Congo pourquoi me hantes-tu ?

Effroi, pleurs, agonie, affliction, hurlements, impuissance, colère, révolte. Et ce mot qui comme une litanie habite mon esprit. Cette locution qui se loge dans mes peines : Congo.Congo, pourquoi me hantes-tu ?

Congo, pourquoi m’habites tu ?

Congo, Congo, Congo

C’est l’aphasie qui crie ton nom, c’est ma douleur qui ce soir l’écrit.

 

Je veux hurler, mais mon cri est silence. Quels mots pour dire l’indicible ? Comment hurler sans paraître impudique alors que là bas des vies sont brisées, meurtries, dépouillées, ôtées ? Je suis au chaud dans un pays à priori démocratique. Protégée sauf cas exceptionnel de la folie et de la bestialité des hommes. Depuis mon appartement parisien comment pourrais-je hurler une douleur qui n’est qu’un écho du réel ? Une résonnance de l’épouvantable tragédie qui « se joue » au Congo. ?

 

Des images dans la nuit, moins de trois minutes, des visagesde femmes, des mots de victimes de crimes innommables. Elles racontent lequotidien de tant de femmes, et de fillettes livrées à la bestialité la plusinique. Les femmes et les fillettes comme terrain d’expression de leurs prises depouvoir. Des femmes victimes de viols à la chaîne. L’information n’est pasnouvelle mais ce soir elle m’arrive comme un poignard qui se fiche dans moncœur, comme pour me rappeler qu’il n’est pas possible, aussi vrai que l’on esthumain de rester à l’extérieur de ce déni de l’humanité qui se joue tout prèsde nous. L’agonie ressentie me semble impudique par rapport à la tragédiequotidienne vécue par nos frères là-bas. Mais voilà j’ai mal et les larmes quijaillissent de mes paupières sont aussi incontrôlables que saisissantes. Cesoir je suis congolaise, enfantée dans cette douleur cathodique qui me prendaux tripes. Pourquoi ce que je sais me parle davantage ce soir ?

La souffrance qui m’étreint me glace. Egoïstement j’auraisvoulu n’être pas passée sur la page de ce FB friend, j’aurais voulu n’avoir pasvu, l’avoir pas entendu, n’avoir pas discerné derrière la dignitéd’insupportables dévastations. J’aurais voulu n’avoir pas mal. Ma seulecatharsis c’est l’écriture, essayer de mettre des mots sur cette lave qui meconsume. Le Congo semble se tatouer en moi. C’est étrange, c’est évident.  Rendez-vous inattendu avec la responsabilité. Je n’ai que mes mots mais je les ai.

Ceux qui établissent les priorités sur le calendrier destragédies répondant aux codes de leurs publicisations n’ont pas mis le Congo àl’affiche de leurs dénonciations. Et des millions de personnes sont mortes. Si je ne me trompe pas le triste « record » de la Shoah serait« battu » dans un silence assourdissant. Mais on marche sur la tête. Ce sont nos frères, nos semblables que l’on assassine.

 

Je pense à ma petite sœur Fifi qui courageusement ne cessede rappeler de combattre de hurler pour son cher pays nous rappelant qu’il sepasse une chose épouvantable tout près de nous.  Je pense à Floriber Cheyeba, des noms et des images disputent aux pensées la place prioritaire dans mon esprit. Partout où l’on bafoue l’humain, c’est la notion globale d’humanité qui recule. Ces pensées défilent dans ma tête éloignant le sommeil qui avait pris résidence dans mes yeux  et pourtant je n’arrive pas à me révolter.

J’ai incroyablement mal, comme s’il fallait ressentir un peude cette immense douleur pour ne plus jamais oublier, pour ne plus me taire,pour m’informer, pour me lever demain dans une conviction née dans mesentrailles. Pour humblement donner la main d’association à mes frères du Congoet joindre ma voix à la leur pour sortir le Congo de cet insupportable silence,pour briser les murs de l’indifférence, pour un jour reconstruire et ramener l’espoirdans ce pays.

 

Et les mots de Patrice Emery Lumumba résonnent dans mon esprit. « mes enfants que je laisse, etque peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo estbeau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir latâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notresouveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y apas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

A mes enfantsque je laisse et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau. »

Je veux me repasser ces mots d’espoir et de foi écrits au seuil de la mort par un homme que j’admire et respecte, une figure africaine immense qui ne cesse de nous inspirer. Je veux me réfugier dans ses mots pour me rappeler que malgré ce que je vois l’avenir du Congo est beau.

Si le silence assourdissant de ceux qui savent orchestrer l’émotioninternationale m’apparaît ce soir encore plus criminel, je me souviens aussi deces mots : « L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et ausud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, macompagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre sonindépendance et sa liberté.

Vive le Congo !Vive l’Afrique ! »



Ce soir je n’ai qu’effroi, larmes et douleur. jJe sais la révolte tapie en moi. Ce soir je sais que le Congo m’est moins exogène qu’avant. Demain je dirai merci pour cette douleur, cette conscience nouvelle, demain je réfléchirai. Ce soir j’ai juste une épée fichée dans le coeur. Je vais juste prier pour ceux qui sont meurtris au Congo, prier pour cett terre blessée, prier pour Fifi et demain peut-être, je me révolterai. Les mots sont confus, comme les émotions, demain peut-être…

 

Nzambe na biso !!!!

Showcase du chanteur Douleur à Paris : impressions subjectives.

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Dimanche  11 janvier 2009, le ciel est triste et il fait froid. Sur les trottoirs parisiens une pellicule de glace aussi fine que sournoise a fait chuter plus d’un parisien. J’ai pour le verglas d’irrépressibles détestations. Je dois avouer qu’il y a des territoires géographiques de mon anatomie qui se souviennent de quelques atterrissages à l’inélégance avérée et à l’indiscutable comique. Est-il besoin de vous dire que de vous dire qu’un dimanche soir, il me fallait une excellente raison pour me sortir de mon nid douillet et risquer de revivre les cascades qui défilaient sur l’écran noir de ma mémoire.

Dimanche soir, j’avais rendez-vous avec une musique, un artiste, un univers que j’aime. Rendez vous avec une personne qui est à mes yeux plus qu’un chanteur, mais un artiste qui sous nos yeux construit une œuvre. Un artiste qui depuis 25 ans par ses mots, son univers, ses explorations sonores et son exceptionnel phrasé étonne, envoute, déconcerte, ravit. Douleur n’est pas de ceux qui laissent indifférent en cela aussi il est artiste. Il n’a jamais cédé à la tentation de la facilité et pour cela aussi il a mon respect. C’est un artiste qui depuis 18 ans invite mes sens et mon âme à des danses, des ballades, et à d’exceptionnels périples quand soudain se lève en lui le griot. La mélomane en moi avait rendez-vous avec Alexandre Douala alias Douleur. Douleur que je n’avais jamais vu sur scène. J’anticipais, au vu de la richesse du répertoire de cet artiste une soirée qui devrait inviter en moi ces réchauffements uniques que m’offre la musique que j’aime. Douleur est de ces artistes dont la richesse sémantique, poétique et musicale me touchent, m’émeuvent et m’éblouissent. La voix de cet homme a le pouvoir de convoquer en moi la mémoire de mon peuple telle qu’apprivoisée par mon histoire. Par des expressions propres à la langue qui est mienne, par les proverbes et autres maximes qu’il livre comme autant de passerelles pour la transmission de la mémoire. Sa voix éveille en moi des sentiments d’appartenances parce qu’une note, un cri , une onomatopée réveille des sentiments d’appartenance comme si la note devenait ma maison le temps d’un instant.
J’ai connu l’existence de Douleur en 1983 ou 1984. Je l’ai rencontré en 1990 dans un temps durant lequel les aspérités de la vie m’avaient enfermée dans une écoute autistique de sa musique. Musique comme paravent et comme objet transitionnel d’émotions paroxystiques. La rencontre avec Douleur s’est faite au moyen de l’album Beneground, un chef d’œuvre de mon point de vue. Cette découverte de Beneground m’a invitée à explorer l’univers artistique de cet homme. Je n’ai pas été déçue du voyage.
Voici qu’après des années de silence, Douleur se produit à Paris, dans ma ville. Que peut me faire le verglas ? Comment pourrais-je être indifférente à un homme qui n’hésite pas à clamer à celle qui est son amour les fragilités qui émergent en lui dès qu’elle s’éloigne. Un homme qui n’hésite pas à dire qu’il pleure. A l’écoute d’Elissa, l’on peut entendre Douleur dans une de ses prosodies dont il a le secret, laisse apparaître au cœur d’une mélopée le visage d’un homme qui n’a pas honte de s’avouer capable de pleurer. Je fonds ! C’est une obligation de me mettre en mode coeur de fille. Clin doeilPleurer sans pleurnicher toute la nuance est dans le subtil équilibre que Douleur, trapéziste de l’émotion juste trouve. Il est comme ça Douleur posant sa voix ses mots, ses cris,  ses narrations comme sur un fil émotionnel ténu qui chez un autre serait ridicule ou affecté. Mais chez Douleur rien n’est ridicule ou emprunté tout sonne vrai parce que c’est sa vérité d’artiste, sa vérité d’homme médiatisée par sa sensibilité artistique. Sa musique est comme un de ces voyages oniriques qui nous font voir s’ouvrir une porte après l’autre vers un ailleurs qui nous invite, nous aspire, nous inspire. Bien des années après, je me surprend à voir s’entrebâiller au travers d’une note de musique quelque porte ou fenêtre que je n’avais pas encore franchie. Que de subtilités sémantique, que d’allégories dans la musique de ce chanteur !

