Terre chérie

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Magnifique et royale, d’une noblesse oubliée, l’on veut te réduire à une caricature. Parlant de tristes records qui souillent ton image, l’on veut faire de faussaires, tes ambassadeurs.

Terre de résilience, malgré tout tu résistes, tu es un joyau que n’ont pas reconnu, ceux qui pourtant, auraient dû te chérir.

 

Au lieu de s’atteler, à oeuvrer à ta paix et à ta prospérité,  il se sont mués en prédateurs cyniques, violant sans vergogne ta beauté majestueuse, cédant ta dignité à bien des étrangers qui ne voyaient en toi qu’un moyen pour leurs fins.

 

Ta forêt s’échappait portée par des camions, pour permettre aux vautours de s’exhiber fièrement, sur des yatchs en Europe. Compagnies pétrolières, aux pratiques mafieuses, qui kidnappent l’avenir en s’appropriant les sols, constructeurs cyniques, exploitants forestiers, leurs arrogances africaines sont telles qu’elles font penser à la triste grenouille qui pour un boeuf se prit. Leur fin arrivera, et la fin de leurs mondes avec elle.

 

Ton peuple courbe la tête sous la pression d’un désespoir qui à eux s’impose tant l’avenir proposé se révèle rétréci. Des coeurs de quadragénaires, sont déjà épuisés. Ils s’arrêtent de battre sans faire leurs adieux à ceux qui plus que tout comptaient dans leurs vies. L’inquiétude pour les fils, arrêtent le voyage de vies encore si jeunes, tandis que femmes et hommes à la morale rétrécie, pillent sans vergogne la terre de nos pères, privatisant sans peur le patrimoine commun aux fils de notre terre. Au vu de ces pratiques, quand on t’envisage juste avec les yeux, l’on pourrait se laisser, aller au désespoir.

 

Mais il est  un endroit qu’on atteint par le rêve, par l’espoir par l’amour, il est un lieu de foi qui résiste aux cyniques. C’est une forteresse, un  écrin intangible dans lequel tu demeures. Ils ne l’atteindront pas, ce lieu n’est pas à eux..

 

C’est un lieu dans lequel ce qui fait ton essence demeure inviolable : c’est le coeur, c’est  l’espoir, c’est la mémoire de ceux qui refusent de mourir, et de laisser périr la terre de leurs pères.

Tes filles et tes fils.

Terre chérie.

Cameroun.

Congo pourquoi me hantes-tu ?

Effroi, pleurs, agonie, affliction, hurlements, impuissance, colère, révolte. Et ce mot qui comme une litanie habite mon esprit. Cette locution qui se loge dans mes peines : Congo.Congo, pourquoi me hantes-tu ?

Congo, pourquoi m’habites tu ?

Congo, Congo, Congo

C’est l’aphasie qui crie ton nom, c’est ma douleur qui ce soir l’écrit.

 

Je veux hurler, mais mon cri est silence. Quels mots pour dire l’indicible ? Comment hurler sans paraître impudique alors que là bas des vies sont brisées, meurtries, dépouillées, ôtées ? Je suis au chaud dans un pays à priori démocratique. Protégée sauf cas exceptionnel de la folie et de la bestialité des hommes. Depuis mon appartement parisien comment pourrais-je hurler une douleur qui n’est qu’un écho du réel ? Une résonnance de l’épouvantable tragédie qui « se joue » au Congo. ?

 

Des images dans la nuit, moins de trois minutes, des visagesde femmes, des mots de victimes de crimes innommables. Elles racontent lequotidien de tant de femmes, et de fillettes livrées à la bestialité la plusinique. Les femmes et les fillettes comme terrain d’expression de leurs prises depouvoir. Des femmes victimes de viols à la chaîne. L’information n’est pasnouvelle mais ce soir elle m’arrive comme un poignard qui se fiche dans moncœur, comme pour me rappeler qu’il n’est pas possible, aussi vrai que l’on esthumain de rester à l’extérieur de ce déni de l’humanité qui se joue tout prèsde nous. L’agonie ressentie me semble impudique par rapport à la tragédiequotidienne vécue par nos frères là-bas. Mais voilà j’ai mal et les larmes quijaillissent de mes paupières sont aussi incontrôlables que saisissantes. Cesoir je suis congolaise, enfantée dans cette douleur cathodique qui me prendaux tripes. Pourquoi ce que je sais me parle davantage ce soir ?

La souffrance qui m’étreint me glace. Egoïstement j’auraisvoulu n’être pas passée sur la page de ce FB friend, j’aurais voulu n’avoir pasvu, l’avoir pas entendu, n’avoir pas discerné derrière la dignitéd’insupportables dévastations. J’aurais voulu n’avoir pas mal. Ma seulecatharsis c’est l’écriture, essayer de mettre des mots sur cette lave qui meconsume. Le Congo semble se tatouer en moi. C’est étrange, c’est évident.  Rendez-vous inattendu avec la responsabilité. Je n’ai que mes mots mais je les ai.

Ceux qui établissent les priorités sur le calendrier destragédies répondant aux codes de leurs publicisations n’ont pas mis le Congo àl’affiche de leurs dénonciations. Et des millions de personnes sont mortes. Si je ne me trompe pas le triste « record » de la Shoah serait« battu » dans un silence assourdissant. Mais on marche sur la tête. Ce sont nos frères, nos semblables que l’on assassine.

 

Je pense à ma petite sœur Fifi qui courageusement ne cessede rappeler de combattre de hurler pour son cher pays nous rappelant qu’il sepasse une chose épouvantable tout près de nous.  Je pense à Floriber Cheyeba, des noms et des images disputent aux pensées la place prioritaire dans mon esprit. Partout où l’on bafoue l’humain, c’est la notion globale d’humanité qui recule. Ces pensées défilent dans ma tête éloignant le sommeil qui avait pris résidence dans mes yeux  et pourtant je n’arrive pas à me révolter.

J’ai incroyablement mal, comme s’il fallait ressentir un peude cette immense douleur pour ne plus jamais oublier, pour ne plus me taire,pour m’informer, pour me lever demain dans une conviction née dans mesentrailles. Pour humblement donner la main d’association à mes frères du Congoet joindre ma voix à la leur pour sortir le Congo de cet insupportable silence,pour briser les murs de l’indifférence, pour un jour reconstruire et ramener l’espoirdans ce pays.

 

Et les mots de Patrice Emery Lumumba résonnent dans mon esprit. « mes enfants que je laisse, etque peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo estbeau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir latâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notresouveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y apas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

A mes enfantsque je laisse et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau. »

Je veux me repasser ces mots d’espoir et de foi écrits au seuil de la mort par un homme que j’admire et respecte, une figure africaine immense qui ne cesse de nous inspirer. Je veux me réfugier dans ses mots pour me rappeler que malgré ce que je vois l’avenir du Congo est beau.

Si le silence assourdissant de ceux qui savent orchestrer l’émotioninternationale m’apparaît ce soir encore plus criminel, je me souviens aussi deces mots : « L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et ausud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, macompagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre sonindépendance et sa liberté.

Vive le Congo !Vive l’Afrique ! »



Ce soir je n’ai qu’effroi, larmes et douleur. jJe sais la révolte tapie en moi. Ce soir je sais que le Congo m’est moins exogène qu’avant. Demain je dirai merci pour cette douleur, cette conscience nouvelle, demain je réfléchirai. Ce soir j’ai juste une épée fichée dans le coeur. Je vais juste prier pour ceux qui sont meurtris au Congo, prier pour cett terre blessée, prier pour Fifi et demain peut-être, je me révolterai. Les mots sont confus, comme les émotions, demain peut-être…

 

Nzambe na biso !!!!

