Etre heureux

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S’endormir en paix par delà les douleurs et accueillir le jour avec un sourire qui s’épanouit comme éclot  l’aurore

Décider qu’un cœur blessé ne peut se guérir qu’en aimant encore, en offrant son cœur, comme si jamais on ne l’avait blessé.

Refuser de haïr et accepter de laisser, mourir des relations qui ne nous étaient données, que pour une saison.

Savoir laisser partir ceux qui nous ont blessé, ceux qui nous ont quitté sans adieu ni regard, ceux qui ont fait de nos noms un tissu qu’on déchire, ceux que dans un sanglot on a préféré perdre plutôt que de continuer à nous polluer cœur et  émotions. Quitter l’autre n’est pas une preuve de désamour. C’est quelquefois en revanche un sursaut salutaire comme l’on se rappelle qu’aimer l’autre est une chose, qui n’aura de valeur si l’on a pas appris à s’aimer au préalable.

 

Apprendre à faire sans cesse, une fête d’amour à ceux qui sont encore, bien présents dans nos vies.  Célébrer par l’amour par des mots, par des  gestes, et même par le silence, le privilège d’avoir des personnes à aimer.

 

Traverser les aléas de circonstances extérieures avec  à l’intérieur des danses  magnifiques grâce auxquelles l’on affronte la souffrance physique avec un chant d’espoir.

Être profondément heureux et serein en dépit de circonstances extérieures compliquées et récurrentes. 

Influencer son environnement en veillant sur son état intérieur ou alors être tributaire des variations 

de milliers d’éléments exogènes.

C’est un choix quotidien voire permanent.

Être le capitaine du navire de ses émotions.

Prendre les commandes du voilier de sa vie autant qu’on puisse le faire

Apprendre à chaque pas à être le capitaine du bateau de son âme.

Éternelle étudiante, j’apprends.

Merci à ceux qui, à leur corps défendant parfois, sont des pédagogues à cette école là.

Et si le bonheur au fond  était possible indépendamment de nos possessions ?

 


J’aimerai encore

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En ce temps là, j’avais un cœur.

Il était ouvert aux quatre vents pour aimer encore et toujours. Un jour, sans m’y attendre,  je l’ai trouvé par terre meurtri, lacéré, piétiné par ceux à qui je l’avais confié. En le ramassant je ne l’ai pas reconnu. Était-il  possible qu’ils n’aient pas su qu’un cœur est plus précieux que de l’or et plus fragile que du cristal ?  Est-il possible qu’ils n’aient pas su que de lui viennent les sources de la vie ?

 

En ce temps là j’avais un cœur, qui avait peur de souffrir.

J’ai cru devoir fermer plutôt que de risquer une fois encore, de le voir piétiné.

A rétracter son cœur, à refuser d’aimer, à laisser le soupçon nous présenter l’autre, l’on rétrécit son être et se dépossède de soi. Nous sommes faits pour aimer et non pour haïr, pour croire en l’autre et non le soupçonner du pire, pour faire preuve de prudence et non de cette méfiance qui nous fait nous regarder en chiens de faïence.

Nous sommes faits pour aimer, sans nous débarrasser de  la prudence et de sa sœur aînée que l’on appelle sagesse.

 

En ce temps là, j’avais un cœur, qui ne voulait pas mourir.

Il a fallu du temps pour qu’il reprenne des couleurs entre les mains merveilleuses de l’Amour absolu. A son contact j’ai su que refuser d’aimer était antithétique de ma nature en Lui. Aimer c’est se donner, c’est risquer le rejet, le mépris la douleur, mais c’est en même temps risquer cet absolu qu’est la communion de deux âmes qui se trouvent par amour ou par amitié et qui le temps d’un voyage s’enrichissent de partages, de tendresses et de rires en devenant meilleurs pour avoir pris le risque, de faire le choix de donner, de croire et d’aimer.

 

Depuis ce temps, j’ai un cœur, qui est revenu du chaos.

Le choix de ma vie c’est d’aimer encore, envers et contre tout, malgré les déceptions, par delà les trahisons.

J’aimerai encore parce que c’est le sens et l’essence de ma vie.

Des personnes y entrerons et en sortiront, j’aimerai encore.

Quand bien même des personnes se croyant futées croiront pouvoir se servir de moi et aller ensuite vers des personnes apparemment plus offrantes, j’aimerai encore.Parce que ne plus le faire serait refuser d’être moi. Refuser d’aimer serait signer l’arrêt de mort de mon cœur.

Garder mon cœur plus que toute autre chose…

Je n’ai qu’un seul cœur et  j’y tiens.

 

J’ai appris de LUI que c’est de mon cœur que viennent les sources de la vie.

J’ai appris de lui que la douceur de la colombe a pour compagnie la prudence du serpent pour une vie équilibrée.

J’ai appris de LUI qu’aimer n’est pas une option mais une injonction.

 

Aimer et pardonner.

Aimer et avancer.

Aimer et croire encore. 

Mais aimer les yeux ouverts.

 

J’aimerai encore. Merci mon Dieu.

Aimé Césaire au Panthéon. Et après ?

Aimé Césaire au Panthéon. Et après ? dans De quoi je me mêle 217669_180689638644942_100001117219382_442233_4417966_n

 

Ce 6 avril, l’on fait entrer Aimé Césaire au Panthéon. Il paraît que dans la république française c’est l’un des plus grands honneurs que l’on peut rendre à une personnalité importante. On est semble t-il loin des tractations au principe d’une légion d’honneur désormais galvaudée pour cause de copinage excessif.A priori Christian Clavier, Mireille Matthieu ou Didier Barbelivien ne devraient pas troubler le repos des illustres figures qui reposent au panthéon. Ceci dit sait-on jamais ? Prudent Aimé Césaire n’a pas souhaité être arraché de sa terre Martinique pour s’exiler définitivement en métropole, fut-ce par la dépouille.

Bref reconnaître l’immense apport du « nègre fondamental » au patrimoine littéraire, culturel, politique, humain et plus encore à celui des définitions de l’humanité va de soi. Celui qui à 17h a fait un discours hommage l’a t-il jamais lu ? Le doute en moi est entêté. La biographie ânonnée par le chef de l’Etat donne à penser que le souffle qui animait le poète ne l’a pas touché. Un homme peut-il lire Césaire réellement, profondément sans que son humanité et son rapport à l’autre s’en trouvent modifiés ? Peut on avoir lu Césaire et véhiculer insidieusement dans la nation des semences de division et d’infériorisation latente de l’autre ? Peut-on avoir lu cet homme et envisager des identités strapontin pour les français issus de l’immigration  ?  J’en doute.  

En citant les extraits du discours sur le colonialisme Nicolas Sarkozy était il pris dans une dissociation de soi, dans cette forme de schizophrénie propre à la France qui d’un côté exporte à grands cris des valeurs telles que la déclaration universelle des droits de l’homme et qui de la bouche d’un ancien président peut cyniquement affirmer en parlant du Rwanda qu’un génocide en Afrique n’est pas bien grave ?  Le président entendait-il ce qu’il lisait ?

Aimé Césaire à mon humble avis méritait mieux que le discours sans vie, sans grâce et ponctué de mots sur lesquels la langue présidentielle n’a cessé d’achopper. Absence de conviction quand tu nous tiens…

La mise au Panthéon de Césaire ne saurait être un enfermement de sa pensée, de son verbe de sa liberté pour n’en laisser qu’un ersatz, une coquille vide qui servirait d’alibi à des politiques de gauche comme de droite incapables de repenser leur rapport au monde, à l’autre et à l’outre-mer.

Il n’est pas anodin que les télévisions hexagonales aient montré de Césaire  à l’envi l’image d’un entretien aux apparences suranné avec Nicolas Sarkozy, ce dernier hochant la tête le regard perdu au loin, comme si la photo avec celui qui auparavant avait refusé de le recevoir avait davantage d’importance que l’échange avec cet homme essentiel, celui dont le verbe ouvrait à la liberté, à la dignité, cet homme rebelle à toute forme d’asservissement.

