Impressions subjectives sur les Scènes d’Eté à la Villette (première partie) : un dimanche enchanteur avec Etienne Mbappe et Simon Nwambeben

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-25.jpg image by maddyspaceDimanche 27 juillet, il est dix sept heures vingt quand j’arrive porte de Pantin. Je suis un peu contrariée. En partant de chez moi, je n’ai pas pu mettre la main sur la jaquette de mon CD d’Etienne Mbappe. Et ma dédicace alors ? Après le coup du concert manqué de Juin, je me dirige vers la dédicace manquée. Grhhhh ! Contrariée je suis ! Il fait chaud. La touffeur ambiante fait que les vêtement adhèrent au corps. L’été a momentanément posé ses bagages et les amoureux du soleil sont aux anges. Autour du jet d’eau, une profusion de jambes s’ébattent. Le soleil a la vertu de ramener des sourires et des rayonnements sur les visages des parisiens. Il fait lourd et mes lunettes de soleil ne font pas casquette. Regrettable omission. Les rayons du soleil m’alourdissent la tête. Petite nature que je suis ! Pfttt.

Je ne sais pas où se tiennent les scènes d’été, mais je suis déterminée à ne pas manquer les concerts qui m’ont déplacée et fait traverser la ville sous une température caniculaire et au cœur de ces effluves uniques qui en été s’élèvent dans le métro mettant souvent le cœur au bord des lèvres. Mais ce n’est pas le sujet du jour. Je suis à la Villette et il faut que je trouve le lieu qui matérialisera mes extatiques anticipations. J’ai secrètement pris la nationalité Bonendale histoire de légitimer les bal à terre qui se profilent à l’horizon. Mais chuuuuuuuut ! ! !

Après le rendez-vous manqué du 5 juin pour cause d’accident de la vie, l’univers que je croyais en accord avec mes prétentions à assister au concert du New Morning avait pour moi un rendez-vous auquel je ne pourrais déroger.

A l’époque j’avais prévu d’assister au concert d’Etienne Mbappe en Juin et en Juillet tant qu’à faire. J’ai pris l’option  » encore «  à la naissance. En duala on dit  » ngolo wake  » c’est à dire  » jamais rassasiée  » ou  » les yeux plus gros que le ventre  » si je devais transposer cette expression aux expressions hexagonales. Réduire mon envie de voir deux concerts d’Etienne Mbappe en l’espace de deux mois à de la boulimie serait pour le moins réducteur. La vérité est ailleurs comme dirait l’autre. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-55.jpg image by maddyspaceJe suis juste cohérente dans mes coups de foudre et il se trouve que j’ai pris un coup de Misiya au cœur et que Su la take est venu m’achever. Prise d’otage en terre de beauté. Syndrome de Stockholm, otage volontaire d’un univers musical qui vient au plus près de mes racines et de ma vérité. J’ai par ailleurs une passion viscérale pour la musique de qualité de mon pays et je suis déterminée à défendre et à élever avec mes moyens rudimentaires l’étendard de la musique de qualité qui jaillit du berceau de mes ancêtres. Je le dois à la beauté des sons de ma terre, je le dois aux sons des musiques de mon enfance et aux sons qui rythment les cœurs, les danses, les chants, les respiration de ma terre natale. Ces sons que les véritables artistes savent apprivoiser du moins en partie et les convertir en musique, en mots, en onomatopées saisissantes. Avez vous entendu la séquence de Bonendale sur laquelle Etienne aligne deux onomatopées en  » oohh  » et  » aahh  » ? Comment vous dire ? C’est tout simplement terrible. Ces singulières onomatopées ouvrent un boulevard à l’imaginaire. Au fait d’après mon docteur je ne suis pas folle vous savez ? (hi hi). Je serais Etiennobarge d’après une fidèle lectrice de ce blog. Mais pas du tout ! ! ! ! La preuve je vois s’ouvrir des boulevards dans des onomatopées. Si ce n’est pas de l’écoute chirurgicale c’est un tantinet borderline n’est-ce pas ?

Simon Nwambeben : un musicien qui sort des sentiers battus de la musique convenue et offre une une ouverture vers des univers de beauté en musique.

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Parlant de boulevards, avez vous entendu les mélopées portées par la voix incroyablement ample et puissante de Simon Nwambeben ? Je les ai entendues à la Villette. Ses mélopées et autres onomatopées accompagnent ma mémoire et chantent à l’intérieur de moi. Des sons qui ouvrent des pans de la mémoire et si elles ne nous emmènent pas au Cameroun viennent déposer un peu plus des profondeurs du Cameroun en nous. Ô Cameroun berceau de nos ancêtres …

Le Cameroun déborde de talents méconnus parfois tapis à l’ombre des figures tutélaires et au demeurant respectables de la musique Camerounaise. Mais ces arbres magnifiques cachent des forêts de talents qui jaillissent des quatre points cardinaux de l’Afrique en miniature. Il est temps à mes yeux que dans ma génération et celles qui suivent explosent par delà les limites continentales les mille parfums qui composent l’essence de nos talents et que la renommée acquise ne se cantonne pas une fois encore à un ou deux baobabs vénérés mais qui volontairement ou non, empêchent l’éclosion des autres talents. J’espère qu’Etienne Mbappe, Richard Bona et les autres de cette génération qui ont su s’extraire de la masse et passer les frontières ethnocentrées ne céderont pas à la tentation de l’unicité au dépends de ceux qui légitimement sont dans leurs aspiration. Il y a de la place pour toute l’étendue de l’art musical et vocal issu du Cameroun, comme du reste de l’Afrique. Je pourrais citer de manière non exhaustive, dans la génération dans laquelle je me reconnais des prénoms de femmes et d’hommes qui disent la vitalité et la richesse de la musique camerounaise du Cameroun ou de la diaspora. On les appelle Coco, Joëlle, Avline, Kaïssa, Etienne, Richard, Simon, Gino, Blick, Henri, et bien d’autres. Et plus près de moi Charly qui vient de m’épater avec  » Sacramento «  un album dont je vous reparlerai dans un autre billet. Bravissimo my bro ! Mais revenons plutôt aux raisons de ma présence à la Villette au péril de mon olfaction avant de descendre dans les dédales de mes cogitations déambulatoires. Me voici porte de Pantin essayant de me repérer au milieu des franciliens qui profitent du soleil. Je suis en direction de Bonendale, que dis-je du parc de la VilletteClin doeil ! La place grouille de monde et de vie. Des parents promenèrent leurs enfants, des enfants et des adultes jouent ça et là. D’autres personnes allongées sur l’herbe profitent des rayons du soleil pour bronzer. C’est l’image même de la vie que de se faufiler entre ces personnes pour trouver la scène qui m’appelle. Je m’attends à découvrir sur scène un jeune chanteur que je n’ai jamais vu en live mais dont l’authenticité, la puissance vocale et l’univers m’invitent à la découverte. Bien qu’impatiente d’entamer mon voyage vers le Bonendale d’Etienne Mbappe, je ne veux pas qu’il devienne dans mon esprit un baobab qui m’empêche de voir le talent de Simon Nwambeben. Il y a un temps pour toutes choses. Alors que je me dirige vers le lieu du concert, je règle mes pendules intérieures à l’heure de Simon Nwambeben et comme j’ai eu raison de le faire. Ce tour de chant tout en simplicité et en intelligence a été de toute beauté. En arrivant, discipline et respect pour l’artiste qui passe en premier oblige, mon être entier se positionne sur 17h30. Le rendez-vous de 19h30 viendra bien assez tôt. Pas trop tôt mais les meilleures choses se laissent attendre n’est-ce pas ?

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-24.jpg image by maddyspaceParce que je connais la musique du jeune chanteur inventeur du Bitibak, je sais que je ne devrais pas être déçue. Simon Nwambeben a une de ces voix qui dès qu’elle vient à votre rencontre vous attire comme un aimant jusqu’à lui.