« Tell It Like It Is » : Aaron Neville chante l’exaspération est l’espoir au coeur du doute amoureux

J’aime beaucoup ce chant d’Aaron Neville. Je l’ai découvert il y a deux ou trois éternités. Quoi ? Comment ? Kezako ? « Deux ou trois Plusieurs éternités ? Ça y est elle a basculé du côté obscur de la force » devez-vous vous dire. Mais non ! Ceci n’est juste une figure de style pour mettre de l’emphase à la manière de dire que le temps a passé depuis ces quelques notes de musique et la voix angélique de monsieur Neville ont passé les frontières de mes sens. Même le carbone 14 ne saurait dater ma rencontre avec cette chanson. Ma seule certitude est de ne l’avoir pas écoutée avant qu’elle ne soit chantée (lol).

 

Bref ce qui m’a marquée c’est et ça ne surprendra pas ceux qui l’on approchée, c’est la voix d’Aaron Neville. Mais quelle voix ! Quand je l’écoute je me surprend à penser que le son de sa voix doit interroger les anges. Je les imagine chuchotant entre eux « serait-il des nôtres » ? Vous constatez sans peine que la musique me fait voyager dans des lieux à la frontière du sensé et du fantaisiste.

 

J’aime cette chanson pas uniquement par sadisme. Mais aussi parce que les paroles nous invitent dans un lieu qui pour plusieurs personnes de la gente féminine, semble être un lieu tiré de la science fiction : les coulisses émotionnelles d’un homme. Non que nous pensions que ces coulisses soient inexistantes, mais plutôt que certains en ont fait une chambre secrète dont l’inviolabilité rendrait envieux Barbe Bleue soi même ! Vouiiiiiiiiiiiiiii !!!! Ca en surprendra plus d’une mais c’est que ça a des émotions un homme. (Je me baisse le temps de laisser passer les scud). Hihi

 

Ouf j’ai survécu à la frappe chirurgicale du jour. Continuons…

 

La fragilité et le doute inhérents à certaines phases de la relation amoureuse sont bien rendus ici. Ah ces moments qui nous transforment en funambules de l’émotion ! L’on se retrouve enfermés dans un inconfortable « peut être » qui semble s’éterniser. Même si la certitude dans ce domaine est un leurre, l’entretien du doute par l’autre se révèle agonique.
Alors, entre doute et frustration l’homme se rebiffe et la première phrase de la chanson est surprenante de violence rentrée. Il entre dans un moment « tell it like it is ». C’est l’heure de la mise au point.

 

L’homme explose : « Si tu veux t’amuser avec quelque chose trouve toi un jouet, chérie mon temps est trop précieux et je ne suis pas un petit garçon ! »

 

Le cadre est posé. Il en a assez des atermoiements de sa belle. On doute peut être mais on ne va pas geindre. Non mais !!!! L’homme invite fermement la femme à prendre ses responsabilités et à se décider quant à la suite de leur relation.

 

Entre nous, si tous les hommes furieux avaient du miel dans la voix comme Aaron Neville ! Mais bon la terre n’est pas un fantasme même des princes ont quelquefois des voix de crapauds (hihi).

 

 » Si tu es sérieuse, ne joue pas avec mon cœur, cela me met hors de moi. En revanche si tu veux que je t’aime, alors chérie tu sais que je le ferai »

 

Le cadre est posé pour la belle, c’est l’heure des choix, plus d’atermoiements. Le doute dans ce domaine là c’est comme des punaises sur un lit, ce n’est pas seulement inconfortable, surtout pour ceux qui aiment prendre la vie à bras le corps. Les hommes viennent décidément de Mars. Du côté de Vénus les choses n’auraient pas forcément été aussi directes de peur de rompre le fil ténu d’une relation et dans l’espoir que le temps la rende plus solide. Mars et Vénus complémentaires et antagoniques aller sur la planète de l’autre pour l’entendre de l’intérieur.

 

Pour l’une ce n’est peut être qu’une coquetterie, une manière de se rassurer et d’entretenir l’intérêt de l’autre en ne basculant pas trop tôt du côté des certitudes de l’autre pour inviter l’habitude. Tandis que pour l’autre c’est vécu comme un jeu cruel. Combien la communication est difficile quand l’on ne se réfère pas aux mêmes codes ! C’est l’histoire de deux mondes qui passent leur temps à trouver des points de rencontre.

 

La chanson n’est pas longue, elle n’est pas faite d’une profusion de paroles mais nous rappelle que nous rencontrons un jour où l’autre ce moment « Tell It Like It Is « , ce tournant qui fait que ça passe ou ça casse, ce moment qui nous rend fébriles et nous révèle fragile. Ce virage que nous négocions selon nos sensibilités. A la croisée des chemins, « Tell it like it is »

 

Peut être que la raison pour laquelle la chanson me touche est qu’elle me rappelle que cette fragilité n’est pas sexuée, mais qu’elle est intrinsèque à ceux qui osent se laisser aller à aimer.Bien souvent les hommes masquent leur doute. Quand un homme tombe le masque il laisse apparaître de la beauté dans ce qu’il pourrait croire faiblesse. Mais ceci n’est qu’un point de vue qui ne prétend pas à l’universalité.

If you want something to play with
Go and find yourself a toy
Baby, my time is too expensive
And I’m not a little boy

 

If you are serious
Don’t play with my heart, it makes me furious
But if want me to love you
Then, baby, I will, girl, you know I will

 

Tell it like it is
Don’t be ashamed to let your conscience be your guide
But I-I-I-I-I know deep down inside of me
I believe you love me, forget your foolish pride

 

Life is too short to have sorrow
You may be here today and gone tomorrow
You might as well get what you want
So go on and live, baby, go on and live

 

Tell it like it is
I’m nothin’ to play with, go and find yourself a toy
But I-I-I-I-I
Tell it like it is
My time is too expensive
And I’m not your little boy

 

[Fade]
Mm mm, tell it like it is

 

Quand Aaron NEVILLE pose sa voix sur cette chanson, ceux avec qui il chante se muent en quasi spectateur admiratifs.

Une telle voix ce n’est pas possible ! A partir de la 3ème minute le voyage stratosphérique s’ouvre.

Magnifique commandant de bord de ce voyage. « I believe I can fly…« 

 

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Stevie Wonder …ful !

43a3068b-002aa-02e58-400cb8e1.jpg picture by maddyspaceCe soir Stevie Wonder est à Bercy. A quelques minutes à pied de chez moi et je n’y serai pas. On ne peut pas être partout n’est-ce pas ? Dans moins de quatre heures des privilégiés vont assister au concert de celui dont le pseudonyme « Wonder » n’est pas usurpé. C’est un musicien multi instrumentiste du piano à l’harmonica en passant par les percussions.  Il a offert à la musique contemporaine quelques morceaux de choix. Né en 1950 dans le Michigan Stevie Wonder est très tôt au coeur d’une double exclusion intrinsèque. Aveugle et noir. Lourd bagage dans une Amérique qui ne reconnaissait pas aux noirs de droits civiques. Recruté à 11 ans par la motown, son premier album paraît en 1962 sous le nom Little Stevie Wonder.Il a 12 ans. A sa majorité à 21 ans il renégociera son contrat pour obtenir un contrôle total sur sa musique. S’ouvrira une période créativité magnifique jusqu’aux années 1980.

Stevie Wonder fait partie de ces chanteurs dont je n’arrive pas à dater en conscience l’immixion dans mon univers musical. J’ai des souvenirs d’éblouissements anciens comme avec « master blaster », un sommet musical, ou son fameux happy birthday to you hommage magnifique à Martin Luther King. Plus tard « isn’t she lovely »  (écrit pour sa fille Aïsha), ou you are the sunshine of my life ou My cherrie amour viendront nourrir la case « coeur de fille » de ma mémoire. La liste n’est pas exhaustive. Stevie Wonder est pour moi au delà de son talent évident voire de son génie un homme qui a les « yeux » ouverts sur son époque. En chanson il offre son regard sur le monde. Il y a des années j’ai été touchée par overjoyed.