Celui que l’on a célébré ce jour à juste titre est irrécupérable, il n’est pas possible de l’enfermer dans un lieu glorieux qui serait un cimetière pour la vie de son verbe. Je revois l’oeil amusé avec lequel il regardait défiler les politiques hexagonaux en voyage en Martinique qui voulaient une photo avec lui comme d’autre voudraient toucher le crâne de la statue de quelque figure religieuse. Ils en faisaient un grigri électoral passant à côté d’un homme essentiel au crépuscule de sa vie, inconscients du fait que désormais sa parole était d’or.

Ne faisons pas assaut de naïveté en pensant que cet honneur fait au grand homme est dépourvu de toute arrière pensée politique. Entendre Jean-François Copé louer son amitié avec Aimé Césaire et faire le grand écart entre la vision de cet homme et son pitoyable débat (déballage) sur l’islam et la laïcité était un moment ubuesque. J’en aurais avalé mon dentier si j’en avais eu un !

Enfermer cet homme (encore que sa dépouille demeure en Martinique ouf !) au Panthéon sans libérer son œuvre et lui donner les moyens d’arriver aux jeunes consciences que l’on forme dans les écoles de la république serait une escroquerie intellectuelle. L’éducation nationale est attendue au tournant de la réalité des convictions concernant la figure de Césaire.

Son discours sur le colonialisme est un texte essentiel que bien des politiques gagneraient à lire pour sortir de visions du monde datées et stupides. Césaire de son vivant était libre, la mort ne l’aura pas rendu captif.

Il nous appartient de le laisser voler encore et toujours comme l’aigle majestueux de la pensée qu’il aura été. Il nous appartient de nous laisser rencontrer et défier par le visionnaire qu’il demeure.

Lisons et faisons lire Césaire, la transmission de son patrimoine est plus glorieuse que tous les panthéons dans lesquels on fige les êtres et les transforme en poupées de cire de la pensée ou de l’histoire. Exposons nos filles et nos fils à la pensée de Césaire. Ceci n’est qu’un avis et je vous promets que je ne le dis pas parce que je ne risque pas d’entrer au dit Panthéon (^_^).

Qu’allons-nous faire de Marie, Koffi, Mamadou, Akadjé et André ?

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Il est des nuits comme ça, qui sans vous prévenir, prennent Morphée en otage. On tourne et se retourne dans son lit espérant que par ce mouvement inutile, on finira par trouver la porte vers le sommeil.

Bien aimée Côte d’Ivoire qui ne cesse de gémir et dont les cris de douleurs habitent les veilles de ma nuit.

 

Abandonnée par Morphée mes pensées sans entraves me conduisent vers toi auprès de tes douleurs. Des femmes et des enfants de douleur agonisent. Des hommes sans vie gisent sur le bord des chemins. De précieuses existences soudain interrompues par la folie des hommes, née de leurs inextinguibles appétits de pouvoir, hantent ma mémoire. Des corps brûlés, violés, martyrisés semblent vouloir s’exprimer, dire qu’il y a en eux davantage que le fait de gésir sans vie. Par des cris silencieux ils habitent ma nuit refusant la négation d’un traitement de masse. Pourquoi me hantent-ils ? Pour quelle raison viennent-ils troubler ma quiétude ?

Ils étaient des enfants, des femmes et des hommes, avant d’être assassinés. Ils ont été embarqués dans le tourbillon d’une folie meurtrière  qui à chaque exaction dépouille les assassins un peu plus de leur humanité. Ils se laissent aller aux pillages, aux viols et aux meurtres au nom de quoi ? De quel pouvoir ? Ils se battent pour des hommes qui, le moment venu, oublieront certainement de se battre pour eux. Les connaissent ils seulement ces supporters zélés, qui prennent fait et cause pour le champion de leur camp. Ils l’appellent Alassane, comme s’il était des leurs, ou le nomment Gbagbo comme quelqu’un de la famille. Mais voici les champions n’ont jamais pris la peine, de voir en eux davantage qu’une foule sans visage, instruments animés et instrumentalisés pour asseoir leur pouvoir. Déshumanisés dans le regard des politiques, victimes ou bourreaux sur le terrain des crimes matérialisent la privation d’humanité.

Les images qui nous arrivent via le tube cathodique ou la toile d’internet dévoilent des massacres au cœur desquels des frères ivoiriens s’entretuent. Personnes uniques, humains irremplaçables, ils étaient filles et fils, ils étaient pères et mères. Pris dans la frénésie du moment qui se joue, nous aussi sans y penser, les avons dépouillés de leur humanité, les enfermant dans une terrible globalisation.

 

Des civils sans défense à Duékoué massacrés, on s’arrête au nombre insupportable des morts et l’on oublie l’air de rien, que derrière les 800 morts, il y avait autant de vies, et tout autant d’histoires individuelles arrêtées. On n’envisage pas les séismes intimes produits dans les familles, on est loin de penser à la douleur d’une veuve, à celle d’un orphelin. On oublie qu’à Duékoué un père brisé gémit d’avoir vu s’effondrer, ses rêves d’une descendance. Pornographie terrible de la violence qui fait d’êtres humains des corps que l’on expose et que l’on manipule, les livrant aux regards. Des masses de chair se déploient sous nos yeux effrayés ou révoltés. Qui pense un seul instant à poser sur ces hommes, le voile pudique que lui offrirait la reconnaissance de leur humanité niée ?  On déshumanise les morts en politisant ce qui leur est arrivé. On conceptualise, on glose, on oppose panafricanisme et néocolonialisme au dessus de leurs corps encore chauds. On s’éloigne des être et les transformons en matière.

 

Dans ma nuit sans sommeil, les corps éventrés, calcinés se rappellent à moi. Ils semblent reprendre vie, comme le temps d’un instant pour se défaire du néant totalitaire dans lequel on veut les enfermer. Ils refusent de rejoindre les charniers de l’imaginaire dans lesquels sont empilés des victimes Rwandaises, Congolaises, roumaines ou albanaises. Dépouillés du souffle de vie, ils semblent réclamer à mon esprit fébrile, un droit à l’existence.

 

Je vois se lever dans mon imaginaire cet homme inconnu qui en humanité et en africanité m’était par deux fois frère. Et mon frère inconnu se raconte à moi par des séquences de vie venues de son passé. J’entends son rire grave, et je vois le regard inondé de tendresse qu’il posait sur Fanta. Comment s’appelle t-il ? Il répondait au nom de Koffi ou d’André, Mamadou ou Akadjé.  C’était un homme total, qui souffrait et espérait, tombait et se relevait. J’imagine son regard porté sur ses enfants, je pense à ses combats pour leur rendre la vie plus belle.

 

Il git sur un trottoir.

Sur son corps calciné, glisse une caméra qui ira nourrir les propagandes des uns ainsi que celles des autres, comme l’indécence des caméras qui glissaient sur Marie, qui encore et encore racontait un viol collectif au point que les mots gommaient sa personne pour projeter ceux qui l’entendaient dans l’obscène réalité d’actes bestiaux perpétrés par ces hommes qui font des corps de femmes des terrain de pouvoir et de conquêtes guerrières.

Ma veille forcée me ramène le visage et la voix de Marie, la dépouillant des projections nées de l’outrance médiatique qui de Charybde en Scylla semble s’adresser à un parterre de voyeurs. Marie vient à moi comme une sœur profondément meurtrie, comme une vie qu’il faudra reconstruire.

Les visages de l’un et de l’autre m’arrachent de la globalisation et m’invitent à un tête à tête avec certaines des conséquences de la tragédie ivoirienne.

Indicible douleur et cruelle empathie. Le drame ivoirien ne m’est plus exogène. C’est moi, c’est mon frère, c’est mon fils et ma fille que l’on a tué là bas. J’imagine cette peine plus près de moi et cela me glace d’effroi. Ces gens ont-ils conscience du crime qu’ils commettent contre des humains d’une part et contre la notion même d’humanité ? Je n’ai plus envie de débattre

Le flot des sons, le ruissellement des images, les débats sans fin des « pour » et des « contre » m’agressent plus que jamais. Ce sont des hommes que l’on assassine et meurtrit.