Sur la scène, apparaît un homme vêtu d’un ensemble entre le mauve et le rouge. C’est un homme dont la petite taille tranche avec l’amplitude vocale. Il débute le concert sans bousculer un auditoire. Sa voix vient à notre rencontre sur la pelouse et capture notre attention. Il a la capacité de prendre des envols vocaux magnifiques. Mais où a t-il donc appris à poser sa voix de la sorte ? Simon Nwambeben est de ces chanteurs qui vous prennent par la main et vous emmènent en voyage. Nous montons avec lui dans la voiture qui l’emmène vers son village, une voiture dans un état pittoresque (la mienne).

Nous accompagnons sa mémoire alors qu’il raconte cet ami trop tôt disparu dont il invite la mémoire à danser au rythme de la musique de son hommage. Le concert est ponctué d’anecdotes qui laissent passer l’humour et l’auto dérision du chanteur quand il fait allusion aux canons de beauté pour les hommes en occident. J’ai aimé l’anecdote sur le sondage sur l’homme idéal. Un moment savoureux qui a fait rire l’auditoire. Passant de la guitare aux percussions avec aisance Simon Nwambeben apporte au cœur de la Villette les rythmes de son cœur, de sa terre, de sa mémoire. Les rythmes qu’il a apprivoisés jeunes au travers d’une guitare de sa fabrication. Savoureuse anecdote que celle qui encadre la fabrication de la guitare et dévoile des fiertés tout en noblesse dans ses affirmations au cousin présent dans l’anecdote. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-14.jpg image by maddyspaceNous sommes pendus à ses lèvre quand il raconte entre deux chansons ces anecdotes qui font le lien avec la musique et nous invite dans une langue que nous ne connaissons pas. De temps en temps, l’homme tranquille qui semble protégé par sa guitare et semble abrité derrière lunettes laisse affleurer un subtil déhanchement qui s’amplifiera au fur et à mesure que le concert avancera. Sous la chaleur de juillet il laissera tomber la veste pour nous livrer un solo magnifique aux percussions. L’affaire n’en restera pas là. A la fin du concert le chanteur est chez lui et il nous offre des contorsions qui semblent être des danses traditionnelles de sa région si j’en crois les danses en écho d’une dame de l’auditoire qui se mouvait dans des contorsions similaires et qui connaissait les chansons par cœur.

On peut faire sa fière un temps mais la fin du concert m’a surprise devant la scène sous le prétexte de faire quelques photos et j’ai bien dansé.

De nombreuses personnes du public en toute liberté dansaient, tourbillonnaient, parfois en rythme, parfois non, mais tous dansaient au son de la liberté de se laisser aller à l’instant. Sur la scène un guitariste, un bassiste, et un percussionniste habité et deux choristes accompagnent le chanteur. Il va de l’un à l’autre, et les musicien se parlent sans rompre le rythme du concert et ce qui frappe c’est que les échanges se font au cœur d’un sourire. Les deux choristes ont des jolies voix qui se marient bien avec la puissance vocale du chanteur. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-23.jpg image by maddyspaceLe bassiste fidèle aux traditions séculaires des bassistes, il ne sourira pas, ou alors quand je ne regardais pas. A la fin du concert, le chanteur est torse nu. Heu… Il faut croire que derrière l’homme apparemment tranquille se cachent d’intéressants embrasements qui communiquent le feu l’air de rien.

J’ai bien aimé la simplicité avec laquelle il rend hommage en une phrase au grand frère qui arrive. C’est ça le passage de témoin inter générationnel que j’aime, celui qui est intrinsèque à l’Afrique réelle celle qui fait coexister les générations celle qui fait coexister changement et continuité. Simon Nwambeben annonce que le grand frère va mettre le feu et avant de lui laisser la place il ne se gêne pas pour nous entraîner dans un moment embrasé. Simon Nwambeben a réussi l’exploit d’habiter son concert d’une façon telle que pendant sa prestation il occupait l’espace de mon attention. Le grand frère viendrait après pour mettre le feu. En fait Etienne Mbappe arrivera avec un incendie dans sa basse. Mais ça c’est une autre histoire.

Merci à Simon Nwambeben pour le moment de toute beauté qu’il a offert aux spectateurs de la Villette et à moi. Depuis j’emporte dans ma mémoire sa voix magnifique qui dit quelque chose comme  » Ma aaaaaah aaahhhhhh «  C’est d’une beauté qui me touche parce son univers est fait d’authenticité et de simplicité. Ma mémoire dans sur Ah Meh Kone. J’emporte des sons de guitare comme l’intro de Nde beh nkeh qui ouvre sur un déchaînement ultérieur de sons tant à la basse qu’aux percussions. Simon Nwambeben, à mes yeux une belle confirmation sur une scène d’été à la Villette, un dimanche de juillet, et un moment comme je les aime. Bravo à lui et à son groupe.

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L’appel du 27 Juillet. Kezako ? Franciliennes et franciliens, tous à la Villette !!!

friday.jpg picture by maddyspaceCa y est vous dites vous ! Oui oui je vous entends d’ici. Vous vous dites  » Depuis que nous la suivons dans les dédales de ses déambulations mentales, il fallait s’y attendre, la jeune (Oui jeune ! ok on va le dire viteCool) dame a a craqué. V’là ti pas qu’elle se prend carrément pour de Gaulle ! Nous la voyions venir et ça y est elle se lance dans la politique ! Mais qu’est-ce ce qu’elle a besoin d’ajouter des ingrédients à la tambouille politicienne aux illisibilités diverses ? » Que nenni les amis. Rangez vos camisoles de force. Il est question de musique et de rien d’autre. Il s’agit de se réunir autour d’un de ces moments magnifiques qu’offrent la musique et les musiciens de qualité. C’est un appel à célébrer ensemble la bonne musique. Celle dont la diversité et la créativité me bluffent et m’invitent à y répondre par l’enthousiasme qui me caractérise quand je partage mes coups de coeur. La tiédeur ne passera pas par moi !Clin doeil Et vous serez surpris de découvrir qu’il s’agit de talents dont les racines trouvent leur sève quelque part sur cette terre qui est mienne et que je chéris mon Cameroun à mouahhhhh ! Ethnocentrisme ? Guère ! Juste un retour vers les racines pour aller à la rencontre de soi.Je suis dans une période roots et je découvre des bijoux incroyables par chez moi. Ca ne me dispense pas d’aimer John Coltrane, Marcus Miller, Dianne Reeves, ou India Arie. Cool

Amateurs de musique de qualité pourléchez vous les babines ! Deux musiciens originaux et talentueux vont se produire sur la scène de la Villette dans le cadre des scènes d’été de la Villette. Belle initiative que celle qui permet de profiter de l’été, du beau temps, de moments conviviaux sur l’herbe au son d’une musique qui fait voyager dans le beau, le créatif, l’original, l’inventivité dans l’alliage réussi des sons d’Afrique et d’occident. Simon Nwanbeben et Etienne Mbappe. Quoi ? Qué ? Comment ? Na nje ?

Etienne Mbappe à Paris au coeur de l’été mamma mia quéthkofyou.gif picture by maddyspace calor ! EtieeeeeeeeeeennnnnnnnnnnnnneClin doeil ! Bon je me calme. Allez on inspire et on expire…

Comprenez moi j’ai manqué le rendez-vous du 5 juin pour des raisons totalement indépendantes de ma volonté. Et me voci face à la possibilité de voir l’artiste en concert à Paris, dans quelques jours. Pulsations cardiaques en mode accéléré. Anticipations de moments « carambesques ». Ayooo éééééééééé ! Dire que j’attends dimanche prochain avec impatience serait une euphémisation de mes délectables anticipations. Mmmmmmmhhhhhh ! Enfin vivre en direct les bonheurs offerts par Su La Take un album à tomber par terre, et sans glisser encore! Un album dont j’ai parlé sur le blog à sa sortie, un bijou absolu. Bref, Me voilà prise par des irrépressibles envies de « Bonendale », de « Na yo nde » de « Sansan Boy » etc en live. Etieeeeeeeennnnnnnnnne !!! OK je sors ! Sourire

Etienne Mbappe chante dimanche à 19h30 à la Villette.

