RESTAURER LA DIGNITE DES GRANDS HOMMES D’ETAT FAUSSEMENT ACCUSES D’ETRE DES DICTATEURS CORROMPUS .

Décrypter les enjeux derrière de prétendues révolutions : Gloire à Mouamar, Hosni et Zine el-Abidine et à leurs pairs d’Afrique noire

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Camarades et véritables patriotes du monde entier, l’heure est grave. Il se lève un vent curieux qui, sous des djellabas dévoilent des révolutionnaires dangereux. Vous savez cette engeance qui croit qu’à coup de vociférations elle changera le cours de l’histoire. Quels idiots ! Si la rue changeait les sommets de l’Etat cela se saurait. Ce n’est pas parce qu’un roi mou et cocu a perdu la tête en 1793 en France que des gueux vont se mettre à penser que la rue peut infléchir le cours d’une nation.  La France, grande donneuse de leçon devant les nations a prétendu se débarrasser de la monarchie pour installer via la cinquième république des présidents aussi éloignés du peuple que les rois d’antan. Des hommes plus accrochés aux apparats qu’au fait d’améliorer l’ordinaire des peuples. Ainsi vont les « révolutions », les populations payent de leur vie la reproduction sociale des élites aux sommets de l’Etat.


Alors le vent de liberté apparente qui souffle dans les pays dits arabes aujourd’hui ne cache pas des Che Guevara sous chaque djellaba. Que nenni ! Si le pouvoir appartenait réellement au peuple cela se saurait. L’on ne va tout de même pas confier les rênes des nations à des incompétents sous prétexte qu’ils vocifèrent sur une place publique !


Si ces gens avaient eu du courage ils se seraient élevés à la force du poignet comme Leila Ben Ali, une femme qui force le respect. Elle est passée en quelques années de shampouineuse à milliardaire. Qui dit mieux ? Le rêve tunisien a détrôné le rêve américain. Vive la Tunisie, terre de tous les possibles.


De surcroît, pas égoïste pour un sou elle a permis à d’autres tunisiens de connaître l’ascension. Ce sont des membres de sa famille ? Et alors ! La solidarité familiale est l’essence même de notre beau continent. On ne va tout de même pas reprocher à une shampouineuse devenue milliardaire de n’avoir oublié  ni sa famille, ni ses racines. Non ?

Ceci dit elle aurait pu conseiller son époux sur la couleur de ses cheveux. Ce noir !!! On dirait un ersatz de Moubarak.


Il est temps de remettre les choses dans le contexte pour ne pas nous laisser berner par ceux qui veulent déstabiliser nos nations.


Kadhafi le premier empereur de l’Afrique unifiée sous sa direction éclairée l’a dit. Et la parole de notre empereur (loués soient les dieux d’ici de là et d’ailleurs pour le don fait à la terre par la manifestation du glorieux guerrier, lumière de nos vies, néon qui éclaire nos nuit, astre éblouissant de l’aube, Mouamar de nos cœurs frétillants) est sacrée et a force de loi.


Depuis la révolution dite de jasmin, les esprits s’échauffent. Que n’entend-t-on dire ça et là ? Des hommes d’honneur sont livrés à la vindicte populaire, jetés en pâture au jugement des nations. Des pays qui sont depuis toujours des modèles de grandeur et de noblesse sont présentés comme des lieux liberticides et fossoyeurs de la démocratie !

Il est temps que des esprits éclairés se lèvent pour dénoncer le tourbillon médiatico-impérialiste qui veut entrainer peuples et nations dans le chaos.


Oui camarades !  Si la révolution était réelle, la France,  dépositaire universelle du brevet de la révolution réussie (foi Danton, de Bonaparte de Sarkozy et de Cohn Bendit) aurait authentifié et soutenu le mouvement. Si la Libye, l’Egypte ou la Tunisie avaient été les proies d’autocrates corrompus qui bâillonnaient le peuple, la France, chantre mondial de le défense sans concession des droits de l’homme les auraient dénoncé avec force. Il n’y a qu’à voir l’autorité avec laquelle le président français toute virilité dehors a sommé Laurent Gbagbo de quitter la présidence de la Côte d’Ivoire et l’obéissance immédiate de ce dernier qui s’est depuis exilé en nouvelle guinée où il apprend à parler le Poulpe. Vive la France de l’incantation creuse.


Visionnaire entre les visionnaires, madame le ministre des affaires étrangères a proposé le savoir-faire de la police française pour régler les questions sécuritaires liées aux manifestations en Tunisie. Elle avait tout de même survolé le pays en jet privé sans percevoir le moindre battement de cils anti Ben Ali. La révolution de jasmin n’a au vu de l’analyse pertinente des politiques français, aucune légitimité sinon la France l’aurait dit.


Oui camarades, un complot est ourdi  par les forces du mal contre l’Afrique pour l’asservir à nouveau. Il a commencé par enflammer le Maghreb et le Machrek avec pour fin de soumettre les peuples en les privant de leurs guides et protecteurs suprêmes. Félonie ! Ne l’ont-ils pas fait ces affreux du temps de Chaka ? Assassinant un de nos chefs pour posséder nos terres ?  Résistons avant que l’Apartheid ne revienne gangrener le continent entier.


Peuples d’Afrique subsaharienne levez-vous pendant qu’il est temps et protégez avec force les dinosaures qui sont à la tête de nos nations. Ils veulent contaminer nos populations par des révolutions chimériques. Heureusement que nos guides d’Afrique noire tiennent trop à la sécurité de leurs fonds détournés heu que dis-je à la sécurité de nos nations pour les laisser piller par des chacals. Gloire à eux, sauveurs suprêmes. L’on ne va tout de même pas sacrifier ces hommes d’expérience pour des chimères portées par de prétendus opposants. Gloire à nos guides qui pillent nos terres pour notre nous garder purs et protégés des excès.


Quel abus y a-t-il lorsqu’un président, guide bienveillant et suprême d’un pays décrète un état d’urgence qui dure trois décennies ?Qui a fourni la moindre preuve qu’il n’y avait pas d’urgence en Égypte depuis la mort de Sadate ? 

Pendant les trente ans de pouvoir de Hosni le magnifique pas le moindre enlèvement de pyramide ! Sans l’état d’urgence décrété par le bien aimé Rais, qui peut nous garantir qu’il y aurait encore la moindre pyramide en Égypte ? Et de vous à moi, qui irait douter d’un homme qui, à 80 ans assume sans difficulté le ridicule du cheveu noir jais, voire corbeau ?

Hosni Moubarak, grand seigneur jusqu’au bout se proposait de consentir au sacrifice suprême, confier à terme les rênes du pays à son fils, la chair de sa chair. La dynastie des Moubarak au service de la grandeur de Égypte. Par malheur le cirage avec lequel il enduisait ses cheveux aura dû couler sur ses yeux et voiler son discernement, sinon il ne se serait pas laissé tromper par son entourage et aurait rejoué la pacification de la place Tien an Men au cœur de Égypte. Si seulement il avait accepté d’être chauve ou assumé de cheveu poivre et sel… La coquetterie de trop aura privé Égypte d’un pharaon de grande envergure et à peine octogénaire.  


Comment par ailleurs peut-on trainer dans le boue le nom d’un homme honorable l’accusant de népotisme, de corruption, de gabegie, et de prévarication ? N’en jetez plus ! Tout scientifique, même le plus médiocre est informé du fait qu’il y a des phases obligatoires de test avant de mettre à la disposition du public des produits et autres découvertes. Une découverte majeure se teste sur une petite échelle. Le projet de Ben Ali le Grand était l’enrichissement exponentiel de tout tunisien. Puits de sagesse et homme prudent, le guide président a fait le choix de tester « la molécule d’enrichissement rapide » sur un groupe témoin appelé les Trabelsi. Il fallait d’une part voir si l’on pouvait passer d’un état de quasi pauvreté à celui de milliardaire en quelques années. Cette preuve faite il fallait tester les changements induits sur le groupe teste après son enrichissement. Ce n’est qu’après ces vérifications de sécurité primaire qu’il allait déployer la technique au peuple entier.  Les esprits chagrins le suspectent de népotisme sous prétexte qu’il s’agit de sa belle-famille ?  Quel être sensé enrichirait sa belle-famille au détriment de sa propre famille ? Du bon sens diantre !

Par ailleurs, le guide suprême de la nation tunisienne a mis en péril ses proches en les faisant cobayes de la croissance future de la nation. Mais il a fallu qu’un homme contrarié se prenne pour un méchoui sur la place publique et les tunisiens ingrats et sans vision ont sacrifié leur guide, digne successeur de Bourguiba (qu’il a en passant participé à destituer pour le bien de la nation) à l’émotion.

La fortune de son clan ne s’élèverait à 5 milliards de dollars après vingt-quatre années au pouvoir ? Et alors ? Ben Ali travaille. Ce qui, je le souligne en passant n’est pas le cas de Liliane Bettencourt ou de Caroline de Monaco ! Qui est descendu dans la rue pour les destituer ? Ne crions pas au racisme tout de suite mais il se lève en moi comme un soupçon. Pas joli joli tout ça !


Cinq milliards de dollars ? C’est tout ?  Une telle misère ferait rire aux éclats quelques souverains rapaces ça et là sur la planète. Comparé à d’autres c’est à peine de quoi offrir un apéritif à des malades du kwashiorkor dans Éthiopie du milieu des années quatre-vingt !

Si on lui avait laissé du temps, il aurait pu étendre l’expérience de l’enrichissement exponentiel à tout le peuple, la Chine serait venue prendre des leçons de croissance en Tunisie. Le manque de vision aura stoppé  l’histoire en mouvement. La Tunisie ne sera pas la première puissance mondiale pour cause d’autodafé inopportun.


Et voilà qu’aujourd’hui, pour tout couronner, l’on déverse comme des ordures par une benne, et sans la moindre réserve, des tombereaux d’injures sur un homme de bien : Mouamar le Merveilleux ! C’est ainsi que l’on salit la réputation d’un pacifiste, d’un homme équilibré. Cet être supérieur a durant quatre décennies consacré sa vie, son génie et son aura au service de la grandeur de Libye. L’homme et son clan auraient une fortune estimée à  120 milliards de $ (87 milliards d’euros). Est-ce cher payé pour 40 années dédiés à la grandeur de la Libye ? Est-ce cher payé pour l’artisan de  la pacification du Tchad, l’unité africaine, la protection des immigrants d’Afrique subsaharienne et la sécurité aérienne internationale ? Sans Kadhafi, la Libye ne serait pas, le monde ne serait pas, les galaxies ne seraient pas, le soleil non plus. Mouamar Kadhafi est l’Etre absolu la réponse à toutes les questions de l’univers.


De toutes les façons, si l’on considère que Moubarak et son clan ont environ 70 milliards de dollars pour dix ans de moins à la tête d’une nation, et en comptant les heures supplémentaires et les congés payés, la fortune des Kadhafi est amplement méritée et est de la roupie de sansonnet au regard des du Guide suprême (que son nom soit chanté par des vierges sur tous les continents de génération en génération)  et ses apports à la Libye et au monde.

De plus le guide visionnaire au visage remodelé -pour mieux plaire à son peuple chéri- a mis ses fils au travail pour le bien de la nation.


Comment peut-on suspecter le Guide suprême de la Grande Révolution libyenne d’être un tyran sanguinaire ? D’accord un peu excédé par les enfantillages d’un peuple aux caprices adolescents sur la place publique, il traite ces grands enfants de drogués avec des vociférations hallucinées. Nous n’allons pas pinailler sur les mots tout de même !

En effet, ne faut-il pas être sous l’effet de quelque substance opiacée ou  de quelque autre hallucinogène pour imaginer la Libye sans Mouamar l’immortel et sa famille ? Kadhafi est la Libye, cette dernière n’est pas sans lui. Qu’on se le dise.


En bon père du peuple conscient que ce dernier ne peut vivre sans lui se propose d’orchestrer le « suicide » d’une nation plutôt que de la laisser entre les mains des étrangers qui haïssent la Libye. Kadhafi a promis un bain de sang si le peuple ne retrouve pas la raison.


