Pourquoi je m’énerve ? Du sang sous leurs chaussures vernies au bal de leurs corruptions 18 septembre

Amis lecteurs soyez prévenus, je suis énervée. Quand je suis énervée la cohérence n’est pas forcément ce qui structure ma pensée. C’est comme le fait de jeter sans réfléchir le flot de son débordement émotionnel sur papier, comme un peintre le ferait sur une toile. Les contours de son expression artistique ne sont pas nécessairement « ordonnés » mais le chaos apparent est ordre. Il est ordre du désordre de l’instant. Alors souffrez de ne pas saisir discerner des contours bien dessinés à mes cogitations déambulatoires.
Il paraît que le fait de trop souvent s’énerver est dangereux pour la santé. Aïe caramba ! Il paraît aussi qu’il est sage et salutaire de se garder des emportements paroxystiques. (Assia for me oooooooo). Je voudrais bien faire preuve de mesure dans mes énervements mais l’univers pourrait faire un effort. Il est manifeste qu’il se ligue contre moi. Qui m’en veut au point de mettre en place un tableau mondial apocalyptique sur le terrain des valeurs auxquelles je me réfère ? Mettez vous à ma place. J’ai fait preuve d’une angélique patience tandis que mister « double you » de la maison blanche (George du prénom dont il est copropriétaire avec son papa) mettait le monde dans un état sidérant. Huit ans que ça dure ! Depuis qu’il a pris les choses en main l’Irak et l’Afghanistan ne sont-ils pas devenus des havres de paix dans lesquels le modèle américain fait le bonheur des autochtones ? L’Amérique est en marche les amis. Tous aux abris ! Comme si la présence depuis huit ans de W (prononcer doubelyou) à la maison blanche ne suffisait pas à éroder les artères les plus saines, et à donner des angines blanches à des premières dames en CDD. Foi de cholestérol, artères en danger. Au milieu d’espoirs obamaniaques voici que l’on met en orbite le pendant féminin de doubelyou, le rouge à lèvres en plus et quelques casseroles : Sarah Palin la W.A.S.P. dans toute sa splendeur. Et c’est qu’elle vocifère la dame de l’Alaska ! Ne comptez pas sur moi pour gloser sur l’état utérin de sa fille ou sur les addictions attribuées à son fils. En privé peut être mais en public 
Non c’est dame Palin telle qu’en elle même qui me sidère. Sa rhétorique, sa posture doctrinale, ses contradictions, sa défense de la vie, des armes et de la guerre, sa virulence. Le problème c’est qu’après la sidération je m’énerve. L’imaginer devenant présidente des Etats-Unis dans deux ans à la faveur d’un accident de vie du soldat Mc Cain. Un accident de vie présidentiel façon « aïe je suis mort. Oups j’étais vieux ! si vous voyez ce que je dire. Une telle hypothèse transformerait mon urticaire en catastrophe cutanée post Tchernobyl. Vous imaginez cette dame à la tête de ce qui fut la plus grande puissance du monde (nostalgie quand tu nous tiens). Imaginez l’effet d’une telle pensée sur l’état de mes artères ! Déjà nous courons le risque d’avoir en novembre un président homonyme d’une marque de frites (C’est la victoire de Mc Do vous croyez ?
) et il faudrait en plus passer de la frite au Pittbul ! C’est où la sortie ? Je descend. Quand je dis qu’il s’est ourdi un complot international contre la santé des artères. Mais qui veut la peau du soldat Malaïka ? ! Un peu nombrilistes mes assertions ? Absolument ! Et « un peu » c(est pour le moins un euphémisme. Tout le monde n’a pas eu la chance de prendre une option « centre du monde » à la naissance. Moi si. Hi hi. 
