversité des rythmes de ma terre et cette variété de sons qui racontent la variété qui est intrinsèque à l’être camerounais. Ecouter « haya haya » appelle en moi des mouvements saccadés des épaules en réponse aux images mentales qui défilent dans ma mémoire à l’écoute  de cette musique. Des onomatopées singulières typiques à la région Bamiléké sont là en filigrane dans la chanson. Bien qu’allochtone à cette culture  je trouve une place ce soir pur l’habiter par le biais de la musique.  Le peu que je sais d’elle, notamment par une amie très chère  remonte au rythme de ces onomatopées soutenues par des percussions. Puis vient la trompette jazz qui épouse les rythmes du pays Bamiléké comme une évidence. Je dis « monsieur ! ». Je vous invite à découvrir  ce chant, il devrait vous surprendre fort agréablement et je ne serais pas surprise qu’en vous se lèvent comme des envies de le suivre en dansant, au rythme de vos coeurs, par delà les frontières culturelles.

Karambani est un morceau qui donne l’impression de vous transporter à la nouvelle Orléans et semble en même temps vous rappeler de par sa musique de fond que la Nouvelle Orléans a des racines africaines.

Kassava Manioc est une intéressante ode à des saveurs alimentaires typiques de toutes les variétés de plats que l’on fait à partir du manioc (du foufou au miondo, au tapioca, en passant par le bobolo). Kassava manioc que je reçois en l’écoutant comme un trait d’union entre les peuples dans un pays aux cultures éclatées voire antagoniques. Est-ce ce qu’il a voulu communiquer je ne saurais l’affirmer mais c’est ce qui m’arrive par cette musique dans la douceur de la nuit. Le manioc dans ses mutations demeure une constante dans l’alimentation du Cameroun et de l’Afrique. Intéressante clé d’entrée. J’ai aimé le suivre dans ses improvisation alimentaires. Merci Terrence pour ce voyage dans le Cameroun par le prisme d’un tubercule. Le talent n’est-il pas aussi la capacité de se saisir de l’ordinaire pour le parer d’extraordinaire ?

Bamsoom devrait faire danser les mémoires de bien des Camerounais dont les racines se trouvent du côté de l’ouest du Cameroun. Entendez vous la subtilité des arrangements tout en étant totalement dans la musique traditionnelle ?

Ce monsieur m’est décidément une intéressante découverte.

J’ai aimé découvrir « praise for the twins » dans lequel la langue qu’il chante s’enveloppe des sonorités jazz sans sembler allogène. 

Je vous laisse découvrir « Praise for the twins » qui est une autre confirmation que les langues d’Afrique sont « solubles » dans le jazz sans le dénaturer. 

Image de prévisualisation YouTube  

Puis j’ai découvert Sok Chen qui  mêle de fort belle manière le jazz qui est sien aux les rythmes de sa région d’origine. En écoutant cette musique il me revient des danses traditionnelles vues ça et là dans mon pays. Il me semble voir des femmes en vêtements traditionnels se livrer à des danses typiques de la région occidentale du Cameroun. La pureté du jazz est là, sa beauté acoustique et les rythmes africains qui viennent l’enrichir, l’élargir sont là comme une évidence, comme si le jazz et l’Afrique avaient toujours été liés comme si entre le jazz et les sonorités africaine il y avait toujours eu une continuité qu’il suffisait de trouver. L’Afro Ethno Jazz de Terrence Ngassa en est une démonstration qui vient m’émerveiller dans la quiétude du soir.

 Sok Chen
Image de prévisualisation YouTube 

Bild056.jpg image by maddyspace

Je le découvre virtuose de la trompette, compositeur de talent. En écoutant ce monsieur, en repensant à d’autres musiciens de talent de mon pays, en pensant à tous ceux dont la musique enchante mes sens et ravit mon âme, je me dis que la musique est décidément un beau trait d’union transethnique dans un pays gangrené par un tribalisme latent conscient ou non. Et dans mes utopies je me dis qu’en écoutant la musique portée par des musiciens de talents, la beauté de la culture de l’autre, celui qui vient d’ailleurs pourrait arriver jusqu’à nous, nous ouvrant à la beauté d’une autre culture. Et je me laisse aller à une rêverie que j’espère ne pas être un mirage, celle de voir la musique saper peu à peu les fondations de ces murs érigés entre les ethnies par ceux qui depuis des décades ont intérêt à diviser pour mieux régner. Je me prends à rêver de voir la musique jeter des ponts entre les peuples de ma terre, et plus largement entre les peuples de la terre. Je me prends à rêver qu’à l’intérieur de nous aussi, les murs tombent.  Est-ce en cela que la musique adoucit les mœurs ? Peut être.  Si tel était le cas, alors je veux davantage de musique ! 

