le chemin…

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Si le chemin jusqu’à soi

passe aussi par les autres

ils ne sont pas le chemin

et ne sauraient nous définir.

Ils sauraient encore moins

être la destination de l’être soi.



Pourquoi je m’énerve ? Du sang sous leurs chaussures vernies au bal de leurs corruptions

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Amis lecteurs soyez prévenus, je suis énervée. Quand je suis énervée la cohérence n’est pas forcément ce qui structure ma pensée. C’est comme le fait de jeter sans réfléchir le flot de son débordement émotionnel sur papier, comme un peintre le ferait sur une toile. Les contours de son expression artistique ne sont pas nécessairement « ordonnés » mais le chaos apparent est ordre. Il est ordre du désordre de l’instant.  Alors souffrez de ne pas saisir discerner des contours bien dessinés à mes cogitations déambulatoires. 

Il paraît que le fait de trop souvent s’énerver est dangereux pour la santé. Aïe caramba ! Il paraît aussi qu’il est sage et salutaire de se garder des emportements paroxystiques. (Assia for me oooooooo). Je voudrais bien faire preuve de mesure dans mes énervements mais l’univers pourrait faire un effort. Il est manifeste qu’il se ligue contre moi. Qui m’en veut au point de mettre en place un tableau mondial apocalyptique sur le terrain des valeurs auxquelles je me réfère ? Mettez vous à ma place. J’ai fait preuve d’une angélique patience tandis que mister « double you » de la maison blanche (George du prénom dont il est copropriétaire avec son papa) mettait le monde dans un état sidérant. Huit ans que ça dure ! Depuis qu’il a pris les choses en main l’Irak et l’Afghanistan ne sont-ils pas devenus des havres de paix dans lesquels le modèle américain fait le bonheur des autochtones ? L’Amérique est en marche les amis. Tous aux abris ! Comme si la présence depuis huit ans de W (prononcer doubelyou) à la maison blanche ne suffisait pas à éroder les artères les plus saines, et à donner des angines blanches à des premières dames en CDD.  Foi de cholestérol, artères en danger. Au milieu d’espoirs obamaniaques voici que l’on met en orbite le pendant féminin de doubelyou, le rouge à lèvres en plus et quelques casseroles :  Sarah Palin la W.A.S.P. dans toute sa splendeur.  Et c’est qu’elle vocifère la dame de l’Alaska !  Ne comptez pas sur moi pour gloser sur l’état utérin de sa fille ou sur les addictions attribuées à son fils. En privé peut être mais en public Rire

Non c’est dame Palin telle qu’en elle même qui me sidère. Sa rhétorique, sa posture doctrinale, ses contradictions, sa défense de la vie, des armes et de la guerre, sa virulence. Le problème c’est qu’après la sidération je m’énerve.  L’imaginer devenant présidente des Etats-Unis dans deux ans à la faveur d’un accident  de vie du soldat Mc Cain. Un accident de vie présidentiel façon « aïe je suis mort. Oups j’étais vieux !  si vous voyez ce que je dire.  Une telle hypothèse transformerait mon urticaire en catastrophe cutanée post Tchernobyl. Vous imaginez cette dame à la tête de ce qui fut la plus grande puissance du monde (nostalgie quand tu nous tiens). Imaginez l’effet d’une telle pensée sur l’état de mes artères !  Déjà nous courons le risque d’avoir en novembre un président homonyme d’une marque de frites (C’est la victoire de Mc Do vous croyez ?Rire) et il faudrait en plus passer de la frite au Pittbul ! C’est où la sortie ? Je descend.  Quand je dis qu’il s’est ourdi un complot international contre la santé des artères. Mais qui veut la peau du soldat Malaïka ?  ! Un peu nombrilistes mes assertions ?  Absolument ! Et « un peu » c(est pour le moins un euphémisme. Tout le monde n’a pas eu la chance de prendre une option « centre du monde » à la naissance. Moi si. Hi hi. Clin doeil

Si la lointaine Amérique me met dans un tel état,  imaginez celui de mes nerfs face à l’état de mon Afrique. De ma chère Afrique. De la terre de mes pères. Imaginez le mauvais cholestérol qu’est pour mes artères la conscience de l’échec des espérances d’une jeunesse africaine alors qu’elle voit la caricature qu’est devenue une figure politique qui durant des décennies a représenté pour beaucoup l’intégrité, l’opposition, le changement. On tourne les yeux vers Dakar à la recherche du héros d’antan et il semble n’en rester que l’enveloppe, une coquille vide, une absence. L’ Abdoulaye Wade de nos espérances s’est perdu en route. Celui qui donnait un sens à l’opposition et une matière à l’espérance s’est perdu dans la corruption du pouvoir et dans une jouissance égotique de ce dernier qui le mue en un confiscateur progressif des libertés. Ci gît Abdoulaye…Espérances avortés, rêves abimés, colère qui gronde. Dois-je citer l’un après l’autre les gouvernants des pays d’Afrique qui la pillent et livrent ses enfants à la misère et à la désespérances ?  Je ne ferai pas la liste car citer des noms même en silence pourrait réveiller en moi des énervements plus grands. Oui, ouvrir les yeux et les oreilles suffit parfois à me mettre en mode énervé. Il faut croire que le calme que l’on me prête n’est parfois qu’une rétention de furieuses tempêtes intérieures. Mais chut ! J’ai une image à protéger moi !Cool

Je vous entends vous demander ce qui a pu déclencher un tel courroux nocturne. Figurez vous qu’au cours de mes explorations musicales sur You Tube je suis tombée sur cette vidéo :

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Je suis un peu énervée. Pas seulement parce que j’ai mauvais esprit ou parce ma mauvaise foi légendaire qui était sur le podium olympique à Beijing se manifeste une fois de plus. Oui mais ce n’est pas l’hymne national camerounais que l’on a joué. Que nenni ! Sur une marche plus élevée se tenaient Nathalie Kosciusko-Morizet (sous ministre de l’écologie) et Christine Lagarde (ministre de l’économie, des finances, des subprimes [ici j’accède en conscience à des sommets de mauvaise foiClin doeil], de la société générale, du Medef et du reste) pour leurs déclarations incroyables concernant le retour en millions d’euros de Bernard Tapie. Pourquoi je m'énerve ? Du sang sous leurs chaussures vernies au bal de leurs corruptions dans Africa ! 09. Alors l’hymne national camerounais a cédé la priorité à la marseillaise. Allons zenfants de la patriiiiiiii iyeuhhhhhhhhhhhhh. 

Donc, ce n’est pas pour faire mon mauvais esprit quoique. CoolNon que j’aie quelque chose de personnel contre le bonheur en soi. Ou contre Kabila fils, encore moins contre le bonheur de Kabila fils. Mais un peu de décence diantre ! Nous ne sommes ni à Monaco, ni à Buckingham palace. Nous sommes au coeur d’un pays au tissu social déchiré et aux vies brisées par des conflits sanglants. Alors la « publicisation » des bonheurs intimes du président  » fils de » dans un pays exsangue dont les plaies décennales tardent à cicatriser, j’ai du mal !

