Avline Ava : Smile

J’aime les métissages musicaux intelligents. Avline Ava réussit à marier le Bikutsi musique originaire du centre (centre-sud) du Cameroun avec le jazz. C’est une chanteuse que je trouve lumineuse et l’album dont est issu ce morceau est un de ces albums qui vous revigore. Il y a entre autre un hommage à Satchmo dans une reprise façon Avline de Wonderful world. Le bassiste concentré est Noel Ekwabi. 

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Une belle soirée en compagnie d’une orfèvre de l’instant : impressions subjectives sur le concert de Joelle Esso au Theranga partie 2

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© photos : Jean-Pierre Esso. www.okabol.com

J’ai dans la mémoire des moments durant lesquels elle nous a fait rire en insistant sur la prononciation du titre «  Etintin  ». Je crains qu’en lisant ceci vous ne prononciez naturellement le mot de la manière qu’il faut éviter. Deux options s’offrent à vous pour découvrir la bonne prononciation vous procurer l’album et écouter la piste trois ou aller la découvrir en concert si elle passe par chez vous.

Je me souviens aussi du moment où elle nous a invités à nous faire choristes. La salle étant métisse, la chanteuse aura eu des choristes phonétiques. En faisant le tour des tables pour enseigner le mot que nous devions chanter avec elle. Si mes souvenirs ne me font pas défaut c’était sur la chanson To wuma (nulle part). Alors pendant qu’elle chantait sa proclamation de foi, nous pouvions scander en écho avec elle «  to wuma  ». Cette participation de la salle donnait une densité à la chanson qui me ramenait vers des souvenirs de moments vécus sur des terres lointaines. Moments d’osmose avec un conteur qui racontait avec brio nos racines communes. J’aime ces moments durant lesquels un artiste se fait artisan, orfèvre de l’instant. Joëlle est une orfèvre de l’instant en ce qu’elle sait saisir la matière brute d’un instant ordinaire et d’un public hétérogène pour en faire un joyau. J’aime ces moments dépouillés de tout artifice pendant lesquels il ne reste à l’artiste que son âme et sa voix pour vous retenir. Joëlle Esso a une voix d’alto magnifique. Une technique vocale maîtrisée sans pour autant verser dans l’asepsie. Sa voix, comme un lasso envoûtant vous saisit et ne vous lâche plus. Voix magnifique tant dans les graves que dans les aigus.

La beauté de sa voix alors qu’elle chante «  Mumi  » (mon homme) est tout simplement saisissante. Mieux que sur l’album de mon point de vue. Peut être parce qu’elle se livre sans filet. Belle déclaration d’amour que cette chanson. Par ton regard tu fais entrer des rayons de soleil dans mon cœur. J’aime sa voix quand elle mêle dans la même phrase le Duala et le français. A mumi woho oa, tu es dans ma vie. Ahhhhhhhh les graves qui se glissent dans le «  tu es dans ma vie !  » et cette onomatopée qui fait le lien entre le français et le duala je me régale. Monsieur «  mumi  » était dans la salle. Est-ce sa présence qui donnait à la voix de la chanteuse une telle densité ? That is the question. Clin doeil