Vous pouvez explorer davantage son univers musicale en allant sur My Space.

 http://www.myspace.com/terrencengassa

   

On l’appelait Hoïgen Ekwalla

hekwala.jpg picture by maddyspaceJeudi 23 octobre, j’étais devant une salle de spectacle anticipant avec bonheur les moments que seule la musique, quand elle est bonne, me procure. En attendant que les portes s’ouvrent pour ouvrir une parenthèse enchantée de deux heures je devisais sur le trottoir avec des visages familiers venus au concert. Et voici qu’entre deux locutions, j’entends un  murmure qui résonne comme un explosion : « Hoigen Ekwalla est mort ». Cette nouvelle qui explose m’arrive comme importune, inappropriée, indécente. Indécente comme la mort qui frappe trop tôt. Obscène comme la mort qui vient inscrire une indicible plaie dans le cœur et dans les émotions d’une mère. Incongrue comme la mort qui vient priver d’un père ce fils dont il parlait dans sa chanson Mimi. Inconvenant comme la mort qui vient priver une sœur de son frère cadet. Face au flot qui monte sur ce trottoir parisien, mon refuge c’est le déni. Dénégation pour différer l’assomption de cette nouvelle, pour l’exporter de l’instant que je vis sachant que forcément elle reviendra.

Plus tard, quand la nouvelle trouve un chemin vers ma conscience, les souvenirs remontent et bizarrement ce n’est pas en premier le son de sa voix ou de sa musique, ce sont des images arrêtées issues de ma mémoire de lui. Image d’un sourire lumineux qui semblait vous inviter à lui sourire en retour, image d’une stature imposante et de trémoussements sur fond d’une musique que je n’entends pas. Je le vois bouger, je n’entends pas la musique, comme pour me dire que la voix s’est éteinte, comme pour me rappeler que derrière la figure publique il y avait l’homme et que les plus grandes douleurs sont celles de ceux qui viennent de perdre l’homme privé. Mes empathies s’élargissent vers eux forcément. Je lui découvre au fil des hommages une mère, une sœur aînée, un fils, une nièce et bien que sachant que la liste des blessés de l’intime n’est pas exhaustive ces quatre figures me touchent et m’émeuvent.
Mourir à 49 ans ! Perdre la vie à un âge où la maturité et l’expérience permettent aux hommes et aux artistes de savoir où ils veulent aller et leur donne d’offrir des œuvre plus abouties qu’avant pour peu qu’ils ne cèdent pas à la tentation de la facilité.

Hoïgen Ekwalla, découragé comme nombre de ses confrères par la piraterie qui gangrène le monde musical au Cameroun (selon le chanteur, la piraterie était en elle même une industrie) et peut être aussi par les hérésies des sociétés des droits d’auteurs avait pris le parti de renoncer à s’exprimer par la musique en 2003. Cinq années de silence qui ont dû lui être difficiles. En effet, quand on est artiste et que l’on chante parce que cela participe de ce que l’on est, être privé de la possibilité de s’exprimer doit faire lever parfois de sourdes agonies. Quand on chante parce que l’on a des choses à dire par delà les désirs de reconnaissance et de célébrité qui font pousser sur la scène musicale camerounaise des « chanteurs » au talent discutable, et que des raisons telles que la piraterie vous contraignent au silence, de secrètes douleurs doivent naître en celui qui se tait. Un artiste bâillonné hurle de l’intérieur. Si l’on en croit ses proches parmi lesquels Djene Djento, Hoïgen Ekwalla  s’apprêtait à revenir avec un album en 2009 et voici que la mort, traîtresse, a interrompu le vol d’un autre artiste de chez nous. Fauché dans son élan de vie.
Il y a quelques jours en effet, le Cameroun perdait un de ses bassistes de talent Doumbe Djengue foudroyé par la maladie à quarante cinq ans. Il y a quelques jours j’assistais à l’adieu douloureux de cet homme au sourire invitant. Et qui ne se souvient de la claque prise à la nouvelle de la mort prématurée de Tom Yoms ? Et je ne cite que ceux là. Et voici que Hoïgen Ekwalla est fauché dans la fleur de l’âge, dans cet âge où le potentiel artistique, intellectuel et humain se rencontrent dans une belle maturité et peuvent permettre d’intelligentes évolutions artistiques et offrir de belles œuvres au public. Des points de suspensions disent désormais l’inachèvement d’une vie et d’une carrière artistique ravies en plein vol.
Si nous connaissons un peu l’artiste, si nous regrettons les richesses qu’il ne dévoilera pas, mes pensées vont vers sa mère, sa sœur aînée, sa descendance et tous les siens qui eux, perdent l’homme dans les coulisses.