Qu’on l’appelle Marie, Koffi, Mamadou, André ou Akadjé, ils sont là, établis dans mon imaginaire, demandant que par le cœur on leur ouvre le passage qui les ramènent dans l’humanité. Ensevelis sous des débats qui les nient, ils se rappellent à moi pour dire « j’existe » ou « j’existais » « ne permettez pas à leur » crime » de m’ensevelir sous un amas de corps, rendez moi mon existence, donnez moi symboliquement un sépulcre individuel comme le fut mon histoire. »

Ivoirien mon frère, ivoirienne ma sœur, m’autoriserais-tu à m’immiscer dans le cours de l’histoire qui s’écrit pour oser te livrer l’expression de mon cœur ?  Me pardonneras-tu de livrer à ton regard le fond de ma pensée ?

Ivoirienne ma sœur, ivoirien mon frère, de quelque camp que tu sois je t’adresse une supplique. Sors de la fascination qui dénie à l’autre son droit à l’existence en gommant à tes yeux son humanité.

En face de toi celui qui est ton ennemi est avant tout un frère, un fils de ta nation.

Les petits êtres qui sous tes yeux ne sont plus que fils de l’autre camp et ennemis de demain, sont de petits enfants, qui hier encore jouaient sous ton regard et t’attendrissaient.

Ne te laisse pas tromper par la folie des puissants, par leur odieux cynisme qui t’instrumentalise pour commettre à leur place des crimes odieux dont ils se hâteront de se dédouaner, passant au besoin des accords d’impunité.

Mais après la colère, la folie meurtrière, il te faudra vivre avec la mémoire, des crimes perpétrés. Ni Laurent Gbagbo, ni Alassane Ouattara, encore moins Guillaume Soro ou Charles Blé Goudé n’auront ni le pouvoir ni la préoccupation de faire taire les cris qui après la violence, hanteront tes longues nuits.

Avant de te livrer au prochain vent de folie, souviens-toi que la victime c’est ton frère, c’est ta sœur, ton fils ou ta fille, ton père ou ta mère. Et n’oublie pas qu’en fait le vrai perdant c’est toi comme tu te dépouilles de ton humanité et l’autre perdant c’est la Côte d’Ivoire ton pays bien aimé pour lequel tu te bats.

Fille d’Afrique je voudrais apprendre à prendre le temps de faire la pause dans mes certitudes, pour redonner par le respect et l’empathie de la place à mes frères au cœur d’une humanité que leur aura nié la violence de leur mort ?

Je voudrais me souvenir le temps d’un instant que derrière la politique et la géopolitique ce sont mes frères que l’on assassine. Je voudrais prendre le temps de faire la pause pour me tourner vers les ivoiriens de mes relations non pour fustiger leurs prises de position mais pour prendre de leurs nouvelles et les encourager ou les consoler quand la tragédie qui se déroule dans leur pays les atteint au plus près.

Le jour s’est levé, mes compagnons d’insomnie semblent décidés à me laisser dormir. Avant de me coucher un espoir entêté habite mon cœur : que la paix revienne enfin en Côte d’Ivoire et qu’elle ouvre à e profondes guérisons dans ce pays.

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RESTAURER LA DIGNITE DES GRANDS HOMMES D’ETAT FAUSSEMENT ACCUSES D’ETRE DES DICTATEURS CORROMPUS .

Décrypter les enjeux derrière de prétendues révolutions : Gloire à Mouamar, Hosni et Zine el-Abidine et à leurs pairs d’Afrique noire

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Camarades et véritables patriotes du monde entier, l’heure est grave. Il se lève un vent curieux qui, sous des djellabas dévoilent des révolutionnaires dangereux. Vous savez cette engeance qui croit qu’à coup de vociférations elle changera le cours de l’histoire. Quels idiots ! Si la rue changeait les sommets de l’Etat cela se saurait. Ce n’est pas parce qu’un roi mou et cocu a perdu la tête en 1793 en France que des gueux vont se mettre à penser que la rue peut infléchir le cours d’une nation.  La France, grande donneuse de leçon devant les nations a prétendu se débarrasser de la monarchie pour installer via la cinquième république des présidents aussi éloignés du peuple que les rois d’antan. Des hommes plus accrochés aux apparats qu’au fait d’améliorer l’ordinaire des peuples. Ainsi vont les « révolutions », les populations payent de leur vie la reproduction sociale des élites aux sommets de l’Etat.


Alors le vent de liberté apparente qui souffle dans les pays dits arabes aujourd’hui ne cache pas des Che Guevara sous chaque djellaba. Que nenni ! Si le pouvoir appartenait réellement au peuple cela se saurait. L’on ne va tout de même pas confier les rênes des nations à des incompétents sous prétexte qu’ils vocifèrent sur une place publique !


Si ces gens avaient eu du courage ils se seraient élevés à la force du poignet comme Leila Ben Ali, une femme qui force le respect. Elle est passée en quelques années de shampouineuse à milliardaire. Qui dit mieux ? Le rêve tunisien a détrôné le rêve américain. Vive la Tunisie, terre de tous les possibles.


De surcroît, pas égoïste pour un sou elle a permis à d’autres tunisiens de connaître l’ascension. Ce sont des membres de sa famille ? Et alors ! La solidarité familiale est l’essence même de notre beau continent. On ne va tout de même pas reprocher à une shampouineuse devenue milliardaire de n’avoir oublié  ni sa famille, ni ses racines. Non ?

Ceci dit elle aurait pu conseiller son époux sur la couleur de ses cheveux. Ce noir !!! On dirait un ersatz de Moubarak.


Il est temps de remettre les choses dans le contexte pour ne pas nous laisser berner par ceux qui veulent déstabiliser nos nations.


Kadhafi le premier empereur de l’Afrique unifiée sous sa direction éclairée l’a dit. Et la parole de notre empereur (loués soient les dieux d’ici de là et d’ailleurs pour le don fait à la terre par la manifestation du glorieux guerrier, lumière de nos vies, néon qui éclaire nos nuit, astre éblouissant de l’aube, Mouamar de nos cœurs frétillants) est sacrée et a force de loi.


Depuis la révolution dite de jasmin, les esprits s’échauffent. Que n’entend-t-on dire ça et là ? Des hommes d’honneur sont livrés à la vindicte populaire, jetés en pâture au jugement des nations. Des pays qui sont depuis toujours des modèles de grandeur et de noblesse sont présentés comme des lieux liberticides et fossoyeurs de la démocratie !

Il est temps que des esprits éclairés se lèvent pour dénoncer le tourbillon médiatico-impérialiste qui veut entrainer peuples et nations dans le chaos.


Oui camarades !  Si la révolution était réelle, la France,  dépositaire universelle du brevet de la révolution réussie (foi Danton, de Bonaparte de Sarkozy et de Cohn Bendit) aurait authentifié et soutenu le mouvement. Si la Libye, l’Egypte ou la Tunisie avaient été les proies d’autocrates corrompus qui bâillonnaient le peuple, la France, chantre mondial de le défense sans concession des droits de l’homme les auraient dénoncé avec force. Il n’y a qu’à voir l’autorité avec laquelle le président français toute virilité dehors a sommé Laurent Gbagbo de quitter la présidence de la Côte d’Ivoire et l’obéissance immédiate de ce dernier qui s’est depuis exilé en nouvelle guinée où il apprend à parler le Poulpe. Vive la France de l’incantation creuse.


Visionnaire entre les visionnaires, madame le ministre des affaires étrangères a proposé le savoir-faire de la police française pour régler les questions sécuritaires liées aux manifestations en Tunisie. Elle avait tout de même survolé le pays en jet privé sans percevoir le moindre battement de cils anti Ben Ali. La révolution de jasmin n’a au vu de l’analyse pertinente des politiques français, aucune légitimité sinon la France l’aurait dit.