Quand il chante heaven help us : c’est le cri et la prière d’un homme conscient des  drames  et des tourments de son époque

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free la conscience sociale toujours…

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 I just call to say I love you

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India Arie lui rend un magnifique hommage auquel peuvent s’identifier les admirateurs de Stevie Wonder. Cette chanteuse est un véritable joyau qui redonne à la soul music et à la RnB ses lettres de noblesses. La voix, la musique, les textes en font une artiste comme je les aime, ceux qui ont l’âme à fleur de voix. Elle offre de la musique intelligente et de qualité. Toute la musique que j’aimeeuhhh ! Comme dirait un chanteur qui fait de la pub pour des lunettesLangue. La familiers du blog savent qu’elle est un de mes coups de coeurs, un joyau.  Quand je l’écoute chanter je suis rassurée de voir que je ne suis pas la seule sur qui la musique a des effets renversants. Ecoutez la lui dire  au début du chant « you are the sunshine of my life, another Shakespeare of your time » (wow!!! qui dit mieux ?) Elle assume en musique le fait qu’il est de ceux qui l’inspirent et à qui elle voudrait ressembler.J’aime beaucoup la chanson d’India Arie parce qu’elle mêle subtilement les titres des chants de Stevie à ses mots, s’identifiant aux personnages de ses chants. La musique est superbe et la bass en intro est renversante. Le final du chant est aussi de toute beauté. C’est un cri damour et d’admiration qui atteint son sommet dans ce final magnifique dans lequel s’entrecroisent Stevie wonderful et Stevie beautilful scandés comme dans une litanie. Cette chanson tourne en boucle dans mon lecteur MP3, hommage à un musicien de génie. Si la  lumière médiatique est moins dirigée vers lui, Stevie n’en demeure pas moins celui qui a semé des joyaux dans la musique soul et RnB. Le génie dont il a fait preuve est manifeste dans le fait que bien de ses chansons ont traversé les décennies. Hommage à Stevie Wonderful.

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 India Arie : Wonderful (tribute to Stevie Wonder)

aduction du chant si elle vous intéresse se trouve sur le site de coccinelle :

http://www.lacoccinelle.net/traduction-chanson-8080-.html

Je vous laisse découvrir l’hommage d’India Arie. Hommage d’un joyau à une merveille.

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Daniel Balavoine : Tous les cris les sos !

b3tcmqlj.gif picture by maddyspaceC’était il y a plus de vingt ans. Vingt ans déjà ! Mamma mia le temps est impossible à retenir. Cachez moi cette ride que je ne saurais voir. Rire Décidément la musique fait office de carbone 14 pour dater mon passage sur terre. Plus j’égrenne les souvenirs, moins seraient crédibles mes 18 ans (hi hi). Bref, j’avais acheté le 33 tours en vinyle de Daniel Balavoine. Vinyle kezako ? 33 tours kesdonecela ? Hé oui il eu une vie avant les MP3 et après les scopitones. Cool

Bref j’avais acheté mon disque et comme toujours à cette époque, je l’avais savouré avec délectation ma nouvelle acquisition. Je n’en dirai pas même pour mes colocataires qui avaient à l’époque un rapport allergique à la chanson française. Ils étaient dans une époque RNB et Rap militante et exclusive du reste. Oui mais la chaine stéréo était à moi. Et toc !

Je ne savais pas alors que cet album serait son dernier, son involontaire testament scellé à jamais au dessus du désert du Tenere.

Si j’avais acheté l’album à cette époque c’est parce que j’avais aimé « mon fils ma bataille » entre autres chansons de cet artiste et aussi parce que je l’avais vu en promotion chez Drucker. Oui Drucker était déjà là il y a vingt ans. Clin doeil

Le titre qui m’avait accrochée ce n’était pas tant pour l’Aziza, titre qui allait connaître un grand succès et qui est un hymne à l’amour transcultuerel et transracial. Un bel hymne à son amour.

Deux chants m’avaient alors touchée, « sauver l’amour » et « tous les cris les sos ». Le chant « tous les cris les sos » m’avait touchée au coeur, rencontrant en moi des mélancolies probablement amplifiées d’être en devenir. J’avais été saisie par la beauté de ce chant et par le rythme entêtant qui accompagnait les paroles. La première phrase m’avait aspirée dans l’exploration de ce chant dont je n’ai toujours pas fait le tour. Quelle belle image, quelle force, quelle manière de raconter tous ces désespoirs indicibles. Tous les cris les sos, un chant qui dans ma mémoire ne se ride pas. Je vous laisse voyager dans ce beau texte à tiroirs.

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Comme un fou va jeter à la mer
Des bouteilles vides et puis espère
Qu’on pourra lire à travers
S.O.S. écrit avec de l’air
Pour te dire que je me sens seul
Je dessine à l’encre vide un désert

7jrmsbl8.gif image by maddyspace Et je cours je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m’entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j’envoie

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Difficile d’appeler au secours
Quand tant de drames nous oppressent
Et les larmes nouées de stress
Etouffent un peu plus les cris d’amour
De ceux qui sont dans la faiblesse
Et dans un dernier espoir disparaissent

Et je cours je me raccroche
A la vie je me saoule avec le bruit
Des corps qui m’entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j’envoie

Tous les cris les S.O.S.
Partent dans les airs dans l’eau
Laissent une trace dont les écumes font la beauté
Pris dans leur vaisseau de verre
Les messages luttent mais les vagues
Les ramènent en pierres d’étoiles sur les rochers

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Et j’ai ramassé les bouts de verre
J’ai récolté tous les morceaux
Tout était clair comme de l’eau
Contre le passé y’a rien à faire
Il faudrait changer les héros
Dans un monde où le plus beau reste à faire

Et je cours je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m’entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j’envoie

Tous les cris les S.O.S.
Partent dans les airs dans l’eau
Laissent une trace dont les écumes font la beauté
Pris dans leur vaisseau de verre
Les messages luttent mais les vagues
Les ramènent en pierres d’étoiles sur les rochers

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Maintenant laissons passer la voix et la sensibilité de Daniel Balavoine.

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Bisso na bisso : Tata Nzambe -Un cri qui rejoint mes cris d’Afrique, mes cris pour le Cameroun, mon pays blessé

Je n’ai pas de mots pour dire combien ce cri me touche. Cette chanson est sortie si mes souvenirs sont exacts au coeur d’une guerre qui a laissé exsangue un Congo déjà blessé par tant de guerres fratricides.

Tant de douleurs et de larmes d’Afrique sont contenues dans ce cri. Larmes de femmes, d’hommes et d’enfants. « La mère patrie pleure des rivières de sang » ça et là en Afrique. Larmes de sang qui recouvrent la terre parce que des humains ont l’outrecuidance de rêver leur vie autrement que sous le joug de la tyrannie, de la gabegie, de la corruption, des pouvoirs autocrates « de droit divin ». Un peuple qui a le mauvais goût de vouloir se réapproprier son destin et son droit au futur reçoit en retour exactions et vindicte d’Etat. L’Etat qui détient le monopole de la violence physique légitile selon Weber. Cette violence physique entre les mains d’un état délégitimé qu’est-ce que ça donne ?

Des opposants disparaissent au Tchad, au Cameroun les forces de l’ordre tirent sur la population sans sommation, au Kenya on confisque sans vergogne le pouvoir, instrumentalisant l’ethnicité pour ouvrir à la barbarie. Et « la mère patrie pleure des rivières de sang »

Dans mon pays on interdit à une télévision d’émettre probablement pour mâter les rebelles loin des caméras de télévision, pour enfermer dans le silence les cris nés de la terreur. Tant de « guantanamo » du côté de l’Afrique dans une sourde indifférence.