beauty1051.gif picture by maddyspaceSimon Nwambeden est une belle découverte de mes explorations des merveilles musicales qui s’élèvent de mon chez moi et qui m’y ramènent par des sentiers méconnus. C’est ainsi que grâce à lui je le sens chez moi au coeur d’une langue aux antipodes de celle qui fonde mes enracinements intérieurs. Parce que le son de sa guitare, les percussions subtiles qui viennent l’habiller, l’épure de ses arrangements me transportent vers ces rivages connus qu’accompagnaient la radio Douala de mon enfance, compagne de nos rassemblements familiaux. J’aime la manière dont il nous transporte, par une musique sans effets inutiles, dans les sons des forêts de sa région d’origine. L’épure, la poésie, la finesse, tout simplement. Simon Nwabeben fait résonner par sa voix dont j’apprécie la vérité, la langue Bafia au son d’une musique qu’il a lui même baptisée le Bitibak. Il a la sensibilité et l’intelligence qui permettent d’unir la musique traditionnelle avec les sons dits modernes sans la dénaturer. Il nous offre un univers qui nous invite à sortir des sentiers battus de la musique convenue pour aller explorer un ailleurs qui dans sa vérité ramène à quelque chose de soi. C’est un tour de force que celui réalisé par un artiste qui chante dans une langue que vous ne connaissez pas, dont aucun son ne fait écho en vous comme fondateur de vos racines, sur un rythme musical aux antipodes des rythmes de chez vous ou de votre univers musical personnel et qui vous donne pourtant l’impression qu’au coeur de ces sons il y a un espace qui vous invite à vous poser, un espace qui dit « tu es chez toi ». Caramba ! Je vous suggère de vous poser pour écouter Ah Meh Kone entre autres. Wow !!!! Sa voix est comme un guide qui nous conduit en rythme dans des ailleurs que l’on visite avec bonheur. Et quand il entame « Nwarha Miss Moh », même si je voulais rester coite dans une attitude digne, mon corps prendrait son indépendance. Si vous me voyiez alors que j’écris, ma tête danse en rythme et j’aime ça. Je vous défie de rester sans remuer un cil quand il chante « Ntoh Ntoh » Aaaaaaaaaaaaaaaaahhvivement dimanche pour que mes jambes se mettent au diapason.

Je vous laisse le plaisir de la découverte de son univers avant dimache sur My Space :

Simon Nwambeben est à la Villette dimanche 27 Juillet à 17h30.

La bonne nouvelle c’est qu’en plus c’est offert. On ne paye pas un radis. Que demande le peuple. Je n’en reviens pas de recevoir gratuitement l’offrande de deux concerts que j’irais voir en payant. Merci aux organisateurs inspirés des ces Scènes d’été !

http://www.villette.com/spectacles/scenes_d_ete_2008_musique.html

Mélomanes, explorateurs de sons, amateurs de musique, radinsLangue, fauchés, amateurs de pique nique sur pelouse francilienne et les autres réjouissons-nous et profitons de ce caviar servi gracieusement.

1188803922.gif image by maddyspaceAmbiance festive et décontractée assurée.

Je vous laisse je m’en vais de ce pas me muscler les mollets.

A dimanche sur la pelouse de la Villette.

Amitiés

 



Impressions subjectives : Kaïssa Joyau de ma terre -une artiste tout en finesse sous une voix remarquable

l_eac44c278dfadc2b6c5835dd64632f6a.jpg picture by maddyspaceLaissez moi vous raconter mon coup de cœur du moment. Ceux qui fréquentent cet espace savent probablement que mon rapport à la musique passe par la case  » cœur « . Oh ! Il y a bien des mélodies qui le temps d’un instant m’invitent à la danse, touchent mon sens esthétique, ou répondent à une ambiance, à un moment. Et il y a les artistes. Ceux qui peignent par leur musique, leurs voix, leurs instrument une toile dans laquelle quelque chose en moi trouve sa place. L’une de mes belles rencontres est celle avec l’univers de miss Kaïssa Doumbe, artiste et chanteuse originaire de ma terre natale. Encore le Cameroun me direz-vous ? Mais est-ce ma faute si de cette terre jaillissent des talents aux facettes multiplesCool ? Réponds-je sans camerounocentrisme exacerbé il va de soi Clin doeil! Il faut reconnaître par ailleurs que quand les mots sont chantés avec maestria portés par la langue du plus intime de moi, aucun mot ne saurait atteindre ce que je ressens. Je me contente de prêter la maladresse et les limites de mes mots pour dire ce que m’a offert par son Album Kaïssa, magnifique chanteuse au sourire et à la voix invitants.

Je connaissais Kaïssa par la réputation de choriste qui la précède depuis bien longtemps. Elle a accompagné au fil des ans bien des artistes qui ont reconnu la valeur ajoutée de sa voix et de son phrasé uniques. CharlElie Couture, Manu Dibango, Salif Keita, Cesaria Evora, ou Diana Ross y seront sensibles et utiliseront pour les accompagner cette voix qui allie chaleur, joie, puissance, et vivacité. La voix de Kaïssa.

Comment vous décrire la voix de Kaïssa ? C’est une voix qui jaillit d’elle et arrive jusqu’à vous pour vous happer dans son univers, dans l’univers qu’elle raconte.

l_bd18c4a7b536e8fa4265a2546bf3fe9e.jpg picture by maddyspaceJ’ai découvert cette chanteuse en écoutant et en la voyant chanter  » Alea so  » qui est sur le blog depuis fin 2007. L’énergie et la puissance vocale de Kaïssa m’avaient déjà marquée. Mais ces dernières semaines, je me suis laissée entraîner dans son univers au travers de son album  » looking there « . Il est vrai que l’album date de 2004 et que j’aurais mis du temps pour le découvrir.  » My oh my «  comme on dirait du côté des Amériques où s’est installée l’artiste. C’est un album remarquable à mes oreilles. Remarquable dans les textes et dans les musiques. Ses musiques sont le fruit d’un métissage réussi entre les rythmes de son Cameroun natal qui invitent ceux d’ailleurs à leur donner de l’amplitude. Les rythmes se marient et se répondent guidés par sa voix unique et maîtrisée quel que soit l’univers musical qui se laisse découvrir. L’album s’ouvre sur un chant de ralliement  » Essimo «  qui parle à ceux qui au nom de leurs intérêts se sont arrogés le droit de piller notre Afrique.  » Au nom de quel dieu avez vous versé notre sang ?  » chante l’artiste. Même quand on ne comprend pas les paroles il y a ces percussions universelles qui résonnent dans l’Afrique intérieure tapie dans les fils et filles d’Afrique et devrait parler aux tripes de plusieurs. C’est aussi un chant qui appelle à aller de l’avant.  » Essimo, biso bese o boso « .

Je m’associe à ce cri qui rencontre les miens, mes cris d’Afrique. Comment voulez vous que je ne devienne pas Kaïssaddicted ?

Il y a bien des joyaux dans cet album parmi lesquels un chant  » To nje «  qui raconte la nostalgie de la terre natale, de ce mboa que l’on emporte dans nos exils, que celui qui est loin de chez lui recherche dans un son, dans une odeur, dans une image. Son cri me touche  » mes bien aimés aidez moi à ne pas oublier mon chez moi  » et il y a aussi ce  » où que j’aille, quoi que je fasse je recherche mon chez moi « . Ce chant magnifique je vous laisse le découvrir sur My Space. C’est un joyau.  » Ni mboa na yabe no mo nde na ma wasa no, mo nde mba na kiye no, ni mboa na yabe no mo nde nye mba nyongi «  (ce pays qui m’a vue naître c’est lui que je recherche, c’est lui que je chéris. Le pays qui m’a vue naître c’est lui l’objet de mes désirs.) C’est mon coup de cœur en majuscule. Merci Kaïssa d’offrir à ceux qui sont loin de chez eux un chant de plus pour accompagner en beauté nos nostalgies de la terre natale. Et quand la nostalgie est portée par une mélodie bien rythmée et cette voix qui s’habille de graves juste pour aller toucher au plus profond de nous nos vérités de migrants. Ma KaïssaddictionRire s’aggrave, et pour cause.