Si la lointaine Amérique me met dans un tel état, imaginez celui de mes nerfs face à l’état de mon Afrique. De ma chère Afrique. De la terre de mes pères. Imaginez le mauvais cholestérol qu’est pour mes artères la conscience de l’échec des espérances d’une jeunesse africaine alors qu’elle voit la caricature qu’est devenue une figure politique qui durant des décennies a représenté pour beaucoup l’intégrité, l’opposition, le changement. On tourne les yeux vers Dakar à la recherche du héros d’antan et il semble n’en rester que l’enveloppe, une coquille vide, une absence. L’ Abdoulaye Wade de nos espérances s’est perdu en route. Celui qui donnait un sens à l’opposition et une matière à l’espérance s’est perdu dans la corruption du pouvoir et dans une jouissance égotique de ce dernier qui le mue en un confiscateur progressif des libertés. Ci gît Abdoulaye…Espérances avortés, rêves abimés, colère qui gronde. Dois-je citer l’un après l’autre les gouvernants des pays d’Afrique qui la pillent et livrent ses enfants à la misère et à la désespérances ? Je ne ferai pas la liste car citer des noms même en silence pourrait réveiller en moi des énervements plus grands. Oui, ouvrir les yeux et les oreilles suffit parfois à me mettre en mode énervé. Il faut croire que le calme que l’on me prête n’est parfois qu’une rétention de furieuses tempêtes intérieures. Mais chut ! J’ai une image à protéger moi !
Je vous entends vous demander ce qui a pu déclencher un tel courroux nocturne. Figurez vous qu’au cours de mes explorations musicales sur You Tube je suis tombée sur cette vidéo :
Je suis un peu énervée. Pas seulement parce que j’ai mauvais esprit ou parce ma mauvaise foi légendaire qui était sur le podium olympique à Beijing se manifeste une fois de plus. Oui mais ce n’est pas l’hymne national camerounais que l’on a joué. Que nenni ! Sur une marche plus élevée se tenaient Nathalie Kosciusko-Morizet (sous ministre de l’écologie) et Christine Lagarde (ministre de l’économie, des finances, des subprimes [ici j’accède en conscience à des sommets de mauvaise foi
], de la société générale, du Medef et du reste) pour leurs déclarations incroyables concernant le retour en millions d’euros de Bernard Tapie.
. Alors l’hymne national camerounais a cédé la priorité à la marseillaise. Allons zenfants de la patriiiiiiii iyeuhhhhhhhhhhhhh.
Donc, ce n’est pas pour faire mon mauvais esprit quoique.
Non que j’aie quelque chose de personnel contre le bonheur en soi. Ou contre Kabila fils, encore moins contre le bonheur de Kabila fils. Mais un peu de décence diantre ! Nous ne sommes ni à Monaco, ni à Buckingham palace. Nous sommes au coeur d’un pays au tissu social déchiré et aux vies brisées par des conflits sanglants. Alors la « publicisation » des bonheurs intimes du président » fils de » dans un pays exsangue dont les plaies décennales tardent à cicatriser, j’ai du mal !
La starisation des politiques serait le nouvel opium de nos peuplades avides de s’inviter virtuellement aux banquets de nantis ? Excusez moi de ne pas adhérer. Et c’est peu de le dire. Je n’ai pas payé le moindre impôt au Congo donc je ne revendique pas le moindre kopek qui aurait participé à financer ce mariage. Mais quand je regarde ces images, je me dis que la mer rouge, la mer de sang s’est ouverte pour laisser passer les tyrans, tandis que le peuple dont le sang versé a rendu rouge la mer. Pendant ce temps dans leurs palais les Bemba et Kabila ripaillaient gaiement. Désolée de ne pas prendre part à ce grotesque banquet. Pas plus que je ne l’ai fait il y a des années ‘à celui des épousailles de Miss Sassou et monsieur Bongo, ni à celui de Paul Biya ou au au baptême ses des enfants de Paul Biya. Je refuse de prendre part de manière complaisante à je ne sais autre « événement » intime que l’on voudrait m’obliger à « partager » au prétexte que nous serions une famille. Une famille ? Mon oeil ! Okay je le concède, j’ai mauvais esprit mais le côté gnan gnan du clip et cette débauche de bonheur alors que la mère patrie pleure des larmes de sang…je ne peux pas. Déposez moi ici comme on dirait par chez moi.