La soirée était familiale. Il y avait dans la salle l’époux et la fille de la chanteuse qui de temps en temps manifestait sa présence. Il y avait aussi le frère, photographe attitré de la chanteuse accompagné de son fils. La chanteuse mentionnera les deux enfants au cours de son tour de chant. Comme en introduction à Nyambe, elle nous dira que son neveu réclame une chanson en français. Nyambe est la seule chanson de l’album qui ait des séquences en français. C’est une chanson absolument bouleversante qui raconte l’exil d’une femme en terre de déraison d’une manière tout simplement magnifique. Là encore la chanteuse explore des graves somptueux. La chanson est un morceau de poésie en ce qu’il met en musique de mots l’indicible qu’est l’histoire d’une vie happée dans la folie. En Duala elle scande une maxime qui invite à ne pas se moquer de ceux qui sont sous le coup d’une forme de malédiction parce qu’elle se transmet. Rencontre entre les valeurs chantées en terre natale et les mots d’une jeune femme ancrée dans le présent. La chanson m’a touchée parce qu’elle met en lumière avec pudeur et intelligence le regard que l’on porte sur la maladie mentale. Souvenirs du rapport à la folie du temps de mes premières années en terre natale. Souvenirs d’un homme précipité en déraison à un moment crucial de sa vie et qui passait ses après midi assis devant la porte de la maison familiale. C’était à une maison de celle de mes parents. Nyambe o si yoye mo e ma tombea Nyambe. J’aime la belle sensibilité de Joëlle. Elle ne s’érige pas en donneuse de leçons, elle livre son cœur en chansons. Elle ne nous force pas, elle nous invite dans son univers. Y entre qui veut.

101_6590.jpg image by maddyspaceJoëlle est de ces artistes dont la musique, les textes et la voix m’invitent à fermer les yeux. Je ne me force pas, mes yeux se ferment naturellement pour ne rien perdre de ce qu’elle livre. J’ai été touchée par l’hommage magnifique au père qui s’est absenté du côté de l’éternité. Malgré le poids de l’absence elle sublime la douleur et nous offre un «  danse  » de toute beauté et d’espérance. C’est aussi la force de la foi , celle qui est assurée qu’il y a une autre rive pour recueillir les disparus. «  tu as choisi de traverser le fleuve  » chante t-elle. «  des anges ont poussé ta pirogue. Tu nous as précédés, sans avertir de ton départ, nous n’allons plus nous voir. Danse ! Tu danses avec les anges.  » C’est une chanson rythmée et profonde sur laquelle celui qu’elle chante danserait sans problème si l’on en croit le témoignage qu’elle livre de lui en quelques mots. Magnifique chanson qui rencontre ceux qui ont vu partir quelques pirogues emportant ascendants, descendants ou des personnes dans la fratrie. Fermer les yeux et voir les siens qui dansent avec les anges. Moment inoubliable magnifié par le visage de la chanteuse. Elle avait le visage illuminé par un immense sourire et les yeux fermés, comme en communion avec le père absent, en communion avec sa joie de vivre. Emotion. Moment qui donne comme une envie de dire à chacun de ceux qui m’ont précédée de l’autre côté : danse ! Merci à l’artiste pour cette partition d’espérance dans laquelle je crois n’être pas la seule à trouver des espaces pour faire danser les miens.

Comment vous raconter des impressions forcément intraduisibles en mots ? Comment mettre des mots sur des moments de grâce ? Comment raconter une orfèvre de l’instant ? Comment dire la simplicité et le professionnalisme de Joëlle ?

Elle réussit l’exploit de chanter en faisant toutes les voix pour ne pas vider les chansons de leurs substance. Et ceci sans micro. Chapeau bas madame. Le temps de laisser la chanteuse reposer sa voix, Kristo interprète une de ses chansons et voici que Joëlle interrompant son éphémère repos se fait choriste et percussionniste. Générosité d’artiste.

Vers la fin du tour de chant, Joëlle nous a donné un avant goût de l’album à venir en interprétant un chant sur les racines africaines de Pouchkine poète, dramaturge et écrivain russe. Avant de chanter, elle nous révèle que contrairement à ce qui se disait l’ancêtre de Pouchkine ne venait pas d’Ethiopie, mais du Nord du Cameroun (pour en savoir plus une visite sur le site http://www.gnammankou.com/). La chanson est magnifique. Elle parle des cris de la mère à qui l’on a arraché son fils pour l’entraîner vers une terre lointaine. La voix de Joëlle y est tout simplement sublime. Au Duala, elle allie la langue de la région de laquelle est parti l’ancêtre de Pouchkine. Vivement l’album pour réécouter cette merveille. Le second album promet parce qu’elle le présente comme ouvert sur le monde après Mungo qui était plus près d’elle.