Oui camarades, un complot est ourdi  par les forces du mal contre l’Afrique pour l’asservir à nouveau. Il a commencé par enflammer le Maghreb et le Machrek avec pour fin de soumettre les peuples en les privant de leurs guides et protecteurs suprêmes. Félonie ! Ne l’ont-ils pas fait ces affreux du temps de Chaka ? Assassinant un de nos chefs pour posséder nos terres ?  Résistons avant que l’Apartheid ne revienne gangrener le continent entier.


Peuples d’Afrique subsaharienne levez-vous pendant qu’il est temps et protégez avec force les dinosaures qui sont à la tête de nos nations. Ils veulent contaminer nos populations par des révolutions chimériques. Heureusement que nos guides d’Afrique noire tiennent trop à la sécurité de leurs fonds détournés heu que dis-je à la sécurité de nos nations pour les laisser piller par des chacals. Gloire à eux, sauveurs suprêmes. L’on ne va tout de même pas sacrifier ces hommes d’expérience pour des chimères portées par de prétendus opposants. Gloire à nos guides qui pillent nos terres pour notre nous garder purs et protégés des excès.


Quel abus y a-t-il lorsqu’un président, guide bienveillant et suprême d’un pays décrète un état d’urgence qui dure trois décennies ?Qui a fourni la moindre preuve qu’il n’y avait pas d’urgence en Égypte depuis la mort de Sadate ? 

Pendant les trente ans de pouvoir de Hosni le magnifique pas le moindre enlèvement de pyramide ! Sans l’état d’urgence décrété par le bien aimé Rais, qui peut nous garantir qu’il y aurait encore la moindre pyramide en Égypte ? Et de vous à moi, qui irait douter d’un homme qui, à 80 ans assume sans difficulté le ridicule du cheveu noir jais, voire corbeau ?

Hosni Moubarak, grand seigneur jusqu’au bout se proposait de consentir au sacrifice suprême, confier à terme les rênes du pays à son fils, la chair de sa chair. La dynastie des Moubarak au service de la grandeur de Égypte. Par malheur le cirage avec lequel il enduisait ses cheveux aura dû couler sur ses yeux et voiler son discernement, sinon il ne se serait pas laissé tromper par son entourage et aurait rejoué la pacification de la place Tien an Men au cœur de Égypte. Si seulement il avait accepté d’être chauve ou assumé de cheveu poivre et sel… La coquetterie de trop aura privé Égypte d’un pharaon de grande envergure et à peine octogénaire.  


Comment par ailleurs peut-on trainer dans le boue le nom d’un homme honorable l’accusant de népotisme, de corruption, de gabegie, et de prévarication ? N’en jetez plus ! Tout scientifique, même le plus médiocre est informé du fait qu’il y a des phases obligatoires de test avant de mettre à la disposition du public des produits et autres découvertes. Une découverte majeure se teste sur une petite échelle. Le projet de Ben Ali le Grand était l’enrichissement exponentiel de tout tunisien. Puits de sagesse et homme prudent, le guide président a fait le choix de tester « la molécule d’enrichissement rapide » sur un groupe témoin appelé les Trabelsi. Il fallait d’une part voir si l’on pouvait passer d’un état de quasi pauvreté à celui de milliardaire en quelques années. Cette preuve faite il fallait tester les changements induits sur le groupe teste après son enrichissement. Ce n’est qu’après ces vérifications de sécurité primaire qu’il allait déployer la technique au peuple entier.  Les esprits chagrins le suspectent de népotisme sous prétexte qu’il s’agit de sa belle-famille ?  Quel être sensé enrichirait sa belle-famille au détriment de sa propre famille ? Du bon sens diantre !

Par ailleurs, le guide suprême de la nation tunisienne a mis en péril ses proches en les faisant cobayes de la croissance future de la nation. Mais il a fallu qu’un homme contrarié se prenne pour un méchoui sur la place publique et les tunisiens ingrats et sans vision ont sacrifié leur guide, digne successeur de Bourguiba (qu’il a en passant participé à destituer pour le bien de la nation) à l’émotion.

La fortune de son clan ne s’élèverait à 5 milliards de dollars après vingt-quatre années au pouvoir ? Et alors ? Ben Ali travaille. Ce qui, je le souligne en passant n’est pas le cas de Liliane Bettencourt ou de Caroline de Monaco ! Qui est descendu dans la rue pour les destituer ? Ne crions pas au racisme tout de suite mais il se lève en moi comme un soupçon. Pas joli joli tout ça !


Cinq milliards de dollars ? C’est tout ?  Une telle misère ferait rire aux éclats quelques souverains rapaces ça et là sur la planète. Comparé à d’autres c’est à peine de quoi offrir un apéritif à des malades du kwashiorkor dans Éthiopie du milieu des années quatre-vingt !

Si on lui avait laissé du temps, il aurait pu étendre l’expérience de l’enrichissement exponentiel à tout le peuple, la Chine serait venue prendre des leçons de croissance en Tunisie. Le manque de vision aura stoppé  l’histoire en mouvement. La Tunisie ne sera pas la première puissance mondiale pour cause d’autodafé inopportun.


Et voilà qu’aujourd’hui, pour tout couronner, l’on déverse comme des ordures par une benne, et sans la moindre réserve, des tombereaux d’injures sur un homme de bien : Mouamar le Merveilleux ! C’est ainsi que l’on salit la réputation d’un pacifiste, d’un homme équilibré. Cet être supérieur a durant quatre décennies consacré sa vie, son génie et son aura au service de la grandeur de Libye. L’homme et son clan auraient une fortune estimée à  120 milliards de $ (87 milliards d’euros). Est-ce cher payé pour 40 années dédiés à la grandeur de la Libye ? Est-ce cher payé pour l’artisan de  la pacification du Tchad, l’unité africaine, la protection des immigrants d’Afrique subsaharienne et la sécurité aérienne internationale ? Sans Kadhafi, la Libye ne serait pas, le monde ne serait pas, les galaxies ne seraient pas, le soleil non plus. Mouamar Kadhafi est l’Etre absolu la réponse à toutes les questions de l’univers.


De toutes les façons, si l’on considère que Moubarak et son clan ont environ 70 milliards de dollars pour dix ans de moins à la tête d’une nation, et en comptant les heures supplémentaires et les congés payés, la fortune des Kadhafi est amplement méritée et est de la roupie de sansonnet au regard des du Guide suprême (que son nom soit chanté par des vierges sur tous les continents de génération en génération)  et ses apports à la Libye et au monde.

De plus le guide visionnaire au visage remodelé -pour mieux plaire à son peuple chéri- a mis ses fils au travail pour le bien de la nation.


Comment peut-on suspecter le Guide suprême de la Grande Révolution libyenne d’être un tyran sanguinaire ? D’accord un peu excédé par les enfantillages d’un peuple aux caprices adolescents sur la place publique, il traite ces grands enfants de drogués avec des vociférations hallucinées. Nous n’allons pas pinailler sur les mots tout de même !

En effet, ne faut-il pas être sous l’effet de quelque substance opiacée ou  de quelque autre hallucinogène pour imaginer la Libye sans Mouamar l’immortel et sa famille ? Kadhafi est la Libye, cette dernière n’est pas sans lui. Qu’on se le dise.


En bon père du peuple conscient que ce dernier ne peut vivre sans lui se propose d’orchestrer le « suicide » d’une nation plutôt que de la laisser entre les mains des étrangers qui haïssent la Libye. Kadhafi a promis un bain de sang si le peuple ne retrouve pas la raison.


En effet si au final ces chochottes de Ben Ali et Moubarak n’ont pas eu la virilité affirmée et manifestée par quelque excroissance testiculaire pour rester au pouvoir, Mouamar ne cèdera pas. Il en a lui ! Et ses fils aussi. Que son look de drag queen massacrée par un chirurgien esthétique ne trompe personne. Lla diva Mouamar n’est pas une femmelette, c’est un homme, un vrai. En matière de « cojones », il en remontrerait à une escouade de zébus en rut. Il est mâle jusqu’à la déraison. Personne ne lui prendra son jouet.  Il préfèrera le bain de sang plutôt que de livrer son cher pays à des hérésies telles que la démocratie ou la liberté.