En effet si au final ces chochottes de Ben Ali et Moubarak n’ont pas eu la virilité affirmée et manifestée par quelque excroissance testiculaire pour rester au pouvoir, Mouamar ne cèdera pas. Il en a lui ! Et ses fils aussi. Que son look de drag queen massacrée par un chirurgien esthétique ne trompe personne. Lla diva Mouamar n’est pas une femmelette, c’est un homme, un vrai. En matière de « cojones », il en remontrerait à une escouade de zébus en rut. Il est mâle jusqu’à la déraison. Personne ne lui prendra son jouet.  Il préfèrera le bain de sang plutôt que de livrer son cher pays à des hérésies telles que la démocratie ou la liberté.


Quels sont donc ces peuples qui ne sont pas fichus de s’élever au-delà des considérations aussi prosaïques que la faim, le chômage, ou la liberté d’expression ? On accuse des dirigeants d’affamer des peuples alors qu’ils les éduquent spirituellement par l’ascèse ?


L’heure est au grand n’importe quoi et les médias dominants tordent le sens des faits pour priver des nations entières d’hommes valeureux qui ont prouvé depuis toujours leur attachement féroce à la construction de leurs nations. Comment est-il acceptable que nul ne s’offusque de ce que l’on ose qualifier ces nobles âmes  des pires qualificatifs ? Fort heureusement, la France, patrie des droits de l’homme et étalon de mesure interplanétaire du respect des droits de l’homme et du citoyen, par le soutien, la fourniture des armes et des amitiés durables avec ces êtres supérieurs rappelle à nos consciences engourdies que les « révolutions » actuelles sont illégitimes et sans fondement.


A bas les Guevarra d’opérette en djellaba, boubous ou pagnes la liberté et la démocratie sont des chevaux de Troie des puissances coloniales. Ne nous laissons pas tromper. De toutes les façons Jacques Chirac, grand visionnaire n’a-t-il pas dit que l’Afrique n’était pas mûre pour la démocratie ? Si la France, championne du monde des droits de l’homme et de la diplomatie éclairée le dit, cela doit être vrai.


C’est la France qui déroule le tapis rouge à Kadhafi, à Hu Jingtao pour décrocher des contrats et à Bongo, Biya, Compaoré, Sassou Nguesso, Nguema et les autres pour des raisons encore plus opaques pour lesquelles les peuples d’Afrique subsaharienne n’ont pas fini de payer. Qui aurait en Afrique Subsaharienne l’idée folle de s’opposer aux tentations monarchiques de Wade, Biya ou Nguesso ? La révolution de jasmin sous l’équateur ? Et puis quoi encore ?  Parce que la citronnelle est finie chez nous ?


Dormez tranquilles indéboulonnables guides de nos peuples assoupis. Continuez à vous croire intouchables. Continuez à envisager de léguer des pays qui ne vous appartiennent pas à vos rejetons.

Le jour vient, et il est proche disent les antipatriotes,  où l’on verra sur vos visages l’air hébété de Ali ou Moubarak ou pire encore l’air abasourdi et grotesque de Ceausescu au moment où il a réalisé que ses vociférations étaient désormais sans effet sur un peuple excédé. Ils disent que l’histoire est en marche et les que les peuples d’Afrique sont en passe d’écrire leur propre histoire. Eux les qui ? Tchuip.


Camarades, réveillons nous et boutons défendons nos guides suprêmes au péril de nos vies.Ils ne sont pas fous, leurs enfants sont dehors. Et au fond ayant probablement des nationalités étrangères pourquoi verseraient ils leur sang pour sauver nos pays ? Voyons …


Signé camarade Extinctor

Secrétaire perpétuel du comité

de maintien de l’ordre dans nos nations

le 17 janvier 1961, Patrick Emery Lumumba était assassiné

Patrice Emery Lumumba élu Premier ministre en 1960, il a été  destitué quatre mois après. 

Le 17 janvier 1961, il est assassiné sauvagement au Katanga à la suite d’un complot mêlant la puissance coloniale belge, la « CIA » et les services

secrets français. Panafricaniste, il croyait en une indépendance totale des pays ayant nouvellement accédé à l’indépendance. Cela aura été son crime. Rompre avec le colonialisme était son leitmotiv et son discours inattendu et féroce envers le colonialisme aura probablement signé son arrêt de mort.

 

« Congolais et Congolaises,

 

Combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux,

 

A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez « ineffaçablement » gravée dans vos cœurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la libertés.

 

Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.

 

C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.

 

Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.

 

Qui oubliera qu’à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs ? Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine Pour les autres.

 

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs : qu’un noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu’un noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.

 

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient pas se soumettre à un régime d’injustice ? Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert, mais tout cela aussi, nous, que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre coeur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons, tout cela est désormais fini.

 

La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants (…). »

 

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ADRESSE DU FILS AINE DU SIÈCLE, LE SAGE AMADOU HAMPATE BA (1901-1991) A LA JEUNESSE AFRICAINE

Combien immense est ma gratitude d’avoir pu lire ce texte aujourd’hui !  Merci au « soldat inconnu » de cette transmission de patrimoine, d’héritage. Il est des paroles délivrées par nos aînés qui sont précieuses.Merci à notre aîné d’avoir laissé cette parole aux accents de testament qui sont non pas un guide pour agir mais pour penser son action, sa place dans l’histoire et dans son environnement. Plus j’avance dans la vie plus je découvre les richesses immenses qu’il y a dans « l’être africain ».

 

Amadou Hampaté Ba en s’adressant à la jeunesse est profondément africain, la parole passe et avec elle des valeurs, des préceptes, des symboles, il est le seul qui parle pourtant il est profondément respectueux d’eux et dans son discours le dialogue est implicite. Il n’impose pas il montre une voie en précisant qu’il n’y a pas de vérité absolue. J’aime cette posture, j’aime son intelligence. J’ai l’impression d’être aux pieds de mon père ou de mon grand père et de l’écouter sachant que dans sa parole, je trouverai quelque chose qui m’aidera à tracer mieux ma route.

 

J’aime que cet texte n’appelle pas au rejet de l’autre mais à la rencontre avec soi, à l’exaltation et à la maîtrise de nos langues maternelles qui sont le meilleur vehicule de nos cultures et à la parfaite connaissance de la langue importée pour être relié aux autres. J’aime l’équilibre de sa pensée qui nous rappelle de ne pas tenter d’être l’autre mais de l’accueillir en demeurant soi sachant que la richesse naît de la rencontre respectueuse de l’autre.

 

Il est passé un homme, il est passé un africain, il est passé un père.

Respects.

   

 

 

 

Mes chers cadets,

Celui qui vous parle est l`un des premiers nés du vingtième siècle. Il a donc vécu bien longtemps et, comme vous l`imaginez, vu et entendu beaucoup de choses de par le vaste monde. Il ne prétend pas pour autant être un maître en quoi que ce soit. Avant tout, il s`est voulu un éternel chercheur, un éternel élève, et aujourd`hui encore sa soif d`apprendre est aussi vive qu`aux premiers jours.

Il a commencé par chercher en lui-même, se donnant beaucoup de peine pour se découvrir et se bien connaître en son prochain et l`aimer en conséquence. Il souhaiterait que chacun de vous en fasse autant.

Après cette quête difficile, il entreprit de nombreux voyage à travers le monde : Afrique, Proche-Orient, Europe, Amérique. En élève sans complexe ni préjugés, il sollicita l`enseignement de tous les maîtres et tous les sages qu`il lui fut donné de rencontrer. Il se mit docilement leur à écoute. Il enregistra fidèlement leurs dires et analysa objectivement leur leçon, afin de bien comprendre les différents aspects de leur comportement. Bref, il s`efforça toujours de comprendre les hommes, car le grand problème de la vie, c`est la MUTUELLE COMPREHENSION.

Certes, qu`il s`agisse des individus, des nations, des races ou des cultures, nous sommes tous différents les uns les autres ; Mais nous avons tous quelque chose de semblable aussi, et c`est cela qu`il faut chercher pour pouvoir se reconnaître en l`autre et dialoguer avec lui. Alors, nos différences, au lieu de nous séparer, deviendront complémentaires et sources d`enrichissement mutuel. De même que la beauté d`un tapis tient à la variété de ses couleurs, la diversité des hommes, des cultures et des civilisations fait la beauté et la richesse du monde. Combien ennuyeux et monotone serait un monde uniforme où tous les hommes, calqués sur un même modèle, penseraient et vivraient de la même façon ! N`ayant plus rien à découvrir chez les autres, comment s`enrichirait-on soi-même ?

A notre époque si grosse de menaces de toutes sortes, les hommes doivent mettre l`accent non plus sur ce qui les sépare, mais sur ce qu`ils ont de commun, dans le respect de l`identité de chacun. La rencontre et l`écoute de l`autre sont toujours plus enrichissantes, même pour l`épanouissement de sa propre identité, que les conflits ou les discussions stériles pour imposer son propre point de vue. Un vieux maître d`Afrique disait : il y a  » ma  » vérité et  » ta  » vérité, qui ne se rencontreront jamais.  » LA  » Vérité se trouve au milieu. Pour s`en approcher, chacun doit se dégager un peu de  » sa  » vérité pour faire un pas vers l`autre…

Jeunes gens, derniers-nés du vingtième siècle, vous vivez à une époque à la fois effrayante par les menaces qu`elle fait peser sur l`humanité et passionnante par les possibilités qu`elle ouvre dans le domaine des connaissances et de la communication entre les hommes. La génération du vingt et unième siècle va connaître une fantastique rencontre de races et d`idées. Selon la façon dont elle assimilera ce phénomène, elle assurera sa survie ou provoquera sa destruction par des conflits meurtriers.

Dans ce monde moderne, personne ne peut plus se réfugier dans sa tour d`ivoire. Tous les Etats, qu`ils soient forts ou faibles, riches ou pauvres, sont désormais interdépendants, ne serait-ce que sur le plan économique ou face aux dangers d`une guerre internationale. Qu`ils le veuillent ou non, les hommes sont embarqués sur un même radeau : qu`un ouragan se lève, et tout le monde sera menacé à la fois. Ne vaut-il pas mieux avant qu`il ne soit trop tard ?

L`interdépendance même des Etats impose une complémentarité indispensable des hommes et des cultures. De nos jours, l`humanité est comme une grande usine où l`on travaille à la chaîne : Chaque pièce, petite ou grande, a un rôle défini à jouer qui peut conditionner la bonne marche de toute l`usine.

Actuellement, en règle générale, les blocs d`intérêt s`affrontent et se déchirent. Il vous appartiendra peut-être, ô jeunes gens, de faire émerger peu à peu un nouvel état d`esprits, d`avantage orienté vers la complémentarité et la solidarité, tant individuelle qu`internationale. Ce sera la condition de la paix, sans laquelle, il ne saurait y avoir de développement.

Je me tourne maintenant vers vous, jeunes africains noirs. Peut-être certains d`entre vous se demandent-ils si nos pères avaient une culture, puisqu`ils n`ont pas laissé de livre ? Ceux qui furent pendant si longtemps nos maîtres à vivre et à penser n`ont-ils pas presque réussi à nous faire croire qu`un peuple sans écriture est un peuple sans culture ? Mais, il est vrai que le premier soin de tout colonisateur quel qu`il soit (à toutes les époques et d`où qu`il vienne) a toujours été de défricher vigoureusement le terrain et d`en arracher les cultures locales afin de pouvoir y semer à l`aise ses propres valeurs.

Heureusement, grâce à l`action de chercheurs tant africains qu`européens, les opinions ont évolué en ce domaine et l`on reconnaître aujourd`hui que les cultures orales sont des sources authentiques de connaissances et de civilisation. La parole n`est-elle pas, de toute façon, mère de l`écrit, et ce dernier n`est-il pas autre chose qu`une sorte de photographie du savoir et de la pensée humaine ?

Les peuples de race noire n`étant pas des peuples d`écriture ont développé l`art de la parole d`une manière toute spéciale. Pour n`être pas écrite, leur littérature n`en est pas moins belle. Combien de poèmes, d`épopées, de récits historiques et chevaleresques, de contes didactiques, de mythes et de légendes au verbe admirable se sont ainsi transmis à travers les siècles, fidèlement portés par la mémoire prodigieuse des hommes de l`oralité, passionnément épris de beau langage et presque tous poèmes !