Le Showcase parisien.
Il est dix neuf heures environ et sur la scène du centre Barbara Fleury dans le 18ème arrondissement de Paris, Abdelaziz MOUNDE N.(producteur et maître d’œuvre de l’organisation de la célébration des 25 années de carrière de Douleur) pose le cadre du Showcase le mettent en perspective par rapport à la suite. Derrière lui l’orchestre de Douleur baptisé « WES WE CAN » en écho à un impossible devenu possible au pays de l’oncle Sam.

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Ce « wes we can » est aussi une affirmation du désir du chanteur de faire évoluer sa musique vers un univers plus acoustique. Un Yes we can qui affirme le glissement de l’usage du play back vers l’expression sans filet de son art vocal. La soirée nous démontrera que « Yes they can ». L’orchestre est composé de :
- Etienne MBOM : Guitare basse
- Denis TCHANGOUM : Batterie
- KAYOU : Saxophone, trompette, flûte
- Joelle ESSO : Choeur
- KOUL : Percussions
- Alain TCHINDA : guitare acoustique
A la fin de l’intervention de A. Mounde, sans bruit avec la discrétion qui est sienne, l’artiste arrive sur scène. Sa discrétion est antithétique de l’enthousiasme suscité chez ceux qui comme moi sont venu quérir quelque enchantement, quelque éblouissement, quelque voyage enchanté de l’âme avec Douleur pour commandant de bord.
L’homme est artiste jusqu’au bout du look. Un look d’une négligence étudiée. Des dreadlocks à l’imprimé de la chemise en passant par la veste et le chapeau. Les lunettes de soleil au cœur de la nuit posent le décor Douleur le mystère n’aura pas été changé par 25 ans de carrière. Le chanteur nous salue et entre dans le vif du sujet, dans ce qui est son domaine de prédilection, sa mission. La voix est là, forte, assurée, maîtrisée. Il nous entraîne dans un voyage dans lequel il revisite de manière acoustique des chansons de son répertoire devenue des classiques, des compagnes pour plusieurs, des amies que nous sommes venues retrouver pour partager un moment. Sa réappropriation des morceaux en dévoilent d’autres aspects qui semblent séduire l’auditoire. Est-ce dû à la capacité d’envoûtement de la voix de Douleur ? J’en fais le pari.

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Le chanteur n’a pas de mal à faire participer la salle qui en redemande. Souvent pris dans des intériorités qui lui sont propres le chanteur semble être dans un de ces entre deux, comme entre ciel et terre, entre ici et ailleurs, comme s’il était un passeur d’ailleurs. La musique de Douleur a une dimension qui frôle le mystique.  L’homme est dans l’économie gestuelle même si quelquefois il a  soudain des attitudes quasi christiques nourrissant la dimension mystique du personnage et de son œuvre. Les mains levées, les bras en croix qui invitent bien des symboliques. Il s’adresse au public sans une inutile logorrhée. Economie de mots, intensité vocale et émotionnelle. Parfois quand le tempo de la musique s’accélère il entame une danse dont il arrête le mouvement. Les danses de Douleur sont à peine esquissées comme des promesses non tenues, comme un vol arrêté tandis que sa voix semble aussi puissante que ces flots que l’on ne peut endiguer. Le tour de chant se termine vite, trop vite à mon goût mais comme certains le savent j’ai pris une option encore à la naissance. La tour de chant continuera pour ceux qui rejoindront le chanteur le 31 janvier à l’espace Cardin. J’ai entendu mon petit doigt me chuchoter que j’y serais.
Si je devais faire un reproche à l’artiste (un reproche mais quel toupet ! Mais pour qui me prends-je ? ! ? hihi)  c’est d’avoir réorchestré toutes les chansons au point que je suis restée sur ma faim parce que mes amies les chansons avaient trop changé. Oh elles étaient superbes mais si différentes de mes souvenirs. J’ai aimé leur nouvel habillage mais un « konkele » en version originale juste pour faire danser mes souvenirs eût été une magnifique cerise sur l’éblouissant gâteau cuisiné par Douleur. J’aimerais bien qu’il y ait un mix des anciennes chansons et de la nouvelle orientation de Douleur pour qu’il nous prenne de là où nous sommes pour nous emmener vers cette évolution musicale qui est la sienne. En fait égoïstement en plus de Douleur artiste magnifique que j’ai vu, écouté et apprécié ce dimanche 11 janvier, j’aurais aimé retrouvé mon Douleur, celui qui depuis 18 ans m’appartient un peu, faisant partie de mon cheminement musical et humain.

 

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A la fin du concert nous avons eu droit à un cocktail fort sympathique et j’y ai fait des rencontres des plus intéressantes mais chut ! Douleur a quitté la scène et dans les coulisses Alexandre Douala se révèle un homme agréable et accessible. Vous me connaissez l’humilité et l’aménité chez un artiste de talent et voilà qu’il attrappe ma fidélité. S’il s’épate lui même à outrance je passe mon tour.Clin doeil Douleur a augmenté mon crédit fidélité à son égard par ses savoir être. J’ai passé une belle soirée et si j’en crois les réactions du public et les impressions entendues ça et là je ne suis pas la seule. Merci l’artiste !

Et pour la petite histoire la seule chute que j’ai faite cette nuit là a été celle dans la bras de Morphée. Voir Douleur sur scène et vaincre le verglas mais quelle soirée. pourquoi sens-je monter en moi des vélléités de me prendre pour une Superwoman ? Mégalomanie ? Oh la la 2009 s’annonce sous de bien troublants auspices. C’est grave docteur ?!? (hihi).

Merci de m’avoir lue et bonne semaine à tous !

ceci dit entre nous…

14vpf9w.gif picture by maddyspaceChers amiblogs,

Cher visiteurs occasionnels Chers visiteurs plus réguliers,

Le blog a un peu plus de deux ans et, surprise de le voir encore actif,   je me  souviens.

Oui je me souviens des balbutiements du début, du monologue apparemment improductif, je me souviens des moments de  grand découragements d’alors.

Puis vous êtes venus, peu à peu, me donnant des raisons de continuer d’écrire, de livrer mon regard, de partager. Vous êtes venus, chacun apportant son unicité, la particularité de son regard, sa sensibilité, son humour, son intelligence, son amour des mots, sa poésie de la vie fût-elle en prose, son humanité, bref ces parts de lvous que vous acceptiez de mettre dans le pot commun de nos échanges ces parts que vous acceptiez de livrer.

Je suis toujours surprise par la qualité des liens et des échanges qui se font à visage masqué et souvent à coeur ouvert.

Les univers uniques et différents qui sont les vôtres s’agrègent pour, comme des petits ruisseaux qui se rencontrent former un océan d’humanité et j’oserais même dire de fraternité qui se déverse sur cet espace en sourires, en rires, en bienveillance et parfois même en délires.

4029.gif picture by maddyspaceDu côté de Dakar se trouvent deux jeunes femmes pétillantes qui parfois me donnent l’impression d’avoir toujours été là.

Et cette nature insolite qui comme une évidence a jeté un pont entre une âme magnifique et votre hôtesse.

Il y a ces humanistes que j’aime voir s’indigner avec passion sur les aberrations politiques et économiques du monde.

Il y’a cet autre qui, au coeur de  ses  hautes études en sciences sociales nous offre un regard sur le monde qui marie avec bonheur distance, humour et intelligence.

Et il y a mes frères et soeur du tous les points cardinaux du Cameroun qui passent souvent en silence et qui quelquefois laissent des mots qui me touchent. Il y a le Prési mon frère à mouahhhhhhhhh, il y a Léna visage que j’attends, Edouard qui me tient informé des nouvelles du pays, Mboa et sa plume incendiaire et les autres que je cite pas.

Il y a des saveurs et des tendresses qui se glissent ici le temps d’un passage  et dont la fidélité à passer ne s’est jamais démentie.

Et il y a les regards, vos regards d’artistes par lesquels les choses les plus anodines révèlent des beautés qui échapperaient à l’oeil du profane. Il y a cet Autre Regard  rencontré grâce au hasard de la communauté de nom et que ne renierait pas un chat appelé Tao. 