Le tour de chant s’est terminé, trop tôt à mon goût (je n’avais qu’à être à l’heure me direz-vous). Que voulez vous ? Je suis boulimique de bonne musique, de beaux moments, d’authenticité. Joëlle Esso après son tour de chant fait le tour des tables pour faire la distribution de son CD. Elle échange avec son public d’un soir un mot, une sourire, un rire, en toute simplicité. A ceux qui le souhaitent elle dédicace le CD sans manifester le moindre signe d’impatience ou de fatigue. Sa petite fille qui veut retrouver sa maman pour elle toute seule l’accapare, veut s’emparer du stylo, vient profiter d’un instant câlin. Maman et artiste, artiste et mère tout simplement.

Le concert terminé, je vais pouvoir voyager par le goût. Ah ! chaque grain de riz est un poème. Mais qui me donne la recette du riz façon Sénégal ? Entre le plat de riz agrémenté de légumes et de poisson et la boisson au gingembre mes papilles gustatives n’ont pas fait le voyage pour rien. Est-il besoin de dire que mes oreilles et mon âme ont été enchantés par cette soirée ?

En repartant chez moi, j’emporte le souvenir d’un moment magnifique avec une femme et une artiste de grand talent. Sa modestie et sa simplicité sont l’écrin d’un talent et d’une intelligence remarquables. C’est le sourire au cœur que j’ai rejoint Morphée cette nuit là. Et pour la petite histoire, mes cheveux ont réfréné leur rébellion le temps d’une soirée. Il faut croire que la musique adoucit les moeurs et les humeurs de tignasses récalcitrantes. Pour la petite histoire j’ai eu une dédicace des plus touchantes. Merci à Joëlle pour avoir pris le temps de trouver des mots rien que pour moi. Me revoilà au centre du monde. Vous voulez la preuve par l’image ? (rires). 101_6690.jpg image by maddyspace



Une belle soirée en compagnie d’une orfèvre de l’instant : impressions subjectives sur le concert de Joelle Esso au Theranga partie 1

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© photos : Jean-Pierre Esso. www.okabol.com 

Samedi 19 septembre 2008, j’arrive au Theranga dans le 17ème arrondissement de Paris. Le Theranga est situé dans une petite rue animée à deux pas de la salle une petite boutique dans laquelle dans laquelle j’ai fait une escale pour explorer les CD et DVD de musique africaine. J’ai enfin pu trouver «  Nzinzi  » de King Quester Emeneya qui fait danser mes souvenirs. Mais ceci est une autre histoire. Quelle idée de faire une escale dans une boutique quand on se sait déjà en retard ? Ce retard ne relève pas d’une quelconque coquetterie. Je ne me prends pas pour une Marylin Monroe au retard atavique et légendaire. Il se trouve que j’attendais simplement des personnes qui avaient du mal à trouver une place pour se garer après avoir goûté les délices d’un périphérique parisien bondé. A notre arrivée devant le Theranga, il est bien 20h45. Pas la peine de vous offusquer de mon retard, s’il est bien une personne qui en avait conscience c’est bien moi. Si vous saviez les contrariétés qui ont précédé mon arrivée sur le seuil du restaurant ! Laissez moi faire un retour en arrière avant de continuer.

Quelques heures plutôt j’ai quitté le bureau pour rejoindre mon home sweet home me changer, masquer les outrages du temps, me redonner figure humaine, et ma rafraîchir avant de repartir vers le 17ème arrondissement de Paris. Travail au bureau pas de tout repos les amis. Mais comme je suis prévoyante, j’avais prévenu ma hiérarchie que je décollerais à dix-sept heures tapantes. Mes collègues et ma boss ont dû sourire de l’intérieur connaissant cette arlésienne. Ils connaissent les impromptus de fin de journée, les compte rendus informels qui s’éternisent. Mais cette fois, foi de moi, qu’il pleuve ou qu’il vente à dix sept heures et trois minutes je serai sur le trottoir en direction du métro. Pas question de me laisser avoir par un besoin urgent et tardif de faire le point avec mon équipe ou par quelque émail de dernière minute appelant bien entendu une réponse pour hier. Je n’ai pas foulé le trottoir avant dix huit heures et quelques minutes.