Il y a quatre morceaux qui dévoilent un peu de son univers intime.  » Mumi «  belle déclaration d’amour à l’homme de sa vie. Ce qui dans une autre voix pourrait rejoindre le cortège des chants d’amour un peu mièvres devient une déclaration assurée d’une femme qui aime. Une affirmation tranquille sur un rythme entêtant. Le choix rythmique, les arrangements et le phrasé choisi font que le chant sort de la banalité et devient unique. Pourtant elle dit des choses déjà entendues autant de fois que des femmes et des hommes se sont déclaré leur flamme. Comment se fait-il que sa chanson évite l’écueil de la banalité et du poncif musical ? Et si c’était le talent tout simplement ? » Eyoum  » et  » Sangwam «  Sont des chants en hommage au frère et au père disparus. Ce sont des chants d’amour et de douleur d’une grande beauté. Kaïssa chante l’absence de ce frère auquel elle rend un bel hommage. D’une phrase elle effleure avec pudeur les larmes de la mère et la tentative de ceux qui restent pour consoler celle qui pleure son fils. Quiconque a croisé cette douleur dans le regard de sa mère entend sans peine le monde tapi derrière cette phrase. Et il y a ce père parti lui aussi pour le grand voyage. Kaïssa chante l’absence du père et la méchanceté de ceux qui comme des charognards se repaissent de cette perte immense. Il est des vautours qui dansent autour de la douleur des autres… Quiconque a eu la douleur de connaître ces amputations latérales ou au-dessus de soi devrait se reconnaître dans ses mots quand elle appelle l’entourage à mettre un frein à leurs méchancetés. La force d’un artiste est d’universaliser l’intime et de rappeler à ceux qui marchent dans un chemin similaire qu’ils ne sont pas seul et que leur expérience intime est celle de milliers d’autres. La force de l’artiste est d’offrir à ceux qui marchent dans cette vallée de chagrin un chant qui leur permet de laisser sortir d’eux le flot émotionnel sans se mettre en danger parce qu’ils peuvent emprunter les mots d’un autre pour parler de soi. Quand l’artiste se fait consciemment ou non médiateur de nos déluges émotionnels. Kaïssa rend un bel hommage à sa mère dans  » Joy « .  » Il est beau de t’aimer. Je remercie Dieu de t’avoir dans ma vie.  » Lui chante-t-elle. Quel bel hommage à une mère que celui de la définir par, et de la lier à la joie qu’elle est pour son enfant n’est-ce pas ?

La conscience politique et sociale de Kaïssa l’américaine se laisse rencontrer au travers d’un  » Big Brother «  qui dit avec force la condition des laissés pour compte des ghettos. Ceux qui n’existent que pour les politiques qu’en période électorale. Kaïssa une femme dans son époque.

Les autres chansons de l’album sont tout aussi magnifiques. Elles chantent la trahison en amitié ( O si keka). L’importance d’écouter les conseils, notamment ceux de ses parents quand on est enfant (Senga), l’importance de demeurer dans l’espérance quand on s’attend à quelque chose (Ombwa te). C’est une chanson remarquable aussi bien vocalement que dans le texte. Et la musique ! ! ! !  » to lambo na lambo nja… « 

Et il y a le Alea so qui est une interdiction formelle de rester assis.

Kaïssa a réussi un album qui marie des sonorités transfrontalières qui habillent de fort belle manière sa voix et son remarquable phrasé.

C’est un album d’une grande richesse par lequel la chanteuse nous invite dans son univers intime, dans ses prises de position socio-politiques, bref nous invite à regarder au travers de la finesse de son regard, celui d’une femme dans son époque.

Au fait savez que dans la région natale de la chanteuse le mot Kaïssa parle de royauté ?

Si j’avais un reproche à faire à Kaïssa ce serait celui de ne pas nous offrir en France et au Cameroun l’occasion de la voir sur scène. Quand venez-vous Kaïssa ?l_5736e2fab25c4a6d3d4d8ca65a45164f.jpg picture by maddyspace

 


Vous pouvez découvrir plus avant l’univers de cette artiste ou acheter son disque en visitant son site :

http://www.kaissa.com/html_f/intro.html

ou en allant sur My Space.

http://www.myspace.com/kaissa1

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Muntu Valdo :Di mala

Une découverte récente en forme de coup de foudre. Un vent de créativité souffle sur la planète Cameroun pour le bonheur de mes écoutilles. Je me répète c’est vrai mais j’aime entendre les rythmes dits traditionnels qui s’allient à des sons plus jazzy. Muntu Valdo est un guitariste qui sait aussi faire résonner son harmonica de fort belle manière. Au fait, entendez vous les percussions qui participent de l’ossature de cette mélodie.

Di mala veut dire nous allons ou nous partons.


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Roselyne Belinga et Blick Bassy : Madingwa

Je vous ai déjà parlé du talent de Blick Bassy. Il accompagne ici Roselyne Belinga. J’aime la manière dont Roselyne Belinga passe du français à sa langue sans qu’il y ait la moindre impression de rupture dans le phrasé. Ahhhhhhhhh talent quand tu nous tiens…Sourire

En passant Madingwa veut dire je t’aime en Ewondo, une des langues du Cameroun. 

http://www.dailymotion.com/video/x59bqp



Roselyne Belinga artiste aux talents multiples chante « Yaoundé »

belinga2.jpg picture by maddyspace« Si je vis de mes créations,

 je vis pour la musique »

Roselyne Belinga 

Roselyne Belinga est une artiste africaine d’origine camerounaise Cool   métisse par ses influences culturelles. Métisse par son ancrage dans ses racines et par son ouverture sur les musiques du monde notamment la Soul Music et le RnB qui influencent sa musique. Elle a été la choriste de nombreux chanteurs parmi lesquels Lokua Kanza ( ahhhhhhhh mes sels !!! Vous avez entendu la voix du bonhomme ?)

Elle est chanteuse, auteur compositeur, artiste peintre, styliste et créatrice de bijoux. C’est une artiste jusqu’au bout des doigts, jusqu’au bout de l’âme, jusqu’au bout de la voix.

J’aime l’émotion et la sensibilité qu’elle laisse passer quand elle chante. On écoute sa voix, on regarde l’expression de son visage et on se laisse porter par les accents de vérité qu’elle laisse passer. J’aime ce que je découvre d’elle parce que ce qu’elle livre ne semble pas contrefait. Elle est artiste.

Sur la scène RnB contemporaine la simplicité et la vérité sont devenues si rares. De pâles ersatz de la RnB américaine envahissent les ondes jusqu’à la caricature la plus grotesque. La technicité, les envolées vocales excessives, et le désir de prouver que l’on sait chanter privent parfois les chanteurs et chanteuses de leur simplicité et me donnent une impression de clonage de chanteurs. Par sa sensibilité la chanteuse est dans l’univers Rnb sans tomber dans les ficelles grossières qui encombrent les radios.

Repérée il y a des années par Lokua Kanza (un artiste au talent et à la simplicité qui me ravissent, nous en reparlerons à l’occasion), elle a fait une prestation remarquée et remarquable lors de la célébration des 15 ans de la radio Africa n°1 Paris. Je vous en laisse juges au travers de la vidéo qui suit.

camerounaise2.jpg image by maddyspaceEn plus d’être une artiste à la voix magnifique elle crée de superbes bijoux qu’elle porte par ailleurs de fort belle manière n’est-ce pas ?camerounaisebelinga.jpg image by maddyspace

Vous pouvez découvrir ses créations joliment baptisées « Parures Nomades » en vous rendant sur son espace  http://www.myspace.com/parure_nomade 

Je vous laisse écouter cette artiste complète. 

« Dans mon coeur tu es resté mon doux rivage »

« Je reste liée à mon pays natal »

Que dire de plus ?

Je m’éclipse et vous laisse découvrir la voix de Roselyne Belinga découverte récente pour moi.

Vous pouvez découvrir davantage son univers musical elle en allant sur

Roselyne Belinga artiste aux talents multiples chante http://www.myspace.com/roselynebelinga

http://www.dailymotion.com/video/x4x539



Impressions subjectives sur Blick Bassy : la rencontre du talent et de la grâce

Le deux avril dernier, j’ai assisté à un concert magnifique en première partie duquel chantait une petite merveille venue de mon Cameroun à moi. Blick Bassy. Vouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ça me reprend mes irrépressibles fiertés face aux joyaux de ma terre. Que voulez-vous ? On ne se refait pas.  Au-delà des mes gargarisations camerounocentrées, Blick Bassy a un talent pour faire chanter les mots et résonner sa voix avec un groove comme je les aime. Son univers est accoustique et folk tout en puisant ses racines à bas, sur la terre de mes pères. C’est encore une synthèse, un métissage musical comme je les aime. Il a fait ses classes entre autres aux côtés de Jay Lou Ava éblouissant guitariste dont je vous parlerai bientôt. Et à votre avis il est originaire de … ? Clin doeil  Ce n’est pas encore noel mais il arrive que l’on reçoive des cadeaux hors saison. Quel cadeau ? Un autre concert de Blick Bassy à Paris quelques semaines après le 2 avril. 

