Si vous croisez Toguy, dites lui…: hommage à Toto Guillaume.

Dans nos parcours de vie,  nous faisons des rencontres virtuelles ou réelles mais qui marquent nos mémoires, nos émotions, nos sens. Il y a dans ma mémoire des musiques qui sont le verso de la mémoire de mes racines. Ce sont des rencontres qui ont fondé mon rapport à la musique et qui sont en filigrane dans mes coups de foudres en musique. Ce billet inaugure mes hommages à ceux qui ont marqué ma mémoire au coeur du patrimoine musical de ma mémoire, de mon enfance, des sons de ma terre. Ce seront des hommages sans être des hagiographies, juste des rapports subjectifs à une musique, un artiste ou des anecdotes dans lesquels leur musique a une place. Ce sont des musiques qui font partie du patrimoine musical de mes terres intérieures. Laissez moi vous parler de Toto Guillaume, alias Toguy.

 n21085252829_991464_4240.jpg picture by maddyspace

Dans les années 70/80 au cœur de la profusion musicale ambiante, une nouvelle génération vient enrichir les sons du Makossa (musique née dans le littoral du Cameroun). Des voix, des chansons qui demeurent dans la mémoire collective comme des classiques. Emile Kangue, Nkotti François et bien d’autres signent des mélodies qui deviennent pour beaucoup des classiques. Dans cette nouvelle génération, un visage, une voix,  un talent, du génie, celui de Toto Guillaume, alias Toguy.
Je me souviens d’un album chez mes parents « les black styl’s à Paris ». Ah la pochette ! Tout un poème. Sur cette pochette, au cœur de la nouvelle génération, il était là, au milieu des autres mais offrant déjà les prémices des années d’éblouissements à venir pour ceux qui aiment le makossa et plus largement, la musique. Et pour ne rien gâcher l’homme est beau. Caramba papa enferme moi à la maison (hi hi) ! Le rapport à la musique est forcément subjectif mais le talent et la classe de Toguy sont de ceux qui font converger nos subjectivités vers des affirmations consensuelles. Affirmation consensuelle sur la qualité et l’originalité des mélodies qu’il a apportées au patrimoine musical Camerounais. Je vous encourage à le revisiter ou à aller à sa rencontre. Vous serez surpris de la modernité des sons et de la profondeur du sens. De Françoise à Dibena, de Issokoloko à Mont Koupé l’homme a déposé des joyaux dans ce patrimoine et des sourires dans bien des souvenirs. Il nous a aussi offert de belles émotions en nous invitant quelquefois dans ses intimes mélancolies. Je me souviens du cri bouleversant du fils à une mère exilée en terre de déraison « Na diane nyongi we, na diane nyongi…son binyo bweya mba ndedi ». J’ai encore besoin de ma mère ma mère criait il en substance dans Emene Marie. Ce chant de finira jamais de m’émouvoir. Qu’on le veuille ou non, et quels que soient nos âges la pensée de nos mères a le pouvoir de mettre l’adulte en pause pour inviter l’enfant à émerger. Quand la mère s’absente de cette manière ou pour toujours il y a en nous un enfant, en position fœtale qui crie
« j’ai encore besoin de ma maman s’il vous plaît ayez pitié de moi ».
Je me souviens aussi de Rosa et des surprises-parties de nos sages jeunesses (lol). Caramba qu’il était beau sur la pochette pensaient nos hormones adolescentes. Mes hormones adultes semblent du même avis mais ce n’est pas le propos.
Y a t-il quelqu’un qui comme moi entend dans sa mémoire la complainte chantée dans Angèle ?  « Angèle o Angèle o na bwa ne  eeeee », dès les premières notes nous prenions « air Toguy » portés par sa voix et sa guitare et nous montions. Pas besoin de parachute de sécurité nous savions que l’atterrissage serait maîtrisé par le savoir faire exceptionnel de Toto Guillaume. Alors c’est sans prendre de risque que j’ai souvent pris « Air Toguy ». Ce vol n’était pas du genre « Air peut-être » (private joke pour ceux qui ont connu les fantaisies horaires de Cameroon Airlines). Chez Toguy la qualité du voyage en musique était assurée. Je ne me souviens pas d’une seule déception à l’écoute de Toto Guillaume. Les subtiles percussions qui soutiennent la chanson Angèle demeurent modernes. C’était le temps durant lequel les chansons Makossa avaient toujours une rupture musicale vers le milieu pour nous obliger à changer le rythme de nos danses. Je me souviens que sur les pistes de danse nous attendions ces ruptures qui le temps d’un instant mettaient comme une osmose à nos trémoussements.
Oh le souvenir de « Dibena » ! Nous tournions et virevoltions sur son injonction chantée même si nous ne comprenions pas réellement l’essence du chant. Pour moi ce chant ne se ride pas « keka yombo le na mombwa nga o tondi mba ! » (Essaie de tourner et laisse moi voir que tu m’aimes). Pas moyen d’écouter cette chanson en restant stoïque. La chanson invite mes sourires et des contorsions corporelles.
Ce qui m’émerveille aussi chez celui que l’on appelle Toguy c’est la profondeur de ses paroles et comment il sait mettre en musique les proverbes et des expressions qui font partie du patrimoine Sawa (région cotière du littoral du Cameroun) charriant des images qui appartiennent à un être ensemble dans lequel chacun de nous rencontre un peu de lui. Parfois les images sont de celles qui participent de la dimension mystico-légendaire propre à nos cultures.
Je vous invite à vous plonger dans « Elimbi na ngomo » « Mbella na wuba », « Douala Mbedi na sawedi », « Ndom’a mumi », « o bia te ndolo »,  qui font de mon point de vue partie des classiques pérennes de la musique camerounaise. Il serait utile de les dépoussiérer pour rappeler à la jeune génération que la qualité ne vieillit pas. La musique de Toguy n’est pas de la musique fast food c’est de la musique pour gourmets. C’est une musique qui, si elle devait prendre des rides ne devrait prendre que des rides d’expression, comme celles que le bonheur dépose au coin des yeux et  des lèvres pour avoir souri, pour avoir ri, pour avoir vécu. La musique de Toguy est de celles qui traversent les décennies parce que le sens et le son y font bon ménage. Et même quand il se met au service de la musique d’autres chanteurs son génie et sa classe  éclatent sans entrave. Son boulot sur le Beneground de Douleur tutoient la perfection. Caramba. Mais où êtes vous Toguy ?
2_grande.jpg image by maddyspace