Il y a les photos de mon professeur de botanique préféré, l’une de mes premières et plus fidèles lectrices, grâce à qui les beautés de l’hexagone se révèlent en photo.

Il y a chacun de vous venant encore et encore lire nouvelles, poèmes, chroniques musicales ou sociales, mes coups de coeur, mes coups de sang.

J ‘ai vu passer des âmes sensibles qui depuis pour certaines ont fermé leurs blogs mais que je n’ai pas oubliées.

J’ai eu le plaisir de rencontrer des amateurs de musique, ceux qui ne savent plus en parler sans emphase. Des personnes en qui la musique résonne et défie la raison. Passion quand tu nous tiens. Il y a celle que la passion pour la musique rend  pratiquement »Calibarge » Clin doeil et qui m’a encouragée à écrire alors que jour après jour elle venait à la rencontre de l’histoire de Wellie que je n’ai pas fini de vous livrer. 

Et il y a vous, chacun de vous, unique et incomparable à quiconque qui m’êtes une belle rencontre. Merci.

J’ai croisé parmi vous des magiciens qui déclinent leur amour des mots en poèmes, en prose, en mots qui comme des traits d’épée réveillent de la torpeur.Les mots de femmes et d’hommes qui habillent ou déshabillent les maux pour continuer d’avancer. Merci.

Merci pour le respect et l’amitié qui sans cesse structure vos interventions et vos mots semés ça ou là sur le blog sont précieux.

Merci à vous qui me faites partager vos passions pour la nature, le surf, la peinture, l’art en général. A votre contact j’ai appris, et apprends encore.

Merci pour la qualité du dialogue

Merci à vous qui passez par ici, qui vous arrêtez et prenez la peine de déposer des impressions, des réflexions, des mots d’amitié, des encouragements, des appréciations. Merci à vous qui grâce à vos visites faites vivre ce blog et lui conférez une incroyable richesse.  Merci.

Comme vous avez dû le constater, je ne suis pas régulière sur les blogs ces derniers temps. Je suis très prise et ne peux que rarement passer chez vous et quand je le fais c’est souvent sans un mot. Je ne serai pas disponible avant un bon mois voire plus pour cause de surcroît de travail. Et ensuite ma présence sera encore légère pour d’autres raisons plus personnelles. Alors merci de ne pas vous formaliser de mon absence sur vos espaces et du manque de régularité dans la tenue du blog.  Dès que possible je reviendrai.

J’ai pensé mettre le blog en pause mais la richesse des échanges, ce que nous avons construit au fil du temps fait que vos mots, de vos petits salut en passant, les réactions passionnées et tout ce qui fait vivre ce blog, j’ai pris le pli de les recevoir et j’en suis fort aise. 55893.gif picture by maddyspace

Même si je n’ai pas la possibilité d’entretenir un dialogue de personne à personne j’apprécie les échanges que nous avons ici. J’apprécie que chacun de vous donne son point de vue avec respect de l’autre. J’apprécie les traits d’humour et les moments durant lesquels passent entre les mots nos gemellités en humanité.

Alors n’hésitez pas à semer ça et là vos mots que je lirai aussi souvent que possible. Je reviendrai sûrement vous raconter les deux prochains concerts où je vais si j’ai quelques minutes entre la rédaction d’un document essentiel à ma vie professionnelle.

Le point commun entre les deux concerts c’est la bass. Vous avez un indice plus bas. en attendant de vous retrouver, je vous laisse quelques moments de musique que ous apprécierez j’espère.

Rachelle Ferrel, Tamia, Peabo Bryson, Ronald Isley : « if only I knew » Ils ont fait pleurer Patti labelle.

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Jaylou Ava : Africa in my heart. Ecoutez laguitare de ce virtuose. C’est magnifique.

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 Je vous laisse profiter de ce moment d’anthologie avec trois bassistes incroyables. Ils sont à Paris dans 10 jours. Caramba viiiiiiiiiiiiite !

Marcus Miller , Stanley Clarke et Victor Wooten

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Pourquoi je m’énerve ? Du sang sous leurs chaussures vernies au bal de leurs corruptions

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Amis lecteurs soyez prévenus, je suis énervée. Quand je suis énervée la cohérence n’est pas forcément ce qui structure ma pensée. C’est comme le fait de jeter sans réfléchir le flot de son débordement émotionnel sur papier, comme un peintre le ferait sur une toile. Les contours de son expression artistique ne sont pas nécessairement « ordonnés » mais le chaos apparent est ordre. Il est ordre du désordre de l’instant.  Alors souffrez de ne pas saisir discerner des contours bien dessinés à mes cogitations déambulatoires. 

Il paraît que le fait de trop souvent s’énerver est dangereux pour la santé. Aïe caramba ! Il paraît aussi qu’il est sage et salutaire de se garder des emportements paroxystiques. (Assia for me oooooooo). Je voudrais bien faire preuve de mesure dans mes énervements mais l’univers pourrait faire un effort. Il est manifeste qu’il se ligue contre moi. Qui m’en veut au point de mettre en place un tableau mondial apocalyptique sur le terrain des valeurs auxquelles je me réfère ? Mettez vous à ma place. J’ai fait preuve d’une angélique patience tandis que mister « double you » de la maison blanche (George du prénom dont il est copropriétaire avec son papa) mettait le monde dans un état sidérant. Huit ans que ça dure ! Depuis qu’il a pris les choses en main l’Irak et l’Afghanistan ne sont-ils pas devenus des havres de paix dans lesquels le modèle américain fait le bonheur des autochtones ? L’Amérique est en marche les amis. Tous aux abris ! Comme si la présence depuis huit ans de W (prononcer doubelyou) à la maison blanche ne suffisait pas à éroder les artères les plus saines, et à donner des angines blanches à des premières dames en CDD.  Foi de cholestérol, artères en danger. Au milieu d’espoirs obamaniaques voici que l’on met en orbite le pendant féminin de doubelyou, le rouge à lèvres en plus et quelques casseroles :  Sarah Palin la W.A.S.P. dans toute sa splendeur.  Et c’est qu’elle vocifère la dame de l’Alaska !  Ne comptez pas sur moi pour gloser sur l’état utérin de sa fille ou sur les addictions attribuées à son fils. En privé peut être mais en public Rire

Non c’est dame Palin telle qu’en elle même qui me sidère. Sa rhétorique, sa posture doctrinale, ses contradictions, sa défense de la vie, des armes et de la guerre, sa virulence. Le problème c’est qu’après la sidération je m’énerve.  L’imaginer devenant présidente des Etats-Unis dans deux ans à la faveur d’un accident  de vie du soldat Mc Cain. Un accident de vie présidentiel façon « aïe je suis mort. Oups j’étais vieux !  si vous voyez ce que je dire.  Une telle hypothèse transformerait mon urticaire en catastrophe cutanée post Tchernobyl. Vous imaginez cette dame à la tête de ce qui fut la plus grande puissance du monde (nostalgie quand tu nous tiens). Imaginez l’effet d’une telle pensée sur l’état de mes artères !  Déjà nous courons le risque d’avoir en novembre un président homonyme d’une marque de frites (C’est la victoire de Mc Do vous croyez ?Rire) et il faudrait en plus passer de la frite au Pittbul ! C’est où la sortie ? Je descend.  Quand je dis qu’il s’est ourdi un complot international contre la santé des artères. Mais qui veut la peau du soldat Malaïka ?  ! Un peu nombrilistes mes assertions ?  Absolument ! Et « un peu » c(est pour le moins un euphémisme. Tout le monde n’a pas eu la chance de prendre une option « centre du monde » à la naissance. Moi si. Hi hi. Clin doeil

Si la lointaine Amérique me met dans un tel état,  imaginez celui de mes nerfs face à l’état de mon Afrique. De ma chère Afrique. De la terre de mes pères. Imaginez le mauvais cholestérol qu’est pour mes artères la conscience de l’échec des espérances d’une jeunesse africaine alors qu’elle voit la caricature qu’est devenue une figure politique qui durant des décennies a représenté pour beaucoup l’intégrité, l’opposition, le changement. On tourne les yeux vers Dakar à la recherche du héros d’antan et il semble n’en rester que l’enveloppe, une coquille vide, une absence. L’ Abdoulaye Wade de nos espérances s’est perdu en route. Celui qui donnait un sens à l’opposition et une matière à l’espérance s’est perdu dans la corruption du pouvoir et dans une jouissance égotique de ce dernier qui le mue en un confiscateur progressif des libertés. Ci gît Abdoulaye…Espérances avortés, rêves abimés, colère qui gronde. Dois-je citer l’un après l’autre les gouvernants des pays d’Afrique qui la pillent et livrent ses enfants à la misère et à la désespérances ?  Je ne ferai pas la liste car citer des noms même en silence pourrait réveiller en moi des énervements plus grands. Oui, ouvrir les yeux et les oreilles suffit parfois à me mettre en mode énervé. Il faut croire que le calme que l’on me prête n’est parfois qu’une rétention de furieuses tempêtes intérieures. Mais chut ! J’ai une image à protéger moi !Cool

Je vous entends vous demander ce qui a pu déclencher un tel courroux nocturne. Figurez vous qu’au cours de mes explorations musicales sur You Tube je suis tombée sur cette vidéo :

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Je suis un peu énervée. Pas seulement parce que j’ai mauvais esprit ou parce ma mauvaise foi légendaire qui était sur le podium olympique à Beijing se manifeste une fois de plus. Oui mais ce n’est pas l’hymne national camerounais que l’on a joué. Que nenni ! Sur une marche plus élevée se tenaient Nathalie Kosciusko-Morizet (sous ministre de l’écologie) et Christine Lagarde (ministre de l’économie, des finances, des subprimes [ici j’accède en conscience à des sommets de mauvaise foiClin doeil], de la société générale, du Medef et du reste) pour leurs déclarations incroyables concernant le retour en millions d’euros de Bernard Tapie. Pourquoi je m'énerve ? Du sang sous leurs chaussures vernies au bal de leurs corruptions dans Africa ! 09. Alors l’hymne national camerounais a cédé la priorité à la marseillaise. Allons zenfants de la patriiiiiiii iyeuhhhhhhhhhhhhh. 