La starisation des politiques serait le nouvel opium de nos peuplades avides  de s’inviter virtuellement aux banquets de nantis ? Excusez moi de ne pas adhérer. Et c’est peu de le dire. Je n’ai pas payé le moindre impôt au Congo donc je ne revendique pas le moindre kopek qui aurait participé à financer ce mariage. Mais quand je regarde ces images, je me dis que la mer rouge, la mer de sang s’est ouverte pour laisser passer les tyrans, tandis que le peuple dont le sang versé a rendu rouge la mer. Pendant ce temps dans leurs palais les Bemba et Kabila ripaillaient gaiement.  Désolée de ne pas prendre part à ce grotesque banquet. Pas plus que je ne l’ai fait il y a des années ‘à celui des épousailles de Miss Sassou et monsieur Bongo, ni à celui de Paul Biya ou au au baptême ses des enfants de Paul Biya. Je refuse de prendre part de manière complaisante à je ne sais autre « événement » intime que l’on voudrait m’obliger à « partager » au prétexte que nous serions une famille. Une famille ? Mon oeil ! Okay je le concède, j’ai mauvais esprit mais le côté gnan gnan du clip et cette débauche de bonheur alors que la mère patrie pleure des larmes de sang…je ne peux pas. Déposez moi ici comme on dirait par chez moi. 

Tata Nzambe nous avons besoin de toi comme dirait Bisso na bisso. Alors aux bonheurs que je n’ai pas de mal à souhaiter durable au couple Kabila, ils font ce qu’ils veulent, je m’autorise à ne pas vouloir être instrumentalisée dans cette tentative de normalisation par l’image de situations que ne devraient jamais l’être. Kabila et madame ne sont qu’une image de cette tentative de banalisation, d’humanisation médiatique de régimes qui tiennent en captivité des populations entières. Et la mère patrie pleure des larmes de sang. Alors au clip squi précède, souffrez que je préfère me repasser le chant de Bisso na Bisso : Tata Nzambe.

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Ces « gouvernants » si l’on peut se permettre cet évident abus de langage qui représentent officiellement nos pays au banquet des nations ne me représentent pas. Ils ne représentent pas mon Afrique. Ils n’ont pas le respect de cette terre dont nous sommes issus. Ils la pillent sans vergogne alors que leurs ancêtres lui attribuaient une valeur immense. Ils versent sans retenue le sang de leurs compatriotes et dansent à leur bals de nouveaux riches, les chaussures cirées sur le sang de leurs pairs. Que de consciences mortes perdues dans des corps qui se meuvent aux bals de leurs corruptions, de leurs gabegies, de leurs crimes et de leurs prévarications. La mer rouge du sang de leurs victimes s’est ouverte sur le chemin de leurs tentations monarchiques. Et la mère patrie pleure des larmes de sang. Je n’ai rien de personnel contre ceux qui se sont mariés, mais il n’est pas question que je me laisse prendre en otage par leurs festivités médiatiques que je couverais du regard de quelque monégaste assistant aux noces qui en 1956 ont fait de Grace Kelly leur princesse.

Si au cours de vos voyages, amis lecteurs, il vous arrivait de croiser l’Afrique, de reconnaître derrière les actions coupables des satrapes locaux l’Afrique que l’on voit peu, oui mes amis si vous croisez mon Afrique, transmettez lui ce message de ma part : Je t’aime !!! Message qui est un écho de ce que lui disent bien de ses filles et fils. Dites lui qu’elle a des fils et filles qui ne la méprisent pas, des filles et fils qui la savent berceau de l’humanité et qui la respectent par delà d’évidentes indigences. Les africains corrompus ne sont pas l’Afrique. Il est des fils et fille de notre terre qui ne rêvent en aucun cas de la violer ou de la piller.

Nombreux sont ses enfants qui ne désespèrent pas de la voir tourner ces pages sinistres pour être dirigée par des personnes intègres et pour qui le rêve d’Afrique prime sur les ambitions de leurs ventres et sur leurs tentations monarchiques. Si vous la croisez mon Afrique dites lui que par ici, s’élève un murmure qui dit « mama Africa »…

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La transmission du socle identitaire et culturel : la naissance de milliers d’étoiles au coeur des larmes de nos enfants (quatrième partie)

Misodinanguengueti.jpg picture by maddyspacePendant longtemps, à cause de mon histoire familiale personnelle, j’ai cru que le français était ma langue maternelle, puisqu’elle était la langue essentielle de mes échanges avec mes parents. Depuis le temps a passé et des événements essentiels, parfois traumatiques m’ont révélé l’enracinement dans la langue qui fonde mes racines. Cette langue traversant toute la palette de mes émotions pour les exprimer en mots, en onomatopées, voire en soupirs aux accents spécifiques. Ce rapport à la langue s’accompagne parfois de mouvements corporels que je découvre pouvoir faire bien que ne les ayant pas expérimentés auparavant. Il faut croire que s’il est vrai que l’on s’enracine dans une culture, il semble tout aussi vrai que cette dernière s’enracine aussi en nous. Il m’apparaît de plus en plus qu’il est un langage corporel propre à ma culture qui fait partie de moi et que je découvre alors qu’il s’exprime naturellement en moi. La langue de mes père est visiblement en moi un langage non verbal. Elle est l’écho de ma culture, de l’histoire des miens, des scènes de courses de pirogues sur le fleuve Wouri, des luttes traditionnelles sous le grand fromager, des contes et légendes racontées par la voix de mon grand père, des mythes fondateurs dont le chant se transmet de génération en génération. La découverte et l’appropriation de tout cela ont posé en moi des fiertés et des liens pérennes avec ma terre, avec mon pays, mon village, et mes racines.

78310193.jpg image by maddyspaceJe reconnais avoir une maîtrise sémantique bien approximative de la langue de mes pères devenue mienne par héritage et par apprentissage. Je reconnais que cette maîtrise ne s’améliore pas avec la distance et le manque de pratique. Malgré ces failles je l’ai inscrite en moi. Je porte en moi la langue de mes pères avec son univers sonore, sensitif, culturel. Mes onomatopées essentielles ont leur source près du fleuve Wouri. Onomatopées d’extase, de douleur, de joie, d’ironie, de défi, d’amour, elles sont gravées en moi par les nuances propres à la langue de mes pères. La transmission de la langue est l’un des secrets de l’être Duala que j’ai reçu de mes pères par «  l’accident  » de «  l’illétrisme  » des mes aïeux. La langue est encore pour moi une clé d’entrée dans le «  nous  » qui constitue le socle identitaire des miens. Plus je prends conscience de la fonction essentielle de la langue plus je réalise la profonde ineptie qui structurait la pensée selon laquelle on lierait la nationalité française au renoncement à la langue de ses pères. Mais quelle génération de zombies on voudrait préparer pour la France ! Au secours…

Pourquoi la quête des origines, la connaissance de ses racines et leur appropriation le cas échéant par la langue serait elle dangereuse ? Même si la comparaison a des limites évidentes, aurait-on idée de reprocher à un enfant adopté sa quête des origines histoire d’unifier son histoire et les parts de son être pour avancer ? Ca n’aurait pas de sens.