 Blick Bassy

est en concert au Cabaret Sauvage

Le 10 mai à 20 heures.

C’est porte de la villette, 59 boulevard Mc Donald dans le 19ème à Paris. 

Ceux qui n’ont encore rien prévu pour la soirée, je peux vous garantir que sa voix et son talent vous accompagneront vers des lieux de toute beauté. Vous en voulez une démonstration ? Faites une ballade sur son site My Space et vous m’en direz des nouvelles. Je sais de source sûre qu’il entre en studio la semaine prochaine et j’attends son album avec impatience. Blick Bassy les fans vont se fâcher oooooooooo ! Si vous voyez Blick Bassy dites lui que mon timbre est prêt pour porter plainteCool 

 http://www.myspace.com/blickbassy2  

Laissez moi vous raconter le concert du 2 avril…

En pénétrant dans la petite salle à l’ambiance feutrée, la voix et la musique de Blick Bassy occupent l’espace sans effort. Il est entouré de quelques musiciens parmi lesquels un guitariste qui m’a bluffée. Le percussionniste laisse sortir des sons surprenants alors que je me demande sur quoi il joue. Je n’ai pas percé le mystère. Blick Bassy n’a pas besoin d’effet spéciaux pour occuper l’espace, son talent suffit. La langue Bassa s’écoule de ses lèvres chantantes avec une douceur, une beauté, une musicalité que je n’avais jamais entendue dans cette langue avant d’entendre ce jeune chanteur et musicien la porter. L’entendre en direct confirme à mes oreilles la beauté d’une langue que je découvre belle comme les mots d’amour. Je serais Bassa que je ferai de Blick Bassy l’ambassadeur plénipotentiaire de la langue de ses pères.

Sue la scène, le jeune prodige est assis avec sa guitare habillé couleur crème du pantalon au couvre chef. En plus d’être talentueux il a oublié d’être moche. A côté de moi une femme laissera jaillir un surprenant cri du cœur à la fin de son tour de chant «  Blick, bonbon des jeunes filles !  » Tout est dit non ?Rire

Revenons à la musique avant d’être coupable d’une mièvrerie qui siérait mal à l’âge de mes artères. Blick Bassy nous a entraînés dans un voyage en chanson au travers de mélodies qui parlaient de l’absence, de l’isolement nécessaire, de la mort, de la rupture. Nous avons rencontré le désarroi de l’époux délaissé de «  Donalina  » oscillant entre colère et supplique. Nous avons revisité le mythe de cendrillon au travers d’un coup de foudre imparable symbolisé par le foulard oublié de «  Maria  », foulard qui est pour l’amoureux transi le signe d’espoir qu’il reverra celle que son cœur foudroyé a élu.

Blick Bassy se révèle un chanteur incroyable à la voix parfaitement maîtrisée. La colonne d’air est de toute évidence en place. Je suis éblouie par ce qu’il laisse sortir comme son. Assis, il chante comme d’autres debout. Blick Bassy est un chanteur dont la technique vocale ne voile pas l’âme, et il suffit de faire un petit peu attention pour l’entendre passer par sa voix. Il est de ces chanteurs qui donnent envie de fermer les yeux pour l’accompagner dans le voyage qu’il nous offre. J’ai fermé les yeux et mon cœur a été touché. Il y a tant de mots que je ne comprenais pas mais en écoutant le langage de cette voix en accord avec son âme on peut entendre les mots et être ému, être touché. Derrière sa voix en place, j’ai entendu des mélopées, des nostalgies et mélancolies qui rencontrent celles de l’humain qui vit dans le monde réel fait de rires et de larmes. Celui qui a connu l’absence absolue liée à la perte d’un être cher entend la complainte qui passe par la voix qui chante l’orphelin du sida ou qui chante Sofie.

Avec le temps, Blick Bassy devrait croître dans sa capacité d’échanger avec le public. C’est la seule faiblesse que j’ai relevée dans son tour de chant. Quand il nous a invités dans son Donalina, nous avons partagé un moment sublime. A la fin du tour de chant, je sais n’avoir pas été la seule sous le charme du moment partagé.

Blick Bassy est un chanteur, un guitariste, un mélodiste de talent qui vaut largement la découverte. Je l’ai approché et ai parlé quelques minutes avec lui (j’ai une photo pour le prouver hi hi tant pis pour les jaloux).BlickBassyChantal.jpg image by maddyspace Les intuitions que j’avais sur la beauté de l’âme qui chantait se sont confirmées par la simplicité, l’humilité et l’écoute de cet artiste. J’espère que ces qualités resteront des constantes dans les changements que je lui souhaite, et vers lesquels il ira forcément. Il en a la grâce et le talent. C’est un artiste dont l’histoire musicale s’écrit et se dessine sous nos yeux. La voir s’écrire est un privilège.



« Su la take » d’Etienne Mbappe : Impressions subjectives. Un album qui vient à la rencontre de nos racines. Attention chef d’oeuvre ! Partie 2

EtienneMbappeNB.jpg picture by maddyspaceDepuis samedi dernier la musique d’Etienne Mbappe résonne dans mon home sweet home et accompagne avec bonheur mes trajets en métro et bus. Je dois avouer qu’il me prend des envies de me laisser aller à la danse à l’écoute du moceau de la piste 4. Lequel ? Une solution : se procurer l’album. Hi hi.

Après une mise en bouche sur My Space il y a une dizaine de jours, j’avais hâte de découvrir l’album. Je savais qu’il ferait partie de mes achats du week end. Samedi dernier la FNAC des Halles a eu droit à ma visite et le vendeur (le bougre!) m’a fait une frayeur en me disant qu’il ne restait pas un seul album. Caramba ! Pensais-je bruyamment s’il est vrai que je souhaite un immense succès monsieur Etienne, l’univers aurait dû savoir qu’un album m’était réservé ce jour là. J’étais déçue ! ! ! ! Heureusement pour moi le vendeur s’était trompé. Je savais que je ne devrais pas être déçue de l’album au vu des morceaux écoutés sur My Space et du Bonendale qui me donne à chaque écoute envie de danser et de me réjouir. Je n’ai pas été déçue, loin s’en faut.

L’album est encore un cran au dessus de mes attentes.  » Su la take «  est une merveille de sensibilité, de profondeur, et de poésie. C’est un album dans lequel le chanteur parle de ses racines, et parle à nos racines. J’affirme qu’il s’est passé quelque chose d’essentiel sur la planète musicale ces dernières semaines et, comme souvent quand il se passe une chose essentielle on n’en mesure pas l’impact sur l’instant. Sans prétendre à quelque prescience, j’affirme avec audace (vouiiiiiiiiiiiii!) que cet album est un chef d’œuvre qui traversera les ans et qu’il comptera pour ceux qui se donneront la peine d’écouter et d’entendre. C’est un avis qui n’engage certes que moi mais je le partage.

L’album « su la take » rappelle combien savoir d’où l’on vient donne du poids et de la substance à ce qu’on est. Il rappelle l’importance de s’enraciner pour pousser haut et être solide et résistant. C’est l’album dont le peuple Sawa avait besoin pour se souvenir de l’essentiel de ce que sont ses fondations identitaires. Cet album je l’ai reçu comme un cri de ralliement involontaire peut être mais qui appelle à se réveiller et à réveiller ce qui fait notre fondement culturel. Depuis Eboa Lottin je n’avais pas entendu porter en chanson l’identité du peuple de la Côte (le mien), les Sawa avec une telle finesse. Merci à Etienne Mbappe pour cette affirmation dans Bolo bwa Sawa (la pirogue du peuple Sawa) selon laquelle cette culture, malgré le folklore qui s’est introduit dans les pratiques au détriment de l’essentiel, ne s’éteindra pas. La pirogue (image symbolique du véhicule identitaire des Sawa) ne sombrera jamais. La filiation avec Eboa Lottin est assumée par le musicien et chanteur qui reprend deux classiques du chanteur disparu, les modernisant sans les dénaturer. J’aime aussi les accords de guitare qui rendent un hommage discret à Nelle Eyoum Emmanuel inventeur du makossa.