De toute cette richesse littérature en perpétuelle création, seule une petite partie a commencé d`être traduite et exploitée. Un vaste travail de récolte reste encore à faire auprès de ceux qui sont les derniers dépositaires de cet héritage ancestral hélas en passe de disparaître. Quelle tâche exaltante pour ceux d`entre vous qui voudront s`y consacrer !

Mais la culture, ce n`est pas seulement la littérature orale ou écrite, c`est aussi et surtout un art de vivre, une façon particulière de se comporter vis-à-vis de soi-même, de ses semblables et de tout le milieu naturel ambiant. C`est une façon particulière de comprendre la place et le rôle de l`homme au sein de la création.

La civilisation traditionnelle (je parle surtout de l`Afrique de la savane au Sud du Sahara, que je connais plus particulièrement) était avant tout une civilisation de responsabilité et de solidarité à tous les niveaux. En aucun cas un homme, quel qu`il soit, n`était isolé. Jamais on n`aurait laissé une femme, un enfant, un malade ou un vieillard vivre en marge de la société, comme une pièce détachés. On lui trouvait toujours une place au sein de la grande famille africaine, où même l`étranger de passage trouvait gîte et nourriture. L`esprit communautaire et le sens du partage présidaient à tous les rapports humains. Le plat de riz, si modeste fût-il, était ouvert à tous.

L`homme s`identifiait à sa parole, qui était sacrée. Le plus souvent, les conflits se réglaient pacifiquement grâce à la  » palabre  » :  » Se réunir pour discuter « , dit l`adage,  » c`est mettre tout le monde à l`aise et éviter la discorde « . Les vieux, arbitres respectés, veillaient au maintien de la paix dans le village.  » Paix « ,  » La paix seulement ! « , Sont les formules-clé de toutes les salutations et des religions traditionnelles était l`acquisition, par chaque individu, d`une totale maîtrise de soi et d`une paix extérieure. C`est dans la paix et dans la paix seulement que l`homme peut construire et développer la société, alors que la guerre ruine en quelques jours ce que l`on a mis des siècles à bâtir.

L`homme était également considéré comme responsable de l`équilibre du monde naturel environnant. Il lui était interdit de couper un arbre sans raison, de tuer un animal sans motif valable. La terre n`était pas sa propriété, mais au dépôt sacré confié par le créateur et dont il n`était que le gérant. Voilà une notion qui prend aujourd`hui toute sa signification si l`on songe à la légèreté avec laquelle les hommes de notre temps épuisent les richesses de la planète et détruisent ses équilibres naturels.

Certes, comme toute société humaine, la société africaine avait aussi ses tares, ses excès et ses faiblesses. C`est à vous jeunes gens et jeunes filles, adultes de demain, qu`il appartiendra de laisser disparaître d`elles-mêmes les coutumes abusives, tout en sachant préserver les valeurs traditionnelles positives. La vie humaine est comme un grand arbre et chaque génération est comme un jardinier. Le bon jardinier n`est pas celui qui déracine, mais celui qui, le moment venu, sait élaguer les branches mortes et, au besoin, procéder judicieusement à des greffes utiles. Couper le tronc serait se suicider, renoncer à sa personnalité propre pour endosser artificiellement celle des autres, sans y parvenir jamais tout à fait. Là encore, souvenons-nous de l`adage :  » il flottera peut-être, mais jamais il ne deviendra caïman ! « .

Soyez, jeunes gens, ce bon jardinier qui sait que, pour croître en hauteur et étendre ces branches dans les directions de l’espace, un arbre a besoin de profondes et puissantes racines. Ainsi enracinés en vous-mêmes vous pouvez sans crainte et sans dommage ouvrir vers l`extérieur, à la fois pour donner et pour recevoir.

Pour ce vaste travail, deux outils vous sont indispensables : tout d`abord, l`approfondissement et la préservation de vos langues maternelles, véhicules irremplaçables de nos cultures spécifiques ; ensuite, la parfaite connaissance de la langue héritée de la colonisation (pour nous la langue française), tout aussi irremplaçable, non seulement pour permettre aux différentes ethnies africaines de communiquer entre elles et de se mieux connaître, mais aussi pour nous ouvrir sur l`extérieur et nous permettre de dialoguer avec les cultures du monde entier.

Jeunes gens d`Afrique et du monde, le destin a voulu qu`en cette fin de vingtième siècle, à l`aube d`une ère nouvelle, vous soyez comme un pont jeté entre deux mondes : celui du passé, où de vieilles civilisations n`aspirent qu`à vous léguer leurs trésors avant de disparaître, et celui de l`avenir, plein d`incertitudes et de difficultés, certes, mais riche aussi d`aventures nouvelles et d`expériences passionnantes. Il vous appartient de relever le défi et de faire en sorte qu`il y ait, non rupture mutilante, mais continuation sereine et fécondation d`une époque par l`autre.

Dans les tourbillons qui vous emporteront, souvenez-vous de nos vieilles valeurs de communauté, de solidarité et de partage. Et si vous avez la chance d`avoir un plat de riz, ne le mangez pas tout seul !

Si les conflits vous menacent, souvenez-vous des vertus du dialogue et de la palabre !

Et lorsque vous voulez vous employez, au lieu de consacrer toutes vos énergies à des travaux stériles et improductifs, pensez à revenir vers notre Mère la terre, notre seule vraie richesse, et donnez-lui tous vos soins afin que l`on puisse en tirer de quoi nourrir tous les hommes. Bref, soyez au service de la vie, sous tous ses aspects !

Certains d`entre vous diront peut-être :  » c`est trop nous demander ! Une telle tâche nous dépasse ! « . Permettez au vieil homme que je suis de vous confier un secret : de même qu`il n`y a pas de  » petit incendie (tout dépend de la nature du combustible rencontré), il n`y a pas de petit effort. Tout effort compte, et l`on ne sait jamais, au départ de quelle action apparemment modeste sortira l`événement qui changera la face des choses. N`oubliez pas que le roi des arbres de la savane, le puissant et majestueux baobab, sort d`une graine qui, au départ, n`est pas plus grosse qu`un tout petit grain de café…

Amadou Hampaté BA 1985

 

(Nous remercions Dian Diallo de Jamaa Tabital pour l’envoi de ce texte)

 

+ d’articles sur: http://defiafricain.centerblog.net/

En écoutant Francis Bebey…

Avez-vous déjà eu durant des jours une mélodie dans la tête ? Vous savez un de ces airs qui vous accompagnent comme le ferait un lecteur de musique portable ?  Ces derniers temps à des moments inattendus, cette phrase « o bia nja o ma kwalisane no, o bia nja o bale no esoka » tirée d’une chanson de Francis Bebey ne me quittait pas. 

Il était bien onze heures hier du soir quand la mélodie est venue discrètement frapper aux portes de mon cœur. Comment aurais-je pu refuser l’hospitalité à une telle visiteuse ? Francis Bebey, musicien, poète, musicologue, génial défricheur de son et passeur de sens ironique et tendre, Francis Bebey venait me voir, précédé par quelques notes de musique. Les morts ne sont pas morts, les artistes encore moins. Ils laissent en partant davantage qu’un héritage ils laissent leur voix, leur émotion, les accents de leur âme.

 

Répondant à l’inclination de mon cœur j’ai écouté « O bia » chanson remplie d’enseignements sur la prudence. O bia, que je traduirais du Duala par « sois, prudent » ou « fais attention ». Dans cette chanson au cours de laquelle Francis Bebey égrenne de nombreux conseils de prudence « fais attention aux personnes avec lesquelles tu marches, aux maisons dans lesquelles tu entres, fais attention à ceux à qui tu parles et confie des secrets. » « Ne prête à personne l’intime de ta pensée la plus précieuse, ne prête à personne ta parole ».

 

En filigrane, l’ombre de son frère assassiné Bebey Eyidi.

 

Comme à mon habitude quand une chanson me rencontre je ne sais pas ne pas la réécouter un nombre incalculable de fois. J’ai été saisie par le beauté de la mélodie, par le guitariste qu’était Francis Bebey et que j’apprends à écouter. Il n’est pas besoin de multiplier des effets prétendument épatants pour éblouir.

 

Il était plus de minuit et je n’arrivais plus à quitter mister Francis. Ecoutant ensuite « Idiba », j’ai passé un moment merveilleux. La chanson semblait receler des tiroirs que je n’avais pas ouverts avant et ouvrir pour ma pensée d’intéressantes fenêtres. La musique est dialogue.

« Le jour s’est levé et le soleil est là, ne cache plus ton visage, ne le fronce pas, mais regarde autour de toi. Quand tu marches dans la rue, fais le comme un homme et non comme si tu étais sans substance. Viens et allons voir la lumière, n’oublie jamais que tu as reçu bénédiction sur bénédiction. Qui d’autre a jamais été béni comme toi ? »

 

Ouverture de fenêtres intérieures comme si Francis me parlait, parlait de moi. Comme s’il me rappelait à mes essentiels, à mon essentiel.

 

Ouvertures de fenêtres plus grandes comme s’il parlait aussi à l’Afrique telle que je la vis, la vois, la rêve en lui disant  « Viens allons vers la lumière de peur de manquer la bénédiction ».

 

Francis Bebey, la classe, la musicalité, la finesse. Il a toujours été là dans la toile de fond de ma vie musicale. Il était dans la discothèque de mes parents. Je l’ai écouté enfant je l’entends adulte et suis heureuse qu’il ait existé, heureuse qu’il ait chanté dans une langue que je comprends. Je l’aime.

 

Hier je m’apprêtais à me coucher quand sa musique et moi sommes entrés en conversation. Il est difficile d’exprimer au cœur de mes soudaines indigences sémantiques, le bonheur, l’émotion, les découvertes et les pistes de réflexions suscitées par les notes de musique, la voix, et les paroles de cet homme parti trop vite.

 

En me souvenant en cet instant de ce moment, je me rends compte du privilège que j’ai d’être africaine, d’être Camerounaise, d’avoir accès à ceci. Je mesure aussi que parce que la mondialisation est par trop arrogante les occidentaux se privent de bien des trésors culturels.

 

Si seulement le monde était davantage ouvert pour une mondialisation intelligente ! Oh non pas celle qui permet aux riches de s’enrichir d’avantage en pillant les autres et en privatisant pour leurs intérêts les sols d’Afrique ou d’ailleurs. Pas celle qui ne sert qu’à imposer un modèle culturel dominant et annihiler les variétés culturelles qui sont le sel de l’être ensemble. Pas celle qui imposerait le hamburger aux beignets et haricots mais celle sui laisserait cohabiter les deux. Une mondialisation qui serait circulation des biens culturels en recevant dans le respect de ce que l’autre apporterait.

 

Francis Bebey a beaucoup apporté. Il a vécu, travaillé et élevé ses enfants en France. La France a-t-elle écouté ou entendu ce qu’il avait à dire ? Il était bien plus qu’un saltimbanque exotique, c’était un homme brillant, cultivé, curieux des sons et cultures du monde qui a su inviter le monde dans ses mélodies. Il nous laisse heureusement un héritage que nous pouvons découvrir.

 

Francis Bebey savait l’importance de transmettre aux enfants leur langue maternelle. Une anecdote savoureuse que m’a racontée hier une amie précieuse  qui par ailleurs est chanteuse m’a confortée dans le fait qu’il est décidément passé un homme immense.

 

Parce que l’humain est plus grand que son passage sur terre et les limites de sa peau, il parle encore. Permettons lui par sa musique de parler aux générations d’après.

 

Pour le découvrir un peu plus : http://www.bebey.com/francis_bebey/francis_bebey_accueil.htm

http://etudesafricaines.revues.org/index1511.html

 

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La sauvagerie de l’impérialisme états-unien par Noam CHOMSKY (à lire absolument !)