La richesse, la dimension essentielle de la langue et de la culture de mes pères m’apparaît d’avantage aujourd’hui probablement à cause de la distance, sous l’effet de la maturité, sous l’effet d’une quête croissante d’essentiel et du désir de transmettre ces essentiels aux générations d’après. Il est des valeurs qui sont transmises par l’éducation nationale, par des ancrages républicains ou autres et ce sont des valeurs reconnues avec raison comme essentielles. Ce sont des valeurs que l’on retrouve dans toutes les strates de nos tissus sociaux. Mais il en est d’autres qui se perdraient si nous ne prenions pas la décision de la transmettre, si nous ne décidions pas dire à nos enfants l’histoire de leurs pays, leur histoire. On va arrêter le coup de la bibliothèque qui brûle pour structurer la transmission inter générationnelle. Quand ils iront à la rencontre de leur histoire, des histoires spécifiques à leur village, à leur pays, à leur continent, il y aura, comme dans la chanson dont il est question plus haut, des étoiles qui illumineront leurs regards. Etoiles parce qu’ils découvriront un socle de référence fondateur, des histoires mythiques ou réelles, des histoires qui fondent ce «  nous  » grâce auquel il sauront n’être pas seuls où qu’ils aillent. Ce socle de référence grâce auquel ils sauront qu’un cordon ombilical invisible les enracine dans une histoire, dans une lignée, dans un autre héritage qui vient les enrichir. Il sauront, particulièrement ceux de la diaspora que ce cordon ombilical les relie aussi à une terre même lointaine sans remettre en cause d’éventuels enracinements en terre d’adoption. Ils découvriront les raisons d’être fiers de leur héritage et de leur histoire. Ils découvriront qu’il n’y a pas de honte à être issus de la terre de leurs pères. Ils découvriront que pour se réaliser ils n’ont pas besoin de nier des pans entiers de ce qu’ils sont. Des étoiles de fierté, de réconciliation avec l’histoire et par conséquent avec soi.

77516863.jpg image by maddyspaceLe chanteur dit avoir vu naître dans les yeux de son fils des milliers d’étoiles et des larmes alors que ce dernier découvrait des images d’Epinal de sa terre d’origine. Emerveillement et émotion d’un petit enfant vivant en occident qui, à peine dans l’âge de raison qui découvre le pays dont il est issu. Quel cadeau fait à un enfant que celui de l’enraciner dans son héritage alors qu’il est encore petit, et qu’il arrive à un âge où il peut comprendre. L’âge de raison. Quel privilège pour un parent que celui de voir naître des étoiles dans les yeux de son enfant. Quel bonheur que celui de voir se lever dans son regard des astres précieux qui éclaireront son parcours alors qu’au fil de la vie il se construira. Et ces larmes d’émotion qui semblent dire en écho aux étoiles «  je sais d’où je viens, je découvre une part de moi que je connaissais pas. Une part de moi dans laquelle courent des gazelles, et léopards et autres animaux mythiques. Une part de moi qui m’enracine dans un lieu qui n’est pourtant pas la terre sur laquelle je vis »

J’aime les mots de bénédiction du chanteur à son fils «  va mon enfant le ciel et la terre te protégeront et toutes sortes de portes s’ouvriront si tu sais lire entre les lignes[…] sache lire entre les lignes, sache entendre entre les mots  »

sb10069771aa-001.jpg picture by maddyspaceLire entre les lignes, entendre entre les mots grâce à la connaissance de son histoire, grâce à l’enracinement à sa terre. Entendre le battement de cœur, les rythmes et les respirations de la terre mère. Entendre la mémoire de son peuple. Entendre ce que ne se dit pas mais que l’on entend parce qu’on adopte et on respecte ce que l’on découvre. Et cet enfant qui sait concilier son enracinement identitaire à ses enrichissements venus de connaissances plus «  universelles  » peut déployer ses deux ailes et voler très haut à la rencontre de lui même. J’aime à penser que ces enfants complets sauront  comme les aigles trouver les vents ascendants qui les conduiront vers les sommets magnifiques de la réalisation de soi.

J’aime l’idée que des milliers d’étoiles jailliront des larmes de nos enfants. J’aime l’idée qu’en écho à ce chant des parents pourront dire :

«  Neni so nguengueti i ma panya o miso ma munami  »

«  J’ai alors vu des étoiles briller dans les yeux de mon enfant  »

«  Neni pe misodi mi ma sulea o miso ma munami  »« 

 J’ai aussi vu des larmes couler des yeux de mon enfant « 

Je vous laisse découvrir le chant dont il est question depuis le début de cette réflexion. D’avoir pris le temps de me lire, vous méritez une récompense plus concrète que ma considération (sourire). En avant la musique et en avant la basse !

Amitiés et à bientôt

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Etienne Mbappe : Miso ma munami

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La transmission du socle identitaire et culturel : la naissance de milliers d’étoiles au coeur des larmes de nos enfants (troisième partie)

african-american-baby-tear_011124AT.jpg picture by maddyspaceJ’ai eu le privilège (c’est ainsi que je le vois à posteriori) d’avoir des grand- parents paternels «  illettrés  » au regard de la langue française bien que lisant couramment le Duala. Parce qu’ils ne parlaient pas un mot de français nous avons dû accéder à eux par la langue de nos pères. Je leur suis reconnaissante de n’avoir pas voulu ou pas pu entrer dans le français pour communiquer avec nous. Nous avons dû enrichir notre apprentissage de la langue française de celle de nos père pour communiquer avec nos grands-parents. L’enfance est un socle favorable aux apprentissages et il n’a pas fallu longtemps pour réussir à communiquer avec eux et avec d’autres membres de la famille qui étaient exclus des échanges avec nous par la non maîtrise de la langue de Molière.

african-grandfather-young_tv4715_03.jpg picture by maddyspaceHeureusement pour moi nos grands parents ne se sont pas mis au français parce que j’aurais perdu la possibilité recevoir mon héritage culturel de l’intérieur, par le biais de la langue et des échanges avec les miens. C’est par eux que j’ai intégré les mots, les sons, les onomatopées uniques propres au Duala. C’est grâce à ce nécessaire apprentissage qu’aux pieds de mon grand père j’ai entendu des légendes fondatrices de l’être Sawa comme l’histoire mémorable de Jeki la Nyambe. C’est grâce à ce passage obligé pour être reliée avec mes aïeux que j’accède aujourd’hui à des intimes de moi qui s’insèrent je le découvre peu à peu dans un intime du peuple Sawa, le peuple de la Côte, celui dont je suis issue. Malgré tout, parce que cette langue est venue à moi comme une seconde langue, une langue apprise en second importante mais pas vitale, pas essentielle pour bâtir mon futur, j’en ai une maîtrise largement discutable. C’est probablement ce qui explique des lacunes dans mes enracinements et des expressions qui me sont propres et qui provoquent des explosions de rire dans ceux qui m’écoutent alors que je m’aventure dans certaines expressions en Duala. Mais je persévère. Cette langue est mienne et gravée en moi, et je ne l’abandonnerai pas. Les lacunes, j’essaie de les combler par la connaissance progressive de notre histoire, de mon histoire, de celle que je voudrais transmettre à la génération d’après pour la relier à celles d’avant.