« Na yo nde » (je ris) est une chanson qui marie avec subtilité légereté et profondeur, le rire et les larmes. C’est déjà un classique pour moi, et cela en moins d’une semaine ! C’est une chanson que pourraient reprendre en chœur et avec le cœur tous les exilés, volontaires ou non. Elle commence par une complainte qui vous prend aux tripes. Dans la voix du chanteur on entend un écho des complaintes lointaines de veillées de nos enfances. Et il y a ce solo de guitare magnifique qui accompagne cette complainte, comme si les notes étaient les sanglots. Résonnance de ces sanglots intérieurs masqués par les rires tonitruants de ceux qui sont loin de chez eux. Les larmes que l’on ne laisse pas voir, celles qui coulent en dedans, sur les terres intérieures de nos déracinements et de nos solitudes. Les larmes du migrant

Les déracinés ont souvent en public le rire contraint, le rire obligatoire, le rire comme un système de défense pour aller de l’avant à la poursuite de leurs rêves, ces rêves qui les ont arrachés à la terre natale. Na yo nde.

« Alane » (Emmène-moi) est encore une de ces chansons qui parlent à ceux qui sont loin de chez eux. Emmène-moi chez moi, là où j’ai poussé mon premier cri si un jour, tu constatais qu’en chemin je me suis perdu. Emmène-moi à Douala. J’aurais pu le dire. Il le dit pour moi, pour nous. Ce chant rappelle qu’il est des morceaux de nous qui demeurent épars et qui ne peuvent s’unifier que quand l’on est chez soi. Il est des morcellements intérieurs nés de l’altérité qui ne peuvent trouver leur intégration, leur pacification que lors d’un passage en terre natale. Alane mba o mboa.

Je pourrais faire le tour des quatorze morceaux qui constituent l’album : rien à jeter les amis ! Musango (que la paix soit avec toi) est un bijou de poésie, de nostalgie et de musicalité. J’aime l’image de la nuit qui se pare de son manteau noir.

Su la take (la fin de la souffrance) s’habille de rythmes afro jazz pour proclamer que la fin de la souffrance et de la misère approche. Comme un prédicateur, il chasse par le verbe la souffrance et la misère appelant la lumière tant espérée sur nos terres de douleurs. Il proclame l’exaucement des prières et le fruit des efforts, du labeur. Cette chanson parle d’une souffrance qui n’est pas circonscrite à un lieu. C’est la chanson d’un artiste qui regarde le monde qui l’entoure et appelle sur lui la fin de la souffrance. Quand je dis que cet album est un bijou absolu ! A mon humble avis c’est un album qui comptera au delà de l’euphorie première, parce qu’il touche à l’universel. Il parle de l’attachement à ses racines : magnifique Bonendale qui commence par un cri de ralliement qui me ramène dans le pays perdu et enchanté de l’enfance. Je l’écoute au moins dix fois par jour et le chante intérieurement au boulot. C’est une chanson qui me donne la pêche et me fait sourire de l’intérieur. C’est un album qui touche à la culture, à l’espérance, à l’amour (Your house, San san boy, Dangwa). Etienne Mbappe est un artiste qui a les yeux ouverts sur les souffrances de son temps et sur la déliquescence du tissu social (mangledi) et qui pleure sur les douleurs de son temps (Misodi). C’est un artiste de son temps, dans son temps qui n’oublie pas pour autant d’où il vient. S’il est vrai que s’éloigner d’un point permet une meilleure perspective quand on la regarde alors l’artiste a bien fait de sortir de sa terre. Le regard qu’il pose sur elle nous la révèle certes imparfaite mais belle. Elle est d’une noblesse qui me touche. Merci à lui d’avoir rencontré nos nostalgies et nos blessures nées de l’éloignement pour nous raconter ce rire que nous connaissons.

Béni soit celui qui n’oublie ni sa terre ni les siens.

Comment pourrais-je ne pas être présente à son concert au New Morning le 5 juin ?EienneMbappeBassPlayer.jpg picture by maddyspace L’univers sait que ma place y est drunk dans Etienne Mbappe. L’univers, rien que ça camarade ! D’accord, j’avoue j’ai le sens de l’exagération frénétique et ceux qui connaissent un peu le savent. Il savent par ailleurs que ça participe de mon charme. N’est-ce pas ?

Quelque chose s’est passé sur la planète musicale ! Vous ne me croyez pas ?

Faites un tour à cette adresse http://www.myspace.com/etiennembappe

et je ne doute pas que vous foncerez chez un bon disquaire. Foi de moi !!! thoughtful dans Le Cameroun chante

J’espère que je vous aurai donné envie de découvrir cet artiste et pourquoi ne pas se dire (je parle aux franciliens) à bientôt au New Morning pour danser sur la musique d’Etienne Mbappe ? Cool

A se bodilo nu muna Bonendale e no e a monguele mboa



« Su la take » d’Etienne Mbappe : Impressions subjectives. Un album qui vient à la rencontre de nos racines. Attention chef d’oeuvre !

l_bfda16c3ea1efc75b960498bfd0c13-1.jpg picture by maddyspace

Il y a une dizaine de jours j’ai appris que l’album d’Etienne Mbappe était enfin dans les bacs. Ouf ! Il était temps. Deux ans au moins que j’attendais la sortie de cet album tant j’avais été touchée par le précédent.

J’avais pourtant pris mon temps pour y entrer, pour me laisser toucher par sa musique et son univers. Le temps probablement de me défaire de certains à priori et d’entendre ce qui passait dans la musique qu’il mettait à notre disposition. Il est des musiques qui s’imposent à soi comme une évidence, comme si l’endroit d’où elles sont issues avait croisé des vérités de soi. Dans ma mémoire il y a des évidences qui accompagnent mes émotions et éblouissements et musicaux tels que ceux offerts par Marvin Gaye et son impérissable let’s get it on dont l’entame me met encore et toujours la tête à l’envers. Je garde en mémoire l’émotion éblouie à l’écoute de la voix indescriptible de Donnie Hathaway portant a song for you. Au fait vous êtes vous jamais posés pour écouter to be young gifted and black porté l’âme de Donnie Hathaway ? C’est une sensation tout simplement inimaginable. Oui, il est des artistes qui prouvent que l’âme et la voix ont des canaux de passage communs, Etienne Mbappe et de ceux là, de ceux qui ne laissent pas le désir d’épater primer sur le sens, la sensibilité, la finesse, et la nuance. Quand les canaux entre l’âme et la voix sont disjoints, le marketing prime sur l’art et donne des succès éphémères et des musiques superficielles, en accord avec l’air du temps, mais qui ne passeront pas l’épreuve de la durée. S’il est notoire que les goûts et les couleurs ne se discutent pas, à mon humble avis il se glisse dans les interstices de cette assertion quelques exceptions. Oui je l’affirme ! Oui il est des chansons et des musiques qui vous donnent l’impression de les avoir rencontrées avant de les écouter, comme si elles venaient par les mots, les voix ou la mélodie rencontrer quelque chose en vous et raconter quelque chose de vous. Su la take est une porte ouverte sur des rencontres de ce type. Je pourrais parler de multiples rencontres musicales dont les chansons ne se rident pas à l’intérieur de moi. Je les écoute et les redécouvre nouvelles, encore et encore. J’aime quand la musique réinvente ces belles premières fois, celles que l’on n’oublie pas. Ce ne sont pas tant les mots dits mais la vérité qui affleure dans la voix d’une Nina Simone, c’est le désespoir qu’elle laisse traverser par une lueur d’espérance comme celle d’une une bougie allumée dont la flamme vacillante résiste au vent du soir. J’aime quand l’âme se dévoile dans la voix et dans la musique d’un artiste. Un artiste qui m’offre ça acquiert ma fidélité. Forcément puisqu’il qu’il me touche. Je pourrais citer à l’envi des moments qui m’ont bouleversée, touchée, rencontrée et, en général ce ne sont pas la technicité vocale ou musicale qui m’ont rencontrée, mais plutôt ce petit plus qui est du ressort de l’âme et qui vient habiller de vérité la technique. C’est ce petit rien qui est un immense tout qui me met le cœur en mode we eeeeee a bona bato lambo la manyaka le pon o tomba (les gars il se produit sous nos yeux quelque chose de formidable). Etienne Mbappe a réussi ce lambo la manyaka. Respects.