Se retenir de maudire les passants et autres voyageurs du métro francilien qui semblent s’être donnés le mot pour fonctionner au ralenti. Un coup d’œil à ma montre il est presque l’heure à laquelle je suis sensée partir de chez moi. Il faut que je me fasse une raison, je vais être en retard au dîner concert. J’espère que la chanteuse le sera aussi me dis-je en tout égocentrisme. Pensez-vous que centrée sur moi et sur mes propres intérêts je me soucierais le moins du monde de ceux qui se sont donné la peine d’être l’heure ? Que nenni. Que voulez-vous à la naissance j’ai pris l’option centre du monde, et il est normal par conséquent normal que mes semblables, satellites inconscients d’un astre qui a quitté son boulot en retard, respectent mes rythmes personnelsCool. C’est bien la moindre des choses non ? (hi hi).

Me voici, slalomant au milieu de la foule tout en veillant à ne pas bousculer mes congénères sans pour autant perdre le rythme soutenu de ceux qui savent que le temps ne suspend son vol que dans nos inaccessibles espérances. Non seulement j’ai besoin de me rafraîchir et de me redonner figure humaine après une longue journée, mais pour tout couronner, je suis depuis quelques semaines victime d’une rébellion capillaire et je ne peux décemment pas me rendre au Theranga avec la tignasse en crise. Je vous passe les détails de la bataille féroce pour discipliner la rebelle. Et me revoilà dans le métro pour me rendre au concert de Joëlle artiste complète qui met son âme à nu en offrant des mots qui sont quelquefois véhicules de maux. L’album Mungo qu’elle présente ce soir est un album au plus près de sa vie, de ses expériences, de ses espérances. Elle y chante son village, ses parents qui ont traversé l’autre rive, son homme, sa foi. Ce sont des expressions nuancées de ses visages de femme qui s’offrent portés par une voix superbe. La voix de Joëlle n’est pas seulement belle mais en plus elle est vivante. Revenons cependant au concert.

Arrivée devant le Theranga, l’impression est singulière. Le lieu est plutôt est plutôt exigu et en longueur plutôt qu’en largeur. Sur les murs des tableaux couleur sable et pourpre donnent au lieu une impression d’ailleurs. La porte est ouverte et la voix de Joëlle Esso nous accueille alors qu’elle chante «  Dikala  » le chant qui vous accueille sur son My Space. L’impression est singulière, annonçant la chaleur et l’intimité qui seront au principe de cette belle soirée. La maîtresse des lieux le temps d’un soir a laissé la porte ouverte et sa voix vous invite à entrer dans la salle, à entrer dans son univers. Ce chant est à la fois prière et allégorie sur l’échelle de Jacob. Une échelle entre cieux et terre. Au centre de la pièce se tient Joëlle belle comme l’Afrique, qui livre cette invocation les bras ouverts «  lomea mba dikala a Sango kana o ndot’a Yakob  » (Envoie moi une échelle Père comme à Jacob dans son rêve). Elle est dans sa tenue vestimentaire à l’image de son univers musical : cosmopolite. Sa tenue vestimentaire tout comme sa musique relient l’Afrique à l’occident sans artifice. Joëlle est cosmopolite dans ses expressions, dans ses centres d’intérêt, dans l’africanité dans laquelle elle est ancrée et dans l’universalité qu’elle a su accueillir. C’est ainsi que sa musique invite naturellement de subtiles percussions et des syncopes propres au phrasé de sa terre tout en laissant entrer des sonorités d’ailleurs pour l’enrichir. La cohérence semble être le maître mot de cette femme artiste, de cette artiste femme. Joëlle au cœur de la multiplicité de ses expressions artistiques et de ses centres d’intérêts demeure cohérente. Cohérente quand elle parle de racines, de l’Afrique, du monde dans lequel elle vit, de l’histoire des hommes. Cohérente quand elle se sert de son art pour livrer un regard différent sur ce qui souvent est un tissu de poncifs. Elle travaille en ce moment sur une bande dessinée qui livre son regard sur l’enfance à l’école en Afrique, un regard loin des poncifs habituels et misérabilistes sur l’enfant d’Afrique. Elle est artiste et son art est le véhicule de ses émotions, de ses convictions et de ses évidences intimes.