L’expérience d’une migration durable m’a enseigné et m’enseigne encore qu’un profond enracinement dans ce que l’on est et dans le lieu d’où l’on vient permet d’accueillir l’ailleurs sans craindre de se perdre. Elle permet d’accueillir les changements intrinsèques à la migration tout en gardant une continuité au coeur de l’inévitable changement. Demeurer le même dans l’essentiel de l’être. Elle permet de recevoir sans être trop ébranlé les écueils liés à l’altérité et parfois au rejet de sa différence.

Cette expérience migratoire m’enseigne que c’est dans la négation des origines que l’on court le risque de planter les semences des ébranlements futurs, pour soi ou pour sa descendance. La connaissance précoce de ses racines peut à mon sens être un bouclier contre les replis identitaires sismiques né d’une découverte tardive de ses racines au détour d’un rejet de la terre de migration. Si l’on sait d’où l’on vient et qui l’on est, si l’on a une histoire et des référents mythologiques positifs et constructifs, alors les vêtements identitaires dévalorisants proposés par l’autre par celui qui nous méprise, par celui qui rejette sur le prisme de la différence glisseront sur nous sans nous marquer. Je le crois de plus en plus alors que je regarde quelquefois passer des enfants africains de la diaspora qui, bien qu’ayant tout la panoplie vestimentaire de la modernité ont le regard vide d’histoire, mais habité par la défaite, la colère ou la résignation. Il y en a des zombies dans la nouvelle génération, façonnée par l’absence d’ancrage identitaire positif, n’ayant à disposition que celui de la honte et de la dévalorisation de ses origines. S’il est des plafonds de verre à combattre dans les sociétés dans lesquelles nous vivons, il est impératif de faire exploser tous les plafonds de verre intérieurs. Rien ne doit empêcher un être d’être lui même dans complexité et dans la totalité de tout ce qui forme l’identité d’un être. Sa relation au passé, sa place dans le présent et ses capacités à se projeter dans le futur me semblent de ce point de vue liés. L’explosion de ces murs et plafonds de verre intérieurs relève pour moi de l’urgent et du nécessaire.

A suivre



La transmission du socle identitaire et culturel : la naissance de milliers d’étoiles au coeur des larmes de nos enfants (deuxième partie)

m-Douala_Ngondo_Pirogue_05.jpg picture by maddyspaceDans le pays qui a recueilli mon premier cri et qui je l’espère accueillera mon dernier souffle il y a deux langues nationales venues d’ailleurs le français et l’anglais. Ces langues nous ont ouvert à des pans immenses de la culture francophone et anglophone. Nous avons eu accès aux textes fondateurs de la culture occidentale, à la poésie, à la philosophie et à bien d’autres portes ouvertes sur cette culture. Il est des maximes venues d’occident qui font désormais partie intégrante de nos expressions, elles sont inscrites en nous et coulent naturellement. Nous sommes enrichis de cet ailleurs qui nous relie à des mondes, des continents lointains. Cet enrichissement malheureusement s’accompagne bien de fois de l’anémie des fondations culturelles et de lacunes concernant les langues dites vernaculaires.

Dans des pays comme le Sénégal ou le Congo (ex Zaïre) et bien d’autres en Afrique, la langue nationale est une langue issue du pays tandis que les langues reçues de l’extérieur sont langue officielle. Au Sénégal le Wolof est parlé dans toutes les sphères de la société et, même si ce n’est pas la langue unique, c’est une langue qui semble donner un sentiment d’unité aux sénégalais. J’ai eu la même impression en écoutant les congolais exprimer leur rapport au lingala. Je ne sais pas si ceci est spécifique à ceux que j’ai croisé mais quand ils sont réunis, c’est tout naturellement qu’ils parlent lingala. Chez moi il y a tant de langues que ce serait quasiment impossible d’en extraire une en excluant les autres sans provoquer de remous. L’unité linguistique se fait obligatoirement par une langue étrangère, par une langue véhicule d’une culture allogène. Au Cameroun nous avons deux langues nationales qui sont des langues importées, reçues, imposées par la force et ou par l’histoire. Après une incursion dans la langue allemande jusqu’à la première guerre mondiale, les logiques des vainqueurs de la guerre et la partition consécutive des «  possessions  » coloniales a fait entrer le français et l’anglais au Cameroun. Nouveaux apprentissages pour les autochtones. Nécessité de se défaire la langue apprise pour en réapprendre une autre selon que l’on était du Cameroun occidental ou non. Anglais pour les uns, français pour les autres.

Mon grand père paternel né en 1899 gardait des bribes de la langue expulsée du Cameroun en même temps que les allemands. Dans mon enfance, des bâtisses anciennes nous rappelaient que les allemands avaient fait escale sur la terre de nos pères. Mais de leur langue, pratiquement plus de traces sinon quelques appropriations insérées dans des langues locales.

Mes parents ont grandi dans le Cameroun francophone et ont fait leurs études en français. Les échanges primaires avec leurs ascendants leur avaient donné des langues maternelles autres que celles venues par bateau sur les rivages de fleuve Wouri. Ils ont grandi bercés par les légendes et les mythes fondateurs de leurs cultures, racontés dans leurs langues maternelles. Mythes fondateurs et essentiels pour l’identisation d’un être parce que ce dernier agit comme un cordon ombilical qui le relie à la terre mère. Ils se sont approprié par la connaissance de l’histoire des fiertés de leurs lignées familiales.

Le mythe, comme l’histoire des siens agissent pour celui qui la découvre comme des trait d’union entre les générations, entre soi et les siens vivants ou semence nourrissant déjà la terre. Ces traits d’union sont essentiels et sont parfois des lacunes dans les fils d’Afrique de la diaspora et les fils de l’Afrique post coloniale. Nourris à l’histoire d’un autre continent et à une histoire parcellisée de leur continent, les fils et filles d’Afrique font parfois penser à des oiseaux qui ont un potentiel d’envol énorme mais qui ne déploient qu’une seule aile. Ils sont comme des oiseaux qui n’auraient pas appris à se servir de leurs deux ailes. Comment pourraient-ils voler ?