Dans un contexte dans lequel le rouleau compresseur de la pensée unique s’amplifie avec des relais de plus en plus subtils voire sournois, il est utile et salutaire de sortir la tête de l’asphyxie. C’est important de s’abstraire de l’organisation de l’atrophie de la pensée. Ce texte long certes tiré d’une intervention de Noam Chomsky lors d’une conférence est nécessaire et utile, non pour acquiescer sans réfléchir, mais pour recevoir de la matière pour  se fonder une opinion, un regard sur le monde. Questionner sans cesse les affirmations et prises de positions d’un monde occidental à l’impérialisme arrogant est une nécessité. Dans un contexte dans lequel l’actualité nous rappelle cette arrogance, cette conférence sur l’impérialisme américain peut ouvrir les yeux et la pensée. Je vous encourage à prendre le temps de lire ce texte et à le faire lire. Les chaines tombent et tomberont encore. Bonne lecture ! 

Chomsky : la sauvagerie de l’impérialisme états-unien

Conférence de Juin 2010

Article paru sur le site : http://www.legrandsoir.info/Chomsky-la-sauvagerie-de-l-imperialisme-etats-unien.html

1. L’empire des États-Unis, le Moyen-Orient et le monde

Il est tentant de reprendre depuis le début. Le début c’était il y a bien longtemps, mais il est utile de revoir certains points d’histoire qui pourront être comparés à la politique actuelle des États-Unis au Moyen-Orient. Les États-Unis sont un pays très particulier par bien des aspects. Ils sont probablement le seul pays au monde qui soit né empire. C’était un empire enfant – comme George Washington l’a appelé –, et les Pères fondateurs étaient très ambitieux. Le plus libéral d’entre eux, Thomas Jefferson, pensait que l’empire enfant devait s’étendre davantage et devenir le « nid » à partir duquel le continent entier serait colonisé. Cela signifiait se débarrasser des « rouges », les Indiens, lesquels ont effectivement été déplacés ou exterminés. Les Noirs devaient être renvoyés en Afrique dès qu’on n’aurait plus besoin d’eux et les Latins seraient éliminés par une race supérieure.

La conquête du territoire national

Les États-Unis ont été un pays très raciste pendant toute leur histoire, et pas seulement à l’encontre des Noirs. Les idées de Jefferson étaient assez communes, les autres étaient globalement d’accord avec lui. C’est une société de colons. Le colonialisme de peuplement c’est ce qu’il y a de pire comme impérialisme, le genre le plus sauvage parce qu’il requiert l’élimination de la population indigène. Ce n’est pas sans relation, je crois, avec le soutien automatique des États-Unis à Israël, qui est aussi une société coloniale. La politique d’Israël d’une certaine façon fait écho à l’histoire états-unienne, en est une réplique. Et, il y a plus, les premiers colons aux États-Unis étaient des fondamentalistes religieux qui se considéraient être des enfants d’Israël répondant au commandement divin de peupler la terre et de massacrer les Amalécites, etc. C’est tout près d’ici, les premiers colons, au Massachusetts.

Tout cela était fait avec les meilleures intentions. Ainsi, par exemple, le Massachusetts (le Mayflower et toute cette histoire) à reçu sa Charte de la part du roi d’Angleterre en 1629. La Charte chargeait les colons de sauver les populations locales des affres du paganisme. D’ailleurs si vous regardez le sceau de la Bay Colony du Massachusetts vous voyez un Indien qui tient une flèche pointée vers le bas en signe de paix. Et devant se bouche il est écrit « Come over and help us » [« Venez et aidez-nous »]. C’est l’un des premiers exemples de ce qu’on appelle aujourd’hui l’interventionnisme humanitaire. Et ce n’est qu’un exemple, il y a bien d’autres cas au cours de l’histoire, et cela dure jusqu’à nos jours. Les Indiens demandaient aux colons de venir et de les aider et les colons suivaient gentiment le commandement leur demandant de venir et de les aider. En fait nous les aidions en les exterminant.

Après coup on a trouvé ça bizarre. Dans les années 1820, un membre de la Cour suprême a écrit à ce propos. Il dit qu’il est assez étrange que, malgré toute notre bienveillance et notre amour pour les Indiens, ils dépérissent et disparaissent comme les « feuilles d’automne ». Comment était-ce possible ? Il a fini par en conclure que la volonté divine est « au-delà de la compréhension humaine ». C’est simplement la volonté de Dieu. Nous ne pouvons pas espérer comprendre. Cette conception – appelée le providentialisme – selon laquelle nous suivons toujours la volonté de Dieu existe encore aujourd’hui. Quoi que nous fassions nous suivons la volonté de Dieu. C’est un pays extrêmement religieux, unique en son genre en matière de religiosité. Une grande partie de la population – je ne me souviens plus du chiffre, mais il est assez élevé – croit littéralement ce qui est écrit dans la Bible. Le soutien total à Israël est l’une des conséquences de tout cela, parce que Dieu a promis la terre promise à Israël. Donc nous devons les soutenir.

Les mêmes personnes – une part importante des plus importants défenseurs d’Israël – sont des antisémites, parmi les plus extrémistes du monde. À côté d’eux Hitler semble assez modéré. Leur perspective est l’élimination des Juifs après Armageddon. Il y a tout un tas d’histoires à ce propos, lesquelles sont crues, littéralement, jusqu’à un très haut niveau – probablement des gens comme Reagan, George W. Bush, et d’autres. Cela n’est pas sans lien avec l’histoire colonialiste du sionisme chrétien – il précède le sionisme juif, et il est beaucoup plus puissant. C’est l’une des raisons qui expliquent le soutien automatique et inconditionnel à Israël.

La conquête du territoire national est une histoire assez laide. Certaines des personnes les plus honnêtes l’ont reconnu, comme John Quincy Adams, qui était l’un des grands stratèges de l’expansionnisme – le théoricien de la Destinée manifeste, etc. À la fin de sa vie, longtemps après ses propres crimes, il se lamentait sur le sort de ceux qu’il appelait « la malheureuse race des indigènes américains, que nous exterminons sans pitié et avec une perfide cruauté ». Il a dit que ce serait l’un des péchés pour lesquels le Seigneur allait nous punir. Nous attendons encore.

Ses idées sont jusqu’à nos jours tenues en haute considération. Il y a un livre de référence, universitaire, écrit par John Lewis Gaddis, un grand historien états-unien, qui concerne les racines de la doctrine Bush. Gaddis, avec raison, présente la doctrine Bush comme héritière de la grande stratégie de John Quincy Adams. Il dit que c’est un concept qui existe tout au long de l’histoire des États-Unis. Il en fait l’éloge, il considère que c’est la conception correcte – nous devons assurer notre sécurité, l’expansion est le moyen de la sécurité, et vous ne pouvez pas vraiment assurer votre sécurité sans tout contrôler. Donc nous devons nous déployer, non seulement dans l’hémisphère, mais partout dans le monde. C’est la doctrine Bush.

Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, sans entrer dans les détails… Bien que les États-Unis aient été depuis longtemps et de loin le pays le plus riche du monde, ils jouaient un rôle secondaire sur la scène mondiale. L’acteur principal c’était la Grande-Bretagne – et y compris la France avait une plus grande présence dans le monde. La Deuxième Guerre mondiale a changé tout cela. Les stratèges états-uniens durant la Deuxième Guerre mondiale, les planificateurs de Roosevelt, ont dès le début de la guerre très bien compris qu’au bout du compte les États-Unis allaient se retrouver dans une position de supériorité absolue.

Alors que la guerre se déroulait – les Russes terrassaient les Allemands, ils ont à ce moment presque gagné la guerre en Europe – on avait compris que les États-Unis seraient dans une position de domination encore plus nette. Et ils ont donc élaboré des plans pour la configuration du monde de l’après-guerre. Les États-Unis auraient le contrôle total d’une zone qui comprendrait l’hémisphère occidental, l’Extrême-Orient, l’ex-Empire britannique, la plus grande partie possible de l’Eurasie, incluant donc l’Europe occidentale et son importante infrastructure commerciale et industrielle. C’est le minimum. Le maximum c’est le monde entier ; et bien entendu c’est ce dont nous avons besoin pour notre sécurité. Dans cette zone les États-Unis auraient le contrôle incontesté et empêcheraient tous les pays d’aller vers davantage de souveraineté.

Les États-Unis se trouvent à la fin de la guerre dans une position de domination et de sécurité sans équivalent dans l’histoire. Ils ont la moitié de la richesse mondiale, ils contrôlent tout l’hémisphère occidental et les deux rives des deux océans. Ce n’était pas un contrôle total. Les Russes étaient là et il y avait encore quelques parties hors de contrôle, mais l’expansion avait été remarquable. Juste au centre se trouvait le Moyen-Orient.

Adolf A. Berle, une personnalité libérale, qui fut très longtemps le conseiller du président Roosevelt, mettait l’accent sur le fait que contrôler le pétrole du Moyen-Orient signifierait dans une bonne mesure, contrôler le monde. Cette doctrine reste inchangée, elle est encore en vigueur actuellement et c’est l’un des facteurs essentiels pour décider des orientations politiques.

Après la Deuxième Guerre mondiale

Durant la Guerre froide les décisions politiques étaient invariablement justifiées par la menace russe. C’était dans une bonne mesure une menace fictive. Les Russes géraient leur propre petit empire avec un prétexte similaire, la menace états-unienne. Ce rideau de fumée n’existe plus depuis la chute de l’Union soviétique. Pour ceux qui veulent comprendre la politique étrangère de États-Unis, un point qui de toute évidence devrait être observé c’est ce qui est arrivé après la disparition de l’Union soviétique. C’est naturellement le point qu’il faut observer, et il s’ensuit presque automatiquement que personne ne l’observe. On en parle à peine dans la littérature universitaire alors qu’il est évident que c’est ce que vous devez regarder pour comprendre la Guerre froide. En fait si vous regardez vous obtenez des réponses tout à fait claires. Le président à l’époque était George Bush I. Immédiatement après la chute du mur de Berlin, il y a eu une nouvelle stratégie de sécurité nationale, un budget de la défense, etc. C’est très intéressant. Le message principal est le suivant : rien ne va changer sauf les prétextes. Donc nous avons encore besoin, disaient-ils, d’une force militaire gigantesque, non pas pour nous défendre des hordes russes parce que ça n’existe plus, mais à cause de ce qu’ils ont appelé la « sophistication technologique » de certains pouvoirs dans le Tiers monde. Maintenant si vous êtes une personne bien éduquée, bien formée, qui vient de Harvard, etc., vous n’êtes pas supposé rire quand vous entendez ça. Et personne n’a ri. En fait je pense que personne n’en a rendu compte. Donc, disaient-ils, nous devons nous protéger de la sophistication technologique des puissances du Tiers monde et nous devons maintenir ce qu’ils ont appelé la « base industrielle de la défense » – un euphémisme pour parler de l’industrie high-tech (les ordinateurs, Internet, etc.), qui dépend principalement du secteur étatique, sous le prétexte de la défense.

Concernant le Moyen-Orient… Ils disaient que nous devions maintenir nos forces d’intervention, la plupart d’entre elles au Moyen-Orient. Puis vient une phase intéressante. Nous devons faire barrage pour contenir l’ennemi. Nous devons maintenir les forces d’intervention au Moyen-Orient pour défendre nos intérêts, la région qui « ne pouvait pas être offerte en cadeau au Kremlin ». En d’autres termes, désolés les gars, nous vous avons menti pendant 50 ans, mais maintenant que le prétexte n’existe plus, nous vous dirons la vérité. Le problème au Moyen-Orient est ce qu’on appelle le nationalisme radical. « Radical » signifie simplement indépendant. C’est un terme qui signifie « ne suit pas les ordres ». Le nationalisme radical peut être de différentes sortes. L’Iran en est un bon exemple.

 

La menace du nationalisme radical

En 1953 la menace iranienne c’était un nationalisme laïque. Après 1978 c’est le nationalisme religieux. En 1953 on a renversé le régime parlementaire et on a installé un dictateur beaucoup plus à notre goût. Ce n’était pas un secret. Le New York Times, par exemple, dans un éditorial, se réjouissait du renversement du gouvernement iranien, estimant qu’il s’agissait d’une bonne « leçon de choses » pour les petits pays qui devenant fous, emportés par le nationalisme radical, rejettent toute autorité et veulent contrôler eux-mêmes leurs ressources. Ce sera une leçon de choses pour eux : n’essayez pas ce genre de bêtises, et certainement pas dans cette région dont nous avons besoin pour contrôler le monde. C’était en 1953.