101_6502.jpg image by maddyspaceUn petit haut couleur beige, un pantalon noir sublimés par sa coiffe, Joëlle chante sans micro, simplement accompagnée à la guitare par le malicieux Kristo Numpuby chanteur et musicien. Une évidente complicité les unit. Complicité née de nombreuses années de collaboration. Le tour de chant est acoustique. Derrière la chanteuse de percussions qui attendent le moment de livrer leurs sons. Une guitare, une voix, et les bras de la chanteuse ouverts vers l’autre, comme pour l’accueillir. La musique de Joëlle est à l’image de ses bras ouverts, elle vous accueille et vous enlace dans une douce étreinte entre soie et velours. Le reste de la soirée ne démentira pas cette chaleureuse impression première. Joëlle égrènera son tour de chant en échangeant avec son public, l’invitant à la complicité. Elle a la manière pour nous inviter à nous faire choristes l’espace d’un instant, ou percussionnistes en nous défiant de battre des mains sur un rythme qu’elle nous enseigne. L’absence de micro efface de fait la distance que cet instrument pourrait mettre entre un artiste et son public. Nous sommes comme sous un arbre à palabres et nous nous laissons raconter en chansons des histoires. Par petites touches la chanteuse impose son univers fait de douceur et de force. Je n’ai pas eu besoin de m’échauffer pour les rejoindre, son public et elle dans le voyage qu’ils faisaient ensemble. A peine assise, j’ai juste fermé les yeux pour me couper des bruits extérieur que je me suis retrouvée dans son univers. L’univers de Joëlle Esso on y entre et on y trouve sa place comme une évidence. C’est un univers qui distille des moments de bonheur à ceux qui s’y laissent inviter.

A suivre



Douleur : oh shame !

Un petit tour au Cameroun avec Douleur… Alors on embarque ? De paris normalement il y a six heures de vol pour arriver à Douala. En musique c’est plus court et pas besoin de visa.Rire

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Etienne Mbappe : your house

Et revoilà Etienne Mbappe ! Oui je sais sa musique devient une arlésienne par chez moi. Comme dirait Serge Lama je suis malaaaaaaaaaaaaaaaade !!!  Mais de vous à moi n’y a t-il pas pire comme maladie ? Okay on reparlera de cure de désintoxication plus tard.Langue

Je vous propose de découvrir ce musicien au travers de cette vidéo et d’une chanson qui j’aime beaucoup. Bon les images et le son sont de qualité sont approximative et ne rendent pas justice à l’artiste mais vous connaissez les addictions, elles se contentent quelquefois du moins bon plutôt que de l’absence. Oui oui promis on reparle de la cure de désintox plus tard (rires).  Alors comme dans les temps de disette, quelques grains de riz se muent en plat des plus savoureux. Miam miam !

En ce moment « Your House » fait partie des chants que je réécoute sur l’album « Su la Take ». J’aime beaucoup le métissage des sons, le reggae qui vient rendre visite à la musique d’Etienne Mbappe et qui s’installe comme à la maison. J’aime le métissage des langues anglais et duala. Si je dis que c’est un artiste que j’apprécie qui me croira ? Cool 

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Manuel Wandji : Teou

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Impressions subjectives : Sacramento de Charly Nelle une fenêtre ouverte sur l’homme de l’intérieur (deuxième partie)