Comment prendre son envol avec une seule aile déployée ? Il y a de fortes chances que le pauvre oiseau ne puisse que tourner en rond, et qu’en plus il épuise la pauvre et unique aile fonctionnelle. Résultat, à terme il risque de tomber et de se faire très mal.

Plus le temps passe plus il m’apparaît essentiel d’enraciner la génération qui nous suit, celle de nos enfants dans la connaissance de ses racines africaines, dans ses racines au cœur d’une famille, d’un clan, d’une histoire non pour faire de la micro identité une raison d’exclure l’autre, mais plutôt d’un tremplin pour aller vers soi, se trouver pour mieux s’ouvrir à l’autre dans une relation apaisée. Par crainte de non adaptation des enfants à un système éducatif occidental de nombreux parents ont volontairement coupé leurs enfants de la langue de leurs pères, de peur que cette dernière soit un handicap à l’adaptation au monde tel qu’il se dessinait. Des amis originaires de la France d’outremer m’ont raconté que de nombreux parents interdisaient l’usage du créole aux enfants de peur qu’ils ne soient pas insérés dans la modernité, dans le progrès, dans la France. Dans certaines appréhensions parentales le progrès était occidental et ce qui était local relevait du folklore, de l’accessoire.

à suivre

Image piquée ici :

http://cameroundouala.afrikblog.com/albums/le_ngondo___/photos/2353482-douala_ngondo_pirogue_05.html



La transmission du socle identitaire et culturel : la naissance de milliers d’étoiles au coeur des larmes de nos enfants (première partie)

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«  Neni so nguengueti i ma panya o miso ma munami  »

«  J’ai alors vu des étoiles briller dans les yeux de mon enfant  »

«  Neni pe misodi mi ma sulea o miso ma munami  »

«  J’ai aussi vu des larmes couler des yeux de mon enfant  »

Etienne Mbappe

Cet après midi, j’écoutais de la musique en vaquant à mes occupations. Et voici que les paroles d’un chant que je connais pourtant depuis des années ont ouvert les vannes de mes sempiternelles cogitations. La voix du chanteur portait un message sur l’essentiel de la transmission des racines et de l’histoire à la descendance. Je ne prendrai même pas la peine de vous dire que l’écho de ces mots a rencontré en moi bien des résonances. Ceux qui ont entrebâillé quelques fenêtres sur moi savent que ce sont des problématiques qui me sont importantes. Voici ce que chantait l’artiste :

«  Mon fils grandit, il arrive à l’âge de raison. J’ai pour lui un secret qui m’a été transmis par mon père. Car il faut qu’il sache, qu’il connaisse l’histoire de ce pays, qu’il connaisse notre histoire  ».

Le chant si j’en traduit le titre s’appelle «  les yeux de mon enfant  ». Le chanteur parle des nuances dans le regard de son enfant pour poser des choses qui lui semblent essentielles. Par un chant de quelques minutes à peine il touche à un domaine à mes yeux fondamental, celui de la transmission générationnelle, du passage de témoin de la mémoire, de l’histoire, de «  l’être ensemble  ». Sont ce des résonances de mon africanité ? Peut-être, mais je pense que ce sont plus largement celles de mon humanité. Cette humanité qui a besoin d’être reliée à une famille, à un passé, à une histoire . Sous toutes les latitudes l’humain a me semble t-il besoin de lien social dans le présent et en relation avec le passé.

Comme vous pouvez le constater, il y a des thématiques qui déclenchent chez moi, comme dans un réflexe pavlovien des cogitations déambulatoires. Les hélices sous mon crâne prennent leur envol pour emmener mes réflexions vers des rivages qui cette fois prennent leur source en moi. Ils m’ont conduite à repenser les chemins de mes cheminements identitaires ou d’identisation

La transmission de la langue comme celle de l’histoire sont essentielles dans la construction de celui qui arrive dans la lignée familiale.

Pendant des années, j’ai affirmé avec conviction que le français était ma langue maternelle. Cela m’était d’autant une vérité que la définition de la langue maternelle était pour moi celle de la langue des échanges primaires avec sa figure maternante, le plus souvent avec sa mère. Avec ma mère comme avec mon père, mes frères sœurs et moi communiquions en langue française. Et c’est en français que toute la gamme des émotions dans ma famille se traduisait en mots. Cette langue était par conséquent pour moi ma langue maternelle.

La langue maternelle dans mon appréhension est celle dans laquelle une voix unique rassurait l’enfant que l’on a été. C’est la langue dans laquelle l’enfant apprend à reconnaître les inflexions qui disaient l’humeur de la mère. C’est la voix qui encourageait, qui consolait, reprenait, etc.

La langue de mes pères passait à l’époque en second au palmarès de mes langues d’identifications tandis que je m’enracinais dans l’expression en français. Ce qui demeure pour moi une grande richesse. La français est devenu pour moi la langue de l’expression de la pensée, de la précision du sens, de la communication ciblée. C’est étrange de voir combien quand je m’exprime en français j’ai une quête consciente ou non du mot juste, alors que dans la langue héritée de mes pères je m’autorise de surprenantes approximations, cela d’autant que j’ai en Duala des lacunes abyssales.

La richesse rencontrée dans la langue de Molière me demeure précieuse. Elle porte mes inspirations, elle met des mots précis sur ma pensée, sur mon ressenti de l’instant. Mais il y a l’autre langue, celle qui structurait les échanges de mes ancêtres, de mes pères, et qui structure encore celle de mes pairs, cette langue qui vient habiller les expressions émotionnelles indicibles autrement que par elle. Cette langue qui se révèle au fil du temps celle de mes intériorités et dont les sonorités influencent mon accent quand je m’exprime en français. Cette langue qui malgré mes approximations et la conscience de mes lacunes, m’est de plus en plus signifiante, de plus en plus essentielle. Il y a cette langue qui m’ouvre à des onomatopées porteuses davantage de sens que les plus belles locutions en français. Il y a cette langue qui au fil du temps est passée du chuchotement intérieur au cri, à une affirmation de mon ancrage en moi et dans un peuple dont la terre est irriguée par le fleuve Wouri. Langue de mes douleurs et de mes joies, langues de mes soupirs, langue qui dans un soupir vient aux secours de mes incompétences sémantiques. Pour autant que j’en ai conscience elle n’est pas pour moi un véhicule d’indifférence.

à suivre



Derrière le proverbe…

1bp.gif picture by maddyspace« Aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur.»