Quand de l’autre côté de l’océan la famille, les amis, le pays sont prisonniers d’une situation qui pourrait dégénérer en boucherie il dur de ne pas avoir peur. L’inquiétude et la peur de perdre les miens et mon pays paralysent mes capacités d’analyser, je suis dans l’instant et non dans la distance, dans l’émotion et non dans la raison. Je ne vais pas m’excuser ni regretter d’être humaine, simplement humaine. Et me voilà accrochée au téléphone pour être sûre qu’ils sont en vie, qu’ils sont prudents et qu’ils vont bien. Grâce à Dieu ma famille va bien, mais des morts dus à cette situation font couler des larmes dans ma grande famille du Cameroun, chez mes compatriotes, le peuple de mon coeur. « La mère patrie pleure des rivières de sang »

Je n’arrive même pas encore à me mettre en colère contre ceux qui au nom de leurs panses avides détruisent mon pays, mes frères et soeurs, nos enfants et leurs espoirs pour de meilleurs lendemains. Je n’arrive pas encore à les vomir alors qu’ils pèsent sur nos estomacs, nous un peuple à l’agonie. Le peuple dans la rue ose demander la changement. Crime de lèse ploutocrate. La paix sans le pain, tel est le deal que l’on nous propose. Et ce peuple d’abrutis qui ose descendre dans la rue pour demander que ça change. Ils osent avoir l’indignité aux lèvres. Ils aspireraient à la démocratie ? La démocratie kezako ?

Ils n’ont pas de pain ? Mais qu’on leur donne de la brioche et qu’ils ne nous saoulent pas avec des rêveries libertaires. Et pourquoi pas le gouvernement du peuple par le peuple pendant qu’on y est ? Et v’là t-il pas qu’il lui prend la fantaisie, à ce peuple de rêveurs de s’indigner de ce qu’un président veuille s’installer à vie à la tête de l’Etat au détour d’un tripatouillage de la constitution ? Mais de quoi il se mêle le peuple ? La constitution ça ne le regarde pas. Non mais ! Allez un coup de lacrymogènes et une pluie de gourdins sur le corps et ça devrait leur remettre les idées en place. Sion les laisse faire ils sont fichus de demander le rapatriement des capitaux dont le pays a été spolié. Qu’on les fasse taire.

C’est bien connu voyons bande d’ignares l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie. Jacques Chirac l’a affirmé en son temps. C’est bien connu l’homme africain est un enfant qui fantasme sur un passé merveilleux et qui n’a pas existé. C’est bien connu il est incapable de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Nicolas Sarkozy nous l’a dit en juillet 2007. Alors le petit peuple ne va pas se laisser aller à la fantaisie de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Il ne va pas s’égarer vers des aspirations démocratiques et des aspirations à une vie meilleure qui trancheraient avec l’infantisation dans laquelle bien des fantasmes l’enferment.

Et pendant ce temps un jeune homme devant le collège Alfred Saker de Deïdo aurait trouvé la mort pour avoir accompagné des amis devant le portail. Que voulez-vous nul n’est sensé ignorer la loi. Surtout si elle est martiale. Dans le cas d’espèce, la loi c’est le couvre feu. Mais non la police ne tire pas sans sommation dans les rues de Douala et d’ailleurs. La sommation a été donnée par la fermeté du discours présidentiel. Un homme averti en vaut deux. Quand je dis que je n’arrive pas à garder de la distance ? Voilà que je m’énerve n’est-ce pas ? Et pendant ce temps : « La mère patrie pleure des rivières de sang »

Je n’arrive pas à trancher entre la vindicte et l’analyse. Je verse dans un concept nouvellement fondé, celui de la vindicte analytique navigant entre émotion et raison. Souffrez que je déverse ma bile sur ceux à cause de qui des enfants de 8 à 12 ans sont dans la rue, formant une armée qui fait craindre le pire de ce que l’on a vu du Liberia au Congo en passant par l’Angola, l’ex Zaire et la Sierra Leone.

J’ai peur que mon pays enfante des enfants soldats. Je structurerai mon énervement plus tard, j’analyserai calmement plus tard. J’ai juste peur, et au nom de tous les miens j’espère que ceux qui sont au pouvoir ne radicaliseront pas leurs positions pour garder une illusion de force, de puissance et de légitimité. J’espère que l’on n’instrumentalisera pas la quête légitime d’une vie meilleure d’un peuple pour conquérir des positions de pouvoir. Les souvenirs de la Côte d’Ivoire, de la RDC, du Congo et d’ailleurs soulèvent des frayeurs irrépressibles car l’histoire de mon continent est jonchée de cadavres tombés au front des ambitions des hommes. « La mère patrie pleure des rivières de sang »

Quand un peuple aspire à la liberté, tôt ou tard il la conquiert. Quand la misère et la détresse deviennent des jougs intolérables, quand un peuple sait qu’on ne lui donnera pas ce à quoi il peut légitimement aspirer : liberté, éducation, soins médicaux, travail, avenir, alors il se lève pour aller l’arracher.

L’inconnue de l’équation c’est le prix à payer pour cette liberté, pour une vie meilleure. La somme sur la facture dépendra de la volonté des gouvernants à donner la primauté à la nation sur leurs ventres jamais rassasiés de leurs rapines et sur leurs tentations monarchiques.

La balle, à mon humble avis, est dans le camp d’une classe dirigeante repliée sur ses privilèges au détriment de la nation. La balle est dans le camp de ceux qui, s’il leur reste une once de considération à défaut d’amour pour la terre de leurs pères, sauront nous aider à tourner des pages sinistres sans bain de sang, parce qu’il auront compris qu’il serait temps de quitter la scène dans la paix.

Parce qu’il y a un temps pour tout, parce que l’aspiration à la liberté et à un monde différent est là, dans le coeur d’une nation, jusque dans les jeunes coeurs d’enfants pas encore adolescents, parce qu’il n’est plus possible que dès l’enfance on renonce à rêver et à espérer, il serait temps que les sourds entendent et que les aveugles voient. Croyez-vous qu’ils entendront le cri qui vient du coeur d’un pays ? Croyez vous qu’ils verront que l’heure est critique ?

En attendant je me laisse porter par la voix de cette chanteuse. En effet j’aime la voix de Mpassi la chanteuse, accessoirement cousine de Passi initiateur du projet. Sa voix est de celles qui atteignent l’intime de mon être pour et qui d’une certaine façon me racontent.

Dès le cri, l’onomatopée d’entrée je suis dans le chant, dans le cri, l’invocation,la supplique…Tata Nzambe !

http://www.dailymotion.com/video/1iPadNYw4Ffbs6Aef

[PASSI]
La mère patrie pleure des rivières de sang,
Le rouge est dans ses yeux, le peuple est mécontent.
Dans ces drames qui rentrent les armes du mal,
De qui coulent les larmes. Miséricorde à ces félins
Qui laissent veuves et orphelins. Vallées de l’angoisse,
Pêchés, enfant égarés, règne de la tristesse,
Beaucoup trop de gens sont tombés.
Tour à tour nos pays sont bombés, les nôtres bombés.
Jalousie, haine, hostilité, Ah ! Moundombé.
Tata Nzambé, Tata Nzambé
[LINO]
Les anges font la grève, mes rêves deviennent cauchemars
Une brève nouvelle du front, la sève du mal coule, fin de la trêve.
C’est comme une jungle en slalom entre flingues et came,
L’homme crève parce qu’Eve avait un faible pour les pommes.
Je lève les yeux, m’élève vers les cieux.
Dieu bénisse mon âme, préserve de la lame des
Envieux, du drame et du feu, ça crame, je rime,
Rame entre le crime et les pleurs, les fleurs fânent, la foi prime,
Lino en mission pour le seigneur.
Tata Nzambé, Tata Nzambé 

[D.O.C]
Des sorciers, des médiums et marabouts, des chiens enragés,
De l’opium le patron est le Moucouyou.
Des sorts jetés, tant de mort sur la jetée.
Prier et crier, de souffrance mon corps veut lâcher.
Je veux marcher auprès de l’Eternel, ne plus me faire acheter
Et fuir les querelles, dans un monde qui ne pardonne pas,
Sans foi ni loi. Tata Nzambé, ici-bas on a besoin de toi.

Tata Nzambé, Tata Nzambé

[BEN-J]
Que le Seigneur soit avec nous et avec notre esprit, afin d’affermir notre foi. Le bon chemin est si étroit que sa lumière nous éclaire Afin que l’on soit sur la bonne voie.
Au-delà des inéquités et des plaisirs charnels,
Bisso Na Bisso revient louer L’Eternel.
Les 7 anges ici-bas ont bien reçu l’appel.
Je prêche ces quelques mots, les yeux rivés vers le ciel.