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L’homme de l’intérieur nous emmène dans un voyage vers son intimité familiale. Sa famille nucléaire, épouse et fils. Nya mulema (celle de mon cœur) est une chanson adressée à son épouse, celle qu’il dit appeler équilibre. Il parle de l’effet qu’ont sur lui sa beauté, son sourire, son rire, son regard, sa démarche de son eyaye (mot difficile à traduire qui ressemble au fait de frimer). Je connais bien le son de ce rire, l’éclat d’un sourire qui demeure à mes yeux parmi les plus beaux que j’ai croisés. C’est un sourire qui a accompagné ma vie et qui l’illumine encore, le sourire de celle qu’il appelle Nanou dans sa déclaration chantée. Mais chut…je m’éclipse c’est leur histoire.

Une autre chanson me touche c’est celle qu’il dédie à ses enfants (Bana). Chanson visiblement écrite loin d’eux le cœur et la mémoire remplie d’eux. C’est une chanson d’amour d’un père à ses fils mais qui prend une dimension testamentaire alors qu’il leur donne la clé pour triompher de tout : l’amour fraternel et l’unité. C’est une belle déclaration d’amour à ceux qu’il appelle Idubwan am ya longue (les clés de ma vie).

Puis nous l’accompagnons dans un parcours plus douloureux celui de la perte du neveu, du complice, du presque frère, suivi quelques mois après par celui de la mère (Nyangwam), puis celle quelques temps après du frère aîné, de l’alter ego, celui qui l’appelait Carlito (Manel). Dans ce voyage au cœur de ses douleurs intimes Charly utilise abondamment l’onomatopée comme véhicule de ses émotions. L’onomatopée dans le langage de l’Afrique en général et celui du Duala en particulier est plus que des pointillés en bout de phrase ou entre deux séquences locutives. C’est un univers de sons de sens qui vient dire ce que la pauvreté des mots ne saurait livrer du flot émotionnel de l’instant. Par une onomatopée on peut appeler un peuple à se rassembler, on peut dire sa peine, son mépris, sa colère, son dédain.

Sur le chant en hommage à sa mère, de surprenants graves se laissent rencontrer dans sa voix. Des graves qu’il serait intéressant d’explorer artistiquement à l’avenir et de travailler pour les maîtriser techniquement.

Etrange sensation que celle qui se diffuse dans cette chanson. Il y a comme l’expression d’une mue symbolique, l’accession irrévocable à l’état d’adulte que consacre la mort d’une mère. La mort d’une mère qui emporte les restes de l’enfance tapis en soi que réveillaient le regard, la voix, l’odeur, le rire de la mère. La perte d’une mère est porteuse d’une contradiction fondamentale par le fait qu’elle plonge dans des douleurs d’enfant tout en précipitant dans la mort de l’enfance. C’est en position fœtale que l’on naît à l’état d’adulte. Cette dualité s’entend dans le double registre vocal de Charly quand il chante celle qui était à ses dires son amie, celle qui demeurait fidèle et présente au delà de tout.

A ce déchirement vient faire écho l’amputation sismique d’un membre de la fratrie qui met face à la conscience de sa propre fragilité. La mort du frère complice et alter ego, la mort de Manel. Mort de l’enfant , mort de l’enfance. Dans cette chanson il s’adresse à la mort comme l’on parlerait à un être cruel, retors et sans pitié, qui frappe dans la même famille et ampute trois être dans un même mouvement. «  Tu m’a pris Constant, tu m’as pris ma mère, et voici que tu me prends Manel !  » Ceux qui ont rencontré dans leur parcours de vie ces séismes aux ondes de chocs terribles peuvent trouver quelque catharsis dans les douleurs chantées de Charly. Heureusement pour lui que la musique est un exutoire et un véhicule des émotions paroxystiques nées de ces pertes irréparables. L’homme est à nu, déshabillé par la douleur et la vérité des émotions passe par sa voix, sans fioritures ou effets superfétatoires. Il est des pertes qui dénudent. Charly assume cette nudité, la crie, l’écrit et la chante comme une catharsis. Extérioriser les séismes pour se mettre à l’abri d’ondes de choc qui chez plusieurs sont des portes ouvertes au désespoir ou à la dépression. Si vous entendiez pleurer la guitare sur Manel !