Tata Nzambe nous avons besoin de toi comme dirait Bisso na bisso. Alors aux bonheurs que je n’ai pas de mal à souhaiter durable au couple Kabila, ils font ce qu’ils veulent, je m’autorise à ne pas vouloir être instrumentalisée dans cette tentative de normalisation par l’image de situations que ne devraient jamais l’être. Kabila et madame ne sont qu’une image de cette tentative de banalisation, d’humanisation médiatique de régimes qui tiennent en captivité des populations entières. Et la mère patrie pleure des larmes de sang. Alors au clip squi précède, souffrez que je préfère me repasser le chant de Bisso na Bisso : Tata Nzambe.
Ces « gouvernants » si l’on peut se permettre cet évident abus de langage qui représentent officiellement nos pays au banquet des nations ne me représentent pas. Ils ne représentent pas mon Afrique. Ils n’ont pas le respect de cette terre dont nous sommes issus. Ils la pillent sans vergogne alors que leurs ancêtres lui attribuaient une valeur immense. Ils versent sans retenue le sang de leurs compatriotes et dansent à leur bals de nouveaux riches, les chaussures cirées sur le sang de leurs pairs. Que de consciences mortes perdues dans des corps qui se meuvent aux bals de leurs corruptions, de leurs gabegies, de leurs crimes et de leurs prévarications. La mer rouge du sang de leurs victimes s’est ouverte sur le chemin de leurs tentations monarchiques. Et la mère patrie pleure des larmes de sang. Je n’ai rien de personnel contre ceux qui se sont mariés, mais il n’est pas question que je me laisse prendre en otage par leurs festivités médiatiques que je couverais du regard de quelque monégaste assistant aux noces qui en 1956 ont fait de Grace Kelly leur princesse.
Si au cours de vos voyages, amis lecteurs, il vous arrivait de croiser l’Afrique, de reconnaître derrière les actions coupables des satrapes locaux l’Afrique que l’on voit peu, oui mes amis si vous croisez mon Afrique, transmettez lui ce message de ma part : Je t’aime !!! Message qui est un écho de ce que lui disent bien de ses filles et fils. Dites lui qu’elle a des fils et filles qui ne la méprisent pas, des filles et fils qui la savent berceau de l’humanité et qui la respectent par delà d’évidentes indigences. Les africains corrompus ne sont pas l’Afrique. Il est des fils et fille de notre terre qui ne rêvent en aucun cas de la violer ou de la piller.
Nombreux sont ses enfants qui ne désespèrent pas de la voir tourner ces pages sinistres pour être dirigée par des personnes intègres et pour qui le rêve d’Afrique prime sur les ambitions de leurs ventres et sur leurs tentations monarchiques. Si vous la croisez mon Afrique dites lui que par ici, s’élève un murmure qui dit « mama Africa »…








Pendant longtemps, à cause de mon histoire familiale personnelle, j’ai cru que le français était ma langue maternelle, puisqu’elle était la langue essentielle de mes échanges avec mes parents. Depuis le temps a passé et des événements essentiels, parfois traumatiques m’ont révélé l’enracinement dans la langue qui fonde mes racines. Cette langue traversant toute la palette de mes émotions pour les exprimer en mots, en onomatopées, voire en soupirs aux accents spécifiques. Ce rapport à la langue s’accompagne parfois de mouvements corporels que je découvre pouvoir faire bien que ne les ayant pas expérimentés auparavant. Il faut croire que s’il est vrai que l’on s’enracine dans une culture, il semble tout aussi vrai que cette dernière s’enracine aussi en nous. Il m’apparaît de plus en plus qu’il est un langage corporel propre à ma culture qui fait partie de moi et que je découvre alors qu’il s’exprime naturellement en moi. La langue de mes père est visiblement en moi un langage non verbal. Elle est l’écho de ma culture, de l’histoire des miens, des scènes de courses de pirogues sur le fleuve Wouri, des luttes traditionnelles sous le grand fromager, des contes et légendes racontées par la voix de mon grand père, des mythes fondateurs dont le chant se transmet de génération en génération. La découverte et l’appropriation de tout cela ont posé en moi des fiertés et des liens pérennes avec ma terre, avec mon pays, mon village, et mes racines.