Depuis le renversement du tyran imposé par les États-Unis en 1979 l’Iran a continuellement été attaqué par les États-Unis. Au début Carter a essayé de répondre au renversement du shah en organisant un coup d’État. Ça n’a pas marché. Les Israéliens – l’ambassadeur… il y avait des relations très proches entre Israël et l’Iran sous le shah, bien que théoriquement il n’y eût pas de relations formelles – ont fait savoir que si nous pouvions trouver des officiers disposés à tuer 10 000 personnes dans les rues, nous pourrions rétablir le régime du shah. Zbigniew Brzezinski, le conseiller de Carter à la sécurité nationale, avait à peu près les mêmes idées. Mais ça n’a pas vraiment marché. Les États-Unis ont alors immédiatement soutenu Saddam Hussein, pour qu’il envahisse l’Iran. Et ce n’est pas une mince affaire. Des centaines de milliers d’Iraniens ont été massacrés. Les gens qui sont à la tête de l’Iran actuellement sont des vétérans de cette guerre et ils ont une claire conscience du fait que l’ensemble du monde est contre eux – les Russes, les États-Uniens, tout le monde soutenait Saddam Hussein, tout le monde voulait renverser le nouvel État islamique.

Ce n’est pas peu de choses. Le soutien des États-Unis à Saddam Hussein est allé très loin. Les crimes de Saddam – comme le génocide d’Anfal, massacre de Kurdes – étaient niés. Le gouvernement Reagan les démentait et les attribuait à l’Iran. À l’Irak on a même donné un privilège rare. C’est le seul pays, avec Israël, qui a pu attaquer un navire états-unien et s’en sortir impunément. Dans le cas d’Israël c’était le USS Liberty en 1967. Dans le cas de l’Irak c’était le USS Stark en 1987 – un navire qui appartenait à la flotte états-unienne protégeant les convois irakiens des attaques iraniennes pendant la guerre. Ils ont attaqué le navire avec des missiles français, ils ont tué plusieurs dizaines de marins – et ils n’ont reçu qu’une petite tape sur la main, rien de plus.

Le soutien des États-Unis était tel que c’est quasiment eux qui ont remporté la guerre pour l’Irak. Une fois la guerre finie, le soutien des États-Unis à l’Irak a continué. En 1989 George Bush I a invité des ingénieurs nucléaires irakiens aux États-Unis, pour qu’ils reçoivent des formations de pointe dans le domaine des armes nucléaires. C’est l’une de ces petites choses qu’on cache parce que quelques mois plus tard Saddam est devenu un mauvais garçon. Il a désobéi aux ordres. Juste après cela il y a eu de terribles sanctions, etc.

La menace iranienne

Pour en revenir à notre époque, dans la littérature sur la politique étrangère et dans les commentaires généraux ce que vous lisez généralement c’est que le problème le plus important pour les États-Unis était et reste la menace iranienne. Qu’est-ce que c’est que cette menace iranienne au juste ? Nous disposons d’une source qui fait autorité sur ce point. C’était il y a quelques mois : un compte rendu au Congrès des États-Unis émanant du département de la défense et des services d’intelligence. Tous les ans ils font un compte rendu au Congrès sur la situation mondiale en matière de sécurité. Le dernier compte rendu, celui d’avril dernier, comporte une partie qui concerne l’Iran, bien sûr, la plus grande menace. Il est important de lire ce compte rendu. Ce qu’ils disent c’est que, quoi qu’il en soit de la menace iranienne, ce n’est pas une menace militaire. Ils disent que les dépenses militaires iraniennes sont plutôt basses, y compris si on les compare aux pays de cette région ; et si on les compare à celles des États-Unis, elles sont insignifiantes – probablement moins de 2% de nos dépenses militaires. Par ailleurs ils disent que la doctrine militaire iranienne est basée sur le principe de la défense du territoire national, elle est conçue pour contenir une invasion pendant un temps suffisant pour rendre possible le passage à l’action diplomatique. Voilà la doctrine militaire des Iraniens. Ils disent qu’il est possible que l’Iran pense aux armes nucléaires. Ils ne vont pas plus loin que cela, mais ils disent que si les Iraniens développaient des armes nucléaires ce serait dans le cadre de leur stratégie défensive, afin de prévenir une attaque, ce qui est une éventualité assez réaliste. Le plus grand pouvoir militaire de l’histoire – c’est-à-dire nous –, qui leur a toujours été extrêmement hostile, occupe deux pays frontaliers de l’Iran et menace ouvertement d’attaquer ce pays. Israël, État client des États-Unis, lance les mêmes menaces. Voilà pour le côté militaire de la menace iranienne telle qu’identifiée dans le Military Balance.

Ils disent par ailleurs que l’Iran est une menace majeure parce que ce pays tente d’étendre son influence dans les pays voisins. On appelle cela déstabilisation. Ils œuvrent à la déstabilisation dans les pays voisins en tentant d’augmenter leur influence et cela est un problème pour les États-Unis, parce que les États-Unis tentent d’apporter la stabilité. Lorsque les États-Unis envahissent un pays c’est pour apporter la stabilité – un terme technique dans la littérature des relations internationales qui signifie obéissance aux ordres des États-Unis. Donc lorsque nous envahissons l’Irak ou l’Afghanistan, c’est pour créer de la stabilité. Si les Iraniens essaient d’accroître leur influence, juste chez leurs voisins, c’est déstabilisant. Cette doctrine, comme tant d’autres, est élaborée dans les universités. Un commentateur libéral et ex-éditeur de Foreign Affairs, James Chase, a même pu dire sans crainte du ridicule que les États-Unis devaient déstabiliser le Chili d’Allende pour apporter la stabilité – c’est-à-dire la soumission aux États-Unis.

Qu’est-ce que le terrorisme ?

La deuxième menace iranienne c’est le soutien au terrorisme. Qu’est-ce que le terrorisme ? On nous donne deux exemples du soutien de l’Iran au terrorisme : son soutien au Hezbollah libanais et son soutien au Hamas palestinien. Quoi que vous pensiez du Hezbollah et du Hamas – vous pensez peut-être que c’est ce qu’il y a de pire au monde –, qu’est-ce qui fait qu’on les considère terroristes ? Bon, le « terrorisme » du Hezbollah est fêté tous les ans au Liban le 25 mai, fête nationale libanaise qui célèbre l’expulsion des envahisseurs israéliens du Liban en 2000. La résistance du Hezbollah et sa guerre de guérilla avaient fini par obliger Israël à se retirer du Sud-Liban, mettant fin à une occupation de 22 ans, avec son lot de terreur, de violence, de torture – occupation maintenue en violation des ordres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Donc Israël a finalement quitté le Liban et c’est le jour de la Libération au Liban. Voilà globalement ce qui est considéré comme le terrorisme du Hezbollah. C’est comme ça qu’il est décrit. En fait, en Israël c’est même décrit comme une agression. Vous pouvez lire la presse israélienne ces jours-ci et des politiciens de premier plan disent que c’était une erreur de se retirer du Sud-Liban parce que cela permet à l’Iran de poursuivre son « agression » contre Israël, agression qui a commencé en 2000 avec le soutien à la résistance contre l’occupation israélienne. C’est considéré comme une agression contre Israël. Ils ont les mêmes principes que les États-Unis, nous disons la même chose. Voilà pour le Hezbollah. Il y a d’autres actes que vous pourriez critiquer, mais voilà ce qu’est le terrorisme du Hezbollah.

Un autre crime commis par le Hezbollah c’est que la coalition dont il est l’élément principal a largement emporté les dernières élections parlementaires ; mais en raison du principe communautariste qui prévaut pour l’assignation des sièges ils n’ont pas reçu la majorité des sièges. Thomas Friedman [du New York Times] a donc versé des larmes de joie, comme il l’a lui-même expliqué, lors de ces merveilleuses élections libres au Liban, le président Obama ayant battu le président iranien Ahmadinejad. D’autres se sont joints à cette célébration. Autant que je sache personne n’a rendu compte des véritables résultats électoraux.

Et le Hamas ?

Hamas est devenu une menace sérieuse – une organisation terroriste importante – en janvier 2006 lorsque les Palestiniens ont commis un crime vraiment grave. C’était au moment des premières élections libres jamais tenues dans le monde arabe et les Palestiniens ont voté comme il ne fallait pas. C’est inacceptable pour les États-Unis. Immédiatement, sans la moindre hésitation, les États-Unis et Israël ont fait savoir qu’ils prenaient la décision de punir les Palestiniens pour ce crime. Juste après vous avez pu lire dans le New York Times deux articles qui se côtoyaient – l’un des deux parlant de notre amour pour la démocratie, ce genre de choses, et l’autre parlant de nos projets de punition contre les Palestiniens parce qu’ils avaient mal voté aux élections de janvier. Aucune contradiction.

Les Palestiniens avaient dû subir bien des punitions avant les élections, mais elles ont été accentuées après – Israël est allé jusqu’à couper l’alimentation en eau à la bande de Gaza, si aride. Au mois de juin Israël avait déjà lancé 7 700 roquettes sur Gaza. Tout cela s’appelle défense contre le terrorisme. Puis les États-Unis, et Israël, avec la coopération de l’Autorité palestinienne, ont essayé d’organiser un coup pour renverser le gouvernement élu. Ils ont échoué et le Hamas a pris le contrôle de Gaza. Après cela le Hamas est devenu l’une des principales forces terroristes au monde. Vous pouvez leur faire beaucoup de critiques – leur façon de traiter leur propre population par exemple – mais le terrorisme du Hamas est assez difficile à prouver. Les accusations actuelles concernent les roquettes lancées de Gaza sur les villes israéliennes frontalières. C’est la justification qui a été donnée pour l’opération « plomb durci » (l’invasion israélo-états-unienne de décembre 2008) et aussi pour l’attaque israélienne contre la Flotille de la paix en juin 2010, dans les eaux internationales. Neuf personnes avaient alors été tuées.

Il n’y a que dans un pays très endoctriné que vous pouvez entendre ces choses ridicules et ne pas rire. Passons sur la comparaison entre les roquettes Qassam et le terrorisme que les États-Unis et Israël pratiquent constamment. L’argument n’a absolument aucune crédibilité pour une raison bien simple : Israël et les États-Unis savent très bien comment arrêter les tirs de roquettes : par des moyens pacifiques. En juin 2008 Israël a accepté un cessez-le-feu avec le Hamas. Israël ne l’a pas vraiment respecté – ils étaient supposés ouvrir les frontières et ils ne l’ont pas fait – mais le Hamas l’a respecté. Vous pouvez vérifier sur les sites officiels israéliens ou écouter leur porte-parole officiel, Mark Regev : ils sont d’accord pour dire que durant le cessez-le-feu le Hamas n’a pas lancé une seule roquette.

Israël a rompu le cessez-le-feu en novembre 2008 en envahissant Gaza et en tuant une demi-douzaine de militants du Hamas. Quelques roquettes ont alors été lancées, puis Israël a lancé une attaque bien plus importante. Il y a eu des morts, tous palestiniens. Hamas a proposé le retour au cessez-le-feu. Le gouvernement israélien a évalué l’offre, puis l’a rejetée, optant pour le recours à la violence. Quelques jours plus tard il y a eu l’attaque israélo-états-unienne contre Gaza.

Aux États-Unis, et en Occident de façon générale, y compris les organisations de défense des droits humains, y compris le rapport Goldstone, on considère comme une évidence le droit d’Israël à se défendre en utilisant la force. Il y a eu des critiques disant que l’attaque était disproportionnée, mais cela est secondaire par rapport au fait qu’Israël n’avait absolument pas le droit d’utiliser la force. Vous n’avez aucune justification pour l’utilisation de la force tant que vous n’avez pas épuisé les recours pacifiques. Dans ce cas les États-Unis et Israël n’avaient non seulement pas épuisé les recours pacifiques, ils avaient rejeté tout recours aux moyens pacifiques, alors que c’était parfaitement possible et ils le savaient bien. Ce principe selon lequel Israël a le droit de lancer des attaques militaires est tout bonnement un fascinant cadeau.