Proverbe africain

Les proverbes africains, anciens ou contemporains recèlent des trésors enfouis et offrent des niveaux de lecture intéressants à qui veut prendre le temps de s’y arrêter. J’aime bien les parcourir et y trouver résumés en une phrase des pans de la sagesse de ma terre. Ils ouvrent quelquefois la porte à des réflexions inattendues. Proverbes qui deviennent boîtes de pandore de mes déambulations mentales et de mes questionnements identitaires ou métaphysiques. On ne se refait pas n’est-ce pas ? Comme vous le savez peut-être, il y a des hélices sous mon crâne qui prennent leur indépendance et se mettent en action sans me demander l’autorisation de faire voyager ma pensée. Non non…je ne suis pas folle vous savez Clin doeilRire.

Quelquefois, à la lecture ou à l’écoute des proverbes africains on y perçoit du bon sens, voir un bon sens un peu folklorique parce que les proverbes charrient des images magnifiques et poétiques. Ils invitent la faune, la flore, les éléments naturels pour raconter la vision des relations humaines, une philosophie et une éthique de vie. En dépassant les premiers niveaux de lecture si l’on se pose un instant pour les sonder, il y a des portes qui s’ouvrent sur des profondeurs intéressantes. Derrière les sourires qui effleurent nos lèvres en recevant les images mentales offertes par les proverbes, il y a des ouvertures vers un ailleurs qui nous instruit sur aujourd’hui, sur maintenant, sur notre rapport à l’autre, sur notre rapport au temps ou à la nature. J’aime aller à la rencontre des proverbes d’Afrique.

J’aime l’image que véhicule cette phrase sur le lion et le chasseur face à la narration de l’histoire. C’est un proverbe que je connais depuis longtemps et qui soudain me conduit à une réflexion sur le rapport de l’Afrique et de l’africain à son histoire. Quel rapport avec la choucroute ? Vous direz-vous. Que vous répondre, les hélices sous mon crâne sont en mode pilotage automatique.Langue

Ce proverbe rappelle que l’histoire est souvent assujettie à des faits extra historiques tels que les rapports de force entre le narrateur et ce dont il parle, à des rapports dominant dominé. Le colon et le colonisé ne donnent pas le même sens aux faits, n’ont pas le même rapport à l’histoire et pas les même paradigmes. Ce proverbe me rappelle l’histoire officielle qui m’a été inculquée sur les bancs de l’école dans mon pays et qui me présentait Ruben Um Myobe figure de la résistance et de l’anticolonialisme camerounais comme un terroriste et un maquisard. Mon esprit en construction et pas encore accessible au sens critique avait reçu cette torsion du sens de l’histoire comme une vérité. Bien qu’ayant eu depuis des informations plus complètes sur cette période ces pré-constructions ont laissé des traces et je sais que je ne suis pas au bout des nécessaires déconstructions pour mieux appréhender l’histoire de mon pays. La raison du plus fort… L’histoire officielle, les forteresses mentales, l’arme des puissants. L’histoire contemporaine Africaine est faite de bien des terroristes officiels parmi lesquels il y a quelques temps Nelson Mandela ou Steven Biko. D’ailleurs l’administration américaine, bien connue pour sa réactivité et sa pertinence, n’avait pas encore ôté Nelson Mandela de la liste des terroristes au début de cette année. Surprise La raison du plus fort…

Je me souviens aussi des livres prétendument historiques qui racontaient nos héros imposés d’alors. Ils racontaient en effet les présidents de nos républiques en bande dessinée pour accéder aux, et poser des forteresses mentales dans les esprits fragiles des enfants que nous étions. C’est ainsi que des hommes comme Ahidjo, Houphouet Boigny, Mobutu, Bongo et autres grand démocrates d’Afrique avaient leurs hagiographies en bande dessinées. Réécriture opportune de l’histoire qui faisait de ces figures anti-démocratiques d’Afrique des quasi héros, mieux encore des « pères de la nation ». Le « prêt à vénérer en bande dessinée » ! Quelle créativité sournoise de la part des dictatures au service du culte de la personnalité. Je me souviens (oh la honte !!!Embarasse) qu’une amie d’enfance m’avait prêté une bande dessinée à la gloire d’Eyadema président du Togo, grand démocrate s’il en fût. Opération lavage de cerveau en une bande dessinée réussie. J’abreuvais ma famille de louanges et d’anecdotes glorieuses sur le grand homme et mes pauvres parents qui ne voulaient pas faire éclater la bulle de mes illusions d’enfant de moins de dix ans avalaient bien des couleuvres en silence. Ma mère a dû mettre en marche toute sa finesse et son intelligence pour me soustraire à cette vénération sans me blesser. Elle m’a premièrement poussée à rendre le livre à sa propriétaire et avec délicatesse elle a travaillé à nuancer les assertions du livre. Peut être ce moment a t-il été la première la porte à s’ouvrir pour moi sur une forme de conscience politique et sur l’exercice ultérieur du sens critique. La raison du plus fort, la version du chasseur, le trafic de l’histoire au service d’un dessein, d’une idéologie, de l’assise d’un pouvoir. Nos chefs d’Etats de la période post décolonisation ont tous eu des bandes dessinées à la gloire de leur grandeur, sa majesté Bokassa inclus ! Ubu quand tu nous tiens !

Les mémoires d’un esclave du Sud des Etats-Unis et celles d’un propriétaire ne mettraient probablement pas l’accent sur les mêmes choses. La question économique ne serait pas primordiale pour le premier tandis que la question sur la dignité humaine serait au mieux anecdotique pour le second.

Celui qui aura les moyens de raconter l’histoire la racontera de son point de vue, en partant du prisme de ses présupposés. Le dernier mot appartient souvent au plus fort. « La raison du plus fort est toujours la meilleure » disait en son temps Jean de Lafontaine.

En relisant ce proverbe il me revient en mémoire un fait politique indigne et honteux qui a pris place il y’ aura un an le 26 juillet à Dakar. Le président de la république française nourri aux récits des « chasseurs » a osé tenir des propos incroyables selon lesquels entre autre « l’homme africain » serait incapable de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ! Oui c’est le chasseur qui a la légitimité pour raconter la vie des lions, pour les dompter, pour leur apprendre à vivre selon ses règles. C’est bien connu !

Par delà le flot d’indignation à peine retombé, ce fait politique a la vertu de mettre en lumière la nécessité pour les enfants d’Afrique d’aller à la rencontre de leur histoire. J’imagine la réception du discours de Dakar par un enfant africain d’Afrique ou de la diaspora qui n’a pas de connaissance de l’histoire de son continent et qui reçoit ces définitions fallacieuses d’un prétendu « homme africain » comme vraies, comme intrinsèques de lui. J’imagine la définition honteuse de lui qu’il pourrait recevoir et avec laquelle il pourrait se construire. Attention les dégâts !