Il y a quelque chose dans la musique de cet homme quelque chose qui touche au coeur et donne envie de se poser pour écouter et entendre. Pour ce qui me concerne, l’univers d’Etienne Mbappe m’a prise en otage lors d’un concert dans une petite salle de la banlieue parisienne. La salle ne payait pas de mine, elle relevait davantage du gymnase que de la salle de spectacle. La scène sur laquelle évoluait avait Etienne Mbappe, sa choriste à la magnifique présence vocale et scénique (elle a été explosive sur Sansanboy) et quelques musiciens était dépouillée. Sans être parasitée par des artifices, la musique de l’artiste occupait l’espace émotionnel et sonore. Sur cette scène minimaliste, Etienne Mbappe et son groupe nous ont offert un concert au terme duquel j’étais conquise. L’univers offert par le musicien s’était imposé à moi comme une évidence parce que j’avais croisé des gemellités de voyages intérieurs. J’ai repris avec bonheur  » Cameroun o mulema « , une chanson qui me touche au delà des mots et qui est devenu mon hymne personnel et pérenne, celui que j’emporte dans mes exils et dans mes nostalgies de ma terre natale. Forcément je l’ai au cœur partout et toujours. J’ai aimé le moment durant lequel la salle a fait les chœurs à la demande du musicien sur Ewoudou la chanson hommage à sa mère, un hommage qui ouvre à un sentiment filial universel qui fait de nos mères des  » Ewoudou  » à qui l’on délivre en chanson ce beau message de tendresse. Je me souviens d’un solo de bass démentiel lors d’un hommage si mes souvenirs sont exacts à son père disparu. Et puis il y a eu la chanson pour le frère absent. Emotion. Tant de moments dans ce concert qui donnaient une dimension universelle à l’intime.

Il faut voir cet homme sur scène aux prises avec sa guitare basse. C’est au delà du dicible.  » Un gars est doué ! «  comme l’on dirait par chez moi. Après le concert j’ai découvert l’album et je continue de le découvrir, dans ses nuances, ses finesses, une note, un accord que je n’avais pas entendu auparavant. Dans son premier album comme souvent dans les premières œuvres les chansons sont au plus près de l’être, parlant de sa terre natale, de son fils, de sa mère, du rapport à l’autre etc. Le deuxième album « Su la take » universalise le « je » et le fond dans un « nous » qui vient à la rencontre de ceux qui écoutent. Même quand il dit « je », il parle de « nous » et parle et pour un « nous » bien plus grand, bien plus ample que sa seule personne. L’album « Su la take » est un de mes coups de foudres musicaux du moment et mon album de chevet.

(à suivre)



Patrick Bebey au baiser Salé : Un moment enchanteur à la confluence des temps et des mondes.

Bonjour à tous,

Merci pour vos passages et vos mots si gentils. Je ne fais que passer car suis toujours en pause. Des raisons personnelles font que je ne peux tenir comme je voudrais mon blog et encore moins passer sur vos blogs pour échanger avec vous comme de coutume. La pause devrait se prolonger encore plusieurs semaines. Je ne résiste cependant pas au plaisir de rendre hommage et pourquoi pas vous faire découvrir un musicien et chanteur d’origine camerounaise (vouiiiiiiiiiiiiii) grâce auquel j’ai passé une soirée de toute beauté. Patrick Bebey musicien multi instrumentiste.

Je vous souhaite une belle semaine et vous envoie mes amitiés.

Malaïka

 

bebeymyspace2.jpg picture by maddyspace


Samedi 12 avril, à quelques minutes de 22 heures, j’arrive au Baiser Salé pour le concert de Patrick Bebey. Le Baiser Salé est club de Jazz au centre de Paris à l’étage duquel les murs, s’ils venaient à parler, raconteraient sûrement des sons de folie. Des photos sur les murs racontent une part de la mémoire des lieux. Dans cette petite salle, bien des artistes ont fait leurs premières armes. Si vous interrogiez les murs ils raconteraient leur mémoire de la voix d’Angélique Kidjo, de la Bass d’Etienne Mbappe ou de Richard Bona. Les murs pourraient parler du piano prodigieux de Mario Canonge, et de tant d’autres artistes qui ont fait résonner leur talent dans ce lieu.

C’est dans cette salle aux murs mémoire d’histoire que Patrick Bebey et les musiciens qui l’accompagnent vont nous présenter  » Oa na mba «  son premier album. Un album écrit et composé en hommage à Francis Bebey figure immense de la musique, explorateur et défricheur de sons qui a accompagné bien des mémoires dont la mienne du divorce pygmée à Agatha en passant par O bia, un chant bouleversant par son sens et par l’histoire qu’il raconte. Francis Bebey dont l’absence depuis 2001 s’écrit en majuscule dans l’histoire musicale du Cameroun. Francis Bebey parti trop tôt avant que son fils ait eu le temps de lui offrir cet album hommage, cadeau qu’il voulait faire à son père de son vivant. Oa na mba, toi et moi. Le père et son fils, le fils et son père, une histoire d’hommes, une histoire de musiciens, une histoire que Patrick Bebey nous livrera sur scène sans la dire explicitement et qui laissera paraître l’ombre bienveillante du grand homme. Oa na mba. Pudeur et distance. La classe !

Oui tout au long du tour de chant la présence de Francis est là, en filigrane, non sur un mode castrateur mais comme le socle bienveillant d ‘une histoire musicale transgénérationnelle. Parfois quand la voix de Patrick descend dans les graves il laisse passer quelque chose de la voix du père. Il y a dans la voix un écho de nos mémoires, quelque chose de la voix de Francis : Oa na mba. On se sent comme à la maison, en famille.

Des similitudes apparaissent bien sûr dans le sens de la narration qui était une des particularités du chanteur disparu, ainsi qu’une façon d’aller vers des accents du terroir accentués jusqu’à la frontière de la caricature pour faire passer une idée, un rire, une émotion. Il y a comme un passage de témoin entre le père et le fils, le père passant à son fils le bagage de ses explorations musicales et le fils qui s’en saisit et l’élargit de ses propres explorations. Le Oa na mba de Patrick Bebey est un démenti rassurant du postulat selon lequel le meurtre symbolique du père serait la condition sine qua non pour exister et trouver son chemin dans la vie. Comme si pour trouver le chemin vers soi il fallait retirer à l’autre son droit à être. Fort heureusement nous assistons ici à un passage de témoin qui rappelle qu’il y a des lieux et des cultures dans lesquelles les générations coexistent et se stimulent pour avancer sans que l’une ait besoin de tuer l’autre.

Un moment fort de ce tour de chant sera l’interprétation de  » Sanza tristesse «  dont les lancinantes onomatopées introductrices disent plus que les mots la force et la douleur de la place vide laissée par ce père. Un moment bouleversant parce qu’il vient à la rencontre des absences qui parsèment nos voyages de vie. Comment applaudir à la fin d’un tel moment Comment dire que l’on a été touchée par la chanson sans applaudir. Dilemme de spectatrice. Mais revenons à mon arrivée au théâtre.