Donc, ce n’est pas pour faire mon mauvais esprit quoique. CoolNon que j’aie quelque chose de personnel contre le bonheur en soi. Ou contre Kabila fils, encore moins contre le bonheur de Kabila fils. Mais un peu de décence diantre ! Nous ne sommes ni à Monaco, ni à Buckingham palace. Nous sommes au coeur d’un pays au tissu social déchiré et aux vies brisées par des conflits sanglants. Alors la « publicisation » des bonheurs intimes du président  » fils de » dans un pays exsangue dont les plaies décennales tardent à cicatriser, j’ai du mal !

La starisation des politiques serait le nouvel opium de nos peuplades avides  de s’inviter virtuellement aux banquets de nantis ? Excusez moi de ne pas adhérer. Et c’est peu de le dire. Je n’ai pas payé le moindre impôt au Congo donc je ne revendique pas le moindre kopek qui aurait participé à financer ce mariage. Mais quand je regarde ces images, je me dis que la mer rouge, la mer de sang s’est ouverte pour laisser passer les tyrans, tandis que le peuple dont le sang versé a rendu rouge la mer. Pendant ce temps dans leurs palais les Bemba et Kabila ripaillaient gaiement.  Désolée de ne pas prendre part à ce grotesque banquet. Pas plus que je ne l’ai fait il y a des années ‘à celui des épousailles de Miss Sassou et monsieur Bongo, ni à celui de Paul Biya ou au au baptême ses des enfants de Paul Biya. Je refuse de prendre part de manière complaisante à je ne sais autre « événement » intime que l’on voudrait m’obliger à « partager » au prétexte que nous serions une famille. Une famille ? Mon oeil ! Okay je le concède, j’ai mauvais esprit mais le côté gnan gnan du clip et cette débauche de bonheur alors que la mère patrie pleure des larmes de sang…je ne peux pas. Déposez moi ici comme on dirait par chez moi. 

Tata Nzambe nous avons besoin de toi comme dirait Bisso na bisso. Alors aux bonheurs que je n’ai pas de mal à souhaiter durable au couple Kabila, ils font ce qu’ils veulent, je m’autorise à ne pas vouloir être instrumentalisée dans cette tentative de normalisation par l’image de situations que ne devraient jamais l’être. Kabila et madame ne sont qu’une image de cette tentative de banalisation, d’humanisation médiatique de régimes qui tiennent en captivité des populations entières. Et la mère patrie pleure des larmes de sang. Alors au clip squi précède, souffrez que je préfère me repasser le chant de Bisso na Bisso : Tata Nzambe.

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Ces « gouvernants » si l’on peut se permettre cet évident abus de langage qui représentent officiellement nos pays au banquet des nations ne me représentent pas. Ils ne représentent pas mon Afrique. Ils n’ont pas le respect de cette terre dont nous sommes issus. Ils la pillent sans vergogne alors que leurs ancêtres lui attribuaient une valeur immense. Ils versent sans retenue le sang de leurs compatriotes et dansent à leur bals de nouveaux riches, les chaussures cirées sur le sang de leurs pairs. Que de consciences mortes perdues dans des corps qui se meuvent aux bals de leurs corruptions, de leurs gabegies, de leurs crimes et de leurs prévarications. La mer rouge du sang de leurs victimes s’est ouverte sur le chemin de leurs tentations monarchiques. Et la mère patrie pleure des larmes de sang. Je n’ai rien de personnel contre ceux qui se sont mariés, mais il n’est pas question que je me laisse prendre en otage par leurs festivités médiatiques que je couverais du regard de quelque monégaste assistant aux noces qui en 1956 ont fait de Grace Kelly leur princesse.

Si au cours de vos voyages, amis lecteurs, il vous arrivait de croiser l’Afrique, de reconnaître derrière les actions coupables des satrapes locaux l’Afrique que l’on voit peu, oui mes amis si vous croisez mon Afrique, transmettez lui ce message de ma part : Je t’aime !!! Message qui est un écho de ce que lui disent bien de ses filles et fils. Dites lui qu’elle a des fils et filles qui ne la méprisent pas, des filles et fils qui la savent berceau de l’humanité et qui la respectent par delà d’évidentes indigences. Les africains corrompus ne sont pas l’Afrique. Il est des fils et fille de notre terre qui ne rêvent en aucun cas de la violer ou de la piller.

Nombreux sont ses enfants qui ne désespèrent pas de la voir tourner ces pages sinistres pour être dirigée par des personnes intègres et pour qui le rêve d’Afrique prime sur les ambitions de leurs ventres et sur leurs tentations monarchiques. Si vous la croisez mon Afrique dites lui que par ici, s’élève un murmure qui dit « mama Africa »…

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Douleur chante Elissa : je me régale !

Bon comment présenter cette chanson et son chanteur sans faire dans la redondance ?

Cette chanson et l’album dont elle est tirée sont arrivés à moi dans un temps où la musique a été une bouée de sauvetage au coeur d’une perte absolue, irréparable et jamais réparée. La musique permet de salutaires autismes en ce qu’elle enferme dans une bulle au coeur de laquelle la violence de la vie ne peut entrer. La musique a la vertu de laisser hors du temps et de l’espace émotionnel cet extérieur vers lequel on finira par aller. Mais l’espace d’une chanson, de cinq minutes à peine, le reste du monde n’est plus. Il y aune communion avec le son, la voix, le sens, et avec l’intime de soi qui laissent dehors ce qui pour une saison ou pour plus longtemps fait mal. Parfois elle vient raconter une histoire qui ressemble à nos douleurs et l’universalise permettant de sortir du centrage egotique du soi pour entrer dans un tout plus rassurant ou moins dangereux pour l’équilibre. Il y avait en particulier une chanson en hommage à Bebey Black, mort brutalement sur la pente ascendante du succès et de la reconnaissance. Jeunesse pleine de promesses fauchée au détour de l’accident inattendu. Résonnances…

J’aime Douleur parce que c’est un artiste en tout ce que cela comporte de sensibilité, d’inventivité, de dérision, et de subjectif. C’est un artiste qui sait transporter son héritage africain dans les sons importés d’ailleurs avec les quels il les marie sans se perdre. Il a l’âme et la voix du griot et une modernité qui traverse les âges. Si je dis que j’aime Douleur (alias Doualla Alexandre) vous me croirez ?Sourire

La chanson qui suit est la complainte d’un homme qui voit arriver la fin de son couple, détruit par les silences, les incompréhensions, les bouderies et surtout le manque de communication. J’aime sa complainte. J’aime quand sa voix imite les larmes. J’aime qu’il ose dire qu’il pleure et que le départ de sa belle le conduira en terre de larmes.

Douleur artiste Camerounais, artiste africain et universel, à découvrir à l’infini.

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Bisso na bisso : Tata Nzambe -Un cri qui rejoint mes cris d’Afrique, mes cris pour le Cameroun, mon pays blessé

Je n’ai pas de mots pour dire combien ce cri me touche. Cette chanson est sortie si mes souvenirs sont exacts au coeur d’une guerre qui a laissé exsangue un Congo déjà blessé par tant de guerres fratricides.

Tant de douleurs et de larmes d’Afrique sont contenues dans ce cri. Larmes de femmes, d’hommes et d’enfants. « La mère patrie pleure des rivières de sang » ça et là en Afrique. Larmes de sang qui recouvrent la terre parce que des humains ont l’outrecuidance de rêver leur vie autrement que sous le joug de la tyrannie, de la gabegie, de la corruption, des pouvoirs autocrates « de droit divin ». Un peuple qui a le mauvais goût de vouloir se réapproprier son destin et son droit au futur reçoit en retour exactions et vindicte d’Etat. L’Etat qui détient le monopole de la violence physique légitile selon Weber. Cette violence physique entre les mains d’un état délégitimé qu’est-ce que ça donne ?