Quoi qu’il en soit, que l’Iran essaie d’étendre son influence et que l’Iran soutienne le Hezbollah et le Hamas c’est, du point de vue des services d’intelligence et du département de la défense, ce qui constitue son soutien au terrorisme.

Noam Chomsky

Source : http://www.zcommunications.org/u-s-…

Traduction : Numancia Martínez Poggi

 

Participer à briser le silence autour du Congo est un devoir d’Africain et d’humain

« Imagine that over 6 million Black people have beenkilled and continue to die, hundreds of thousands of Black womensystematically raped while corporate plundering reigns, and mass crimeshave been committed by foreign corporations in cahoots with Africanpuppets – yet the world has been deadly SILENT. This is modern-day Congo » 

(Friends of Congo)

Participer à briser le silence autour du Congo est un devoir d'Africain et d'humain dans Africa ! 45504_423974681469_682081469_5424223_2041656_n

 

 

 

Depuis 1996, la République Démocratique du Kongo, connue auparavant sous le nom de Zaïre par la volonté de l’homme léopard connaît une véritable tragédie.

 

Cela fait près de quinze ans que dans ce pays on tue, viole, torture, abime les vies au Congo dans un silence assourdissant, oppressant, insupportable. La prétendue « communauté internationale » à d’autres chats à fouetter et d’autres cris de vierge effarouchée à pousser. Pourquoi irait-elle se soucier de « règlements de comptes entre barbares » ? Elle a d’autres épouvantails à agiter et d’autres orchestrations de compassion mondiale à mettre en scène. Non que ceci ne soit pas important mais un tel silence !!!  Dans le casting des tragédies mondiales, le Congo n’a pas été retenu, tant pis pour lui, et tant pis si depuis moins de 15 ans a péri 4 fois la population du Gabon, un quart de celle du Cameroun ou de la Côte d’Ivoire, un dixième de celle de la France. 6 millions de personnes au moins ont perdu la vie dans cette épouvantable guerre. 

 

Pendant ce temps des USA à l’Europe en passant par le « machin » autrement connu sous le nom des nations unies on sort l’épouvantail Mahmoud Ahmadinejad ! On s’offusque d’un essai nucléaire dans l’une des Corées, on sonne le clairon pour condamner la Burqa ou le niqab mais pas un mot sinon en passant sur un véritable génocide qui se produit au Congo. Plus de 6 millions de mort déjà et toujours le silence, l’indifférence orchestrée. C’est intolérable, c’est violent, c’est une négation insupportable d’un véritable drame.

 

Au Congo victimes et bourreaux se déshumanisent peu à peu et l’on peut craindre pour l’équilibre d’enfants qui n’auront connu que la violence et la guerre. Quels adultes pour demain s’ils ont grandi dans une totale anomie ? Le monde dans une stupide indifférence laisse se fabriquer là bas des bombes humaines de désespoir et d’anomie. Rien que par bon sens les nations devraient se préoccuper de la pacification de ce pays. Mais voilà les gouvernants ont parfois la pensée à court terme.

 

Imaginez un peuple privé en 15 ans de 10% de sa population. On n’a pas besoin d’être sociologue ou économiste pour affirmer que c’est dramatique pour le développement d’une nation.  Mesurons nous la tragédie que subit ce peuple depuis 15 ans ? C’est un dixième de la population qui a été effacée des tablettes en moins de 15 ans. Quelle horreur n’est-ce pas ? Oui mais voilà après s’être offusqué que faire ?

Nous pouvons déjà décider de briser le silence autour de cette guerre qui mine un pays, génère des réfugiés, et au nom de laquelle l’on viole des enfants et des femmes, torture, au nom de laquelle l’on assassine impunément. Comme souvent les enfants et les femmes sont les otages de la folie des hommes, le terrain d’expression de leurs abjectes soifs de pouvoir, l’exutoire de leur trop plein de haine, de laideur, de colère, de non sens, et de folie.

 

Et pourtant le silence est là, pesant, désespérant pour ceux qui sont de ce pays encore une fois meurtri, pays d’une extraordinaire richesse et objet de tant de convoitises depuis des temps immémoriaux.

Il y a longtemps déjà, Malcolm X déclarait ceci :  » This is all a cold-blooded act on the part of your Western powers, namely the Western powers here in the United States — interests in the United States, in England, and France, and Belgium and so forth. They want the wealth of the Congo, plus its strategic geographic position.« 

L’histoire du Congo et les tragédies que cette terre a connue sont en grande partie liées à cette incroyable richesse qui devrait être mise au service du peuple congolais mais qui a été « prostitué » aux colons par des roitelets afraicains aux panses abyssales. La convoitise des hommes, le manque de sens de l’Etat des personnes comme Mobutu, Kabila1, Kabila 2 et leurs hommes ont rendu une grande partie du pays exsangue. Et voici qu’au milieu de cela les congolais, ceux qui de plein droit sont fils et filles de cette terre sont pris en otage dans une barbarie sans nom, loin de la jouissance des richesses de leurs terres ils versent du sang et des larmes.

 

Combien il est dur d’entendre les témoignages de ces femmes violées puis bannies, d’entendre parler de fillettes victime de viols collectifs et rejetées par leurs pères. C’est horrible certes, mais il faut le faire savoir, il faut briser le silence, il faut s’organiser pour que la chape de plomb déposée sur cette épouvantable guerre soit levée.

Ernesto Guevarra connu sous le surnom de « Che » déclarait ceci :  « The Congo problem is a world problem. Victory will be continental in its reach and its consequences and so would defeat »

 

Le problème du Kongo est un problème mondial mais les instances internationales ont fait le choix de l’oublier. Il est temps que nous autres africains prenions conscience du fait que ces organisations internationales n’ont pas pour priorité les intérêts de notre continent. Elles ont pour vocation de reproduire à l’infini un ordre mondial qui sied à l’occident.  Pour quelles raisons se soucieraient elles de nos nations ? Sortons de nos sidérations utopiques et prenons en mains nos affaires.Je me souviens du silence aurour de l’épouvantable conflit libérien tandis que dans les coulisses les états africains et autres instrumentalisaient telle ou telle faction dans son intérêt. Et pendant ce temps les libériens mouraient en masse.

 

L’Afrique n’est pour beaucoup d’occidentaux qu’un continent folklorique et barbare. L’on meurt au Congo « oh la la ! Pourvu qu’ils ne sortent pas les machettes comme au Rwanda  » se dit-on entre le fromage et le dessert. Puis l’on oublie l’information aussi vite qu’elle a traversé nos consciences. On a des urgences, il y a un programme de télé réalité à regarder.

 

Nous autres Africains n’avons pas le droit d’être indifférents à cette tragédie. Nous n’avons pas le droit d’en faire une info poussée par une autre  :

  • parce que partout où l’on dénie à l’homme son humanité, c’est la nôtre qui recule
  • parce que si nous nous taisons personne ne parlera depuis le coeur de la tragédie
  • Parce que nos pays ne sont pas à l’abri de telles tragédies, il n’y a qu’à observer le quasi clonage de nos dirigeants
  • parce qu’il faut que nous éduquions nos fils à être panafricains dans la perception des enjeux du continent
  • parce que nous devons éduquer nos fils à recevoir avec bienveillance le réfugié congolais
  • parce que les congolais ont besoin de savoir que l’Afrique est là avec eux
  • parce que le panafricanisme n’est pas qu’une rhétorique nombriliste et le Congo est l’occasion pour nous de montrer que nous ne sommes pas asservi(e)s aux frontières dessinées par la colonisation. 
  • parce que nous devons oeuvrer pour qu’il y ait une voix africaine qui s’élève du coeur de cette tragédie pour poser des fondations d’un être ensemble. Que cet épouvantable drame aide au moins à enfanter une conscience panafricaine plus grande

 

Ne rêvons pas d’un salut qui viendrait de l’occident fût-il porté par les traits d’un président noir. La tragédie et l’indifférence face au drame du Congo devraient nous mobiliser pour inventer des solutions propres à notre terre.  Bien entendu si des occidentaux se réveillaient à cette tragédie et que leur aide pouvait faire avancer la sortie de la tragédie pourquoi pas ? Mais n’attendons pas d’eux quelque miracle nous ne sommes pas prioritaires dans les agendas des nations occidentales aussi longtemps qu’ils n’y trouvent pas quelque intérêt économique, géopolitique ou financier.

 

Mais voilà malgré nos bonnes intentions et autres sentiments nous nous sentons démunis, comme désarmés face à l’immense chantier qui es devant nous. Que faire individuellement ? Comment agir, participer à apporter une lueur d’espoir, à être une voix pour le Congo ?  Nous pouvons déjà nous servir du media internet que nous utilisons pour transmettre des choses amusantes, légères, nous pouvons faire des réseaux sociaux tels que Facebook , twitter et autres de même que de nos blogs des armes contre le silence et contre l’oubli.

 

Nous pouvons par ailleurs solliciter nos députés et maires, les inonder de courrier disant l’incompréhension face à la gradation des tragédies mondiales. Nous pouvons nous faire tellement insistants qu’ils finissent par agir. Sans marchands d’armes les guerres feraient long feu et les nations démocratiques sont de cyniques pourvoyeurs d’armes tandis que les opinions de leurs pays ne le savent pas. Internet est aussi un moyen de le dire et des prises de consciences dans l’opinion pourraient être fort utiles.

 

Nous pouvons nous organiser, créer des collectifs locaux pour donner une parole à la tragédie congolaise. Nous pouvons…

 

J’entends d’ici des résistances et autres regards railleurs mais n’est-il pas mieux d’agir quitte à se tromper que d’être inactif et certain de ne pas faire d’erreur ? Jusques à quand serons-nous complice du silence ? Nous sommes dans un temps qui permet de s’informer. Informons nous sur ce drame et donnons la main d’association à nos frères du Congo pour être ne serait-ce qu’une goutte d’eau dans la mer des actions pour le Congo.

 

La mémoire de Patrice Lumumba, son rêve pur le Congo, son rêve panafricain peuvent nous inspirer. Donnons nous le droit à l’erreur mais pas à l’indifférence ce sont nos semblables, nos frères que l’on assassine, c’est l’Afrique que l’on pille et prive encore de ses forces vives, c’est sur nos terres que l’on fabrique des bombes à retardement humaines.

 

Vive le Kongo, Vive l’Afrique

Léonora Miano rencontre la scène afropéenne à Pantin et chante ce Jeudi 10 Décembre 2009

Léonora Miano rencontre la scène afropéenne à Pantin et chante ce Jeudi 10 Décembre 2009  dans A decouvrir img_111

Léonora Miano est une femme qui écrit. En la  qualifiant ainsi, il me revient une définition d’elle qui lui est propre. Elle est un « être écrivant ».

Quand les médias tentent de s’emparer d’elle ils veulent comme souvent la réduire à ce qu’elle fait, tout au moins à ce qu’il la voient faire. C’est de bonne guerre, nous sommes dans une ère médiatique qui a besoin de ranger les être et les choses dans des catégories prédéfinies pour ne pas risquer le doute, le questionnement, l’inconfort. Alors on la dit « écrivaine » ou « auteure » selon les cas (utilisant une féminisation de mots qui heurtent encore  le clacissisme de certains de mes rapports  à la langue française ), mais léonora Miano se défie des sentiers battus. Le tryptique qu’elle a clos avec les aubes écarlates l’ont posée comme une plume et un regard à part, hors des sentiers battus d’une Afrique vue sous le prisme du misérabilistme ou du paternalisme. Sa rébellion c’est d’être cohérente et diverse, de l’assumer en prenant des risques. Mais trève de digressions revenons à notre sujet.

Léonora écrit, magnifiquement. Ses mots sont musique, son verbe est symphonique.

Dans ses mots, ses rythmes, l’on entend des accents jazzy, soul et même slam. Son écriture est contemporaine et afropéenne. Afropéenne en ce qu’elle est à l’intersection des confluents culturels qui l’ont nourrie et aussi en ce qu’elle offre un lit magnifique aux courants musicaux qui ont irrigué sa vie.

Je suis sans cesse éblouie par la précision et la justesse de l’expression. Afropean Soul que je lis en ce moment me laisse sans mots. L’Etre écrivant est à rencontrer !