Tata Nzambé, Tata Nzambé

[MYSTIK]
Au nom de Dieu le Tout-puissant, le Miséricordieux.
Louange à toi, Seigneur de l’univers.
Guide nous vers le droit chemin,
Chemin de ceux que tu a comblé de tes faveurs
Prions avec ferveur. Frères et soeurs,
Sachez attendrir vos coeurs.
Dans le jardin des hommes que la foi boulverse et gêne le pêcheur
Qu’elle incite, qu’elle entraîne à se dépasser, qu’elle communique
Quelle que soit ta foi, un seul Dieu unique.

Tata Nzambé, Tata Nzambé

[G-KILL]
Je ne suis sage qu’à mes propres yeux
Je veux ma place dans le royaume des cieux
Tata Nzambé, ta venue est proche, mes frères ouvrez vos coeurs
Ainsi que ceux de vos proches
Car dans sa droite une longue vie, sa gauche la richesse,
La gloire, là haut pas de mauvais esprits
Ni de bleu, ni de blanc, ni de rouge, le troisième millénaire se profile
Et la jeunesse voit rouge.

Tata Nzambé, Tata Nzambé

[CALBO]
Regarde ce que ce monde a fait de moi,
Ça fait des mois que je me cherche,
Pêche dans mes recherches, recherche
En vain des portes, une brèche.
À cent milles lieues sous la merde,
Ça merde à chaque fois, essaie de m’en sortir,
Écarte foi et opte pour 4 mois de folie.
Échappe-toi du chemin, il me disait « Viens dans la luxure,
Appelle tes potes, la belle vie pour tous, j’assure » Amen.
J’ai su me relever alors que d’autres reposent en paix,
Je dois ma vie à une seule personne dans ce monde,
Tata Nzambé.

Tata Nzambé, Tata Nzambé…
Alléluia, Alléluia…
Hosanna, Hosanna…
Tata Nzambé, Tata Nzambé…

Le Cameroun qualifié pour les demi-finales de la CAN : Mboa o mulema ! Un petit coup de chauvinisme…

Si on me demandait de citer le nom de trois joueurs de l’équipe nationale de foot du Cameroun, j’avouerais au risque d’affronter les huées de mes compatriotes que j’en suis incapable, sauf à laisser jouer le hasard. Même pas honte la fille !!!! Serais-je une camerounaise (K-mer) au rabais ? Hi hi !!! Je ne suis pas fan de foot désolée, nobody’s perfect comme dirait l’autre.

Mais si je ne suis pas fan de foot, je suis irrévocablement amoureuse, indécrotable fan de mon pays malgré des défauts dont j’ai conscience et qui me hérissent et me mettent souvent en mode énervée. Plus le temps passe, plus j’ai le Cameroun au coeur. Je suis née pour aimer ce pays sans exclure les autres, mais le Mboa est sans conteste mon number one. La distance ne me le vole pas, mais me l’inscrit au coeur d’une manière intense et profonde. Il est des moments qui me font vibrer à l’unisson de lui, parce que je sais que dans les rues de mon pays des klaxons rythment les soirées, parce que je sais qu’un sentiment d’invincibilité même éphémère fait oublier le temps d’un instant ce qui nous divise. Il est des événements fédérateurs qui semblent poser un socle à l’être ensemble des camerounais. Alors je dis youpi ! Oui les amis et même re youpi !!!! Et je dis merci à ces moments qui gomment des tensions interethniques instrumentalisées ça et là pour faire crier et triompher dans un même accord le peuple de mon coeur. Il y aurait tant à dire sur la gestion souvent calamiteuse des instances du football camerounais mais j’ai envie de dire : allez les lions !!!, faites nous encore pousser un de ces cris qui fondent nos différences en un « être ensemble » magnifique que j’espère prophétique pour notre nation.

Les connaisseurs soulignent la faiblesse du collectif camerounais. Ils sont sûrement raison, je ne regarde pas les matchs. Je pense à mon petit coeur mouahhhh ! Ce que je sais c’est qu’après la claque magistrale prise lors du premier match (Aaaaaaaaaaaaaaa té !!!!), les lions sont encore là. Alors autorisons nous un rêve avant d’affronter le Ghana équipe des plus solides et au collectif plus maîtrisé. Je ne pensais pas que les lions seraient encore là à ce stade alors pour moi tout est du bonus. Thank you guys !!!

Football CAN 2008 Les Lions sont encore là

Photo trouvée sur le site qui suit

http://www.eurosport.fr/football/can/2008/sport_sto1467524.shtml

Will you be there : Michael Jackson

« La solitude est le fond ultime de la condition humaine.

L’homme est l’unique être qui se sente seul

et qui cherche l’autre »

Octavio Paz

Pour le chant « Will you be there » de Michael Jackson frise la perfection dans les harmonies vocales et rythmiques. Oui oui et je suis d’accord avec moi même ! Cool Cet avis ne tient pas simplement à de névrotiques fidélités à un chanteur qui m’a accompagnée de l’enfance à l’âge adulte parsemant ma vie d’éblouissements et d’émotions uniques. Elle ne tient pas seulement au souvenir d’un manque de maîtrise de soi lors d’un concert parisien en 1988 qui s’est matérialisé par des secrétions lacrymales aussi soudaines qu’inattendues. She’s out of my life et moi comme une midinette je vibrais à la voix et à l’émotion parfaitement scénarisée. Ce péché de jeunesse me suivra longtemps Embarasse Grâce à Dieu aucune video de ce moment de faiblesse ne circule sous le manteau. Mon avenir politique serait en péril ! Langue

Non je chant est éblouissant même à des oreilles d’adulte aux rides traitresses (oh temps suspends ton vol !). Ce chant est éblouissant bien longtemps après que les posters ont quitté les murs de mon sanctuaire d’alors. Il y a un incroyable crescendo qui habille le texte et que la voix de Michael Jackson fait vivre d’une façon qui me touche.

Quand sur un parcours de vie l’on a croisé des solitudes subies, des abandons et des trahisons, on peut rencontrer un peu de soi dans cette chanson et dans le cri et la quête désespérée qui lui sont sous jacents. C’est une chanson aboutie. Oui j’ose le dire aboutie.

Will you be there ?

C’est le cri de bien des coeurs humains perdus dans la masse et qui aspirent à être vus, reconnus, distingués, accompagnés par la fidélité de l’attachement de quelque alter ego. « They told me a Man Should Be Faithful and walk when not able and fight till the end but I’m only human ! » Face aux attentes dictées par le prescrit il y a le cri de celui qui a conscience de n’être qu’un humain. Dans mes désespoirs dans mes tribulations, etc seras-tu là ? Ca c’est de la chanson vous dis-je ! Et le Michael Jackson se paye le luxe d’habiller ce cri désespéré qui rencontre l’universel d’une musique et d’arrangements à tomber par terre. Ou à tomber sans glisser comme on dirait par chez moi. Sourire

« Seras-tu là » ?

Une question qui hante bien des relations et qui raconte une peur du vide et de l’abandon qui a inspiré troubadours et poètes. Les mots de Michel Berger portés par sa voix ou celle de Véronique Sanson parle de cette peur de se retrouver seul au coeur de la tourmente, peur d’être lâché par ceux qui pour le moment sont encore là. C’est fou les angoisses qui accompagnent consciemment ou non nos relations. Ce chant me touche pour bien des raisons et peut être aussi qu’il dit ce que la pudeur ne m’a jamais permis de dire. Peut être parce que quand autour de soi les sièges sont vides chanter peut être une thérapie à bon marché. Chanter et tant qu’à faire à tue-tête ! Peut être aussi parce que ce chant est comme un objet transitionnel qui permet de passer par un détour pour dire ce qui bouillonne en soi sans se mettre en danger. Il va falloir que je creuse la raison pour laquelle pourquoi certaines chanson de ce monsieur me servent d’exutoire thérapeutique ? Dr Freud êtes-vous là ? Oh je dois vous laisser mon psy imaginaire me réclame à corps et à cri pour éviter le recours à la camisole de force. J’ai quelques questions existentielles à creuser. Mais de vous à moi, on peut tout à fait profiter de la splendeur de ce chant sans faire un détour par des déambulations mentales. Moi je suis incurable.Clin doeil

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WILL YOU BE THERE

Hold Me
Like The River Jordan
And I Will Then Say To Thee
You Are My Friend

 

Carry Me
Like You Are My Brother
Love Me Like A Mother
Will You Be There?