Je reconnais avoir une maîtrise sémantique bien approximative de la langue de mes pères devenue mienne par héritage et par apprentissage. Je reconnais que cette maîtrise ne s’améliore pas avec la distance et le manque de pratique. Malgré ces failles je l’ai inscrite en moi. Je porte en moi la langue de mes pères avec son univers sonore, sensitif, culturel. Mes onomatopées essentielles ont leur source près du fleuve Wouri. Onomatopées d’extase, de douleur, de joie, d’ironie, de défi, d’amour, elles sont gravées en moi par les nuances propres à la langue de mes pères. La transmission de la langue est l’un des secrets de l’être Duala que j’ai reçu de mes pères par « l’accident » de « l’illétrisme » des mes aïeux. La langue est encore pour moi une clé d’entrée dans le « nous » qui constitue le socle identitaire des miens. Plus je prends conscience de la fonction essentielle de la langue plus je réalise la profonde ineptie qui structurait la pensée selon laquelle on lierait la nationalité française au renoncement à la langue de ses pères. Mais quelle génération de zombies on voudrait préparer pour la France ! Au secours…
Le chanteur dit avoir vu naître dans les yeux de son fils des milliers d’étoiles et des larmes alors que ce dernier découvrait des images d’Epinal de sa terre d’origine. Emerveillement et émotion d’un petit enfant vivant en occident qui, à peine dans l’âge de raison qui découvre le pays dont il est issu. Quel cadeau fait à un enfant que celui de l’enraciner dans son héritage alors qu’il est encore petit, et qu’il arrive à un âge où il peut comprendre. L’âge de raison. Quel privilège pour un parent que celui de voir naître des étoiles dans les yeux de son enfant. Quel bonheur que celui de voir se lever dans son regard des astres précieux qui éclaireront son parcours alors qu’au fil de la vie il se construira. Et ces larmes d’émotion qui semblent dire en écho aux étoiles « je sais d’où je viens, je découvre une part de moi que je connaissais pas. Une part de moi dans laquelle courent des gazelles, et léopards et autres animaux mythiques. Une part de moi qui m’enracine dans un lieu qui n’est pourtant pas la terre sur laquelle je vis »
Lire entre les lignes, entendre entre les mots grâce à la connaissance de son histoire, grâce à l’enracinement à sa terre. Entendre le battement de cœur, les rythmes et les respirations de la terre mère. Entendre la mémoire de son peuple. Entendre ce que ne se dit pas mais que l’on entend parce qu’on adopte et on respecte ce que l’on découvre. Et cet enfant qui sait concilier son enracinement identitaire à ses enrichissements venus de connaissances plus « universelles » peut déployer ses deux ailes et voler très haut à la rencontre de lui même. J’aime à penser que ces enfants complets sauront comme les aigles trouver les vents ascendants qui les conduiront vers les sommets magnifiques de la réalisation de soi.

J’ai eu le privilège (c’est ainsi que je le vois à posteriori) d’avoir des grand- parents paternels « illettrés » au regard de la langue française bien que lisant couramment le Duala. Parce qu’ils ne parlaient pas un mot de français nous avons dû accéder à eux par la langue de nos pères. Je leur suis reconnaissante de n’avoir pas voulu ou pas pu entrer dans le français pour communiquer avec nous. Nous avons dû enrichir notre apprentissage de la langue française de celle de nos père pour communiquer avec nos grands-parents. L’enfance est un socle favorable aux apprentissages et il n’a pas fallu longtemps pour réussir à communiquer avec eux et avec d’autres membres de la famille qui étaient exclus des échanges avec nous par la non maîtrise de la langue de Molière.