Ses univers littéraires, (elle en a plus d’un et n’a pas fini de nous surprendre) vous happent et ne vous lâchent pas. On ne saurait en sortir indemne. c’est la force de la littérature, la vraie. A son contact nous évoluons.

Léonora Miano c’est aussi une voix.

Quand elle parle sa voix aux accents graves vous enveloppe et, vous embarque. Dans son phrasé, dans son parler s’entend un chant. A son écoute et vous vous surprenez à penser « elle a une voix qui est en soi un instrument de jazz ». Du parler au chant il y a un espace dont le trait d’union est sa voix.

Ce 10 décembre nous avons l’occasion de l’entendre chanter.

Mon billet est acheté et je suis déjà par la pensée dans la salle pour entendre ce qui m’est une évidence. Il me tarde de rencontrer « l’être chantant ».

Date et heure : jeudi 10 décembre à 20h30

Lieu : La Dynamo, Pantin

Tarif : de 6 à 12€

 http://www.banlieuesbleues.org/1_agenda.php

( voir conditions tarifaires sur le site ci-dessus)

Léonora Miano ne sera pas seule en scène :  elle a eu l’idée de donner carte blanche à quatre personnalités musicales «  afropéennes » pour créer à partir de l’empreinte émotionnelle laissée par l’un ou l’autre de ses textes de fiction. De la vérité de la fiction littéraire à celle de la fiction musicale, Sandra N’kake, Baloji, Cae ou Delphine II viendront à la Dynamo pour cette unique occasion, seuls ou accompagnés par leur groupe – et pour l’occasion Léonora montera elle-même sur scène

Je vous laisse écouter son invitation :

« Comme chacun le sait maintenant, la musique tient une place importante dans mon travail d’auteur et dans ma vie. Elle inspire le phrasé de mes personnages, structure souvent mes romans.
J’ai voulu montrer comment la littérature, de son côté, pouvait laisser une empreinte émotionnelle chez les musiciens, et nourrir, elle aussi, leur création.
C’est ainsi que j’ai eu l’idée d’un concert au cours duquel des artistes de la scène afropéenne (française et belge) viendraient jouer des extraits de leur répertoire, et proposer une création originale très librement inspirée d’un texte de moi qu’ils auraient lu.
Artistes invités:
Baloji, Cae, Delphine II, Sandra Nkaké
Et bien sûr, je viendrai moi-même pousser la chansonnette!
Les places sont en vente sur le site de Banlieues Bleues, www.banlieuesbleues.org, entre autres.Nous vous attendons !
Léonora »

img_111_large dans Ma musique à moi

Leonora Miano VOIX,

Sandra Nkake VOIX, ELECTRONIQUE,

Delphine II VOIX,

Cae VOIX,

Eric Suchaire CONTREBASSE,

Etienne Prieuret GUITARE,

Baloji VOIX, RAP,

Didier Likeng BASSE, VOIX,

Dizzy Mandjeku GUITARE,

Jean Gnangion BATTERIE, Alan Le Dem SON

Pour découvrir plus avant Léonora et ses invités, les liens qui suivent devraient vous aider.

www.leonoramiano.com

www.myspace.com/baloji

www.myspace.com/sandrankake

www.myspace.com/caemusic

www.myspace.com/delphineii

 

Cent ans de plus par Francis Cabrel

« Cent ans dans la peau de l’esclave, Et juste après cent ans de plus. Chercher des miettes sous les tables, avant que les blancs ne marchent dessus. Dormir sur des paquets de planches, chanter seulement le dimanche. Tu vois la femme noire, dans le rôle de la bonne, avec tout à coté tout tordu son bonhomme. Après ça faut pas que tu t’étonnes… »

 

Ainsi débute une chanson de Francis de Cabrel.

Dès la première écoute de cette chanson il y a quelques années, une rencontre. Si ma mémoire ne me trahit pas elle était dans l’album « Hors saison ». La chanson avait ouvert des boulevards de réflexion et d’émotion. Elle effleure une histoire qui rencontre mes profondeurs. Telle est la force de mon rapport à la musique. Elle initie parfois un dialogue avec mon environnement. Parfois une phrase, un mot, une séquence et les hélices sous mon crane affirment leur autonomie. La chanson de Cabrel est parsemée de quelques séquences qui mettent une focale sur la négation de l’humanité qui a frappé ceux que l’on avait emmenés en esclavage, sur ce « Peuple interdit du reste des hommes ».

Cabrel et moi ne regardons pas cette blessure, cette offense, ce crime, cette injure à l’humanité depuis le même lieu. Mais nous nous rencontrons dans le respect pour la mémoire. Musicien et chanteur, il insiste sur la sublimation de la douleur qui a donné naissance à de magnifiques talents et à d’inoubliables musiques.

Mais il y a eu un tel tribut payé à la douleur… Bien des biographies de saltimbanques perdus dans la drogue en témoignent. Ils nous ont offert du bonheur en musique mais ils erraient dans les paradis artificiels pour se soustraire à une vie bien moins belle que leur musique.

Pendant longtemps les afro descendants ont été perçus comme de superbes saltimbanques, des amuseurs (sportifs ou autres) participant à offrir le pain et le cirque. Donner de la musique, faire danser, mais surtout ne pas être conscients. Confort pour les puissants.

La conscience libère son absence retient dans la servitude. Certains ont intérêt à les enfermer dans ce fantasme folklorique. Cependant, les rôles que les descendants d’esclaves peuvent tenir ne peuvent plus être prescrits par des « maîtres » arrogants et paternalistes. Ils écrivent leur histoire et tracent leur route dans la littérature, en politique, dans les différentes sphères de la société civile, n’en déplaise à ceux qui pensent que l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire.

J’aime à dire aux enfants qui touchent ma vie et dont la vie me touche qu’ils portent en eux le potentiel pour rendre possible l’impossible. J’exècre l’idée que l’on s’autorise à empêcher les enfants de se rêver grands, de se rêver aigles, sous le prétexte que l’on n’aurait pas soi même su, voulu ou pu être autre chose que des poussins, connaissant l’existence des hauteurs et ne les ayant jamais rencontrées.

Ne laissons pas nos échecs et notre manque d’ambition barrer la route de nos enfants et les empêcher d’aller à la rencontre d’eux-mêmes.

Cent ans après, se souvenir mais pour construire l’avenir. Quatre-cent ans après déployer ses ailes et voler très haut à la rencontre de soi.


 

Cent ans de plus par Francis Cabrel dans Au secours je deambule... 13842_170902731469_682081469_3363366_6397471_n

 

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Cent ans dans la peau de l’esclave
Et juste après cent ans de plus
Chercher des miettes sous les tables
Avant que les blancs ne marchent dessus
Dormir sur des paquets de planches
Chanter seulement le dimanche
Tu vois la femme noire
Dans le role de la bonne
Avec tout à coté
Tout tordu son bonhomme
Après ça faut pas que tu t’étonnes

C’est Eux qui ont fait
Eux qui ont fait
Son House et Charlie Patton
Howlin’ Wolf et Blind Lemon

Bien rouge le sang de l’Afrique
Sur la jolie fleur du coton
La toute nouvelle Amérique
La belle démocratie « Welcome »
Bateaux déportant les villages
Au bout de l’immense voyage
Gravé dans la mémoire
Pour des années-lumière
Chaque larme d’ivoire
Chaque collier de fer
Après ca faut pas que tu t’étonnes

C’est Eux qui ont fait
Eux qui ont fait
Son House et Charlie Patton
Howlin’ Wolf et Blind Lemon

Toujours plaire aux marchands de fantômes
Elle qu’on achète et lui que l’on donne
Naître avec la peine maximum
Toujours vivant dans ce que nous sommes
Peuple interdit du reste des hommes
Cherchant le bleu de l’ancien royaume
Eux qui ont fait faut pas que ca t’étonne

Son House et Charlie Patton
Blind Blake et Willie Dixon
Ma Rainey et Robert Johnson
Howlin’ Wolf et Blind Lemon…
Son House et Charlie Patton

 

 

13842_170926896469_682081469_3363464_6625584_n dans Ma musique à moi

Showcase du chanteur Douleur à Paris : impressions subjectives.

ShowcaseDouleur11fev09016.jpg picture by maddyspace

Dimanche  11 janvier 2009, le ciel est triste et il fait froid. Sur les trottoirs parisiens une pellicule de glace aussi fine que sournoise a fait chuter plus d’un parisien. J’ai pour le verglas d’irrépressibles détestations. Je dois avouer qu’il y a des territoires géographiques de mon anatomie qui se souviennent de quelques atterrissages à l’inélégance avérée et à l’indiscutable comique. Est-il besoin de vous dire que de vous dire qu’un dimanche soir, il me fallait une excellente raison pour me sortir de mon nid douillet et risquer de revivre les cascades qui défilaient sur l’écran noir de ma mémoire.

Dimanche soir, j’avais rendez-vous avec une musique, un artiste, un univers que j’aime. Rendez vous avec une personne qui est à mes yeux plus qu’un chanteur, mais un artiste qui sous nos yeux construit une œuvre. Un artiste qui depuis 25 ans par ses mots, son univers, ses explorations sonores et son exceptionnel phrasé étonne, envoute, déconcerte, ravit. Douleur n’est pas de ceux qui laissent indifférent en cela aussi il est artiste. Il n’a jamais cédé à la tentation de la facilité et pour cela aussi il a mon respect. C’est un artiste qui depuis 18 ans invite mes sens et mon âme à des danses, des ballades, et à d’exceptionnels périples quand soudain se lève en lui le griot. La mélomane en moi avait rendez-vous avec Alexandre Douala alias Douleur. Douleur que je n’avais jamais vu sur scène. J’anticipais, au vu de la richesse du répertoire de cet artiste une soirée qui devrait inviter en moi ces réchauffements uniques que m’offre la musique que j’aime. Douleur est de ces artistes dont la richesse sémantique, poétique et musicale me touchent, m’émeuvent et m’éblouissent. La voix de cet homme a le pouvoir de convoquer en moi la mémoire de mon peuple telle qu’apprivoisée par mon histoire. Par des expressions propres à la langue qui est mienne, par les proverbes et autres maximes qu’il livre comme autant de passerelles pour la transmission de la mémoire. Sa voix éveille en moi des sentiments d’appartenances parce qu’une note, un cri , une onomatopée réveille des sentiments d’appartenance comme si la note devenait ma maison le temps d’un instant.
J’ai connu l’existence de Douleur en 1983 ou 1984. Je l’ai rencontré en 1990 dans un temps durant lequel les aspérités de la vie m’avaient enfermée dans une écoute autistique de sa musique. Musique comme paravent et comme objet transitionnel d’émotions paroxystiques. La rencontre avec Douleur s’est faite au moyen de l’album Beneground, un chef d’œuvre de mon point de vue. Cette découverte de Beneground m’a invitée à explorer l’univers artistique de cet homme. Je n’ai pas été déçue du voyage.
Voici qu’après des années de silence, Douleur se produit à Paris, dans ma ville. Que peut me faire le verglas ? Comment pourrais-je être indifférente à un homme qui n’hésite pas à clamer à celle qui est son amour les fragilités qui émergent en lui dès qu’elle s’éloigne. Un homme qui n’hésite pas à dire qu’il pleure. A l’écoute d’Elissa, l’on peut entendre Douleur dans une de ses prosodies dont il a le secret, laisse apparaître au cœur d’une mélopée le visage d’un homme qui n’a pas honte de s’avouer capable de pleurer. Je fonds ! C’est une obligation de me mettre en mode coeur de fille. Clin doeilPleurer sans pleurnicher toute la nuance est dans le subtil équilibre que Douleur, trapéziste de l’émotion juste trouve. Il est comme ça Douleur posant sa voix ses mots, ses cris,  ses narrations comme sur un fil émotionnel ténu qui chez un autre serait ridicule ou affecté. Mais chez Douleur rien n’est ridicule ou emprunté tout sonne vrai parce que c’est sa vérité d’artiste, sa vérité d’homme médiatisée par sa sensibilité artistique. Sa musique est comme un de ces voyages oniriques qui nous font voir s’ouvrir une porte après l’autre vers un ailleurs qui nous invite, nous aspire, nous inspire. Bien des années après, je me surprend à voir s’entrebâiller au travers d’une note de musique quelque porte ou fenêtre que je n’avais pas encore franchie. Que de subtilités sémantique, que d’allégories dans la musique de ce chanteur !