Si vous croisez Toguy  dites-lui qu’il nous manque.
Si vous croisez Toguy  dites-lui que ses harmonies nous manquent.
Si vous croisez Toguy  dites-lui que son inventivité nous manque.
Si vous croisez Toguy dites-lui qu’au delà de tout, c’est lui qui tout entier manque à la musique.
Si vous croisez Toguy  dites-lui que si par hasard l’échange avec nous son public lui manquait, il peut revenir en confiance. Nombreux sont ceux à qui il manque et qui espèrent en son retour.

Si vous croisez Toguy, pensez juste à lui dire MERCI.

merci.gif picture by maddyspace

Impressions subjectives : Kaïssa Joyau de ma terre -une artiste tout en finesse sous une voix remarquable

l_eac44c278dfadc2b6c5835dd64632f6a.jpg picture by maddyspaceLaissez moi vous raconter mon coup de cœur du moment. Ceux qui fréquentent cet espace savent probablement que mon rapport à la musique passe par la case  » cœur « . Oh ! Il y a bien des mélodies qui le temps d’un instant m’invitent à la danse, touchent mon sens esthétique, ou répondent à une ambiance, à un moment. Et il y a les artistes. Ceux qui peignent par leur musique, leurs voix, leurs instrument une toile dans laquelle quelque chose en moi trouve sa place. L’une de mes belles rencontres est celle avec l’univers de miss Kaïssa Doumbe, artiste et chanteuse originaire de ma terre natale. Encore le Cameroun me direz-vous ? Mais est-ce ma faute si de cette terre jaillissent des talents aux facettes multiplesCool ? Réponds-je sans camerounocentrisme exacerbé il va de soi Clin doeil! Il faut reconnaître par ailleurs que quand les mots sont chantés avec maestria portés par la langue du plus intime de moi, aucun mot ne saurait atteindre ce que je ressens. Je me contente de prêter la maladresse et les limites de mes mots pour dire ce que m’a offert par son Album Kaïssa, magnifique chanteuse au sourire et à la voix invitants.