Quels sont donc ces peuples qui ne sont pas fichus de s’élever au-delà des considérations aussi prosaïques que la faim, le chômage, ou la liberté d’expression ? On accuse des dirigeants d’affamer des peuples alors qu’ils les éduquent spirituellement par l’ascèse ?


L’heure est au grand n’importe quoi et les médias dominants tordent le sens des faits pour priver des nations entières d’hommes valeureux qui ont prouvé depuis toujours leur attachement féroce à la construction de leurs nations. Comment est-il acceptable que nul ne s’offusque de ce que l’on ose qualifier ces nobles âmes  des pires qualificatifs ? Fort heureusement, la France, patrie des droits de l’homme et étalon de mesure interplanétaire du respect des droits de l’homme et du citoyen, par le soutien, la fourniture des armes et des amitiés durables avec ces êtres supérieurs rappelle à nos consciences engourdies que les « révolutions » actuelles sont illégitimes et sans fondement.


A bas les Guevarra d’opérette en djellaba, boubous ou pagnes la liberté et la démocratie sont des chevaux de Troie des puissances coloniales. Ne nous laissons pas tromper. De toutes les façons Jacques Chirac, grand visionnaire n’a-t-il pas dit que l’Afrique n’était pas mûre pour la démocratie ? Si la France, championne du monde des droits de l’homme et de la diplomatie éclairée le dit, cela doit être vrai.


C’est la France qui déroule le tapis rouge à Kadhafi, à Hu Jingtao pour décrocher des contrats et à Bongo, Biya, Compaoré, Sassou Nguesso, Nguema et les autres pour des raisons encore plus opaques pour lesquelles les peuples d’Afrique subsaharienne n’ont pas fini de payer. Qui aurait en Afrique Subsaharienne l’idée folle de s’opposer aux tentations monarchiques de Wade, Biya ou Nguesso ? La révolution de jasmin sous l’équateur ? Et puis quoi encore ?  Parce que la citronnelle est finie chez nous ?


Dormez tranquilles indéboulonnables guides de nos peuples assoupis. Continuez à vous croire intouchables. Continuez à envisager de léguer des pays qui ne vous appartiennent pas à vos rejetons.

Le jour vient, et il est proche disent les antipatriotes,  où l’on verra sur vos visages l’air hébété de Ali ou Moubarak ou pire encore l’air abasourdi et grotesque de Ceausescu au moment où il a réalisé que ses vociférations étaient désormais sans effet sur un peuple excédé. Ils disent que l’histoire est en marche et les que les peuples d’Afrique sont en passe d’écrire leur propre histoire. Eux les qui ? Tchuip.


Camarades, réveillons nous et boutons défendons nos guides suprêmes au péril de nos vies.Ils ne sont pas fous, leurs enfants sont dehors. Et au fond ayant probablement des nationalités étrangères pourquoi verseraient ils leur sang pour sauver nos pays ? Voyons …


Signé camarade Extinctor

Secrétaire perpétuel du comité

de maintien de l’ordre dans nos nations

Refuser d’être enseveli sous les blessures et briser les chaînes des mots vecteurs de maux

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Un mot, un son anodin, quelques syllabes que l’on aligne avec légèreté, peuvent pour celui qui les entend avoir de terribles conséquences.

Quelquefois on les prononce pour blesser, rire ou faire rire, sans mesure les ondes de choc dans la vie de celui qui en est, l’involontaire cible.

Combien de fois, sous le prétexte que l’on est énervé, excédé ou agacé, en tant que parents ou adultes nous nous laissons aller à infliger à de jeunes enfants des mots qui les enferment comme des sarcophages ? Tout y passe : l’enfant est tour à tour un fardeau, une déception, un raté, un abruti, un incapable, un bon à rien et que sais-je encore ! Quelques adultes se laissent aller à offrir un autre cercueil à ces êtres en construction, leur prophétisant une incapacité à plaire, une incompétence à exprimer par leur physique la moindre grâce. Une inaptitude à être aimé.  Et l’on s’étonne du nombre d’infirmes  émotionnels tapis sous les adultes que nous sommes.

Derrière l’excès apparent de confiance ou le doute maladif se logent quelquefois tant de fêlures !

Prenons-nous seulement le temps de nous poser et questionner notre rapport à l’autre et notre rapport à nous-mêmes ? De quelle manière parlons-nous des autres ? Soulignons-nous davantage les défauts des personnes que leurs qualités quand nous en parlons ? Sommes-nous embêtés quand l’on entend dire du bien des autres comme si cela nous diminuait ? Si oui nous avons intérêt à faire un travail sur nous-mêmes au regard de l’estime de soi.

Les mots, les regards, les silences, l’absence de regards tandis que l’on se construit, peuvent orienter le cours de nos existences de manière radicale. Qu’avons-nous fait des mots vecteurs de maux qui ont ébranlé nos parcours de vie ?

Quand je fais le voyage dans l’enfant que j’étais, malgré l’amour et la protection offerte par mes parents et au cœur d’une fratrie équilibrée et aimante, j’entends des mots qui enferment et qui brident des dons, qui sèment le doute dans mes capacités à être et ou à faire. Un enfant ne vit pas que dans sa cellule familiale nucléaire.

Prenons-nous le temps de dire à nos enfants combien ils sont précieux et combien ils sont beaux, intelligents, brillants, magnifiques et dignes d’être aimés juste pour ce qu’ils sont ? Prenons-nous le temps de les armer par l’amour contre la violence et le rejet ?  L’amour de soi et l’acceptation de ce que l’on est une fondation essentielle pour se construire. Édifier la confiance en soi chez l’enfant peut lui permettre  de traverser l’adolescence sans y laisser trop de plumes.

L’escale en adolescence ramène à ma mémoire les sons de quelques bris intérieurs. Se bâtir dans le doute sous les sarcasmes de ses pairs n’est pas une sinécure.

Malgré les fantasmes qui nous structurent et les proclamations de nos orgueils blessés dans le rapport à l’autre, nous avons besoin du regard des tiers et de la relation à autrui. Ceux qui clament d’ailleurs le plus fort leur absence de besoin de l’autre sont peut-être secrètement en train de gémir de solitude.

J’ai croisé dans mon existence quelques fossoyeurs. Vous savez, ceux qui vous enferment dans des définitions ou dans des limites inhérentes à leurs prétentions égocentriques à définir le monde. Quand ces personnes appartiennent au cercle de ceux qui comptent pour vous à une saison de votre existence, ils peuvent vous meurtrir profondément.

Fort heureusement, malgré des propensions féminines à se projeter dans des passions exclusives et qui consument, l’on n’est pas obligé de reproduire à l’infini la tragédie de Marguerite Gautier.

Les rejets les plus blessants ne nous obligent pas à rester dans les tombeaux de ces afflictions. Après la douleur vient le dépassement et l’on en sort grandi, voire heureux. Il y a une vie à vivre et elle vaut la peine !

Alors je dis merci à tous ceux qui pour me blesser, me détruire ou pour m’avilir se sont servi des mots comme des obus.

Merci à ceux qui auraient pu me détruire mais qui ont participé à me construire telle que je suis. Les douleurs passagères ont produit un poids éternel de gloire et de surprenantes joies. Elles m’ont enrichie, élargie, affermie. Elles m’ont appris à faire des choix entre le désespoir et la joie, l’amertume et le pardon, l’enfermement ou le dépassement, la mort ou la vie, entre leurs mots et moi. Je me suis choisie.

Après les tempêtes, c’est avec délectation que l’on profite des océans apaisés et des nouvelles perspectives de voyage.

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Je remercie ceux qui ont pris le parti de porter atteinte à ma réputation propageant des propos infâmants, distillant ça et là le soupçon et des accusations mensongères. Merci à eux de m’avoir appris à me centrer sur l’essentiel : être en paix avec moi-même et avec Celui qui est l’Essence de mon être. Merci à eux de m’avoir fait réaliser que l’essentiel est que je sache qui je suis et où réside la vérité de mon être.