Je ne prétendrais pas avoir été une inconditionnelle de Hoïgen Ekwalla, mais ses succès ont accompagné mes danses d’adolescente et de jeune adulte. Je me souviens que de le voir danser nous faisaient rire mes amis et moi et nous essayions de reproduire ce mouvement particulier qui allait de la tête aux pieds, la tête et les épaules s’accordant pour une indescriptible cadence. Hoïgen Ekwalla n’était de toute évidence pas un danseur ! L’expression « shuba shuba » est de celles qui fait sourire mes souvenirs parce qu’elle ouvre les boulevards de la mémoire ramenant les rires et les insouciances des temps d’avant. La musique a cette force, celle de s’unir comme une seconde peau à nos souvenirs et il suffit de quelques notes pour ouvrir la mémoire. J’ai aussi le souvenir qu’il est de ceux qui n’avaient pas dénaturé l’essence du makossa par d’insupportables tentatives hybrides pour attraper quelque succès, et qui accouchaient d’hérésies sonores. La pureté du Makossa à laquelle il demeurait fidèle lui avait permis d’avoir un disque d’or avec le fameux « chat botté » preuve qu’il aura eu raison de rester fidèle aux fondements de la musique née dans la guitare de Nelle Eyoum Emmanuel un autre fils de Deïdo.
J’ai découvert ce chanteur dans une époque durant laquelle je n’écoutais plus tellement le makossa à quelques exceptions près. Mais comme nous partagions le fait de venir de Deïdo et solidarité oblige j’étais fière de lui comme avant lui de Ben Decca. Il était par ailleurs de la famille de connaissances d’alors. Double raison de l’adopter n’est-ce pas ? Mais au delà de ça, sa musique était bien agréable et enchantait nos concerts scolaires du temps du Lycée Joss. C’est ainsi qu’il s’est inscrit dans la toile de fond inconsciente des « presque de la famille » comme un cousin lointain dont on n’a pas nécessairement de nouvelles mais que l’on sait présent dont on sait qu’on aura des nouvelles et dont la nouvelle de la mort vous pétrifie parce que vous savez que les rencontres n’auront plus lieu.
Je me souviens que les tentatives d’affirmation féministes de mes jeunes années se heurtaient à « femme il faut supporter » c’est le mariage.
Et puis il y a eu des chansons telles que Mun’a Nyuwé qui appelle des résonances. Hoïgen Ekwalla avait perdu son père à l’âge de cinq ans. Quand on est orphelin on en garde la trace à toujours.
L’homme aura laissé un répertoire musicale dans lesquels plusieurs pourront puiser, et pourquoi pas s’identifier à ces mélancolies qui étaient sous-jacentes à la musique de Hoïgen. D’autres, pris dans la complexité des rapports hommes et femmes pourront se reconnaître dans les mots de Femmes il faut supporter ou bila o diba (le combat dans le mariage) . D’autres viendront simplement se laisser porter par Longue di titi nika (la vie n’est pas comme ça), par Ndome ou par Ebol’a ngosso (le chant comme métier) ou encore par la joie.
Aussi longtemps que les uns et les autres se poseront pour écouter sa musique ou pour danser sur elle, quelque chose de lui traversera les temps et sera un défi à cette mort cruelle.
Pour l’avoir connu par procuration, un peu par sa musique, un peu par sa famille, un peu par des personnes plus près de moi dont il était proche, les mémoires s’accordent pour  laisser de lui une impression d’élégance intérieure et de joie de vivre que soulignent ceux qui l’ont perdu « Il était attentionné et plein d’affection. Il avait un esprit paternel et répandait la joie de vivre»,

Ses collègues musiciens mettent en avant le fait qu’il était travailleur et perfectionniste.
Alors que j’écris ces lignes, même si je ne sais rien des conditions spécifiques qui entourent le décès prématuré de Hoïgen Ekwalla, la pensée d’autres artistes morts parfois dans des conditions inacceptables hante ma mémoire. La pensée d’un jeune chanteur que l’on dit entre la vie et la mort au Cameroun me fait frémir. La pensée de Messi Martin,  Essindi Mindja, JM Kankan et bien d’autres encore assaille ma mémoire.
La pensée de grands anciens qui sont peut être dans des situations précaires hante mes pensées. Je ne voudrais pas les citer pour ne pas heurter les éventuelles superstitions des uns et des autres mais est-il normal que des personnes qui ont fait rayonner la culture et les arts de chez nous parfois par delà les frontières se retrouvent dans un état d’indigence et connaissent des fins pathétiques ? Cela m’interroge en pensant à un jeune chanteur camerounais rescapé d’un accident de la route dont je parlais plus haut et que j’espère voir accéder aux meilleurs des soins. Cela laisse pensif sur l’état des lieux du milieu de la culture et de la politique culturelle du Cameroun. Mais je m’égare…