Quelle jubilation quand dans une brillante réponse aux propos du président français à Dakar, Achille Mbembe ( Un cerveau aussi brillant que Denzel Washington est beauSourire oui oui je l’affirme !!!!!!!!!!!) a replacé les fantasmes paternalistes sur l’Afrique dans leurs filiations. Filiations qui remontent au 19ème siècle et trouvent leurs sources notamment dans la pensée de Hegel et Lévy Brühl entre autres. La démonstration de Mbembe est tout simplement éblouissante(1). Je suis reconnaissante à Achille Mbembe qui a élevé le niveau du débat et a apporté une réflexion brillante et argumentée. Il a répondu par l’intelligence et l’analyse à des propos intolérables et grotesques, propos faisant volontairement ou non écho à des siècles de vision stupide de l’Afrique et de l’Africain, n’en déplaise au cerveau brillant de Hegel et des autres. Un cerveau brillant peut accoucher de thèses stupides quand les présupposés qui le soutendent sont imbéciles et/ou racistes et voilent sa raison.

Ah !!!quand les lions commencent a donner leur regard sur l’histoire…

Que de pans de l’histoire d’Afrique passés sous silence parce que niés, occultés ou négligés par le narrateur ! L’écriture de l’histoire par delà la question de la force de coercition de celui qui la raconte est aussi et surtout fonction des présupposés du narrateur et de ce que les événements racontés lui renvoient de lui. Il devient le héros, de civilisateur, le sauveur, etc. Le chasseur raconte sa chasse et le lion n’est dans la toile historique qu’un instrument pour servir la gloire du chasseur. Des générations d’africains d’Afrique et la diaspora ont grandi à l’ombre d’un immense complexe d’infériorité né de représentations importées et parfois imposées.

Des images d’Epinal véhiculées dans des livres, des films, voire des bandes dessinées leur donnaient une place à la périphérie de l’histoire des hommes.Ya bon banania…

Agi par l’histoire plutôt qu’acteur de cette dernière, telle était la représentation transmise de l’africain et probablement intégrée par lui. Il est possible que bien des passivités africaines trouvent leur source, au moins en partie dans ces représentations. Entre « l’Afrique de papa » d’un côté porteuse de fantasmes imbéciles et le facile confort qui est celui d’attendre de l’autre les solutions il y a l’Afrique, la vraie. Derrière le travers qui est celui de rendre l’occident responsable de tous les maux du continent et l’exotisme insultant qui habille les fantasmes des allogènes, il est une Afrique qui invente, qui crée, qui a de l’initiative et qui se bat pour aller de l’avant. Il est une Afrique qui existe derrière les silences et qui porte en elle des richesses immenses et une histoire plus complexe que les raccourcis habituels.

Alors en tant qu’africaine et plus généralement en tant qu’être humain dans mon siècle, je suis reconnaissante à des intellectuels comme l’immense Cheikh Anta Diop qui par ses travaux, notamment sur l’Egyptologie, a ouvert une brèche qui peu à peu, par delà les opportunes controverses révèle la place de l’Afrique dans l’histoire de l’humanité.

Bien des chercheurs depuis à l’exemple de Théophile Obenga, se sont depuis engouffrés dans cette salutaire brèche, ramenant à la connaissance de nos contemporains des organisations sociales et sociétales dont la complexité n’a rien à envier à des ordres sociaux dits évolués. Aussi longtemps que les lions…

Je suis reconnaissante à Ki Zerbo pour son travail d’historien qui rappelle que l’Afrique n’est pas un continent ahistorique. « L’Afrique a une histoire » disait l’historien en ouverture du premier tome son ouvrage  » Histoire générale de l’Afrique ». Ki zerbo a ouvert la voie à de nombreux historiens africains qui se sont emparés depuis des faits historiques pour les analyser et les restituer dans une perspective historique et historiographique.

 

Que de figures mythiques dans notre patrimoine historique méconnus de nos contemporains et des fils et filles d’Afrique. Que de méconnaissances sur l’Afrique, ses royaumes et leurs organisations. Combien de personnes sont informées sur les modèles socio politiques des sociétés africaines d’alors ? Combien savent qu’au 12ème siècle les empires du Ghana et du Mali avaient une organisation politique impressionnante et d’une rare finesse ? Combien de jeunes gens connaissent Soundiata Keita ou Soumangourou Kante ? Que de méconnaissances sur les principes structurels qui organisaient les rapports humains, que de négligences qui font que bien de filles et de fils d’Afrique avancent en ayant un enracinement dans le silence, dans le tabou, dans l’infériorisation, dans la méconnaissance, ou dans la connaissance parcellaire.

Il est un défi pour nous, un devoir pour les générations à venir, celui de permettre à nos enfants d’aller à la rencontre de l’histoire de leur continent non pour se construire des mythes inutiles, mais pour connaitre le lieu dont ils sont issus et avancer riches de leur histoire. Comment courir ou s’envoler si l’on n’a pas de socle à partir duquel décoller ou prendre son élan. Nous sommes dans un temps dans lequel des médias tels qu’Internet notamment permettent un accès plus grand et plus rapide à la connaissance. Notre défi est de donner aux plus jeunes le goût et l’envie de connaître l’histoire qui fonde leurs racines. De leur donner le goût de chercher, de lire, de découvrir.

L’Afrique n’est pas un paradis, et il n’est pas question ici de léguer aux générations qui suivent un fantasme mais l’Afrique telle qu’en elle même et mise en perspective par ses réalités historiques. L’Afrique réelle a ses richesses et ses misères, ses grandeurs et ses servitudes, mais elle est riche de ce qu’elle est, et elle vaut largement la rencontre. Il est dans notre histoire récente ou plus ancienne des figures dont nos filles et fils pourraient s’inspirer et auxquels ils pourraient se référer avec fierté. Si en se retournant sur leur histoire nos enfants pouvaient découvrir l’Afrique un peu plus près de sa vérité, qui sait s’il ne verraient pas s’allumer en eux une flamme, une passion d’Afrique, dont il passeraient le flambeau aux générations d’après ? 66zd8ir3.gif image by maddyspaceJe suis convaincue au plus intime de moi que les solutions pour l’Afrique seront essentiellement africaines et viendront de personnes ayant une vision, une passion, un désir, un rêve, et une ambition pour leur village, leur ville, leur pays, leur région, pour leur continent. Des personnes qui auront su saisir le flambeau de la passion qui avait embrasé avant eux Lumumba, Mandela, Um Myobe, Kwame krumah (celui des premières heures), Steven Biko et d’autres anonymes qui ont oeuvré pour le bien commun.

Et si la connaissance de notre histoire avait aussi des vertus libératrices, libératrices de rêves, d’ambition, de potentiel pour l’Afrique ? Et si la connaissance de notre histoire nous rappelait que nous n’avons aucune raison ni de marcher courbés, ni de porter des vêtements identitaires qui nous voilent nos possibilités ? Alors il n’est pas surprenant que ça et là à la surface de la terre la connaissance soit tenue captive par les dictateurs de tous bords, dictateurs politiques ou intellectuels. Derrière le proverbe, ma pensée s’est mise en action et m’a déposée sur de surprenants rivages n’est-ce pas ? Mais comme vous le savez on ne se refait pasCool.