Heureusement pour moi nos grands parents ne se sont pas mis au français parce que j’aurais perdu la possibilité recevoir mon héritage culturel de l’intérieur, par le biais de la langue et des échanges avec les miens. C’est par eux que j’ai intégré les mots, les sons, les onomatopées uniques propres au Duala. C’est grâce à ce nécessaire apprentissage qu’aux pieds de mon grand père j’ai entendu des légendes fondatrices de l’être Sawa comme l’histoire mémorable de Jeki la Nyambe. C’est grâce à ce passage obligé pour être reliée avec mes aïeux que j’accède aujourd’hui à des intimes de moi qui s’insèrent je le découvre peu à peu dans un intime du peuple Sawa, le peuple de la Côte, celui dont je suis issue. Malgré tout, parce que cette langue est venue à moi comme une seconde langue, une langue apprise en second importante mais pas vitale, pas essentielle pour bâtir mon futur, j’en ai une maîtrise largement discutable. C’est probablement ce qui explique des lacunes dans mes enracinements et des expressions qui me sont propres et qui provoquent des explosions de rire dans ceux qui m’écoutent alors que je m’aventure dans certaines expressions en Duala. Mais je persévère. Cette langue est mienne et gravée en moi, et je ne l’abandonnerai pas. Les lacunes, j’essaie de les combler par la connaissance progressive de notre histoire, de mon histoire, de celle que je voudrais transmettre à la génération d’après pour la relier à celles d’avant.
Dans le pays qui a recueilli mon premier cri et qui je l’espère accueillera mon dernier souffle il y a deux langues nationales venues d’ailleurs le français et l’anglais. Ces langues nous ont ouvert à des pans immenses de la culture francophone et anglophone. Nous avons eu accès aux textes fondateurs de la culture occidentale, à la poésie, à la philosophie et à bien d’autres portes ouvertes sur cette culture. Il est des maximes venues d’occident qui font désormais partie intégrante de nos expressions, elles sont inscrites en nous et coulent naturellement. Nous sommes enrichis de cet ailleurs qui nous relie à des mondes, des continents lointains. Cet enrichissement malheureusement s’accompagne bien de fois de l’anémie des fondations culturelles et de lacunes concernant les langues dites vernaculaires.
Il y a des années Modibo Keita, figure politique majeure de l’Afrique du 20ème siècle disait des mots qui résonnent encore aujourd’hui avec force. Il donnait un cadre pour l’indépendance de l’Afrique. J’ai lu ceci hier et ça m’a réellement touchée:

Il y a eu le moment où le chanteur et ses musiciens nous ont entraîné dans le chant » Alane « (emmène moi chez moi). Quelques cloisons internes se sont ouvertes pour laisser passer les larmes qui font écho aux profonds sentiments de solitudes nés de la distance de sa terre natale. Il y a ces morcellements cachés qui coulent en larmes. J’avais à côté de moi mon amie de toujours, mon amie d’enfance, ma sœur dont les yeux laissaient couler des larmes. Nous n’étions pas les seuls. Unis à la voix d’Etienne nos cœurs criaient » emmène moi chez moi, là où j’ai poussé mon premier cri ». « Dis aux miens que je reviendrai et nous danserons et chanterons encore ensemble ». Comment ne pas verser de larmes quand la distance nous rappelle les défections fondamentales liées, à l’absence, à la conscience que là bas la vie continue et se construit sans nous et nous habille progressivent d’une inquiétante étrangeté ? Etrangers partout…(Na yo nde). « Alane » notre madeleine de Proust. C’était un moment unique. Pardon aux musiciens si nous avons écorché ces deux chants, mais il nous eût été impossible de ne pas chanter notre chant à tous en même temps que vous. De ne pas chanter ce chant né des hurlements intérieurs et de nos éloignements communs. Ce chant qui s’écoule de nos larmes d’altérité. C’est ce chant fondamental que l’artiste a su entendre au fond de lui, le recevoir et nous l’offrir comme un support à nos émotions et à nos solitudes. En toute subobjectivité je dis qu’il y a une dimension poétique et quasi prophétique dans la musique d’Etienne Mbappe. Et vous savez quoi, il a enchaîné avec Cameroun o mulema. Obligée de chanter avec lui, avec eux le Cameroun que nous avons au cœur. Caramba y carambistouille ça c’est un concert ! Les choristes de la pelouse de la Villette étaient en poste. Nous avons dansé sur Miso ma munami (les yeux de mon fils), sur une version énergique et maîtrisée de Yen Etom (cette dette) et sur cette chanson la basse me met la tête à l’envers. Et puis il y a eu » Sansanboy « qui a permis à la chanteuse
Cate Petit (Endalle Bosadi comme l’appelle le chanteur) de livrer à la fois sa maîtrise vocale et sa capacité à se livrer à de surprenantes danses. Elle doit être un peu contorsionniste à ses heures perdues. Elle a une voix superbe et est très expressive quand elle chante. Et quand elle chante en Duala il y a ce petit quelque chose qui habille les mots d’un charme singulier. Elle est Endalle Bosadi, et puis c’est tout ! La chanteuse est un visage radieux de la rencontre des mondes. La musique est décidément un pont efficace entre les peuples.