Des opposants disparaissent au Tchad, au Cameroun les forces de l’ordre tirent sur la population sans sommation, au Kenya on confisque sans vergogne le pouvoir, instrumentalisant l’ethnicité pour ouvrir à la barbarie. Et « la mère patrie pleure des rivières de sang »

Dans mon pays on interdit à une télévision d’émettre probablement pour mâter les rebelles loin des caméras de télévision, pour enfermer dans le silence les cris nés de la terreur. Tant de « guantanamo » du côté de l’Afrique dans une sourde indifférence.

Quand de l’autre côté de l’océan la famille, les amis, le pays sont prisonniers d’une situation qui pourrait dégénérer en boucherie il dur de ne pas avoir peur. L’inquiétude et la peur de perdre les miens et mon pays paralysent mes capacités d’analyser, je suis dans l’instant et non dans la distance, dans l’émotion et non dans la raison. Je ne vais pas m’excuser ni regretter d’être humaine, simplement humaine. Et me voilà accrochée au téléphone pour être sûre qu’ils sont en vie, qu’ils sont prudents et qu’ils vont bien. Grâce à Dieu ma famille va bien, mais des morts dus à cette situation font couler des larmes dans ma grande famille du Cameroun, chez mes compatriotes, le peuple de mon coeur. « La mère patrie pleure des rivières de sang »

Je n’arrive même pas encore à me mettre en colère contre ceux qui au nom de leurs panses avides détruisent mon pays, mes frères et soeurs, nos enfants et leurs espoirs pour de meilleurs lendemains. Je n’arrive pas encore à les vomir alors qu’ils pèsent sur nos estomacs, nous un peuple à l’agonie. Le peuple dans la rue ose demander la changement. Crime de lèse ploutocrate. La paix sans le pain, tel est le deal que l’on nous propose. Et ce peuple d’abrutis qui ose descendre dans la rue pour demander que ça change. Ils osent avoir l’indignité aux lèvres. Ils aspireraient à la démocratie ? La démocratie kezako ?

Ils n’ont pas de pain ? Mais qu’on leur donne de la brioche et qu’ils ne nous saoulent pas avec des rêveries libertaires. Et pourquoi pas le gouvernement du peuple par le peuple pendant qu’on y est ? Et v’là t-il pas qu’il lui prend la fantaisie, à ce peuple de rêveurs de s’indigner de ce qu’un président veuille s’installer à vie à la tête de l’Etat au détour d’un tripatouillage de la constitution ? Mais de quoi il se mêle le peuple ? La constitution ça ne le regarde pas. Non mais ! Allez un coup de lacrymogènes et une pluie de gourdins sur le corps et ça devrait leur remettre les idées en place. Sion les laisse faire ils sont fichus de demander le rapatriement des capitaux dont le pays a été spolié. Qu’on les fasse taire.

C’est bien connu voyons bande d’ignares l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie. Jacques Chirac l’a affirmé en son temps. C’est bien connu l’homme africain est un enfant qui fantasme sur un passé merveilleux et qui n’a pas existé. C’est bien connu il est incapable de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Nicolas Sarkozy nous l’a dit en juillet 2007. Alors le petit peuple ne va pas se laisser aller à la fantaisie de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Il ne va pas s’égarer vers des aspirations démocratiques et des aspirations à une vie meilleure qui trancheraient avec l’infantisation dans laquelle bien des fantasmes l’enferment.

Et pendant ce temps un jeune homme devant le collège Alfred Saker de Deïdo aurait trouvé la mort pour avoir accompagné des amis devant le portail. Que voulez-vous nul n’est sensé ignorer la loi. Surtout si elle est martiale. Dans le cas d’espèce, la loi c’est le couvre feu. Mais non la police ne tire pas sans sommation dans les rues de Douala et d’ailleurs. La sommation a été donnée par la fermeté du discours présidentiel. Un homme averti en vaut deux. Quand je dis que je n’arrive pas à garder de la distance ? Voilà que je m’énerve n’est-ce pas ? Et pendant ce temps : « La mère patrie pleure des rivières de sang »

Je n’arrive pas à trancher entre la vindicte et l’analyse. Je verse dans un concept nouvellement fondé, celui de la vindicte analytique navigant entre émotion et raison. Souffrez que je déverse ma bile sur ceux à cause de qui des enfants de 8 à 12 ans sont dans la rue, formant une armée qui fait craindre le pire de ce que l’on a vu du Liberia au Congo en passant par l’Angola, l’ex Zaire et la Sierra Leone.

J’ai peur que mon pays enfante des enfants soldats. Je structurerai mon énervement plus tard, j’analyserai calmement plus tard. J’ai juste peur, et au nom de tous les miens j’espère que ceux qui sont au pouvoir ne radicaliseront pas leurs positions pour garder une illusion de force, de puissance et de légitimité. J’espère que l’on n’instrumentalisera pas la quête légitime d’une vie meilleure d’un peuple pour conquérir des positions de pouvoir. Les souvenirs de la Côte d’Ivoire, de la RDC, du Congo et d’ailleurs soulèvent des frayeurs irrépressibles car l’histoire de mon continent est jonchée de cadavres tombés au front des ambitions des hommes. « La mère patrie pleure des rivières de sang »

Quand un peuple aspire à la liberté, tôt ou tard il la conquiert. Quand la misère et la détresse deviennent des jougs intolérables, quand un peuple sait qu’on ne lui donnera pas ce à quoi il peut légitimement aspirer : liberté, éducation, soins médicaux, travail, avenir, alors il se lève pour aller l’arracher.

L’inconnue de l’équation c’est le prix à payer pour cette liberté, pour une vie meilleure. La somme sur la facture dépendra de la volonté des gouvernants à donner la primauté à la nation sur leurs ventres jamais rassasiés de leurs rapines et sur leurs tentations monarchiques.

La balle, à mon humble avis, est dans le camp d’une classe dirigeante repliée sur ses privilèges au détriment de la nation. La balle est dans le camp de ceux qui, s’il leur reste une once de considération à défaut d’amour pour la terre de leurs pères, sauront nous aider à tourner des pages sinistres sans bain de sang, parce qu’il auront compris qu’il serait temps de quitter la scène dans la paix.

Parce qu’il y a un temps pour tout, parce que l’aspiration à la liberté et à un monde différent est là, dans le coeur d’une nation, jusque dans les jeunes coeurs d’enfants pas encore adolescents, parce qu’il n’est plus possible que dès l’enfance on renonce à rêver et à espérer, il serait temps que les sourds entendent et que les aveugles voient. Croyez-vous qu’ils entendront le cri qui vient du coeur d’un pays ? Croyez vous qu’ils verront que l’heure est critique ?

En attendant je me laisse porter par la voix de cette chanteuse. En effet j’aime la voix de Mpassi la chanteuse, accessoirement cousine de Passi initiateur du projet. Sa voix est de celles qui atteignent l’intime de mon être pour et qui d’une certaine façon me racontent.

Dès le cri, l’onomatopée d’entrée je suis dans le chant, dans le cri, l’invocation,la supplique…Tata Nzambe !

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[PASSI]
La mère patrie pleure des rivières de sang,
Le rouge est dans ses yeux, le peuple est mécontent.
Dans ces drames qui rentrent les armes du mal,
De qui coulent les larmes. Miséricorde à ces félins
Qui laissent veuves et orphelins. Vallées de l’angoisse,
Pêchés, enfant égarés, règne de la tristesse,
Beaucoup trop de gens sont tombés.
Tour à tour nos pays sont bombés, les nôtres bombés.
Jalousie, haine, hostilité, Ah ! Moundombé.
Tata Nzambé, Tata Nzambé
[LINO]
Les anges font la grève, mes rêves deviennent cauchemars
Une brève nouvelle du front, la sève du mal coule, fin de la trêve.
C’est comme une jungle en slalom entre flingues et came,
L’homme crève parce qu’Eve avait un faible pour les pommes.
Je lève les yeux, m’élève vers les cieux.
Dieu bénisse mon âme, préserve de la lame des
Envieux, du drame et du feu, ça crame, je rime,
Rame entre le crime et les pleurs, les fleurs fânent, la foi prime,
Lino en mission pour le seigneur.
Tata Nzambé, Tata Nzambé 

[D.O.C]
Des sorciers, des médiums et marabouts, des chiens enragés,
De l’opium le patron est le Moucouyou.
Des sorts jetés, tant de mort sur la jetée.
Prier et crier, de souffrance mon corps veut lâcher.
Je veux marcher auprès de l’Eternel, ne plus me faire acheter
Et fuir les querelles, dans un monde qui ne pardonne pas,
Sans foi ni loi. Tata Nzambé, ici-bas on a besoin de toi.