Ekwalla Mpouli Eugène est mort ce jeudi 23 octobre 2008 à l’hôpital Laquintinie autour de neuf heures du matin au pavillon Samuel Kondo. La nouvelle de sa mort a laissé pétrifiés ceux qui l’ont apprise parce que le souvenir de son sourire rend d’autant plus l’idée de mort indécente. Le souvenir de sa joie de vivre qui semblait rendre allogène tout ce qui ressemblait à la mort n’en rend que plus insupportable cette perte précoce. Le souvenir de la joie qu’il dispensait ne laissait pas présager que prématurément, son nom se lierait à l’indicible tristesse qui désormais s’y attache.
On l’appelait Hoïgen Ekwalla.
Il nous laisse la sensation que l’histoire aurait pu continuer, s’écrire encore, s’écrire autrement, et pourquoi pas de belle manière.
Mes pensées émues et respectueuses vont à sa famille. Trouvera t-elle quelque consolation dans le fait que de nombreuses personnes l’aimaient et l’admiraient ? Je l’espère, même si cette forme de consolation n’est que superficielle voire dérisoire. Mais si les hommages pouvaient participer à mettre des moments de pause dans la peine, alors j’espère qu’ils entendront, liront et verront les nombreux hommages qui viennent de divers continents pour dire ce que celui qui est parti a apporté par sa musique et par ce qu’il dégageait. J’espère que le fait de savoir que même si son passage sur terre aura somme toute été bref, il aura marqué des vies par son sourire, par sa voix, par le son de sa guitare, par sa musique, par sa présence scénique. « Il faut supporter » chantait Hoïgen. Comment ceux qui restent supporteront-ils ce qui vient de leur tomber dessus ?
L’offrande de nos prières, si nous sommes croyants pourraient être utiles et participer à aider la famille éprouvée à supporter l’insupportable, à surmonter l’insurmontable, à vivre sans lui pour le reste de leurs parcours de vie.

8f0rjvwi.gif image by maddyspace

Puisse l’âme de l’homme reposer en paix.
Puisse la musique de l’artiste résonner encore, comme un défi à l’indécence de la prématurité de sa mort.

R.I.P. Hoïgen Ekwalla.

Impressions subjectives sur Scènes d’Eté à la Villette : Etienne Mbappe un artiste embrasé (suite et fin)

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-57.jpg picture by maddyspace

Le son d’Etienne Mbappe au service du sens

Il y a eu des moments magiques comme ceux durant lesquels les choristes étaient sur la pelouse. Nous étions les choristes. Nous avons, unis avec la scène chanté un classique du répertoire de la musique camerounaise et particulièrement du peuple Sawa (peuple de la côte) mon peuple, mes racines, mes fondations. Ce classique est la complainte du riverain qui se lamente sur la déliquescence de ce qui fait l’assise identitaire des Sawa. C’est l’impérissable  » mbemb’a mot’a sawa «  d’Eboa Lottin. Un moment magique, mystique, unique, et inoubliable. Une communion de cœurs et de soupirs pour notre peuple qui s’unissaient aux larmes prophétiques d’Eboa Lottin versées il y a des décennies pour le peuple de ses pères, de nos pères. Soupirs amplifiés par la distance. Un moment comme je les aime, un moment qui touche l’âme. La musique d’Etienne Mbappe n’occupe pas le vide sémantique par une profusion de sons. Les sons encadrent du sens, de la substance, de la profondeur. Respects. Merci à lui pour ce moment merveilleux.

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-63.jpg image by maddyspaceIl y a eu le moment où le chanteur et ses musiciens nous ont entraîné dans le chant  » Alane «  (emmène moi chez moi). Quelques cloisons internes se sont ouvertes pour laisser passer les larmes qui font écho aux profonds sentiments de solitudes nés de la distance de sa terre natale. Il y a ces morcellements cachés qui coulent en larmes. J’avais à côté de moi mon amie de toujours, mon amie d’enfance, ma sœur dont les yeux laissaient couler des larmes. Nous n’étions pas les seuls. Unis à la voix d’Etienne nos cœurs criaient  » emmène moi chez moi, là où j’ai poussé mon premier cri ». « Dis aux miens que je reviendrai et nous danserons et chanterons encore ensemble ». Comment ne pas verser de larmes quand la distance nous rappelle les défections fondamentales liées, à l’absence, à la conscience que là bas la vie continue et se construit sans nous et nous habille progressivent d’une inquiétante étrangeté ? Etrangers partout…(Na yo nde). « Alane » notre madeleine de Proust. C’était un moment unique. Pardon aux musiciens si nous avons écorché ces deux chants, mais il nous eût été impossible de ne pas chanter notre chant à tous en même temps que vous. De ne pas chanter ce chant né des hurlements intérieurs et de nos éloignements communs. Ce chant qui s’écoule de nos larmes d’altérité. C’est ce chant fondamental que l’artiste a su entendre au fond de lui, le recevoir et nous l’offrir comme un support à nos émotions et à nos solitudes. En toute subobjectivité je dis qu’il y a une dimension poétique et quasi prophétique dans la musique d’Etienne Mbappe. Et vous savez quoi, il a enchaîné avec Cameroun o mulema. Obligée de chanter avec lui, avec eux le Cameroun que nous avons au cœur. Caramba y carambistouille ça c’est un concert ! Les choristes de la pelouse de la Villette étaient en poste. Nous avons dansé sur Miso ma munami (les yeux de mon fils), sur une version énergique et maîtrisée de Yen Etom (cette dette) et sur cette chanson la basse me met la tête à l’envers. Et puis il y a eu  » Sansanboy «  qui a permis à la chanteuse PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-54.jpg image by maddyspaceCate Petit (Endalle Bosadi comme l’appelle le chanteur) de livrer à la fois sa maîtrise vocale et sa capacité à se livrer à de surprenantes danses. Elle doit être un peu contorsionniste à ses heures perdues. Elle a une voix superbe et est très expressive quand elle chante. Et quand elle chante en Duala il y a ce petit quelque chose qui habille les mots d’un charme singulier. Elle est Endalle Bosadi, et puis c’est tout ! La chanteuse est un visage radieux de la rencontre des mondes. La musique est décidément un pont efficace entre les peuples.