Le guitariste n’a pas usurpé sa place dans le groupe. Saperlipopette sa guitare est polyglotte ! le violoniste a été mis en lumière plus d’une fois par Etienne, de même que le percussionniste du Burkina Faso dont le nom m’échappe. ce dernier nous a offert vers la fin du concert un solo de percussion qui semble venir des profondeurs 
, mais il met quand même le feu sur place. Et plutôt deux fois qu’une ! Who’s the boss ?
L’Etienneaddiction me guette en toute subobjectivité cela va sans dire. Merci aussi pour la gentillesse et la disponibilité. Etienne Mbappe la classe ! Assia à vous les jaloux, quand je vous disais de venir à la Villette…
Il est plus de dix neuf heure trente. C’est l’heure du boss. C’est l’heure d’Etienne. Mes pendules internes se mettent à l’heure de l’artiste à l’interconnexion de Misiya et de Su la take. Je sais avec une certitude inébranlable que le moment qui se prépare sera mémorable. Il ne peut en être autrement. La gestation de l’instant aura été faite de patience et d’extase différée. Ce que j’anticipe se révélera en deçà de la réalité. Pourtant mes anticipations nourries à ses deux albums et à son concert avaient mis la barre très haut. Je ne veux rien rater depuis son entrée jusqu’à la fin du concert que j’espère la plus tardive. On est Ngolo wake (boulimique) ou on ne l’est pas. Assise sur l’herbe au milieu de mes amis qui se trouvent être de la famille de l’artiste nous sommes chauffés à bloc. Le rendez-vous manqué de juin me rend l’instant d’autant plus essentiel que Paris ne semble pas être dans les prochaines dates d’Etienne Mbappe. Devant nous arrive la famille du vitrier et les fils de » Claire « . Ils nous voilent l’arrivée d’Etienne. La basse majestueuse nous dit qu’il est là. La famille du vitrier suite à une remarque s’écarte et laisse apparaître celui que nous attendions. L’homme porte des jeans et une chemise blanche imprimée. Ses mains comme à son habitude sont gantées et sur son visage sont déposées des lunettes fumées.