Quand les définitions de soi ne sont plus prisonnières de la parole de l’autre, on a fait un pas primordial vers la liberté.

Merci de m’avoir appris ou rappelé que l’énergie qui m’habite peut être investie à des choses plus constructives que le fait de combattre les moulins à vents de la mesquinerie humaine. Peu m’importe que la vérité soit ou non rétablie aux yeux de ceux qui les auront écoutés, je sais qui je suis et ça me va. Et qu’est-ce que j’aime celle que je suis ! Le chemin aura été long et quelquefois tortueux pour en arriver là, mais aujourd’hui cette vérité est  scellée sur un fondement inaltérable.

Merci à ceux qui m’ont pris pour un vilain petit canard qui avait la prétention de nager au milieu des cygnes majestueux qu’ils étaient.  Qui sait si sans ce rejet, ce mépris, cette disgrâce proclamée j’aurais pris la peine de regarder l’autre au-delà des apparences ? Grâce à eux j’aurais appris à chercher dans ceux que je croise la beauté véritable, la grâce cachée et les richesses intérieures. Je leur dois probablement en partie d’avoir travaillé à développer des qualités humaines que j’aurais peut être négligées par ailleurs. Ils se proposaient comme des croque-morts venus embaumer ma de confiance en moi, et voici qu’involontairement, ils sont devenus des pédagogues magnifiques, m’obligeant à creuser en moi pour me trouver, à creuser dans l’autre pour le voir  et le recevoir en dépit de ses failles. Les rires moqueurs d’antan se convertissent en une symphonie dans mes souvenirs, parce que cette musique participe de la bande originale de mon existence.

En passant je remercie des involontaires tuteurs de m’avoir épargné le désagrément de m’acoquiner avec les êtres superficiels et pour le moins fats qu’ils étaient. Ben oui ne faut-il pas manquer de profondeur pour passer à côté d’un être humain sous prétexte qu’il ne ressemble pas à ses propres projections de la beauté physique ? Et de vous à moi, plus le temps avance plus je trouve la femme que je croise dans mon miroir magnifique. A mon avis cela tient à cet éclat qui vient de ce que l’on aime le compagnon de voyage que l’on est pour soi. Je me trouve belle. Pourquoi mentir ? Heu… ne soyez pas désobligeants en disant que ma vue baisse avec l’âge. Pftttt ! Cool

Merci aux les amitiés trahies, aux amours avortées aux espoirs déçus, aux illusions relationnelles, après les blessures je me suis chaque fois relevée plus riche. Riche d’avoir vécu ces choses et déployée intérieurement pour aimer davantage et pour donner encore et toujours, mais avec discernement. On ne se trompe jamais en aimant, on vit parfois les désagréments d’une escale imprévue de l’amour dans un lieu inapproprié et qui se révèle trop longue.  Mais un jour l’amour que l’on donne arrive enfin à  la bonne destination et l’on réalise que toutes les douloureuses escales traçaient le chemin jusqu’à cette plénitude amoureuse, amicale, filiale.

Non, on ne se trompe jamais en aimant. Aimer c’est le sens et l’essence de l’être. L’on se trompe davantage et l’on ne se grandit pas en se croyant autorisé à se moquer de, et à piétiner les sentiments d’un tiers sous prétexte que l’on n’éprouve pas la même chose pour lui.

Il peut être long le chemin qui ramène de certaines expériences douloureuses jusqu’à l’essentiel, une rencontre plus profonde et une relation apaisée avec soi.  Quelles que soient les épreuves d’hier et d’aujourd’hui,  ne nous laissons pas ensevelir dans un lieu ou nos espoirs sont en escale forcée. Brisons les chaînes de l’amertume. Le voyage reprendra et nous arriverons à bon port. En tout cas, moi j’avance…Clin doeil

Dites à nos enfants qu’ils ne sont pas condamnés à l’échec. Dites leur que le monde leur appartient personne ne le fera à notre place

Ça y est- ça me reprend ce feu qui me saisit les entrailles. Cette passion qui me submerge et me met en état d’urgence. J’écoute en boucle « banlieusards » de Kery James rappeur sans concession. C’est un homme qui ne libère pas son rap pas dans le sens du poil d’une société qui voudrait qu’on célèbre une égalité qui n’est vraie que dans les texte mais qui est en échec sur le terrain de la pratique.

Ceux qui profitent largement du système chantent les louanges de l’égalité républicaine pour endormir les masses et nous pousser à nous contenter de ce que nous avons. Pourquoi rêver de palais alors qu’on a un terrier ? Oui il y a au moins deux France. Ce qui me met en mouvement c’est de secouer et d’encourager nos enfants pour qu’ils ne se contentent pas des strapontins sur lesquels on leur propose de faire leur voyage de vie. Je veux qu’ils se réveillent déterminés à secouer les jougs qui les retiennent dans des « identités déclassées ».

Merci à Kery James qui fait monter cette passion qui m’anime pour la génération d’après, cette jeunesse que j’ai à cœur. Je voudrais que chacun d’eux écoute ce morceau essentiel. Une jeunesse qui s’abime dans de territoires de désespérance. Une jeunesse qui grandit à l’ombre de l’échec comme si l’exclusion du système scolaire et le chômage et l’exclusion étaient la voie naturelle du banlieusard. Tragique formatage n’est-ce pas ?

La France peut être un rouleau compresseur des espoirs et un extincteur des rêves et des ambitions des descendants d’immigrés et des enfants issus des Caraïbes. Nos enfants évoluent dans un système qui les tuerait socialement dans l’œuf si leurs propres parents ne les rêvaient pas plus grands, ne les rêvaient pas aigles plutôt que poussins. Mais la génération des parents que nous sommes doit se défaire de ce que les extincteurs ont fait en eux. Se lever pour et avec la génération d’après. Ils sont la France.

Ne rêvons pas le système tel qu’il est conçu ne leur fera pas de place. L’égalité républicaine est un rêve qui confine parfois à la fumisterie. Dites leur que leur place est à prendre personne ne la leur donnera. Il faut qu’ils plus motivés, plus courageux que les autres. C’est injuste ? Probablement mais c’est ainsi.
Il faudra qu’ils la prennent en travaillant plus que d’autres, en rêvant plus grand que les autres, en croyant plus fort qu’eux. Il faudra qu’il aient deux, trois fois plus de courage que les autres.
C’est fini le temps de rêver juste d’un CDI au SMIC et de se croire arrivé si on peut avoir plus on va se donner les moyens d’y accéder. Nos enfants vont arrêter de déserter les lieux de scolarisation et de savoir. Ils vont s’instruire et ils sont riches d’un double ancrage qui devrait les mener plus haut que d’autres. LE SAVOIR EST UNE ARME.

Il y a d’autres montagnes à conquérir, il y a des plafonds de verre à faire exploser. Le rêve naît dans le regard des parents. Il grandit dans l’attention des aînés. Oui le système est tel que nous même plions souvent la tête plus qu’à notre tour mais il est temps de relever la tête pour eux, pour nous et par ricochet pour les terres de nos pères.

Pardon de m’immiscer dans ce qui à priori ne me regarde pas mais il y a dans mes entrailles ce cri et cette révolte : il est temps que nous nous levions, que « la deuxième France s’éveille ». Il temps de sortir des rêves étriqués et des réalités subies pour nous emparer des territoires sociaux de ce pays par le courage, le travail, l’ambition.

NOS ENFANTS NE SONT PAS CONDAMNES A L’ECHEC

J’aime que ce chant le dise dans une langue accessibles à vos enfants. Je trouve que c’est un bon coup de pied au derrière et un constat sans concession.
Pardon pardon mais quand ce feu me saisit je suis embrasée et vos enfants, je les aime forcément parce qu’ils sont un peu les miens. Ils iront plus loin que nous. Il le faut.

Amitiés à tous.