Plusieurs fois la voix du chanteur laisse passer un cri qui nous atteint comme quand il chante sur un rythme de toute beauté (Made) la grand mère qui lui manque. Made est un bijou rythmique et vocal. Les arrangements sont de très grande qualité. Cet album révèle décidément de bien belles rencontres.

Sacramento de Charly Nelle est un album abouti qui entrebâille des fenêtre sur l’homme de l’intérieur, une homme que des épreuves personnelles et familiales ont recentré sur l’essentiel. Cet album n’est de toute évidence pas une commande, mais plutôt un soupir, un rire, une ironie, un cri d’un homme qui inspire l’artiste. C’est une conversation entretenue avec lui même visiblement dans des moments de cogitations comme celles qu’on mène dans des moments solitude volontaire ou non mais desquels éclosent la beauté qui naît de la sincérité et de vérité. Sacramento, un album serment fait à la mémoire de ceux qui se sont absentés et dont il veut garder la flamme allumée comme le témoigne les trois bougies allumées sur la jaquette de l’album. Sacramento serment d’amour, serment de vie, de pérennisation de la mémoire. Sacramento, serment d’amour à ceux qui sont vivant et qu’il chérit.C’est un album qui vaut la découverte et vaut qu’on prenne la peine de l’écouter et de suivre le chanteur dans le voyage en musique qu’il propose. Celui qui prend la peine d’écouter et d’entendre devrait rencontrer des nuances de toute beauté. Si j’osais je dirais que c’est l’album de la maturité. De la maturité et de la renaissance après de nombreuses morts, même personnelles voire intérieures. De plus les arrangements de Conti Bilong sont de mon point de vue d’une grande beauté.

Pour qu’une chanson soit admise dans mon lecteur MP3 il faut qu’elle passe bien des filtres qui vont au delà d’éventuelles solidarités familiales. Il faut que les chansons me touchent, me réjouissent, me rencontrent, m’émeuvent.

Sacramento de Charly Nelle n’a pas usurpé sa place dans mon lecteur MP3 et je me fais une joie de cheminer avec lui, Charly l’artiste et l’homme de l’intérieur dont les fêlures dévoilées dans cet album révèlent une densité qui me touche. Charly, le frère adopté dont l’album me rend fière.

Vous pouvez écouter des morceaux de l’album en allant sur My Space :

http://www.myspace.com/charlynelle




Impressions subjectives : Sacramento de Charly Nelle une fenêtre ouverte sur l’homme de l’intérieur (première partie)

Sacramentopochette.jpg picture by maddyspaceVoici un billet qui dès la gestation se révèle être pour moi un sacré défi. Défi quant à ma capacité à livrer des impressions subjectives sans laisser une relation privée avec celui dont il s’agit phagocyter mes capacités à être un minimum «  subobjective  ». Je sais en conscience avoir un rapport subjectif à la musique parce que celle qui me touche convoque en moi des enthousiasmes que je sais quelque fois paroxystiques, voire adolescents ou «  adulescents  » selon que l’on assume ou pas l’entre-deux. Mes débordements passionnés pour la musique qui me rencontre sont parfaitement assumés dans la mesure ou la musique et moi entretenons des rapports qui passent par la case cœur, par l’âme, par les sens. C’est un rapport consciemment passionnel et passionné. Oh c’est vrai qu’il y a des rythmes primaires qui me font battre le pied en mesure , voire danser mais qui, une fois la chanson terminée, sont frappés d’obsolescence et du sceau de l’oubli. Mais il y a ces chansons, ces musiques qui touchent quelque chose qui résonne dans l’intime de soi. Ca peut être un changement de rythme dans une chanson qui m’accroche, un accord, des paroles qui me touchent et qui ouvrent à l’intérieur et devant soi un sentier voire un boulevard sensoriel et émotionnel.