 

Weary
Tell Me Will You Hold Me
When Wrong, Will You Skold Me
When Lost Will You Find Me?

 

But They Told Me
A Man Should Be Faithful
And Walk When Not Able
And Fight Till The End
But I’m Only Human

Everyone’s Taking Control Of Me
Seems That The World’s
Got A Role For Me
I’m So Confused
Will You Show To Me
You’ll Be There For Me
And Care Enough To Bear Me

 

(Hold Me)
(Lay Your Head Lowly)
(Softly Then Boldly)
(Carry Me There)

 

(Lead Me)
(Love Me And Feed Me)
(Kiss Me And Free Me)
(I Will Feel Blessed)

 

(Carry)
(Carry Me Boldly)
(Lift Me Up Slowly)
(Carry Me There)

 

(Save Me)
(Heal Me And Bathe Me)
(Softly You Say To Me)
(I Will Be There)

 

(Lift Me)
(Lift Me Up Slowly)
(Carry Me Boldly)
(Show Me You Care)

 

(Hold Me)
(Lay Your Head Lowly)
(Softly Then Boldly)
(Carry Me There)

 

(Need Me)
(Love Me And Feed Me)
(Kiss Me And Free Me)
(I Will Feel Blessed)

 

[Spoken]
In Our Darkest Hour
In My Deepest Despair
Will You Still Care?
Will You Be There?
In My Trials
And My Tripulations
Through Our Doubts
And Frustrations
In My Violence
In My Turbulencewillubthere.gif

Through My Fear
And My Confessions
In My Anguish And My Pain
Through My Joy And My Sorrow
In The Promise Of Another Tomorrow
I’ll Never Let You Part
For You’re Always In My Heart.

 

www.azlyrics.com

 

 

 

 

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Bonne Année 2008 à moi !

 « Ne laissez personne venir à vous

 et repartir sans être plus heureux »

Mère Teresa

cueillirtoncoeur.jpg picture by maddyspaceDébut d’année, bien des résolutions sont prises. Arrêter de fumer, de boire à se rouler par terre au milieu de la semaine, d’oublier ses enfants dans le four à l’heure de « Desperate Housewives » (oups je veux dire le roti. Hi hi !) Innocent.

Résolutions de début d’année. Juste un rêve, des mots, une utopie ? 

Simples conséquences de réveillons trop arrosés ou de délires nés de crises de foie ? (arf!!).

Tourner la page d’une année et embrasser la nouvelle avec des attentes dans tous les départements de la vie. Rêves de possibles, inaccessibles étoiles, moteurs utiles pour aller de l’avant.

En début d’année, pas de résolutions mais petit bilan aux regard des aspérités de l’an écoulé et des erreurs commises et évitables si je veux m’épargner des ritournelles exécrées en 2007.  Par ailleurs je me pose la question de ce que je veux voir manifeste dans ma vie et quels sont les moyens que j’ai de rendre possible à la matérialisation de mes attentes.

Tourner la page pour soi, la tourner pour l’autre. Sortir de soi pour aller vers l’autre. Donner ce petit peu de soi qui vaut pour l’autre la récompense à la fois espérée et inattendue du chercheur d’or lassé par les faux espoirs  et les « à peu près » qui ont jalonné sa quête d’un meilleur lendemain, d’un ailleurs différent.

Parfois il suffit de si peu : un sourire, un regard, une épaule, une oreille pour faire entrer de la lumière dans la vie d’un tiers que l’on ne sait pas enfermé dans d’épaisses ténèbres bâties par l’échec, la maladie, le deuil, la dépression, la dépréciation de soi, la solitude et de bien d’autres extincteurs de la joie. Il y a tant d’amour à donner de larmes à essuyer, de mains à tenir, de regards à croiser au coin d’une rue, le temps d’offrir une petite pièce et un sourire d’un humain à l’autre. Il y a tant de vie à vivre et à partager. Tant de rires, de sourires, de regards, de temps retenus captifs de la routine, de l’indifférence, ou de la peur de l’autre. Il y a tant de pardon à donner et de compassion à offrir pour soi, pour l’autre.

Tourner la page des échecs, des relations blessées, des hiers couleur chagrin.

Prendre le risque d’étendre ses limites pour aimer, pour donner ces petits ruisseaux de soi qui seront pour d’autres d’immenses rivières de vie, de paix, de consolation, de force, et d’espoir pour d’autres. Participer même sans en être conscient à ce que l’autre relève la tête, retrouve un peu de courage pour continuer la route. 

Le rêve à la fois intime et dévoilé de l’homocomplexitus que j’assume êtreCool c’est d’être, même (et le plus souvent) sans le savoir une source de bénédictions, de rafraîchissement, de rires, de consolations, d’encouragement, de joie etc pour ceux qui croiseront ma route en 2008. Mon rêve est qu’en me quittant ceux qui auront passé du temps avec moi virtuellement ou réellement se sentent mieux qu’en arrivant même si je n’ai pas conscience de ce qui se joue dans la transaction. Donner à mon prochain parce que je sais avoir tant reçu de LUI.

Si tel était le cas, alors 2008 aura été une bonne année pour moi.

Il y a d’autres pages que je tourne en conscience, des aménagements personnels qui restent volontairement dans la sphère privée. On ne va pas se lancer dans une séance d’effeuillage des émotions ce n’est pas le genre de la maison ! Que nenni le strip tease émotionnel ne passera pas par moi. Bande de curieux rangez vos camescopes !  Langue

Permettez moi de déroger aux usages et de me souhaiter publiquement une bonne année 2008.Cool

Ne vous gênez pas si vous voulez vous joindre à moi pour me la souhaiter bonne, heureuse, accomplie, épanouie etc dans cette perspective.

danseplage.jpg picture by maddyspace

Onel Mala : si on tournait la page

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La lettre d’Ingrid Betancourt : preuve de vie, preuve de douleur…

Je n’ai pas les mots pour dire combien cette lettre m’a prise aux tripes. Au delà de l’information répétée depuis plus de cinq ans et demi il y a là l’âme d’une dame qui se met à nu et qui nous touche. Pourvu que ce soit enfin pour elle, pour sa famille, pour les autres otages le bout du tunnel. Je peux imaginer le soulagement et l’inquiétude de sa famille à la vue de ses images et à la lecture de sa lettre. Pourvu qu’elle trouve encore les ressources pour tenir bon. Pourvu qu’elle résiste, elle et ceux qui comme elle sont privés de liberté au nom d’intérêts politiques complexes. Respects à vous madame Betancourt pour tout ce que vous laissez voir de vous et de votre force même dans la faiblesse. Puissiez-vous tenir bon, résister encore. Des pensées positives pour les uns, des prières pour ceux qui sont comme moi, l’unité de nos voeux pour vous voir libre madame, très vite.

« C’est un moment très dur pour moi. Ils demandent des preuves de vie brusquement et je t’écris mon âme tendue sur ce papier. Je vais mal physiquement. Je ne me suis pas réalimentée, j’ai l’appétit bloqué, les cheveux me tombent en grande quantité. Je n’ai envie de rien. Je crois que c’est la seule chose de bien, je n’ai envie de rien, car ici, dans cette jungle, l’unique réponse à tout est « non ». Il vaut mieux, donc, n’avoir envie de rien pour demeurer au moins libre de désirs. Cela fait trois ans que je demande un dictionnaire encyclopédique pour lire quelque chose, apprendre quelque chose, maintenir vive la curiosité intellectuelle. Je continue à espérer qu’au moins par compassion ils m’en procureront un, mais il vaut mieux ne pas y penser. Chaque chose est un miracle, même t’entendre chaque matin, car la radio que j’ai est très vieille et abîmée.