BANLIEUSARDS de Kery JAMES (la vidéo)
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Banlieusards de Kery JAMES (Le texte) :

http://www.rap2france.com/paroles-kery-james-banlieusards.php


S’unir pour construire l’Afrique

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Divisés nous sommes faibles, unis nous pourrions être « unstoppables » comme disent les anglo saxons. Mais voilà chacun de nous veut que l’autre vienne s’unir à lui dans ses paradigmes. La découverte d’une parcelle de vérité devient plus importante que celui à qui l’on essaie de la dire voire de l’imposer.

Et si nous cessions les querelles de clocher pour construire ?

L’Afrique gémit, attend, voit ses filles et fils campés dans des « moi je pense que » insensés tandis que passe le temps d’œuvrer pour la génération qui vient.
Et si nous nous accordions sur l’essentiel ? Et si nous avions pour ambition d’offrir à nos enfants une destinée autre que celle que l’on nous a proposée, « raser les murs, baisser les yeux, courber l’échine et ramasser les miettes.

Rejeter un frère parce qu’il ne croit pas comme toi honore t-il l’Afrique ? J’ai un doute. Mépriser une soeur parce qu’elle ne regarde pas le monde depuis ma fenêtre paradigmatique est il rendre service à la terre mère ? Je suis circonspecte.
Vivre le regard rivé sur l’autre pour débusquer en lui le traître à ma cause, à ma conception, à ma vérité me met mal à l’aise.

En entrant dans le jardin des croyances de l’autre on n’est pas mandaté pour arracher ses plants. Encore moins au moyen d’un lâcher de buffles. Je crois en la diversité d’expression de nos engagements pour la terre qui nous est chère et pour ses fils.

Puissent les expressions de mon africanité n’être jamais exclusives de l’autre au prétexte que nous ne serions pas en adéquation quant à la manière de faire ou aux moyens d’agir. Puisse t-elle être toujours accueillante pour écouter, entendre comprendre peut-être même si je n’adhère pas aux points de vue exprimés. Puissent les quelques connaissances glanées ça et là ne jamais me laisser céder à l’arrogance doctrinale, oubliant que ces connaissances ne sont pas innées.

Les paradigmes ne devraient jamais être plus importants que la dignité
de celui à qui l’on s’adresse.

Vive toi, vive moi, vive nous, vive notre Afrique,

En écoutant Francis Bebey…

Avez-vous déjà eu durant des jours une mélodie dans la tête ? Vous savez un de ces airs qui vous accompagnent comme le ferait un lecteur de musique portable ?  Ces derniers temps à des moments inattendus, cette phrase « o bia nja o ma kwalisane no, o bia nja o bale no esoka » tirée d’une chanson de Francis Bebey ne me quittait pas. 

Il était bien onze heures hier du soir quand la mélodie est venue discrètement frapper aux portes de mon cœur. Comment aurais-je pu refuser l’hospitalité à une telle visiteuse ? Francis Bebey, musicien, poète, musicologue, génial défricheur de son et passeur de sens ironique et tendre, Francis Bebey venait me voir, précédé par quelques notes de musique. Les morts ne sont pas morts, les artistes encore moins. Ils laissent en partant davantage qu’un héritage ils laissent leur voix, leur émotion, les accents de leur âme.

 

Répondant à l’inclination de mon cœur j’ai écouté « O bia » chanson remplie d’enseignements sur la prudence. O bia, que je traduirais du Duala par « sois, prudent » ou « fais attention ». Dans cette chanson au cours de laquelle Francis Bebey égrenne de nombreux conseils de prudence « fais attention aux personnes avec lesquelles tu marches, aux maisons dans lesquelles tu entres, fais attention à ceux à qui tu parles et confie des secrets. » « Ne prête à personne l’intime de ta pensée la plus précieuse, ne prête à personne ta parole ».

 

En filigrane, l’ombre de son frère assassiné Bebey Eyidi.

 

Comme à mon habitude quand une chanson me rencontre je ne sais pas ne pas la réécouter un nombre incalculable de fois. J’ai été saisie par le beauté de la mélodie, par le guitariste qu’était Francis Bebey et que j’apprends à écouter. Il n’est pas besoin de multiplier des effets prétendument épatants pour éblouir.

 

Il était plus de minuit et je n’arrivais plus à quitter mister Francis. Ecoutant ensuite « Idiba », j’ai passé un moment merveilleux. La chanson semblait receler des tiroirs que je n’avais pas ouverts avant et ouvrir pour ma pensée d’intéressantes fenêtres. La musique est dialogue.

« Le jour s’est levé et le soleil est là, ne cache plus ton visage, ne le fronce pas, mais regarde autour de toi. Quand tu marches dans la rue, fais le comme un homme et non comme si tu étais sans substance. Viens et allons voir la lumière, n’oublie jamais que tu as reçu bénédiction sur bénédiction. Qui d’autre a jamais été béni comme toi ? »

 

Ouverture de fenêtres intérieures comme si Francis me parlait, parlait de moi. Comme s’il me rappelait à mes essentiels, à mon essentiel.

 

Ouvertures de fenêtres plus grandes comme s’il parlait aussi à l’Afrique telle que je la vis, la vois, la rêve en lui disant  « Viens allons vers la lumière de peur de manquer la bénédiction ».

 

Francis Bebey, la classe, la musicalité, la finesse. Il a toujours été là dans la toile de fond de ma vie musicale. Il était dans la discothèque de mes parents. Je l’ai écouté enfant je l’entends adulte et suis heureuse qu’il ait existé, heureuse qu’il ait chanté dans une langue que je comprends. Je l’aime.

 

Hier je m’apprêtais à me coucher quand sa musique et moi sommes entrés en conversation. Il est difficile d’exprimer au cœur de mes soudaines indigences sémantiques, le bonheur, l’émotion, les découvertes et les pistes de réflexions suscitées par les notes de musique, la voix, et les paroles de cet homme parti trop vite.

 

En me souvenant en cet instant de ce moment, je me rends compte du privilège que j’ai d’être africaine, d’être Camerounaise, d’avoir accès à ceci. Je mesure aussi que parce que la mondialisation est par trop arrogante les occidentaux se privent de bien des trésors culturels.

 

Si seulement le monde était davantage ouvert pour une mondialisation intelligente ! Oh non pas celle qui permet aux riches de s’enrichir d’avantage en pillant les autres et en privatisant pour leurs intérêts les sols d’Afrique ou d’ailleurs. Pas celle qui ne sert qu’à imposer un modèle culturel dominant et annihiler les variétés culturelles qui sont le sel de l’être ensemble. Pas celle qui imposerait le hamburger aux beignets et haricots mais celle sui laisserait cohabiter les deux. Une mondialisation qui serait circulation des biens culturels en recevant dans le respect de ce que l’autre apporterait.

 

Francis Bebey a beaucoup apporté. Il a vécu, travaillé et élevé ses enfants en France. La France a-t-elle écouté ou entendu ce qu’il avait à dire ? Il était bien plus qu’un saltimbanque exotique, c’était un homme brillant, cultivé, curieux des sons et cultures du monde qui a su inviter le monde dans ses mélodies. Il nous laisse heureusement un héritage que nous pouvons découvrir.

 

Francis Bebey savait l’importance de transmettre aux enfants leur langue maternelle. Une anecdote savoureuse que m’a racontée hier une amie précieuse  qui par ailleurs est chanteuse m’a confortée dans le fait qu’il est décidément passé un homme immense.

 

Parce que l’humain est plus grand que son passage sur terre et les limites de sa peau, il parle encore. Permettons lui par sa musique de parler aux générations d’après.

 

Pour le découvrir un peu plus : http://www.bebey.com/francis_bebey/francis_bebey_accueil.htm

http://etudesafricaines.revues.org/index1511.html

 

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Impressions subjectives sur une soirée autour de la sortie de « Blues pour Elise » de Léonora Miano

19 heures hier soir. Pour changer, je me suis attardée au boulot. Je suis de ceux qui ont besoin de calme pour travailler et dans un environnement dans lequel l’open space est de rigueur, il est facile que la somme de nos voix, respirations ou murmures nous offre un tableau acoustique proche de celui d’une ruche. Alors quand le gros des collègues est parti, il est plus aisé de retrouver le chemin de son cerveau et quitter le mode automatique sur lequel nous met la routine. 