Je connaissais Kaïssa par la réputation de choriste qui la précède depuis bien longtemps. Elle a accompagné au fil des ans bien des artistes qui ont reconnu la valeur ajoutée de sa voix et de son phrasé uniques. CharlElie Couture, Manu Dibango, Salif Keita, Cesaria Evora, ou Diana Ross y seront sensibles et utiliseront pour les accompagner cette voix qui allie chaleur, joie, puissance, et vivacité. La voix de Kaïssa.

Comment vous décrire la voix de Kaïssa ? C’est une voix qui jaillit d’elle et arrive jusqu’à vous pour vous happer dans son univers, dans l’univers qu’elle raconte.

l_bd18c4a7b536e8fa4265a2546bf3fe9e.jpg picture by maddyspaceJ’ai découvert cette chanteuse en écoutant et en la voyant chanter  » Alea so  » qui est sur le blog depuis fin 2007. L’énergie et la puissance vocale de Kaïssa m’avaient déjà marquée. Mais ces dernières semaines, je me suis laissée entraîner dans son univers au travers de son album  » looking there « . Il est vrai que l’album date de 2004 et que j’aurais mis du temps pour le découvrir.  » My oh my «  comme on dirait du côté des Amériques où s’est installée l’artiste. C’est un album remarquable à mes oreilles. Remarquable dans les textes et dans les musiques. Ses musiques sont le fruit d’un métissage réussi entre les rythmes de son Cameroun natal qui invitent ceux d’ailleurs à leur donner de l’amplitude. Les rythmes se marient et se répondent guidés par sa voix unique et maîtrisée quel que soit l’univers musical qui se laisse découvrir. L’album s’ouvre sur un chant de ralliement  » Essimo «  qui parle à ceux qui au nom de leurs intérêts se sont arrogés le droit de piller notre Afrique.  » Au nom de quel dieu avez vous versé notre sang ?  » chante l’artiste. Même quand on ne comprend pas les paroles il y a ces percussions universelles qui résonnent dans l’Afrique intérieure tapie dans les fils et filles d’Afrique et devrait parler aux tripes de plusieurs. C’est aussi un chant qui appelle à aller de l’avant.  » Essimo, biso bese o boso « .

Je m’associe à ce cri qui rencontre les miens, mes cris d’Afrique. Comment voulez vous que je ne devienne pas Kaïssaddicted ?

Il y a bien des joyaux dans cet album parmi lesquels un chant  » To nje «  qui raconte la nostalgie de la terre natale, de ce mboa que l’on emporte dans nos exils, que celui qui est loin de chez lui recherche dans un son, dans une odeur, dans une image. Son cri me touche  » mes bien aimés aidez moi à ne pas oublier mon chez moi  » et il y a aussi ce  » où que j’aille, quoi que je fasse je recherche mon chez moi « . Ce chant magnifique je vous laisse le découvrir sur My Space. C’est un joyau.  » Ni mboa na yabe no mo nde na ma wasa no, mo nde mba na kiye no, ni mboa na yabe no mo nde nye mba nyongi «  (ce pays qui m’a vue naître c’est lui que je recherche, c’est lui que je chéris. Le pays qui m’a vue naître c’est lui l’objet de mes désirs.) C’est mon coup de cœur en majuscule. Merci Kaïssa d’offrir à ceux qui sont loin de chez eux un chant de plus pour accompagner en beauté nos nostalgies de la terre natale. Et quand la nostalgie est portée par une mélodie bien rythmée et cette voix qui s’habille de graves juste pour aller toucher au plus profond de nous nos vérités de migrants. Ma KaïssaddictionRire s’aggrave, et pour cause.