Merci de m’avoir lue et d’avoir accompagné mes cogitations déambulatoires. A bientôt et merci pour votre fidélité à visiter cet espace . Amitiés.

bonnesemaine1.gif picture by maddyspace

 

(1) http://www.lemessager.net/details_articles.php?code=142&code_art=19943



La consécration du vide

soulierbrillant.gif picture by maddyspace

Bonjour à vous les amis,

Me voilà de retour. Je repose le pied sur la blogosphère après une pause salutaire et nécessaire. Ca me fait plaisir de vous retrouver.

Depuis mon île intérieure j’ai appris que la terre n’avait pas arrêté de tourner. Pas possibleSurprise l’univers n’aura donc pas cessé de tourner pendant mon break ? Moi qui me me croyais l’être le plus important de l’univers. Je ne serais donc pas indispensable à la marche du monde ? Oh la la déception mes amis Indeci! Bien obligée de constater que les micro événements de mon quotidien, effet papillon ou pas n’ont qu’un impact imperceptible sur le reste du monde. Ah nombrilisme quand tu nous tiens !

Rassurez-vous ceci n’est qu’un symptôme virtuel d’un mal dont j’espère ne pas être atteinte : la folie des grandeurs Clin doeil.

La folie des grandeurs, l’immodestie et l’apologie du vide semblent être la marque de fabrique de certains êtres dont les médias relaient sans complaisance les faits et gestes. Et plus les vide est abyssal, plus l’immodestie et la folie des grandeurs lui sont inversement proportionnels. De couvertures de magazines en journaux télévisés des visages s’affichent, s’agitent, brassent du vent établissant le vide et l’éphémère comme des valeurs cardinale d’une époque qui semble orpheline de sens. Ils s’appellent Paris Hilton, Loana, Steevy, et que sais-je encore, visages d’une période qui semble ériger le « rien » en raison d’exister, de paraître et de dire, même si ce que l’on dit a autant de poids que le néant. Le « rien » fait un bruit dont l’écho déverse sur nous des nouvelles sur des dérapages plus ou moins contrôlés de personnes et dont l’intérêt qu’elles suscitent continue à me laisser sans voix. Je ne compte pas les fois où le contenu des journaux télévisés m’a laissée la bouche ouverte de consternation. Le vide remplace l’information comme pour endormir celui qui regarde et écoute, comme pour le désintéresser de l’essentiel.

La raison ça et là entendue serait que le public en redemanderait. Mais bien sûr ! Les groupes de presse qui éditent des magazines basés sur l’intrusion dans l’intimité des personnes célèbres le font par philanthropie juste pour nous satisfaire nous, public avide de savoir ce que l’on trouve dans les poubelles de Gérard Depardieu ou de Jack Nicholson, voire de François Hollande ! Il va de soi que la robe de Monica Lewinski qui a fait couler tant d’encre nous intéresse au plus grand point. Si vous saviez combien peu il m’importe d’en connaître la couleur ou la matière !

Les célébrités kleenex se succèdent et l’on a vite fait d’oublier ceux qui quelques mois auparavant faisaient la couverture des magazines. Les télévisions, comme d’autres pour renouveler leur cheptel, font des castings à tout va pour mettre en lumière des anonymes et c’est ainsi qu’elles reçoivent des jeunes gens et jeunes filles qui, de rêves de gloire plein la tête s’alignent dans des files interminables par beau ou par mauvais temps, espérant être retenus dans quelque casting qui les mettrait un instant ou plus longtemps dans la lumière. Peu importe ce qu’ils feront ou le prix qu’ils paieront à cette gloire éphémère (où sont les protagonistes du premier loft français qui grisés par une gloire virtuelle avaient eu les honneurs du festival de Cannes ? Qui se préoccupe de ce qu’ils sont devenus une fois les projecteurs éteints, qui se soucie des probables détresses solitaires quand l’on se retrouve face à soi ?), ils espèrent toucher leur coin de ciel. Ils chanteront, ils danseront, ils se dénuderont le corps et l’âme dans des médias cyniques dont ils ne mesureront pas les règles du jeu dans un but atteindre leur inaccessible étoile : la célébrité, faire partie des personnes connues. Ils se croiront arrivés parce qu’un présentateur de talk show les aura invités sur son plateau. Ils ne semblent pas conscients que leur présence sur le plateau sert en grande partie à faire briller le présentateur qui fera assaut de sarcasmes et de «  bons  » mots trouvant en eux des clients faciles.

Etrange période que celle qui met en lumière le vide tandis que demeurent cachés à la vue du public des visages tenus captifs par la violence et l’intolérance pour avoir voulu se battre pour ce à quoi ils croyaient ou pour la liberté. Visages anonymes ou plus connus assignés à résidence à Rangoon, retenus captif en Colombie, massacrés au Darfour, essayant de survivre aux relents d’un racisme structurel dans le Dixie américain ou dans les attentats à Bagdad ou au Liban. Inestéthiques réalités peu télégéniques bien que la réalité des vies brisées ne soit pour le coup pas du vent.

Pendant ce temps comme les étoiles filantes caractéristiques de l’époque, des femmes et des hommes politiques occupent l’espace médiatique quelquefois pour dire des choses aussi visibles que le vent juste pour le plaisir d’exister dans la sphère médiatique. On met l’accent sur l’accessoire télégénique au détriment de l’essentiel pour exister, pour se faire un nom, pour dire un bon mot qui phagocytera le sens d’une intervention. Etrange époque que celle qui retient davantage les bourrelets gommés (ou non) d’un président, la nouvelle compagne d’un responsable politique de l’opposition ou le décolleté plongeant d’Hillary Clinton plutôt que leurs propositions concrètes pour exercer les fonctions auxquelles ils sont appelés. Le vide gagne du terrain sur le sens des choses.

Etrange période que celle qui met en lumière des visages et érige en événements des actions qui racontent vide pour oublier peut-être ceux et celles dont les visages mettraient en lumière les tragédies muettes ou plus bruyantes de notre temps, montrant la déliquescence de l’époque dans laquelle nous sommes.

Comme vous pouvez le constater les ami(e)s, je n’ai pas changé pause ou pas pause les hélices sous mon crâne sont toujours aussi indépendants emmenant mes pensées vers des rivages inattendus.

Ce qu’il y a de sûr c’est que j’ai de plus en plus envie de me centrer sur l’essentiel.

Je suis ravie de vous retrouver. Merci à vous d’avoir continué à faire vivre cet espace par vos interventions et vos messages dont la chaleur, l’amitié et le contenu souvent riche tranchent avec le vide mentionné plus haut.

Je lève mon verre à l’essentiel … et à vous mes amis. Santé !

Amitiés

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