 

Générosité d’artiste

J’ai aimé la générosité du chanteur qui laisse exister les musiciens. Il attire l’attention du public sur chacun des musiciens, et plusieurs fois encore. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-64.jpg image by maddyspaceLe guitariste n’a pas usurpé sa place dans le groupe. Saperlipopette sa guitare est polyglotte ! le violoniste a été mis en lumière plus d’une fois par Etienne, de même que le percussionniste du Burkina Faso dont le nom m’échappe. ce dernier nous a offert vers la fin du concert un solo de percussion qui semble venir des profondeurs

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-62.jpg picture by maddyspace

de l’Afrique pour résonner dans nos  » Afrique  » intimes. L’homme donne l’impression d’avoir en plus de ses deux mains des mains invisibles qui viennent faire résonner ses instruments sans qu’il donne l’impression de souffrir le moins du monde. Les percussions sont un langage qui me parle décidément de plus en plus.

 

J’ai aimé ce concert d’abord parce que l’univers qu’offre la musique d’Etienne Mbappe fait écho en moi parce et parce que la qualité de sa musique est exceptionnelle. Mais au delà de ça il y a la maîtrise de la musique, de l’espace sans effets inutiles et surfaits. Quand il est arrivé sur scène pas besoin de manières, il est là et c’est tout, comme une évidence et la basse résonne. C’est l’instrument qui nous dit qu’il est le boss. L’artiste n’est pas dans le trip  » voyez comme je suis bon. Vous êtes épatés ? « . Si tel était le cas, il ne me toucherait pas. Ceux qui s’épatent eux même n’ont pas besoin de notre admiration n’est-ce pas ? Non, Etienne Mbappe n’a pas besoin de faire dans la surenchère, il n’en a pas besoin. Son talent s’impose. Sa basse l’impose. Ses textes et sa musique explosent et nous sommes avec lui. Il peut s’autoriser l’assurance tranquille de ceux qui sont doués et travaillent, et qui font de la musique pour dire quelque chose, communiquer, partager. Tant qu’il restera comme ça je resterai.

Il paraît que les bonnes choses ont une fin. Voici venir la fin du concert. Pas déjà !L’homme et ses musiciens nous saluent et prétendent s’en aller. C’est trop brutal. Ca ne peut être fini ! Pas comme ça. Pas en laissant des points de suspension entre nous. Il n’a pas chanté Bonendale. Une protestation monde de la pelouse à coup de « une autre » et de « Bonendale ». Devinez de qui vient la seconde expression Clin doeil? Non le chanteur nous fait le coup de la fausse fin. Il ne peut en être autrement. J’en guette la confirmation sur les visages des siens qui me rassurent. Il revient. Yes ! Bonenedale arrive. Non ce ne sera pas ma chanson vitamineMecontent, mais il met quand même le feu sur place. Et plutôt deux fois qu’une ! Who’s the boss ?

Etienne Mbappe n’a pas de mal à mettre le feu à la scène et à le communiquer à l’auditoire parce qu’il est visiblement habité par un feu intérieur fait de passion pour la musique et pour ses racines. Parce qu’il semble habité par ce feu intérieur qui fait qu’un humain, dans sa sphère d’activité repousse les limites connues et apparemment établies pour ouvrir des ailleurs et de surprenants autrements. Avez vous entendu le solo rock du plus bel effet au coeur de Na Yo nde ? Ailleurs et autrement. Le talent et la grâce rendent l’insoupçonné matériel. C’est par ce feu intérieur que ces êtres d’exception communiquent aux autres leurs embrasements, et l’on peut ainsi affirmer avec l’un d’eux que le véhicule identitaire des Sawa ne sombrera pas (Bolo Bwa Sawa). C’est ce feu que l’on transmet à ses pairs et à la génération qui vient et l’on peut voir du changement dans les fondements de la culture. Pour moi Etienne Mbappe n’est pas un bassiste qui chante c’est un artiste complet qui communique le feu intérieur, le monde qui l’habite par son instrument, par sa musique, par ses mots et par sa voix. En ce sens, l’album Su la take est porteur de feu pour qui l’écoute et l’entend.