Le Showcase parisien.
Il est dix neuf heures environ et sur la scène du centre Barbara Fleury dans le 18ème arrondissement de Paris, Abdelaziz MOUNDE N.(producteur et maître d’œuvre de l’organisation de la célébration des 25 années de carrière de Douleur) pose le cadre du Showcase le mettent en perspective par rapport à la suite. Derrière lui l’orchestre de Douleur baptisé « WES WE CAN » en écho à un impossible devenu possible au pays de l’oncle Sam.

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Ce « wes we can » est aussi une affirmation du désir du chanteur de faire évoluer sa musique vers un univers plus acoustique. Un Yes we can qui affirme le glissement de l’usage du play back vers l’expression sans filet de son art vocal. La soirée nous démontrera que « Yes they can ». L’orchestre est composé de :
- Etienne MBOM : Guitare basse
- Denis TCHANGOUM : Batterie
- KAYOU : Saxophone, trompette, flûte
- Joelle ESSO : Choeur
- KOUL : Percussions
- Alain TCHINDA : guitare acoustique
A la fin de l’intervention de A. Mounde, sans bruit avec la discrétion qui est sienne, l’artiste arrive sur scène. Sa discrétion est antithétique de l’enthousiasme suscité chez ceux qui comme moi sont venu quérir quelque enchantement, quelque éblouissement, quelque voyage enchanté de l’âme avec Douleur pour commandant de bord.
L’homme est artiste jusqu’au bout du look. Un look d’une négligence étudiée. Des dreadlocks à l’imprimé de la chemise en passant par la veste et le chapeau. Les lunettes de soleil au cœur de la nuit posent le décor Douleur le mystère n’aura pas été changé par 25 ans de carrière. Le chanteur nous salue et entre dans le vif du sujet, dans ce qui est son domaine de prédilection, sa mission. La voix est là, forte, assurée, maîtrisée. Il nous entraîne dans un voyage dans lequel il revisite de manière acoustique des chansons de son répertoire devenue des classiques, des compagnes pour plusieurs, des amies que nous sommes venues retrouver pour partager un moment. Sa réappropriation des morceaux en dévoilent d’autres aspects qui semblent séduire l’auditoire. Est-ce dû à la capacité d’envoûtement de la voix de Douleur ? J’en fais le pari.

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Le chanteur n’a pas de mal à faire participer la salle qui en redemande. Souvent pris dans des intériorités qui lui sont propres le chanteur semble être dans un de ces entre deux, comme entre ciel et terre, entre ici et ailleurs, comme s’il était un passeur d’ailleurs. La musique de Douleur a une dimension qui frôle le mystique.  L’homme est dans l’économie gestuelle même si quelquefois il a  soudain des attitudes quasi christiques nourrissant la dimension mystique du personnage et de son œuvre. Les mains levées, les bras en croix qui invitent bien des symboliques. Il s’adresse au public sans une inutile logorrhée. Economie de mots, intensité vocale et émotionnelle. Parfois quand le tempo de la musique s’accélère il entame une danse dont il arrête le mouvement. Les danses de Douleur sont à peine esquissées comme des promesses non tenues, comme un vol arrêté tandis que sa voix semble aussi puissante que ces flots que l’on ne peut endiguer. Le tour de chant se termine vite, trop vite à mon goût mais comme certains le savent j’ai pris une option encore à la naissance. La tour de chant continuera pour ceux qui rejoindront le chanteur le 31 janvier à l’espace Cardin. J’ai entendu mon petit doigt me chuchoter que j’y serais.
Si je devais faire un reproche à l’artiste (un reproche mais quel toupet ! Mais pour qui me prends-je ? ! ? hihi)  c’est d’avoir réorchestré toutes les chansons au point que je suis restée sur ma faim parce que mes amies les chansons avaient trop changé. Oh elles étaient superbes mais si différentes de mes souvenirs. J’ai aimé leur nouvel habillage mais un « konkele » en version originale juste pour faire danser mes souvenirs eût été une magnifique cerise sur l’éblouissant gâteau cuisiné par Douleur. J’aimerais bien qu’il y ait un mix des anciennes chansons et de la nouvelle orientation de Douleur pour qu’il nous prenne de là où nous sommes pour nous emmener vers cette évolution musicale qui est la sienne. En fait égoïstement en plus de Douleur artiste magnifique que j’ai vu, écouté et apprécié ce dimanche 11 janvier, j’aurais aimé retrouvé mon Douleur, celui qui depuis 18 ans m’appartient un peu, faisant partie de mon cheminement musical et humain.

 

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A la fin du concert nous avons eu droit à un cocktail fort sympathique et j’y ai fait des rencontres des plus intéressantes mais chut ! Douleur a quitté la scène et dans les coulisses Alexandre Douala se révèle un homme agréable et accessible. Vous me connaissez l’humilité et l’aménité chez un artiste de talent et voilà qu’il attrappe ma fidélité. S’il s’épate lui même à outrance je passe mon tour.Clin doeil Douleur a augmenté mon crédit fidélité à son égard par ses savoir être. J’ai passé une belle soirée et si j’en crois les réactions du public et les impressions entendues ça et là je ne suis pas la seule. Merci l’artiste !

Et pour la petite histoire la seule chute que j’ai faite cette nuit là a été celle dans la bras de Morphée. Voir Douleur sur scène et vaincre le verglas mais quelle soirée. pourquoi sens-je monter en moi des vélléités de me prendre pour une Superwoman ? Mégalomanie ? Oh la la 2009 s’annonce sous de bien troublants auspices. C’est grave docteur ?!? (hihi).

Merci de m’avoir lue et bonne semaine à tous !

Merci à Miriam Makeba

Je viens d’apprendre avec consternation la mort de Miriam Makeba, notre Mama Africa. Miriam Makeba, une vie, une voix, une conscience. Elle est décédée dans la nuit de dimanche à lundi à l’âge de 76 ans des suites d’un arrêt cardiaque.  Le coeur qui semblait embrasser les battements de coeur de l’Afrique ne bat plus.  Notre Mama Afrika est morte après un concert donné en Italie pour oeuvrer à une prise de conscience face aux dangers de la Mafia et pour apporter son soutien à Roberto Saviano menacé de mort par la pieuvre napolitaine. Morte au combat. Son coeur a battu une fois encore au rythme d’une cause qui lui semblait essentielle. Il a embrassé la cause ce ceux qui sont persécutés par la Cosa Nostra. Il a battu en osmose avec un écrivain menacé de mort par la mafia pour l’avoir dénoncée. Un battement de coeur qui savait embrasser des causes plus grandes que ses intérêts individuels. Un pulsation universelle qui s’est offerte une dernière fois à l’autre avant que le coeur s’arrête. Les battements de l’immense coeur de Miriam Makeba qui lui vaudront l’exil. Les battements heureux quand Mandela est sorti de prison, quand il devenu président. Les battements d’un coeur qui savait exhorter à la patience une population noire avide de changement dans son Afrique du Sud. Les battements de coeur pour la condition des jeunes filles de son pays. Le battement de coeur que Mama Africa avait uni à celui de la terre mère, à celui d’un pays ployant sous l’iniquité de l’Apartheid, ce battement de coeur qui s’offrait à cette nouvelle génération d’africains porteurs des lendemains d’Afrique. Un coeur de mère, un coeur qui se donne. Le coeur de Miriam Makeba a cessé de battre dans la nuit de dimanche à lundi. Miriam Makeba, par sa vie, a montré le visage d’une combattante. Miriam Makeba une voix, une conscience, le refus de plier de sa taire, de subir, de ne pas agir quand elle en avait le pouvoir. Elle était l’un des visage de la résistance à la ségrégation raciale dans son pays l’Afrique du Sud.

Celle dont la vie a participé à montrer un de ces visages de la dignité, de la grandeur, de l’incorruptibilité qui me rendent fière.  Au travers de ses chansons elle elle parlait de sa chère Afrique qui se mourait à cause de guerres fratricises, de l’égoisme des hommes, de ces intolérances qui  la laissent exsangue. Par ses chansons elle travaillait à l’éveil des consciences, rappelant notamment à la jeunesse l’histoire de l’Afrique. Miriam était une de ces femmes debout à l’intérieur qui a réisté à l’apartheid. Elle aura payé son engagement par 21 d’exil loin de sa terre, loin des siens. Qui saura jamais le coût pour elle ? Elle aura eu le bonheur de voir tomber les chaînes de la servitude et de voir s’effondrer l’immonde apartheid.  Alors qu’elle rejoint l’éternité elle emporte avec elle le respect de bien des personnes pour la femme qu’elle a été et l’admiration pour la chanteuse. La voix de Miriam Makeba s’est éteinte mais heureusement pour nous il reste des disques, des vidéo, et sur l’écran noir de nos mémoires d’elle éclateront encore longtemps son talent, sa voix et sa grâce. Ces derniers sont dans un mouvement sur lequel la mort n’aura pas de prise. Miriam Makeba demeure pour moi un modèle de femme, un modèle de force, une femme en majuscule. Un peu de la femme que j’espère un jour être. Un peu de la femme que j’espère être déjà en germe.Une femme forte et qui a les yeux ouverts sur son époque, une femme généreuse, une passeuse d’espérance. Elle a sa place dans mon panthéon personnel.

Pour lui rendre hommage je fais remonter un billet écrit il y a deux ans déjà

R.I.P Mama Africa.  Celle qui était notre Malaïka.

 

Lamiriammakeba.jpg semaine dernière, par je ne sais quel hasard, j’ai redécouvert une chanson qui a bercé  quelques moments de mon enfance. C’est impressionnant comment un son, une musique, une odeur peuvent nous transporter dans des lieux lointains ( dans le temps ou dans l’espace). Ca me rappelle un chant d’Alexander O’Neal que j’aimais beaucoup et qui nous invitait à faire un voyage avec lui sur les sentiers de la mémoire.

La voix de Myriam MAKEBA a eu cet effet pour moi, elle m’a ramené les images d’une véranda à des lieux d’ici. Des parfums, des odeurs, des bonheurs et des rires de l’enfance. Myriam Makeba, quelle artiste et quelle femme ! Elle a été pour beaucoup et pendant longtemps l’une des images du refus de plier sous un régime immonde. Myriam Makeba, image d’une Afrique debout qui refuse de céder et qui sait qu’au delà du désespoir, il y a une espérance, et un avenir pour elle et pour ceux de son peuple. Elle est l’image d’une Afrique qui sait que son intégrité n’est pas négociable et ne prend pas des miettes de liberté à la place de LA liberté. Elle est l’image d’une Afrique qui résiste et en paye le prix. Pour cette dame le prix douloureux a été celui de l’exil, pire encore du bannissement. Qui saura jamais le coût intime pour cette dame ? Pour beaucoup elle a été « Malaïka »  pour l’Afrique du Sud, pour l’Afrique entière, un ange qui permettait que le rideau ne tombe pas sur l’abomination qu’a été l’Apartheid.  Merci à elle, merci à Madiba (Nelson Mandela), à Steven Biko, et à tant d’autres qui n’ont pas laissé la peur des exactions ou celle de la mort annihiler le combat pour la dignité et pour la liberté. Grâce à eux et à bien d’autre il y a comme un chant d’espérace pour cette Afrique là.

Pour revenir au chant « Malaïka », vous avez la possibilité de profiter de ce joyau de la culture musicale da la belle, la profonde, l’éternelle Afrique.

http://mwanasimba.online.fr/F_songs_malaika.htm 

Vous y trouverez aussi la traduction du chant. Pour info, Malaïka signifie mon ange.

Merci à Myriam Makeba, princesse africaine qui a fait connaître ce chant Swahili. Au fait, il y a de nombreux joyaux dans son repertoire : à découvrir… Régalez vos oreilles et sens.

PS  un portrait de Myriam Makeba en cliquant sur ce lien :

 http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_artiste&no=1123

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