Je veux te demander, Mamita Linda, que tu dises aux enfants qu’ils m’envoient trois messages hebdomadaires (…). Rien de transcendant, si ce n’est ce qui leur viendra à l’esprit et ce qu’ils auront envie d’écrire (…). Je n’ai besoin de rien de plus, mais j’ai besoin d’être en contact avec eux. C’est l’unique information vitale, transcendante, indispensable, le reste ne m’importe plus (…).

Comme je te disais, la vie ici n’est pas la vie, c’est un gaspillage lugubre de temps. Je vis ou survis dans un hamac tendu entre deux piquets, recouvert d’une moustiquaire et avec une tente au-dessus, qui fait office de toit et me permet de penser que j’ai une maison. J’ai une tablette où je mets mes affaires, c’est-à-dire mon sac à dos avec mes vêtements et la Bible qui est mon unique luxe. Tout est prêt pour que je parte en courant. Ici rien n’est à soi, rien ne dure, l’incertitude et la précarité sont l’unique constante. A chaque instant, ils peuvent donner l’ordre de tout ranger (pour partir) et chacun doit dormir dans n’importe quel renfoncement, étendu n’importe où, comme n’importe quel animal (…).

Mes mains suent et j’ai l’esprit embrumé, je finis par faire les choses deux fois plus doucement qu’à la normale. Les marches sont un calvaire car mon équipement est très lourd et je ne le supporte pas. Mais tout est stressant, je perds mes affaires ou ils me les prennent, comme le jean que Mélanie m’avait offert pour Noël, que je portais quand ils m’ont pris. L’unique chose que j’ai pu garder est la veste, cela a été une bénédiction, car les nuits sont glaciales, et je n’ai eu rien de plus pour me couvrir.

Avant, je profitais de chaque bain dans le fleuve. Comme je suis la seule femme du groupe, je dois y aller presque totalement vêtue : short, chemise, bottes. Avant j’aimais nager dans le fleuve, mais maintenant je n’ai même plus le souffle pour. Je suis faible, je ressemble à un chat face à l’eau. Moi qui aimais tant l’eau, je ne me reconnais pas. (…) Mais depuis qu’ils ont séparé les groupes, je n’ai pas eu l’intérêt ni l’énergie de faire quoi que ce soit. Je fais un peu d’étirements car le stress me bloque le cou et cela me fait très mal.

Avec les exercices d’étirement, je parviens à détendre un peu mon cou. (…) Je fais en sorte de rester silencieuse, je parle le moins possible pour éviter les problèmes. La présence d’une femme au milieu de tant de prisonniers masculins qui sont dans cette situation depuis huit à dix ans est un problème (…). Lors des inspections, ils nous privent de ce que nous chérissons le plus. Une lettre de toi qui m’était arrivée m’a été prise après la dernière preuve de survie, en 2003. Les dessins d’Anastasia et Stanislas [neveux d'Ingrid], les photos de Mélanie et Lorenzo [ses enfants], le scapulaire de mon papa, un programme de gouvernement en 190 points, ils m’ont tout pris. Chaque jour, il me reste moins de moi-même. Certains détails t’ont été racontés par Pinchao [Jhon Pinchao, sous-officier de police, otage des FARC qui a réussi ) s'échapper le 28 avril dernier]. Tout est dur.

Il est important que je dédie ces lignes à ces êtres qui sont mon oxygène, ma vie. A ceux qui me maintiennent la tête hors de l’eau, qui ne me laissent pas couler dans l’oubli, le néant et le désespoir. Ce sont toi, mes enfants, Astrid et mes petits garçons, Fab [Fabrice Delloye, son ex-mari et le père de ses enfants], Tata Nancy et Juanqui [Juan Carlos, son mari].

Chaque jour, je suis en communication avec Dieu, Jésus et la Vierge (…). Ici, tout a deux visages, la joie vient puis la douleur. La joie est triste. L’amour apaise et ouvre de nouvelles blessures… C’est vivre et mourir à nouveau.

Pendant des années, je n’ai pas pu penser aux enfants, et la douleur de la mort de mon papa accaparait toute ma capacité de résistance. Je pleurais en pensant à eux, je me sentais asphyxiée, sans pouvoir respirer. En moi, je me disais : « Fab est là, il veille à tout, il ne faut pas y penser ni même penser. » Je suis presque devenue folle avec la mort de mon papa. Je n’ai jamais su comment cela s’est passé, qui était là, s’il m’a laissé un message, une lettre, une bénédiction. Mais ce qui a soulagé mon tourment a été de penser qu’il est parti confiant en Dieu et que là-bas je le retrouverai pour le prendre dans mes bras. Je suis certaine de cela. Te sentir a été ma force. Je n’ai pas vu de messages jusqu’à ce qu’il me mette dans le groupe de Lucho, Luis Eladio Pérez [ex-sénateur, otage aussi], le 22 août 2003. Nous avons été de très bons amis, nous avons été séparés en août. Mais durant ce temps il a été mon soutien, mon écuyer, mon frère (…).

J’ai en mémoire l’âge de chacun de mes enfants. A chaque anniversaire, je leur chante le « Happy Birthday ». Je demande à ce qu’ils me laissent faire un gâteau. Mais depuis trois ans, à chaque fois que je le demande, la réponse est non. Ça m’est égal s’ils amènent un biscuit ou une soupe de riz et de haricot, ce qui est habituel, je me figure que c’est un gâteau et je leur célèbre dans mon coeur leur anniversaire.

A ma Melelinga (Mélanie), mon soleil de printemps, ma princesse de la constellation du Cygne, à elle que j’aime tant, je veux te dire que je suis la maman la plus fière de cette terre (…). Et si je devais mourir aujourd’hui, je partirais satisfaite de la vie, en remerciant Dieu pour mes enfants. Je suis heureuse pour ton master à New York. C’est exactement ce que je t’aurais conseillé. Mais attention, il est très important que tu fasses ton DOCTORAT. Dans le monde actuel, même pour respirer, il faut des lettres de soutien (…). Je ne vais pas même me fatiguer à insister auprès de Loli (Lorenzo) et Méla qu’ils n’abandonnent pas avant d’avoir leur doctorat. J’aimerais que Méla me le promette.

(…) Mélanie, je t’ai toujours dit que tu étais la meilleure, bien meilleure que moi, une sorte de meilleure version de ce que j’aurais voulu être. C’est pourquoi, avec l’expérience que j’ai accumulée dans ma vie et dans la perspective que donne le monde vu à distance, je te demande, mon amour, que tu te prépares à arriver au sommet.

A mon Lorenzo, mon Loli Pop, mon ange de lumière, mon roi des eaux bleues, mon chef musicien qui me chante et m’enchante, au maître de mon coeur, je veux dire que depuis qu’il est né jusqu’à aujourd’hui, il a été ma source de joies. Tout ce qui vient de lui est du baume pour mon coeur, tout me réconforte, tout m’apaise, tout me donne plaisir et placidité (…). J’ai enfin pu entendre sa voix, plusieurs fois cette année. J’en ai tremblé d’émotion. C’est mon Loli, la voix de mon enfant, mais il y a déjà un autre homme sur cette voix d’enfant. Un enrouement d’homme-homme, comme celle de mon papa (…). L’autre jour, j’ai découpé une photo dans un journal arrivé par hasard. C’est une publicité pour un parfum de Carolina Herrera, « 212 Sexy men ». On y voit un jeune homme et je me suis dit : mon Lorenzo doit être comme ça. Et je l’ai gardée.