Pour revenir à mes contrariétés de départ, vous savez quoi ? j’ai acheté un autre CD et je suis repartie avec une dédicace. J’ai désormais deux CD un pour la semaine et un pour le week-end (hi hi)  » Etiennobarge, vous avez dit Etiennobarge ? Mais nooooooooooon !!!Rire

Et dans la rubrique les jaloux vont maigrir….

J’ai rencontré l’artiste backstage et le peu que j’ai entrevu derrière de l’homme derrière le musicien ne déçoit pas. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-74.jpg image by maddyspaceL’Etienneaddiction me guette en toute subobjectivité cela va sans dire. Merci aussi pour la gentillesse et la disponibilité. Etienne Mbappe la classe ! Assia à vous les jaloux, quand je vous disais de venir à la Villette…

Maigrir avant de périr comme on dit par chez nous Cool

PhotosconcertEtienneMbappeetSimonNw.jpg picture by maddyspace

Merci à l’artiste pour ce concert incroyable. Je lui pardonne de m’avoir privée de Bonendale et je sais que lors d’un prochain concert je pourrai reprendre ma nationalité  » Bonendale  » le temps d’un concert avant d’être rendue au Bonatene de mes pères.

Impressions subjectives sur les Scènes d’Eté à la Villette (première partie) : un dimanche enchanteur avec Etienne Mbappe et Simon Nwambeben

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-25.jpg image by maddyspaceDimanche 27 juillet, il est dix sept heures vingt quand j’arrive porte de Pantin. Je suis un peu contrariée. En partant de chez moi, je n’ai pas pu mettre la main sur la jaquette de mon CD d’Etienne Mbappe. Et ma dédicace alors ? Après le coup du concert manqué de Juin, je me dirige vers la dédicace manquée. Grhhhh ! Contrariée je suis ! Il fait chaud. La touffeur ambiante fait que les vêtement adhèrent au corps. L’été a momentanément posé ses bagages et les amoureux du soleil sont aux anges. Autour du jet d’eau, une profusion de jambes s’ébattent. Le soleil a la vertu de ramener des sourires et des rayonnements sur les visages des parisiens. Il fait lourd et mes lunettes de soleil ne font pas casquette. Regrettable omission. Les rayons du soleil m’alourdissent la tête. Petite nature que je suis ! Pfttt.

Je ne sais pas où se tiennent les scènes d’été, mais je suis déterminée à ne pas manquer les concerts qui m’ont déplacée et fait traverser la ville sous une température caniculaire et au cœur de ces effluves uniques qui en été s’élèvent dans le métro mettant souvent le cœur au bord des lèvres. Mais ce n’est pas le sujet du jour. Je suis à la Villette et il faut que je trouve le lieu qui matérialisera mes extatiques anticipations. J’ai secrètement pris la nationalité Bonendale histoire de légitimer les bal à terre qui se profilent à l’horizon. Mais chuuuuuuuut ! ! !

Après le rendez-vous manqué du 5 juin pour cause d’accident de la vie, l’univers que je croyais en accord avec mes prétentions à assister au concert du New Morning avait pour moi un rendez-vous auquel je ne pourrais déroger.

A l’époque j’avais prévu d’assister au concert d’Etienne Mbappe en Juin et en Juillet tant qu’à faire. J’ai pris l’option  » encore «  à la naissance. En duala on dit  » ngolo wake  » c’est à dire  » jamais rassasiée  » ou  » les yeux plus gros que le ventre  » si je devais transposer cette expression aux expressions hexagonales. Réduire mon envie de voir deux concerts d’Etienne Mbappe en l’espace de deux mois à de la boulimie serait pour le moins réducteur. La vérité est ailleurs comme dirait l’autre. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-55.jpg image by maddyspaceJe suis juste cohérente dans mes coups de foudre et il se trouve que j’ai pris un coup de Misiya au cœur et que Su la take est venu m’achever. Prise d’otage en terre de beauté. Syndrome de Stockholm, otage volontaire d’un univers musical qui vient au plus près de mes racines et de ma vérité. J’ai par ailleurs une passion viscérale pour la musique de qualité de mon pays et je suis déterminée à défendre et à élever avec mes moyens rudimentaires l’étendard de la musique de qualité qui jaillit du berceau de mes ancêtres. Je le dois à la beauté des sons de ma terre, je le dois aux sons des musiques de mon enfance et aux sons qui rythment les cœurs, les danses, les chants, les respiration de ma terre natale. Ces sons que les véritables artistes savent apprivoiser du moins en partie et les convertir en musique, en mots, en onomatopées saisissantes. Avez vous entendu la séquence de Bonendale sur laquelle Etienne aligne deux onomatopées en  » oohh  » et  » aahh  » ? Comment vous dire ? C’est tout simplement terrible. Ces singulières onomatopées ouvrent un boulevard à l’imaginaire. Au fait d’après mon docteur je ne suis pas folle vous savez ? (hi hi). Je serais Etiennobarge d’après une fidèle lectrice de ce blog. Mais pas du tout ! ! ! ! La preuve je vois s’ouvrir des boulevards dans des onomatopées. Si ce n’est pas de l’écoute chirurgicale c’est un tantinet borderline n’est-ce pas ?