Tata Nzambé, Tata Nzambé

[BEN-J]
Que le Seigneur soit avec nous et avec notre esprit, afin d’affermir notre foi. Le bon chemin est si étroit que sa lumière nous éclaire Afin que l’on soit sur la bonne voie.
Au-delà des inéquités et des plaisirs charnels,
Bisso Na Bisso revient louer L’Eternel.
Les 7 anges ici-bas ont bien reçu l’appel.
Je prêche ces quelques mots, les yeux rivés vers le ciel.

Tata Nzambé, Tata Nzambé

[MYSTIK]
Au nom de Dieu le Tout-puissant, le Miséricordieux.
Louange à toi, Seigneur de l’univers.
Guide nous vers le droit chemin,
Chemin de ceux que tu a comblé de tes faveurs
Prions avec ferveur. Frères et soeurs,
Sachez attendrir vos coeurs.
Dans le jardin des hommes que la foi boulverse et gêne le pêcheur
Qu’elle incite, qu’elle entraîne à se dépasser, qu’elle communique
Quelle que soit ta foi, un seul Dieu unique.

Tata Nzambé, Tata Nzambé

[G-KILL]
Je ne suis sage qu’à mes propres yeux
Je veux ma place dans le royaume des cieux
Tata Nzambé, ta venue est proche, mes frères ouvrez vos coeurs
Ainsi que ceux de vos proches
Car dans sa droite une longue vie, sa gauche la richesse,
La gloire, là haut pas de mauvais esprits
Ni de bleu, ni de blanc, ni de rouge, le troisième millénaire se profile
Et la jeunesse voit rouge.

Tata Nzambé, Tata Nzambé

[CALBO]
Regarde ce que ce monde a fait de moi,
Ça fait des mois que je me cherche,
Pêche dans mes recherches, recherche
En vain des portes, une brèche.
À cent milles lieues sous la merde,
Ça merde à chaque fois, essaie de m’en sortir,
Écarte foi et opte pour 4 mois de folie.
Échappe-toi du chemin, il me disait « Viens dans la luxure,
Appelle tes potes, la belle vie pour tous, j’assure » Amen.
J’ai su me relever alors que d’autres reposent en paix,
Je dois ma vie à une seule personne dans ce monde,
Tata Nzambé.

Tata Nzambé, Tata Nzambé…
Alléluia, Alléluia…
Hosanna, Hosanna…
Tata Nzambé, Tata Nzambé…

La lettre d’Ingrid Betancourt : preuve de vie, preuve de douleur…

Je n’ai pas les mots pour dire combien cette lettre m’a prise aux tripes. Au delà de l’information répétée depuis plus de cinq ans et demi il y a là l’âme d’une dame qui se met à nu et qui nous touche. Pourvu que ce soit enfin pour elle, pour sa famille, pour les autres otages le bout du tunnel. Je peux imaginer le soulagement et l’inquiétude de sa famille à la vue de ses images et à la lecture de sa lettre. Pourvu qu’elle trouve encore les ressources pour tenir bon. Pourvu qu’elle résiste, elle et ceux qui comme elle sont privés de liberté au nom d’intérêts politiques complexes. Respects à vous madame Betancourt pour tout ce que vous laissez voir de vous et de votre force même dans la faiblesse. Puissiez-vous tenir bon, résister encore. Des pensées positives pour les uns, des prières pour ceux qui sont comme moi, l’unité de nos voeux pour vous voir libre madame, très vite.

« C’est un moment très dur pour moi. Ils demandent des preuves de vie brusquement et je t’écris mon âme tendue sur ce papier. Je vais mal physiquement. Je ne me suis pas réalimentée, j’ai l’appétit bloqué, les cheveux me tombent en grande quantité. Je n’ai envie de rien. Je crois que c’est la seule chose de bien, je n’ai envie de rien, car ici, dans cette jungle, l’unique réponse à tout est « non ». Il vaut mieux, donc, n’avoir envie de rien pour demeurer au moins libre de désirs. Cela fait trois ans que je demande un dictionnaire encyclopédique pour lire quelque chose, apprendre quelque chose, maintenir vive la curiosité intellectuelle. Je continue à espérer qu’au moins par compassion ils m’en procureront un, mais il vaut mieux ne pas y penser. Chaque chose est un miracle, même t’entendre chaque matin, car la radio que j’ai est très vieille et abîmée.

Je veux te demander, Mamita Linda, que tu dises aux enfants qu’ils m’envoient trois messages hebdomadaires (…). Rien de transcendant, si ce n’est ce qui leur viendra à l’esprit et ce qu’ils auront envie d’écrire (…). Je n’ai besoin de rien de plus, mais j’ai besoin d’être en contact avec eux. C’est l’unique information vitale, transcendante, indispensable, le reste ne m’importe plus (…).

Comme je te disais, la vie ici n’est pas la vie, c’est un gaspillage lugubre de temps. Je vis ou survis dans un hamac tendu entre deux piquets, recouvert d’une moustiquaire et avec une tente au-dessus, qui fait office de toit et me permet de penser que j’ai une maison. J’ai une tablette où je mets mes affaires, c’est-à-dire mon sac à dos avec mes vêtements et la Bible qui est mon unique luxe. Tout est prêt pour que je parte en courant. Ici rien n’est à soi, rien ne dure, l’incertitude et la précarité sont l’unique constante. A chaque instant, ils peuvent donner l’ordre de tout ranger (pour partir) et chacun doit dormir dans n’importe quel renfoncement, étendu n’importe où, comme n’importe quel animal (…).

Mes mains suent et j’ai l’esprit embrumé, je finis par faire les choses deux fois plus doucement qu’à la normale. Les marches sont un calvaire car mon équipement est très lourd et je ne le supporte pas. Mais tout est stressant, je perds mes affaires ou ils me les prennent, comme le jean que Mélanie m’avait offert pour Noël, que je portais quand ils m’ont pris. L’unique chose que j’ai pu garder est la veste, cela a été une bénédiction, car les nuits sont glaciales, et je n’ai eu rien de plus pour me couvrir.

Avant, je profitais de chaque bain dans le fleuve. Comme je suis la seule femme du groupe, je dois y aller presque totalement vêtue : short, chemise, bottes. Avant j’aimais nager dans le fleuve, mais maintenant je n’ai même plus le souffle pour. Je suis faible, je ressemble à un chat face à l’eau. Moi qui aimais tant l’eau, je ne me reconnais pas. (…) Mais depuis qu’ils ont séparé les groupes, je n’ai pas eu l’intérêt ni l’énergie de faire quoi que ce soit. Je fais un peu d’étirements car le stress me bloque le cou et cela me fait très mal.

Avec les exercices d’étirement, je parviens à détendre un peu mon cou. (…) Je fais en sorte de rester silencieuse, je parle le moins possible pour éviter les problèmes. La présence d’une femme au milieu de tant de prisonniers masculins qui sont dans cette situation depuis huit à dix ans est un problème (…). Lors des inspections, ils nous privent de ce que nous chérissons le plus. Une lettre de toi qui m’était arrivée m’a été prise après la dernière preuve de survie, en 2003. Les dessins d’Anastasia et Stanislas [neveux d'Ingrid], les photos de Mélanie et Lorenzo [ses enfants], le scapulaire de mon papa, un programme de gouvernement en 190 points, ils m’ont tout pris. Chaque jour, il me reste moins de moi-même. Certains détails t’ont été racontés par Pinchao [Jhon Pinchao, sous-officier de police, otage des FARC qui a réussi ) s'échapper le 28 avril dernier]. Tout est dur.

Il est important que je dédie ces lignes à ces êtres qui sont mon oxygène, ma vie. A ceux qui me maintiennent la tête hors de l’eau, qui ne me laissent pas couler dans l’oubli, le néant et le désespoir. Ce sont toi, mes enfants, Astrid et mes petits garçons, Fab [Fabrice Delloye, son ex-mari et le père de ses enfants], Tata Nancy et Juanqui [Juan Carlos, son mari].

Chaque jour, je suis en communication avec Dieu, Jésus et la Vierge (…). Ici, tout a deux visages, la joie vient puis la douleur. La joie est triste. L’amour apaise et ouvre de nouvelles blessures… C’est vivre et mourir à nouveau.

Pendant des années, je n’ai pas pu penser aux enfants, et la douleur de la mort de mon papa accaparait toute ma capacité de résistance. Je pleurais en pensant à eux, je me sentais asphyxiée, sans pouvoir respirer. En moi, je me disais : « Fab est là, il veille à tout, il ne faut pas y penser ni même penser. » Je suis presque devenue folle avec la mort de mon papa. Je n’ai jamais su comment cela s’est passé, qui était là, s’il m’a laissé un message, une lettre, une bénédiction. Mais ce qui a soulagé mon tourment a été de penser qu’il est parti confiant en Dieu et que là-bas je le retrouverai pour le prendre dans mes bras. Je suis certaine de cela. Te sentir a été ma force. Je n’ai pas vu de messages jusqu’à ce qu’il me mette dans le groupe de Lucho, Luis Eladio Pérez [ex-sénateur, otage aussi], le 22 août 2003. Nous avons été de très bons amis, nous avons été séparés en août. Mais durant ce temps il a été mon soutien, mon écuyer, mon frère (…).