La vie est devant eux, qu’ils cherchent à arriver le plus haut. Etudier est grandir : non seulement par ce qu’on apprend intellectuellement, mais aussi par l’expérience humaine, les proches qui alimentent émotionnellement pour avoir chaque jour un plus grand contrôle sur soi, et spirituellement pour modeler un plus grand caractère au service d’autrui, où l’ego se réduit à sa plus minime expression et où on grandit en humilité et force morale. L’un va avec l’autre. C’est cela vivre (…).

A mon Sébastien [fils du premier mariage de Fabrice Delloye], mon petit prince des voyages astraux et ancestraux. J’ai tant à te dire ! Premièrement, que je ne veux pas partir de ce monde sans qu’il n’ait la connaissance, la certitude et la confirmation que ce ne sont pas deux, mais trois enfants d’âme que j’ai (…). Mais avec lui, je devrais dénouer des années de silence qui me pèsent trop depuis la prise d’otage. J’ai décidé que ma couleur favorite était le bleu de ses yeux (…). Si je venais à ne pas sortir d’ici, je te l’écris pour que tu le gardes dans ton âme, mon Babon adoré, et pour que tu comprennes ce que j’ai compris quand ton frère et ta soeur sont nés : je t’ai toujours aimé comme le fils que tu es et que Dieu m’a donné. Le reste n’est que des formalités.

(…) Je sais que Fab a beaucoup souffert à cause de moi. Mais que sa souffrance soit soulagée en sachant qu’il a été la source de paix pour moi. (…) Dis à Fab que sur lui je m’appuie, sur ses épaules je pleure, qu’il est mon soutien pour continuer à sourire de tristesse, que son amour me rend forte. Parce qu’il fait face aux nécessités de mes enfants, je peux cesser de respirer sans que la vie ne me fasse tant mal. (…)

A mon Astrica [Astrid, sa sœur], tant de choses que je ne sais par où commencer. Tout d’abord, lui dire que « sa feuille de vie » m’a sauvée pendant la première année de prise d’otage, pendant l’année de deuil de mon papa (…). J’ai besoin de parler avec elle de tous ces moments, de la prendre dans mes bras et de pleurer jusqu’à ce que se tarisse le puits de larmes que j’ai dans mon coeur. Dans tout ce que je fais dans la journée, elle est en référence. Je pense toujours : « Ça, je le faisais avec Astrid quand nous étions enfants » ou : « Ça, Astrid le faisait mieux que moi ». (…) Je l’ai entendu plusieurs fois à la radio. Je ressens beaucoup d’admiration pour son expression impeccable, pour la qualité de sa réflexion, pour la domination de ses émotions, pour l’élégance de ses sentiments. Je l’entends et je pense : « Je veux être comme ça » (…). Je m’imagine comment vont Anastasia et Stanis. Combien cela m’a fait mal qu’ils me prennent leurs dessins. Le poème d’Anastasia disait : « Par un tour du sort, par un tour de magie ou par un tour de Dieu, en trois années ou trois jours, tu seras de retour parmi nous. » Le dessin de Stanis était un sauvetage en hélicoptère, moi endormie et lui en sauveur.

Mamita, il y a tant de personnes que je veux remercier de se souvenir de nous, de ne pas nous avoir abandonnés. Pendant longtemps, nous avons été comme les lépreux qui enlaidissaient le bal. Nous, les séquestrés, ne sommes pas un thème « politiquement correct », cela sonne mieux de dire qu’il faut être fort face à la guérilla même s’il faut sacrifier des vies humaines. Face à cela, le silence. Seul le temps peut ouvrir les consciences et élever les esprits. Je pense à la grandeur des Etats-Unis, par exemple. Cette grandeur n’est pas le fruit de la richesse en terres, matières premières, etc., mais plutôt le fruit de la grandeur d’âme des leaders qui ont modelé la Nation. Quand Lincoln a défendu le droit à la vie et à la liberté des esclaves noirs en Amérique, il a aussi affronté beaucoup de Floridas et Praderas (municipalités demandées par les FARC pour la zone démilitarisée). Beaucoup d’intérêts économiques et politiques qui considéraient être supérieurs à la vie et à la liberté d’une poignée de Noirs. Mais Lincoln a gagné, et il reste imprimé sur le collectif de cette nation la priorité de la vie de l’être humain sur quelque autre type d’intérêt.

En Colombie, nous devons encore penser à notre origine, à qui nous sommes et où nous voulons aller. Moi, j’aspire à ce qu’un jour nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour atteindre le soleil. Quand nous serons inconditionnels face à la défense de la vie et de la liberté des nôtres, c’est-à-dire quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés, moins intolérants et plus compatissants. Alors, ce jour-là, nous serons la grande nation que nous voulons tous être. Cette grandeur est là endormie dans les cœurs. Mais les cœurs se sont endurcis et pèsent tant qu’ils ne nous permettent pas des sentiments élevés.

Mais il y a beaucoup de personnes que je voudrais remercier car elles ont contribué à réveiller les esprits et à faire grandir la Colombie. Je ne peux pas tous les mentionner (elle cite alors l’ex-président Lopez et « en général tous les ex-présidents libéraux », Hernan Echavarria, les familles des députés du Valle, Mgr Castro et le Père Echeverri).

Mamita, hélas, ils viennent demander les lettres. Je ne vais pas pouvoir écrire tout ce que je veux. A Piedad [Cordoba] et à [Hugo] Chávez (le président vénézuélien, qui avec Piedad Cordoba s’est vu retiré sa mission de médiation par le président colombien Alvaro Uribe], toute, toute mon affection et mon admiration. Nos vies sont là, dans leur coeur, que je sais grand et valeureux. (Elle dédie alors un paragraphe de remerciements à Chavez, Alvaro Leyva [homme politique qui a tenté plusieurs négociations], Lucho Garzon [l'ancien maire de Bogota], et Gustavo Petro [chef de file de la gauche colombienne], puis mentionne des journalistes.

Mon cœur appartient aussi à la France (…). Quand la nuit était la plus obscure, la France a été le phare. Quand il était mal vu de demander notre liberté, la France ne s’est pas tue. Quand ils ont accusé nos familles de faire du mal à la Colombie, la France les a soutenues et consolées.

Je ne pourrais pas croire qu’il est possible de se libérer un jour d’ici, si je ne connaissais pas l’histoire de la France et de son peuple. J’ai demandé à Dieu qu’il me fasse don de la même force que celle avec laquelle la France a su supporter l’adversité, pour me sentir plus digne d’être comptée parmi ses enfants. J’aime la France de toute mon âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composants de son caractère national, elle qui cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts. J’aime la France avec mon cœur, car j’admire la capacité de mobilisation d’un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c’est s’engager. (…) Toutes ces années ont été terribles mais je ne crois pas que je pourrais être encore vivante sans l’engagement qu’ils nous ont apporté à nous tous qui ici, vivons comme des morts.

(…) Je sais que ce que nous vivons est plein d’inconnues, mais l’histoire a ses temps propres de maturation et le président Sarkozy est sur le Méridien de l’Histoire. Avec le président Chavez, le président Bush et la solidarité de tout le continent, nous pourrions assister à un miracle.

Durant plusieurs années, j’ai pensé que tant que j’étais vivante, tant que je continuerai à respirer, je dois continuer à héberger l’espoir. Je n’ai plus les mêmes forces, cela m’est très difficile de continuer à croire, mais je voudrais qu’ils ressentent que ce qu’ils ont fait pour nous, fait la différence. Nous nous sommes sentis des êtres humains (…).

Mamita, j’aurais plus de choses à dire. T’expliquer que cela fait longtemps que je n’ai pas de nouvelles de Clara et de son bébé (…). Bon, Mamita, que Dieu nous vienne en aide, nous guide, nous donne la patience et nous recouvre. Pour toujours et à jamais.» … »

Ingrid Betancourt

El Tiempo

Texte trouvé sur le site du journal Courrier International

http://www.courrierinternational.com/article.asp?prec=0,4553&suiv=9109&page=3&obj_id=80331

Site du comité de soutien à Ingrid Betancourt 

http://www.ingridbetancourt-idf.com/base/

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