Il est accompagné d’un guitariste, d’un batteur, d’un percussionniste, d’un violoniste et de Cate Petit chanteuse et choriste. Il est là comme une évidence. C’est le boss et il le montrera par sa maîtrise scénique et musicale. Mais laissez moi faire un détour avant de revenir à la suite du concert…

Ca y est vous dites vous ! Oui oui je vous entends d’ici. Vous vous dites » Depuis que nous la suivons dans les dédales de ses déambulations mentales, il fallait s’y attendre, la jeune (Oui jeune ! ok on va le dire vite
calor ! Etieeeeeeeeeeennnnnnnnnnnnnne
Simon Nwambeden est une belle découverte de mes explorations des merveilles musicales qui s’élèvent de mon chez moi et qui m’y ramènent par des sentiers méconnus. C’est ainsi que grâce à lui je le sens chez moi au coeur d’une langue aux antipodes de celle qui fonde mes enracinements intérieurs. Parce que le son de sa guitare, les percussions subtiles qui viennent l’habiller, l’épure de ses arrangements me transportent vers ces rivages connus qu’accompagnaient la radio Douala de mon enfance, compagne de nos rassemblements familiaux. J’aime la manière dont il nous transporte, par une musique sans effets inutiles, dans les sons des forêts de sa région d’origine. L’épure, la poésie, la finesse, tout simplement. Simon Nwabeben fait résonner par sa voix dont j’apprécie la vérité, la langue Bafia au son d’une musique qu’il a lui même baptisée le Bitibak. Il a la sensibilité et l’intelligence qui permettent d’unir la musique traditionnelle avec les sons dits modernes sans la dénaturer. Il nous offre un univers qui nous invite à sortir des sentiers battus de la musique convenue pour aller explorer un ailleurs qui dans sa vérité ramène à quelque chose de soi. C’est un tour de force que celui réalisé par un artiste qui chante dans une langue que vous ne connaissez pas, dont aucun son ne fait écho en vous comme fondateur de vos racines, sur un rythme musical aux antipodes des rythmes de chez vous ou de votre univers musical personnel et qui vous donne pourtant l’impression qu’au coeur de ces sons il y a un espace qui vous invite à vous poser, un espace qui dit « tu es chez toi ». Caramba ! Je vous suggère de vous poser pour écouter Ah Meh Kone entre autres. Wow !!!! Sa voix est comme un guide qui nous conduit en rythme dans des ailleurs que l’on visite avec bonheur. Et quand il entame « Nwarha Miss Moh », même si je voulais rester coite dans une attitude digne, mon corps prendrait son indépendance. Si vous me voyiez alors que j’écris, ma tête danse en rythme et j’aime ça. Je vous défie de rester sans remuer un cil quand il chante « Ntoh Ntoh » Aaaaaaaaaaaaaaaaahhvivement dimanche pour que mes jambes se mettent au diapason.
, fauchés, amateurs de pique nique sur pelouse francilienne et les autres réjouissons-nous et profitons de ce caviar servi gracieusement.
Ambiance festive et décontractée assurée. 
) qu’une amie d’enfance m’avait prêté une bande dessinée à la gloire d’Eyadema président du Togo, grand démocrate s’il en fût. Opération lavage de cerveau en une bande dessinée réussie. J’abreuvais ma famille de louanges et d’anecdotes glorieuses sur le grand homme et mes pauvres parents qui ne voulaient pas faire éclater la bulle de mes illusions d’enfant de moins de dix ans avalaient bien des couleuvres en silence. Ma mère a dû mettre en marche toute sa finesse et son intelligence pour me soustraire à cette vénération sans me blesser. Elle m’a premièrement poussée à rendre le livre à sa propriétaire et avec délicatesse elle a travaillé à nuancer les assertions du livre. Peut être ce moment a t-il été la première la porte à s’ouvrir pour moi sur une forme de conscience politique et sur l’exercice ultérieur du sens critique. La raison du plus fort, la version du chasseur, le trafic de l’histoire au service d’un dessein, d’une idéologie, de l’assise d’un pouvoir. Nos chefs d’Etats de la période post décolonisation ont tous eu des bandes dessinées à la gloire de leur grandeur, sa majesté Bokassa inclus ! Ubu quand tu nous tiens !
Je suis convaincue au plus intime de moi que les solutions pour l’Afrique seront essentiellement africaines et viendront de personnes ayant une vision, une passion, un désir, un rêve, et une ambition pour leur village, leur ville, leur pays, leur région, pour leur continent. Des personnes qui auront su saisir le flambeau de la passion qui avait embrasé avant eux Lumumba, Mandela, Um Myobe, Kwame krumah (celui des premières heures), Steven Biko et d’autres anonymes qui ont oeuvré pour le bien commun. 