Simon Nwambeben : un musicien qui sort des sentiers battus de la musique convenue et offre une une ouverture vers des univers de beauté en musique.

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-27.jpg picture by maddyspace

Parlant de boulevards, avez vous entendu les mélopées portées par la voix incroyablement ample et puissante de Simon Nwambeben ? Je les ai entendues à la Villette. Ses mélopées et autres onomatopées accompagnent ma mémoire et chantent à l’intérieur de moi. Des sons qui ouvrent des pans de la mémoire et si elles ne nous emmènent pas au Cameroun viennent déposer un peu plus des profondeurs du Cameroun en nous. Ô Cameroun berceau de nos ancêtres …

Le Cameroun déborde de talents méconnus parfois tapis à l’ombre des figures tutélaires et au demeurant respectables de la musique Camerounaise. Mais ces arbres magnifiques cachent des forêts de talents qui jaillissent des quatre points cardinaux de l’Afrique en miniature. Il est temps à mes yeux que dans ma génération et celles qui suivent explosent par delà les limites continentales les mille parfums qui composent l’essence de nos talents et que la renommée acquise ne se cantonne pas une fois encore à un ou deux baobabs vénérés mais qui volontairement ou non, empêchent l’éclosion des autres talents. J’espère qu’Etienne Mbappe, Richard Bona et les autres de cette génération qui ont su s’extraire de la masse et passer les frontières ethnocentrées ne céderont pas à la tentation de l’unicité au dépends de ceux qui légitimement sont dans leurs aspiration. Il y a de la place pour toute l’étendue de l’art musical et vocal issu du Cameroun, comme du reste de l’Afrique. Je pourrais citer de manière non exhaustive, dans la génération dans laquelle je me reconnais des prénoms de femmes et d’hommes qui disent la vitalité et la richesse de la musique camerounaise du Cameroun ou de la diaspora. On les appelle Coco, Joëlle, Avline, Kaïssa, Etienne, Richard, Simon, Gino, Blick, Henri, et bien d’autres. Et plus près de moi Charly qui vient de m’épater avec  » Sacramento «  un album dont je vous reparlerai dans un autre billet. Bravissimo my bro ! Mais revenons plutôt aux raisons de ma présence à la Villette au péril de mon olfaction avant de descendre dans les dédales de mes cogitations déambulatoires. Me voici porte de Pantin essayant de me repérer au milieu des franciliens qui profitent du soleil. Je suis en direction de Bonendale, que dis-je du parc de la VilletteClin doeil ! La place grouille de monde et de vie. Des parents promenèrent leurs enfants, des enfants et des adultes jouent ça et là. D’autres personnes allongées sur l’herbe profitent des rayons du soleil pour bronzer. C’est l’image même de la vie que de se faufiler entre ces personnes pour trouver la scène qui m’appelle. Je m’attends à découvrir sur scène un jeune chanteur que je n’ai jamais vu en live mais dont l’authenticité, la puissance vocale et l’univers m’invitent à la découverte. Bien qu’impatiente d’entamer mon voyage vers le Bonendale d’Etienne Mbappe, je ne veux pas qu’il devienne dans mon esprit un baobab qui m’empêche de voir le talent de Simon Nwambeben. Il y a un temps pour toutes choses. Alors que je me dirige vers le lieu du concert, je règle mes pendules intérieures à l’heure de Simon Nwambeben et comme j’ai eu raison de le faire. Ce tour de chant tout en simplicité et en intelligence a été de toute beauté. En arrivant, discipline et respect pour l’artiste qui passe en premier oblige, mon être entier se positionne sur 17h30. Le rendez-vous de 19h30 viendra bien assez tôt. Pas trop tôt mais les meilleures choses se laissent attendre n’est-ce pas ?

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-24.jpg image by maddyspaceParce que je connais la musique du jeune chanteur inventeur du Bitibak, je sais que je ne devrais pas être déçue. Simon Nwambeben a une de ces voix qui dès qu’elle vient à votre rencontre vous attire comme un aimant jusqu’à lui.