J’ai en mémoire l’âge de chacun de mes enfants. A chaque anniversaire, je leur chante le « Happy Birthday ». Je demande à ce qu’ils me laissent faire un gâteau. Mais depuis trois ans, à chaque fois que je le demande, la réponse est non. Ça m’est égal s’ils amènent un biscuit ou une soupe de riz et de haricot, ce qui est habituel, je me figure que c’est un gâteau et je leur célèbre dans mon coeur leur anniversaire.

A ma Melelinga (Mélanie), mon soleil de printemps, ma princesse de la constellation du Cygne, à elle que j’aime tant, je veux te dire que je suis la maman la plus fière de cette terre (…). Et si je devais mourir aujourd’hui, je partirais satisfaite de la vie, en remerciant Dieu pour mes enfants. Je suis heureuse pour ton master à New York. C’est exactement ce que je t’aurais conseillé. Mais attention, il est très important que tu fasses ton DOCTORAT. Dans le monde actuel, même pour respirer, il faut des lettres de soutien (…). Je ne vais pas même me fatiguer à insister auprès de Loli (Lorenzo) et Méla qu’ils n’abandonnent pas avant d’avoir leur doctorat. J’aimerais que Méla me le promette.

(…) Mélanie, je t’ai toujours dit que tu étais la meilleure, bien meilleure que moi, une sorte de meilleure version de ce que j’aurais voulu être. C’est pourquoi, avec l’expérience que j’ai accumulée dans ma vie et dans la perspective que donne le monde vu à distance, je te demande, mon amour, que tu te prépares à arriver au sommet.

A mon Lorenzo, mon Loli Pop, mon ange de lumière, mon roi des eaux bleues, mon chef musicien qui me chante et m’enchante, au maître de mon coeur, je veux dire que depuis qu’il est né jusqu’à aujourd’hui, il a été ma source de joies. Tout ce qui vient de lui est du baume pour mon coeur, tout me réconforte, tout m’apaise, tout me donne plaisir et placidité (…). J’ai enfin pu entendre sa voix, plusieurs fois cette année. J’en ai tremblé d’émotion. C’est mon Loli, la voix de mon enfant, mais il y a déjà un autre homme sur cette voix d’enfant. Un enrouement d’homme-homme, comme celle de mon papa (…). L’autre jour, j’ai découpé une photo dans un journal arrivé par hasard. C’est une publicité pour un parfum de Carolina Herrera, « 212 Sexy men ». On y voit un jeune homme et je me suis dit : mon Lorenzo doit être comme ça. Et je l’ai gardée.

La vie est devant eux, qu’ils cherchent à arriver le plus haut. Etudier est grandir : non seulement par ce qu’on apprend intellectuellement, mais aussi par l’expérience humaine, les proches qui alimentent émotionnellement pour avoir chaque jour un plus grand contrôle sur soi, et spirituellement pour modeler un plus grand caractère au service d’autrui, où l’ego se réduit à sa plus minime expression et où on grandit en humilité et force morale. L’un va avec l’autre. C’est cela vivre (…).

A mon Sébastien [fils du premier mariage de Fabrice Delloye], mon petit prince des voyages astraux et ancestraux. J’ai tant à te dire ! Premièrement, que je ne veux pas partir de ce monde sans qu’il n’ait la connaissance, la certitude et la confirmation que ce ne sont pas deux, mais trois enfants d’âme que j’ai (…). Mais avec lui, je devrais dénouer des années de silence qui me pèsent trop depuis la prise d’otage. J’ai décidé que ma couleur favorite était le bleu de ses yeux (…). Si je venais à ne pas sortir d’ici, je te l’écris pour que tu le gardes dans ton âme, mon Babon adoré, et pour que tu comprennes ce que j’ai compris quand ton frère et ta soeur sont nés : je t’ai toujours aimé comme le fils que tu es et que Dieu m’a donné. Le reste n’est que des formalités.

(…) Je sais que Fab a beaucoup souffert à cause de moi. Mais que sa souffrance soit soulagée en sachant qu’il a été la source de paix pour moi. (…) Dis à Fab que sur lui je m’appuie, sur ses épaules je pleure, qu’il est mon soutien pour continuer à sourire de tristesse, que son amour me rend forte. Parce qu’il fait face aux nécessités de mes enfants, je peux cesser de respirer sans que la vie ne me fasse tant mal. (…)

A mon Astrica [Astrid, sa sœur], tant de choses que je ne sais par où commencer. Tout d’abord, lui dire que « sa feuille de vie » m’a sauvée pendant la première année de prise d’otage, pendant l’année de deuil de mon papa (…). J’ai besoin de parler avec elle de tous ces moments, de la prendre dans mes bras et de pleurer jusqu’à ce que se tarisse le puits de larmes que j’ai dans mon coeur. Dans tout ce que je fais dans la journée, elle est en référence. Je pense toujours : « Ça, je le faisais avec Astrid quand nous étions enfants » ou : « Ça, Astrid le faisait mieux que moi ». (…) Je l’ai entendu plusieurs fois à la radio. Je ressens beaucoup d’admiration pour son expression impeccable, pour la qualité de sa réflexion, pour la domination de ses émotions, pour l’élégance de ses sentiments. Je l’entends et je pense : « Je veux être comme ça » (…). Je m’imagine comment vont Anastasia et Stanis. Combien cela m’a fait mal qu’ils me prennent leurs dessins. Le poème d’Anastasia disait : « Par un tour du sort, par un tour de magie ou par un tour de Dieu, en trois années ou trois jours, tu seras de retour parmi nous. » Le dessin de Stanis était un sauvetage en hélicoptère, moi endormie et lui en sauveur.

Mamita, il y a tant de personnes que je veux remercier de se souvenir de nous, de ne pas nous avoir abandonnés. Pendant longtemps, nous avons été comme les lépreux qui enlaidissaient le bal. Nous, les séquestrés, ne sommes pas un thème « politiquement correct », cela sonne mieux de dire qu’il faut être fort face à la guérilla même s’il faut sacrifier des vies humaines. Face à cela, le silence. Seul le temps peut ouvrir les consciences et élever les esprits. Je pense à la grandeur des Etats-Unis, par exemple. Cette grandeur n’est pas le fruit de la richesse en terres, matières premières, etc., mais plutôt le fruit de la grandeur d’âme des leaders qui ont modelé la Nation. Quand Lincoln a défendu le droit à la vie et à la liberté des esclaves noirs en Amérique, il a aussi affronté beaucoup de Floridas et Praderas (municipalités demandées par les FARC pour la zone démilitarisée). Beaucoup d’intérêts économiques et politiques qui considéraient être supérieurs à la vie et à la liberté d’une poignée de Noirs. Mais Lincoln a gagné, et il reste imprimé sur le collectif de cette nation la priorité de la vie de l’être humain sur quelque autre type d’intérêt.

En Colombie, nous devons encore penser à notre origine, à qui nous sommes et où nous voulons aller. Moi, j’aspire à ce qu’un jour nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour atteindre le soleil. Quand nous serons inconditionnels face à la défense de la vie et de la liberté des nôtres, c’est-à-dire quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés, moins intolérants et plus compatissants. Alors, ce jour-là, nous serons la grande nation que nous voulons tous être. Cette grandeur est là endormie dans les cœurs. Mais les cœurs se sont endurcis et pèsent tant qu’ils ne nous permettent pas des sentiments élevés.

Mais il y a beaucoup de personnes que je voudrais remercier car elles ont contribué à réveiller les esprits et à faire grandir la Colombie. Je ne peux pas tous les mentionner (elle cite alors l’ex-président Lopez et « en général tous les ex-présidents libéraux », Hernan Echavarria, les familles des députés du Valle, Mgr Castro et le Père Echeverri).

Mamita, hélas, ils viennent demander les lettres. Je ne vais pas pouvoir écrire tout ce que je veux. A Piedad [Cordoba] et à [Hugo] Chávez (le président vénézuélien, qui avec Piedad Cordoba s’est vu retiré sa mission de médiation par le président colombien Alvaro Uribe], toute, toute mon affection et mon admiration. Nos vies sont là, dans leur coeur, que je sais grand et valeureux. (Elle dédie alors un paragraphe de remerciements à Chavez, Alvaro Leyva [homme politique qui a tenté plusieurs négociations], Lucho Garzon [l'ancien maire de Bogota], et Gustavo Petro [chef de file de la gauche colombienne], puis mentionne des journalistes.

Mon cœur appartient aussi à la France (…). Quand la nuit était la plus obscure, la France a été le phare. Quand il était mal vu de demander notre liberté, la France ne s’est pas tue. Quand ils ont accusé nos familles de faire du mal à la Colombie, la France les a soutenues et consolées.