Hier soir, regardant ma montre, je constate qu’il est 19 heures, l’heure à laquelle je suis sensée me trouver 165 Avenue du Maine pour un cocktail donné en l’honneur de la parution de « Blues pour Elise » de Léonora MIANO. Etre en retard ça me connaît. A la naissance j’ai pris presque deux mois de retard mais là, pas le moindre obstétricien pour m’arracher des entrailles du sein professionnel et me déposer dans les bras accueillants d’un lieu un peu bohème, un lieu comme je les aime, la petite salle dans laquelle je dois me rendre.

 

Dans ma précipitation à rejoindre mon chauffeur d’un soir et de toujours (hihi) je me suis délestée bien involontairement de ma bague. Ce n’est qu’en descendant de la voiture dans le quatorzième arrondissement de Paris que je m’en rendrais compte. Mais ceci est une autre aventure à la fin heureuse pour mon plus grand bonheur.

 

Arrivés sur le lieu du cocktail, nous avons une heure trente de retard et dans la salle du fond du Café Rubis, Léonora, quelques artistes que je reconnais, d’autres que je découvrirai et des personnes comme nous, avides de beau.

Miam… il y a des acras de morue. Point de régime face à ce délice gustatif créole. Demain est un autre jour. J’ai dû recevoir l’amour de la morue en perfusion au sortir du sein maternel.  Et les crevettes ma sawanité ouvre ses entrailles, par charité « crustacée » elles doivent accueillir ces créatures aquatiques. Fille de l’eau je suis, fille de l’eau je demeure.

 

Il est un écho en moi qui s’entend dans chaque cascade, dans l’écoulement du moindre filet d’eau, dans le jaillissement des tourbillons, je viens du peuple de l’eau, les Sawa. Comme je vous ai convaincus que ma consommation de crevettes sur un lit de guacamole ne relevait pas de la moindre gourmandise mais d’une affirmation identitaire, je peux continuer mon récit. (^_^)

 

Le maître de cérémonie est le facétieux et brillant Capitaine Alexandre un artiste complet qui entre autres choses est poète et slammeur.  Il a la rime sensible, poétique, fraternelle, tolérante et universelle. Je vous encourage à lire son texte ROM un bijou de fraternité, une claque en douceur et en force aux xénophobies de tout poil. Nous sommes tous ROM.

Il aura animé, que dis-je mis en scène la soirée avec humour, et brio. J’ai aimé même si j’ai été victime de ses facéties. Hum…je me vengerai mun’a Sawa.

 

Dans l’assemblée, l’artiste aux talents multiples Emile Abossolo M’bo, acteur ardent,  fils du Cameroun, fils de la terre. Enraciné chez nous et pourtant ouvert à cet ailleurs qui enrichit grandement. En toute simplicité il mettra son talent au service d’un auditoire conquis par l’intelligence et le l’humour de son propos. Quelques échanges avec lui en fin de soirée me confirmeront mes intuitions de lui en le croisant dans un film ou dans un autre. Il est décidément temps comme il le soulignait que ce que le cinéma africain a à offrir soir davantage exploré. Il est temps que l’Afrique écrive, scénarise, prenne la main sur son expression artistique. Un talent comme le sien mérite d’être habillé de mots à la hauteur de son charisme. Il mérite d’être regardé par des metteurs en scène épris de son talent et de son charisme. Il a chanté, j’ai aimé. En aparté il nous a fait l’amitié d’échanges à bâtons rompus autour de l’extraordinaire richesse du Cameroun. Nous avons ri. Son talent, sa simplicité et son intelligence m’ont conquise. Merci monsieur.

 

Un autre slammeur, Clarence, au phrasé tout en retenue m’a émerveillée. Il a la voix grave, le verbe doux et profond. Il nous entraîne dans le cheminement d’une personne contrainte de travailler par nécessité et pourtant c’est un musicien dans l’âme. Nous somme nombreux à boire à la source de ses mots, nous sommes Gare de Lyon avec lui, le moment est superbe. Merci l’artiste. Et merci à lui qui m’a encouragé à m’essayer au slam. C’est précieux les gens qui prennent le temps de vous encourager en vous ouvrant leur parcours.

 

George Yemy auteur peu connu en France et pourtant brillant (en passant si nos auteurs sont peu connus c’est aussi parce que nous ne prenons pas le temps d’aller à leur rencontre, de les défendre. Je n’ai rien contre Marc Levy encore que mais tant qu’à lire, je choisis mon camp) a lu un passage du livre de Léonora, il a aussi chanté. Quand est arrivé le moment de ses envolées vocales, il m’a eue par surprise, moi qui n’étais pas entrée dans le chant au début. L’émotion, langage par essence de la musique et du chant avait fait son oeuvre et attrapé au vol la distraite que j’étais. Merci monsieur.

 

J’ai aimé slammer sur la lune avec le capitaine Alexandre qui nous a rappelé que l’on est tous « fils de » prunelle des yeux d’une mère. Il est à découvrir ce monsieur tant il est inventif et profond. O Cameroun terre de talents.

 

Et puis il y a ce moment de grâce absolue avec la chanteuse Gasandji (me remémorer ce moment ramène à mes paupières les larmes émues d’hier). C’est une frêle jeune femme qui nous a prises en otage de sa grâce avec pour seules armes son âme qui passait par la voix et sa guitare. Quelques onomatopées à peine, et elle n’était plus sur terre mais elle laissait par sa voix un couloir aérien pour qui voulait voler avec elle. Que dit-elle ? Est-ce du lingala comme je le crois, elle est transportée et émue, je le suis par ricochet.

La musique est un langage en soi, nous communiquons. Elle est magnifique. Un éblouissant percussionniste l’accompagne Francis Lassus. Il se sert d’un carton converti en Djembe improvisé et il en tire des sons surprenant, la frontière entre le talent et le don se manifeste à nos yeux. Il a le don, la grâce et en plus il est heureux de donner, de se donner à cet auditoire, à nous. Nous le recevons avec bonheur. Ah quelle soirée !

 

Léonora, piégée par le facétieux Capitaine Alexandre nous chante « Sankofa » avec sa belle voix grave, sa voix de chanteuse de Jazz. Sa voix dont les sonorités éclairent sur l’amplitude de ses intériorités. Elle nous embauche comme choristes, nous massacrons le refrain, mais la soirée est à la grâce, elle ne semble pas nous en vouloir.

 

Il y a eu mille autres moments.

Comme je le suggérais plus haut, j’ai été piégée et ai dû lire un extrait du livre « Blues pour Elise. ». Le moment était fragile. J’ai pour les mots de Léonora de l’admiration et pour elle un immense amour. Je ne voulais pas que ma lecture desserve la splendeur de son verbe si précis, acéré, parfait. Je tremblais en lisant. J’ai par mon accent fait une offense aux anglais, aux anglophones, aux anglophiles, fait honte à mes professeurs d’anglais, trahi le bilinguisme de ma nation mais j’ai lu un texte choisi par Léonora. Un texte beau, comme son auteur. Je crois n’avoir pas trahi l’essence et l’ émotion de son texte.

 

Nous avons passé quelques heures comme hors du temps dans un monde qui rappelle qu’il existe des afro descendants caribéens ou originaires d’Afrique, qui vivent ici, aiment ici, sont dans la vie comme les européens sans verser dans le pathos habituel) si souvent mis en scène par les médias. Nous sommes là nous travaillons, rions, aimons, nous déchirons, espérons, échouons, nous réalisons comme n’importe quel humain vivant en France.

 

C’est l’histoire de quatre femmes anormales parce que normales que met en scène la plume merveilleuse de Léonora Miano dans son dernier roman. C’est mon histoire, c’est notre histoire, femmes noires de France.

Devinez qui m’accompagnait ce matin sur le chemin du travail ?  « Blues pour Elise ».

 

Merci à Léonora et aux artistes pour cette belle soirée. Merci à vous d’exister et de nous offrir des moments suspendus entre ciel et terre qui dilatent l’intérieur.

 

J’en veux encore !

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