Sur la scène, apparaît un homme vêtu d’un ensemble entre le mauve et le rouge. C’est un homme dont la petite taille tranche avec l’amplitude vocale. Il débute le concert sans bousculer un auditoire. Sa voix vient à notre rencontre sur la pelouse et capture notre attention. Il a la capacité de prendre des envols vocaux magnifiques. Mais où a t-il donc appris à poser sa voix de la sorte ? Simon Nwambeben est de ces chanteurs qui vous prennent par la main et vous emmènent en voyage. Nous montons avec lui dans la voiture qui l’emmène vers son village, une voiture dans un état pittoresque (la mienne).

Nous accompagnons sa mémoire alors qu’il raconte cet ami trop tôt disparu dont il invite la mémoire à danser au rythme de la musique de son hommage. Le concert est ponctué d’anecdotes qui laissent passer l’humour et l’auto dérision du chanteur quand il fait allusion aux canons de beauté pour les hommes en occident. J’ai aimé l’anecdote sur le sondage sur l’homme idéal. Un moment savoureux qui a fait rire l’auditoire. Passant de la guitare aux percussions avec aisance Simon Nwambeben apporte au cœur de la Villette les rythmes de son cœur, de sa terre, de sa mémoire. Les rythmes qu’il a apprivoisés jeunes au travers d’une guitare de sa fabrication. Savoureuse anecdote que celle qui encadre la fabrication de la guitare et dévoile des fiertés tout en noblesse dans ses affirmations au cousin présent dans l’anecdote. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-14.jpg image by maddyspaceNous sommes pendus à ses lèvre quand il raconte entre deux chansons ces anecdotes qui font le lien avec la musique et nous invite dans une langue que nous ne connaissons pas. De temps en temps, l’homme tranquille qui semble protégé par sa guitare et semble abrité derrière lunettes laisse affleurer un subtil déhanchement qui s’amplifiera au fur et à mesure que le concert avancera. Sous la chaleur de juillet il laissera tomber la veste pour nous livrer un solo magnifique aux percussions. L’affaire n’en restera pas là. A la fin du concert le chanteur est chez lui et il nous offre des contorsions qui semblent être des danses traditionnelles de sa région si j’en crois les danses en écho d’une dame de l’auditoire qui se mouvait dans des contorsions similaires et qui connaissait les chansons par cœur.

On peut faire sa fière un temps mais la fin du concert m’a surprise devant la scène sous le prétexte de faire quelques photos et j’ai bien dansé.

De nombreuses personnes du public en toute liberté dansaient, tourbillonnaient, parfois en rythme, parfois non, mais tous dansaient au son de la liberté de se laisser aller à l’instant. Sur la scène un guitariste, un bassiste, et un percussionniste habité et deux choristes accompagnent le chanteur. Il va de l’un à l’autre, et les musicien se parlent sans rompre le rythme du concert et ce qui frappe c’est que les échanges se font au cœur d’un sourire. Les deux choristes ont des jolies voix qui se marient bien avec la puissance vocale du chanteur. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-23.jpg image by maddyspaceLe bassiste fidèle aux traditions séculaires des bassistes, il ne sourira pas, ou alors quand je ne regardais pas. A la fin du concert, le chanteur est torse nu. Heu… Il faut croire que derrière l’homme apparemment tranquille se cachent d’intéressants embrasements qui communiquent le feu l’air de rien.

J’ai bien aimé la simplicité avec laquelle il rend hommage en une phrase au grand frère qui arrive. C’est ça le passage de témoin inter générationnel que j’aime, celui qui est intrinsèque à l’Afrique réelle celle qui fait coexister les générations celle qui fait coexister changement et continuité. Simon Nwambeben annonce que le grand frère va mettre le feu et avant de lui laisser la place il ne se gêne pas pour nous entraîner dans un moment embrasé. Simon Nwambeben a réussi l’exploit d’habiter son concert d’une façon telle que pendant sa prestation il occupait l’espace de mon attention. Le grand frère viendrait après pour mettre le feu. En fait Etienne Mbappe arrivera avec un incendie dans sa basse. Mais ça c’est une autre histoire.

Merci à Simon Nwambeben pour le moment de toute beauté qu’il a offert aux spectateurs de la Villette et à moi. Depuis j’emporte dans ma mémoire sa voix magnifique qui dit quelque chose comme  » Ma aaaaaah aaahhhhhh «  C’est d’une beauté qui me touche parce son univers est fait d’authenticité et de simplicité. Ma mémoire dans sur Ah Meh Kone. J’emporte des sons de guitare comme l’intro de Nde beh nkeh qui ouvre sur un déchaînement ultérieur de sons tant à la basse qu’aux percussions. Simon Nwambeben, à mes yeux une belle confirmation sur une scène d’été à la Villette, un dimanche de juillet, et un moment comme je les aime. Bravo à lui et à son groupe.

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-15.jpg picture by maddyspace

12

Couissiz |
Ker Gwen |
Le Blog de Coco |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Entrez dans mon univer de m...
| Réalité ou rêve ?
| formation-continue-à-l'ubo