Il y a quatre morceaux qui dévoilent un peu de son univers intime.  » Mumi «  belle déclaration d’amour à l’homme de sa vie. Ce qui dans une autre voix pourrait rejoindre le cortège des chants d’amour un peu mièvres devient une déclaration assurée d’une femme qui aime. Une affirmation tranquille sur un rythme entêtant. Le choix rythmique, les arrangements et le phrasé choisi font que le chant sort de la banalité et devient unique. Pourtant elle dit des choses déjà entendues autant de fois que des femmes et des hommes se sont déclaré leur flamme. Comment se fait-il que sa chanson évite l’écueil de la banalité et du poncif musical ? Et si c’était le talent tout simplement ? » Eyoum  » et  » Sangwam «  Sont des chants en hommage au frère et au père disparus. Ce sont des chants d’amour et de douleur d’une grande beauté. Kaïssa chante l’absence de ce frère auquel elle rend un bel hommage. D’une phrase elle effleure avec pudeur les larmes de la mère et la tentative de ceux qui restent pour consoler celle qui pleure son fils. Quiconque a croisé cette douleur dans le regard de sa mère entend sans peine le monde tapi derrière cette phrase. Et il y a ce père parti lui aussi pour le grand voyage. Kaïssa chante l’absence du père et la méchanceté de ceux qui comme des charognards se repaissent de cette perte immense. Il est des vautours qui dansent autour de la douleur des autres… Quiconque a eu la douleur de connaître ces amputations latérales ou au-dessus de soi devrait se reconnaître dans ses mots quand elle appelle l’entourage à mettre un frein à leurs méchancetés. La force d’un artiste est d’universaliser l’intime et de rappeler à ceux qui marchent dans un chemin similaire qu’ils ne sont pas seul et que leur expérience intime est celle de milliers d’autres. La force de l’artiste est d’offrir à ceux qui marchent dans cette vallée de chagrin un chant qui leur permet de laisser sortir d’eux le flot émotionnel sans se mettre en danger parce qu’ils peuvent emprunter les mots d’un autre pour parler de soi. Quand l’artiste se fait consciemment ou non médiateur de nos déluges émotionnels. Kaïssa rend un bel hommage à sa mère dans  » Joy « .  » Il est beau de t’aimer. Je remercie Dieu de t’avoir dans ma vie.  » Lui chante-t-elle. Quel bel hommage à une mère que celui de la définir par, et de la lier à la joie qu’elle est pour son enfant n’est-ce pas ?

La conscience politique et sociale de Kaïssa l’américaine se laisse rencontrer au travers d’un  » Big Brother «  qui dit avec force la condition des laissés pour compte des ghettos. Ceux qui n’existent que pour les politiques qu’en période électorale. Kaïssa une femme dans son époque.

Les autres chansons de l’album sont tout aussi magnifiques. Elles chantent la trahison en amitié ( O si keka). L’importance d’écouter les conseils, notamment ceux de ses parents quand on est enfant (Senga), l’importance de demeurer dans l’espérance quand on s’attend à quelque chose (Ombwa te). C’est une chanson remarquable aussi bien vocalement que dans le texte. Et la musique ! ! ! !  » to lambo na lambo nja… « 

Et il y a le Alea so qui est une interdiction formelle de rester assis.

Kaïssa a réussi un album qui marie des sonorités transfrontalières qui habillent de fort belle manière sa voix et son remarquable phrasé.

C’est un album d’une grande richesse par lequel la chanteuse nous invite dans son univers intime, dans ses prises de position socio-politiques, bref nous invite à regarder au travers de la finesse de son regard, celui d’une femme dans son époque.

Au fait savez que dans la région natale de la chanteuse le mot Kaïssa parle de royauté ?

Si j’avais un reproche à faire à Kaïssa ce serait celui de ne pas nous offrir en France et au Cameroun l’occasion de la voir sur scène. Quand venez-vous Kaïssa ?l_5736e2fab25c4a6d3d4d8ca65a45164f.jpg picture by maddyspace

 


Vous pouvez découvrir plus avant l’univers de cette artiste ou acheter son disque en visitant son site :

http://www.kaissa.com/html_f/intro.html

ou en allant sur My Space.

http://www.myspace.com/kaissa1

Image de prévisualisation YouTube

Ainsi parlait l’Abbé Pierre : Souviens-toi d’aimer !

abbepierre1.jpg« Vivre c’est apprendre à aimer «  

  »Le pouvoir est fait, non pour servir le pouvoir des heureux mais pour la délivrance de ceux qui souffrent injustement »

  »On n’est jamais heureux que dans le bonheur qu’on donne. Donner c’est recevoir »

 » Que ceux qui ont faim aient du pain ! Que ceux qui ont du pain, aient faim de justice et d’amour »

 » L’amitié c’est ce qui vient au coeur quand on fait ensemble des choses belles et difficiles « 

  » Avec tout l’argent du monde on ne fait pas des hommes, mais avec des hommes et qui aiment on fait tout »

Quelques mots d’un homme qui ne s’est pas contenté de parler mais qui a agi en accord avec ses paroles.

Merci à lui.

Couissiz |
Ker Gwen |
Le Blog de Coco |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Entrez dans mon univer de m...
| Réalité ou rêve ?
| formation-continue-à-l'ubo