En arrivant dans la salle de concert, nous croisons Patrick Bebey dans les escaliers. Le contact est simple convivial, et l’homme semble heureux d’être là. C’est la deuxième soirée. De toute évidence les choses se sont bien passées la veille. Je suis étonnée qu’il prenne le temps de parler avec nous à quelques minutes du début de son tour de chant. J’imaginais les artistes en mode stress absolu avant un tour de chant. Encore un préjugé qui se défait. Le musicien accepte même de faire une photo dans les escaliers, oui mais, revanche sur nos indélicatesses de spectateurs inconscients de l’importance du moment pour le chanteur, la photo est ratée. Tous les appareils photos n’ont pas la vision du hibou dans le noir.

saxophoniste2.jpg image by maddyspaceLa salle de concert est petite et il y a du monde partout. Notre table est juste devant la scène. Merveilleux je vais pouvoir apprécier les moindres sons. Je suis heureuse que le bouche à oreilles ait bien fonctionné. Le chanteur musicien et moi avons le Cameroun en commun et je lui souhaite du succès, forcément. Ethnocentrisme inconscient ? Qui pourrait le dire ? Je dois à la vérité d’avouer que quand un talent trouve sa source par chez moi il monte en moi d’irrépressibles fiertés. Que voulez-vous on ne se refait pas.

PBebeyetBassistecomplicit.jpg image by maddyspaceLes musiciens arrivent sur la scène en traversant la salle. Le concert débute par des sons et onomatopées émises par Patrick Bebey. Ce sont des sons qui ressemblent à un scat à la sauce Al Jarreau. Ce son spécial semble être celui qui appelle les musiciens à débuter le morceau. Il reviendra quelquefois rythmer la soirée. Après le premier morceau Patrick Bebey présente son groupe et la complicité qui les unit est manifeste, cette présentation qui oscille entre ironie, complicité, amitié et respect pose l’ambiance de la soirée. Le groupe est composé de Marc Bertaux (le bassiste tranquille et efficace dont la basse soutient l’ensemble avec qui Patrick Bebey travaille depuis 25 ans) de Luis Augusto Cavani (le batteur son complice depuis 23 ans). Le groupe est complété par Alain Debiossat (saxophoniste magnifique) et Percussionniste.jpg image by maddyspace Edmundo Correiro (Percussionniste souriant et bondissant dont je ne garantis pas l’exactitude de l’orthographe du nom).

Le groupe invite la salle dans la complicité qui les unit et cette invitation pose

l’ambiance chaleureuse qui accompagnera la soirée. Plus tard dans la soirée le chanteur remerciera et taquinera sa mère présente dans la salle. Beaucoup plus tard dans la soirée, il invitera Fanta Bebey sa sœur à nous jouer un morceau de sa composition au piano. En entendant le piano de Fanta Bebey comment ne pas se dire que cette famille a reçu la musicalité et le talent en héritage ? Ils ont du parler la musique dès la petite enfance comme d’autres leur langue maternelle.

Patrick Bebey réussit la prouesse de nous inviter dans son monde sans déroger à cette pudeur signe d’une élégance de l’âme. La présence en nombre de sa famille au fond de la salle consacre la chaleur de la soirée.

La salle est métisse comme la musique que nous sommes venus écouter, preuve que la musique de Patrick Bebey si elle trouve ses racines dans les richesses de l’Afrique, ne s’enferme pas, mais s’enrichit de l’ailleurs. Batteur1.jpg image by maddyspaceC’est une musique qui s’ouvre sur l’autre tout en l’invitant dans des voyages nombreux qui vont du jazz aux sonorités latines en passant par les forêts dans lesquelles vivent les pygmées. J’ai entendu dans les rythmes offerts des sons qui rappellent le bolobo de nos enfances. La musique de Patrick Bebey est le fruit d’un métissage tout en finesse, orchestré par un musicien qui se révèle comme un véritable alchimiste du son, capable de tirer d’un bout de bambou des sons harmonieux, lancinants, envoûtants, et invitants. De sa flûte pygmée sortent les chants de la forêt équatoriale. Il manie par ailleurs un étrange instrument nommé Sanza, synthétiseur africain et en tire des sons qui se marient de manière incroyable avec le saxophone. Telle est la musique, tel est l’univers de Patrick Bebey, riches, envoûtants et surprenants.

Avec humour, le chanteur affirmera que le rock et le reggae sont nés au cœur de la forêt au milieu des pygmées ! Le pygmée, figure récurrente de ce tour de chant sera le prétexte de la déconstruction des présupposés de l’occident sur l’Afrique et sur la part de son apport au patrimoine et à la richesse culturelle de l’humanité. Patrick Bebey nous offre un regard différent sur les arriérations supposées de ceux qui sont différents et vivent autrement. Le sourire en coin, la malice plein les yeux le chanteur met en scène un pygmée qui revient de la ville et raconte aux siens la sauvagerie de ceux qui se croient civilisés. Il raconte ceux qui, pris dans le courant de leurs égotismes font primer le matériel à tout prix sur l’humain (Dibiye). Le pygmée ironise sur la prétendue intelligence de ces gens de la ville, pas plus subtile que celle d’un lézard qui hocherait la tête.

Patrick Bebey stigmatisera par ailleurs les dérives de ces sociétés dans lesquelles mensonge, vol et gabegie sont monnaie courante (Ngambi), image tragique de l’état dans lequel se trouvent bien des sociétés africaines.

Conteur, il nous emmène à la rencontre d’Engome devant laquelle un amoureux transi vient dire la flamme qu’a allumée en lui la fille de cette dernière. Passer par la mère pour atteindre la fille. Sur Elimb’a Noah, le musicien entrouvre des portes l’une après l’autre et confie la tache de guide au Saxophone d’Alain Debiossat dont la musique semble nous saisir par la main pour nous emmener dans une exploration merveilleuse. La musique est envoûtante et s’habille parfois d’une folie superbement racontée par les percussions d’Edmundo et la batterie de Luis Augusto, deux musiciens brésiliens à la complicité souriante. La musique nous entraîne au cœur de la forêt symbole de liberté.

Un moment fort de la soirée a été celui durant lequel le chanteur a invité Woz Kaly chanteur sénégalais dont la voix extraordinaire a le pouvoir de toucher cette Afrique intérieure tapie au fond de soi et la faire émerger en frissons. Belle découverte que la voix de ce chanteur qui habite la musique et se laisse habiter par elle. Le passage de Woz Kaly, un moment comme on en redemanderait.

J’ai été touchée par l’hommage fait à Eyidi, cet oncle chanté autrefois par Francis Bebey, et figure symbolique importante du peuple Sawa qui a accompagné mes jeunes années à Douala. Eyidi ou le passage de témoin de la mémoire.

Avant de s’absenter pour rejoindre Eyidi et ces autres qui l’ont précédé, Francis Bebey disait à son fils  » je te donne tout ce que je fais parce qu’il est important que quelqu’un continue après mon départ « .

P130408_023501.jpg image by maddyspaceQuand Patrick Bebey reprend une chanson de son père, il se l’approprie sans pour autant la ravir à son père. Ceux qui connaissent la chanson de Francis Bebey ont des impressions d’assister à un duo par delà les frontières du réel. Non que l’on ait sombré dans quelque mystique étrange, mais il se trouve simplement que la mémoire et le souvenir de Francis s’invitent pour un duo Ce n’est plus la chanson de Francis, ce n’est pas celle de Patrick c’est leur chanson. Francis et Patrick. Patrick et Francis. Oa na mba. Toi et moi. Le témoin est passé en beauté.

Il est plus de deux heures du matin, après un tour de chant entrecoupé par deux entractes, le spectacle se termine. Déjà ? Pas un instant je ne me suis ennuyée. Je suis étonnée que la nuit soit à ce point avancée. Pas un instant pendant le spectacle je n’ai fait attention à l’heure. La simplicité, la beauté et la richesse du spectacle offert sont de ceux qui ont le pouvoir de nous emporter dans un espace dans lequel le temps s’arrête et dans lequel la beauté s’offre à nous, s’ouvre à nous dans toute sa plénitude. Emporter avec moi le CD pour prolonger la grâce de l’instant était une évidence. La dédicace du chanteur qui a eu la patience de poser des mots sur nos CD à deux heures du matin est un bonus non négligeable. Que voulez-vous, on ne se refait pas.P130408_022803.jpg image by maddyspace

J’emporte avec moi la mémoire d’un moment enchanteur que mes mots ne savent décrire. Patrick Bebey et son groupe, un univers à la rencontre duquel le voyage vaut la peine. Merci au groupe, merci l’artiste.

Je vous laisse découvrir des prémices de cet univers au travers des morceaux mis en lumière sur son « My space »

http://www.myspace.com/patrickbebeyofficial



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