Je ne pourrais pas croire qu’il est possible de se libérer un jour d’ici, si je ne connaissais pas l’histoire de la France et de son peuple. J’ai demandé à Dieu qu’il me fasse don de la même force que celle avec laquelle la France a su supporter l’adversité, pour me sentir plus digne d’être comptée parmi ses enfants. J’aime la France de toute mon âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composants de son caractère national, elle qui cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts. J’aime la France avec mon cœur, car j’admire la capacité de mobilisation d’un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c’est s’engager. (…) Toutes ces années ont été terribles mais je ne crois pas que je pourrais être encore vivante sans l’engagement qu’ils nous ont apporté à nous tous qui ici, vivons comme des morts.

(…) Je sais que ce que nous vivons est plein d’inconnues, mais l’histoire a ses temps propres de maturation et le président Sarkozy est sur le Méridien de l’Histoire. Avec le président Chavez, le président Bush et la solidarité de tout le continent, nous pourrions assister à un miracle.

Durant plusieurs années, j’ai pensé que tant que j’étais vivante, tant que je continuerai à respirer, je dois continuer à héberger l’espoir. Je n’ai plus les mêmes forces, cela m’est très difficile de continuer à croire, mais je voudrais qu’ils ressentent que ce qu’ils ont fait pour nous, fait la différence. Nous nous sommes sentis des êtres humains (…).

Mamita, j’aurais plus de choses à dire. T’expliquer que cela fait longtemps que je n’ai pas de nouvelles de Clara et de son bébé (…). Bon, Mamita, que Dieu nous vienne en aide, nous guide, nous donne la patience et nous recouvre. Pour toujours et à jamais.» … »

Ingrid Betancourt

El Tiempo

Texte trouvé sur le site du journal Courrier International

http://www.courrierinternational.com/article.asp?prec=0,4553&suiv=9109&page=3&obj_id=80331

Site du comité de soutien à Ingrid Betancourt 

http://www.ingridbetancourt-idf.com/base/

Regarde avec le cœur

monvisagedanstoncoeur.gif picture by maddyspace

 Quand tu regardes à moi regarde avec le cœur 

Ignore les sillons qui te voilent mon visage 

J’ai bien des cicatrices témoins de mon histoire 

Pourtant tu sais mon cœur n’a pas le moindre pli 

Quand tu regardes à moi vois plus qu’une blessure 

Attelle-toi à trouver la femme derrière la plaie 

Tu sais j’ai été belle la plus belle du village 

Avant les  hommes en noir avant le grand orage 

C’était il y a longtemps pourtant c’était hier 

Sais tu qu’à cette époque j’étais très populaire ? 

Je n’offrais ni regard, et pas le moindre égard 

A ceux qui à mes yeux étaient vilains canards 

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Beauté des plus cruelles à mes yeux éternelle 

Qui n’offrait pas mot à qui n’était pas beau 

Et puis les hommes en noir ont pillé le village 

Sous le cri de l’orage massacré mon visage 

Quand tu regardes à moi regarde avec le cœur 

Sinon tu ne verras que désastre et hideur 

Quand tu regardes à moi ne fais pas mon erreur 

Pour trouver le vrai moi regarde je prie mon cœur

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La beauté éternelle celle qui me ravissait 

Ne se voit désormais qu’avec les yeux du cœur 

Me voici à mon tour jetée dans l’univers 

De ceux que l’on regarde la pitié dans les yeux 

Il m’arrive de croiser des regards effrayés 

Dans des yeux voir passer une douloureuse nausée 

Alors je pleure la nuit à la pensée des vies 

Que mes dédains passés ont cruellement blessées 

Voici les cicatrices qui effacent ma beauté 

M’ont donné de trouver la cachette de mon coeur 

Dis quand tu me regardes vois tu derrière mon voile 

Qu’il y a un cœur de femme peut être une femme de cœur 

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Réapprendre à rêver

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N’être plus capable de rêver tant les yeux du cœur ont pleuré. Avoir impuissante assisté à la vie des siens massacrée. Avoir eu pour soi une famille avoir connu la joie les rires, avoir vécu le sentiment 

d’appartenir à un ensemble Et puis soudain sans prévenir voir s’abattre sur soi le drame se retrouver seule sur la terre au milieu d’un flot de douleur. 

Les derniers yeux qu’elle a fermés étaient ceux de son bien aimé, celui qui lui avait promis de veiller sur elle pour la vie. 

S’interdire alors de rêver pour ne plus céder à l’espoir, mettre son cœur sous scellés pour ne plus s’ouvrir à la peine. Comme l’eau sur un canard blasé sur soi laisser la vie couler, lui interdire de pénétrer au fond de soi et la toucher. 

Au fil des jours se ride le cœur sans le savoir elle est absente de tous les projets de bonheur qui pourraient rencontrer son cœur. 

Glisser sur terre à pas feutrés juste se contenter d’exister. Traverser la vie en silence en attendant de la quitter. 

Puis un jour au détour d’une rue croiser le visage désolé d’une enfant au regard adulte et au sourire triste à pleurer. Les yeux d’enfant racontent des drames qui font écho à la mémoire et au fond d’elle naît le désir d’effacer de ces yeux les larmes. 

Surprise de percevoir la vie dans ce qu’elle croyait un désert. Retrouver sous la vie un cœur qui se laisse aller à rêver de lui redonner le sourire, d’entendre le son de son rire.

De s’ouvrir pour accueillir dans ses bras l’enfant égarée. 

Ne s’être plus laissé aller durant des années à rêver. Sa fille contre son coeur serrée doucement réapprendre à rêver 

Elle dansait sans musique : hommage à ma soeur

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Il est des absences qui s’écrivent en majuscule. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ? Dépeuplé je ne sais pas mais  l’agencement des êtres, des amours et affections laisse affleurer comme un dysfonctionnement implicite. On continue la vie, on rit on danse on pleure pour de vrais drames ou des petits riens, mais il y a comme un grain de sable dans la machine de la vie. Evidemment… J’ai écrit ce texte sur ce blog au mois de janvier comme dans une urgence née du poids de l’absence et ce week-end je l’ai retravaillé pour en faire un poème, juste pour mettre en musique le souvenir de celle qui n’avait pas besoin de musique pour danser.

Il  avait dans ses yeux une lumière éclatante

Elle avait un sourire qui reflétait la vie. 

Portant en elle la vie elle avait l’ énergie 

Qui au soleil couchant vous donnait le tournis. 

J’entends dans ma mémoire ses pas dans la maison 

Quand le week-end venu elle rentrait pour deux jours.

Elle était volubile et aussi très secrète. 

Extravertie c’est vrai mais portant de beaux rêves. 

S’il y a eu une personne, qui au long de mes jours

M’a donné l’impression de dévorer la vie, 

C’est l’être lumineux qui pour quelques années 

A traversé ma vie la parsemant de rires.

 danser-1.jpg image by maddyspace

Comment trouver les mots pour définir cet être. 

Je la revois encore danser sur le silence

Elle dansait sans musique, au rythme de sa joie, 

Au rythme de sa vie, au rythme de son coeur. 

Et voici qu’un matin sans nous y préparer, 

La douleur est venue effacer son sourire, 

Liant une tragédie à son beau souvenir. 

Une voiture roule trop vite, une jeune vie est fauchée. 

Insouciante jeunesse, inconsciences éthyliques 

Ont ravi sa jeune vie et donné la douleur. 

J’avais une petite sœur, désormais elle n’est plus. 

On m’a frappé au cœur et blessé les entrailles. 

Comme elle était la vie, je ne pouvais mourir 

C’eût été une injure pour célébrer sa vie. 

S’arrêter pour survivre plutôt que de vivre 

Offenserait la mémoire de celle qui était vie. 

Rendre hommage à sa vie c’est vivre en majuscule

 Saisir l’instant présent et prendre les cadeaux 

Que nous offre la vie au détour d’un sentier. 

tendreambiance.gif image by maddyspace

Les années ont passé et la douleur aussi. 

Mais il y a dans mon coeur comme une nostalgie 

Ce pincement au cœur qui rappelle son absence. 

Les souvenirs s’estompent, et son visage aussi. 

J’écris et la raconte pour la garder encore, 

Avant que le temps, funeste prédateur, 

Ne vienne pour l’emporter, en volant ma mémoire. 

Son souvenir remonte, alors ce soir j’écris. 

J’écris pour résister au temps qui peu à peu 

La dérobe et la happe l’emportant loin de moi. 

Le temps agit déjà et moi je veux qu’elle reste. 

Qu’elle reste encore un peu,

Qu’elle reste en moi longtemps. 

Oh Dieu comme je l’aimais ! 

piano.jpg image by maddyspace

Elle s’appelait Patricia,

Je l’appelais Patou. 

Elle était ma jeune sœur,

Elle était mon amie. 

On m’a amputée d’elle,

Elle me manque bien souvent, 

Elle me manque très souvent. 

Evidemment…

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