Ce billet m’est donc un défi parce qu’il est à l’interconnexion du dicible et de l’intime. L’intime de celui dont je veux parler en attirant l’attention sur son dernier disque que je trouve formidable  tant dans la musique que dans les mots : Charly Nelle.

Pour écrire ce billet il m’est impératif de prendre conscience, assumer ou dépasser certains écueils intrinsèques au fait que je connais l’homme dont je parle derrière la scène, dans les coulisses, du côté de la vraie vie, la vie vécue avec ses contingences, ses splendeurs et ses misères. Je le connais comme on connaît un membre de sa famille, ce qu’il est. Frère aîné venu par mariage dans ma famille. Difficile de dire les louanges de son album sans être suspectée de subjectivité familiale. Cette possibilité devrait–elle me priver de dire le bien que je pense l’album de Charly ? Que nenni ! Ma part en amont est d’assumer le fait que mon rapport à lui est forcément subjectif, puisque je le connais depuis une double décennie, que je l’ai vu au plus près de sa vérité, pour autant que l’on puisse approcher la vérité d’un être.

Je dois par ailleurs assumer le fait que l’auto censure est en filigrane dans mon billet parce livrer des impressions sur un album que j’aime beaucoup et qui m’est une belle surprise ne m’autorise pas à livrer une intimité que je connais des coulisses pour être de sa famille. Billet sur le fil du rasoir parce que l’album Sacramento de Charly Nelle livre, de mon point de vue, l’homme de l’intérieur, l’homme à nu face aux vicissitudes de la vie. Un homme qui se recentre sur l’essentiel ou sur ses parts d’essentiel. Et cet homme qui se livre se dépare des fioritures et approche une simplicité comme je les aime. J’espère qu’il explorera davantage à l’avenir cette progression vers l’épure. Celle qui fait que sa voix laisse apparaître des nuances que jusqu’alors il n’avait pas livrées. La voix est en effet plus qu’un simple instrument de communication elle est l’expression de l’état d’être d’une personne. Cette fonction de la voix est d’autant plus sensible chez ceux qui chantent. Mon oreille a surpris dans la voix de Charly des pistes vocales à explorer et j’anticipe avec délectation ce que cette voix révélera par la suite. Dans l’album Sacramento, Charly parle de ceux qui lui sont chers, les vivants ses ancrages terrestres, son épouse (Nya mulema) et ses enfants (Bana), il parle aussi de ces êtres tendrement aimés, et arrachés brutalement à ses affections par le couperet définitif de la mort (Made, Nyangwam, Manel). Les mélancolies de Charly Nelle se disent sur des rythmes plein d’entrain qui rappellent que malgré la perte le principe de vie est là, il demeure et se voit dans ceux qu’il appelle les clés de sa vie, ses enfants (Bana). Il parle des trahisons des amis qui au cœur de l’épreuve se révèlent n’avoir été que des compagnons des moments de fêtes prenant leur envol comme des oiseaux migrateurs vers des cieux plus cléments («  les oiseaux s’amusent par catégorie  » dit-il dans Yona.) Il parle de ces oiseaux qui laissent comme traces de leur passage les plumes irrattrapables des dégâts causés par la rumeur (Ikwale). C’est un homme visiblement atteint par ces trahisons qui ironise sur ces «  amis  ».

L’album s’ouvre donc sur l’entraînant «  Ikwale  » qui lui est cathartique de même que l’écho qui arrive piste 6 avec Yona et semblent dire la mesure de la déception. L’amitié trahie n’a pas fini d’inspirer artistes et auteurs littéraires n’est-ce pas ? Il règle ses comptes par le jeu. La chanson s’ouvre sur un mode d’une surprenante puérilité sur le mode dont nous avons pour certains usé et abusé en maternelle et primaire («  mon père est plus fort que ton père  »). Il est surprenant d’entendre un adulte déclarer des phrases du type «  Nyangwam a buki nyongo, sangwam a buki songo, mba pe na buki binyo, … » (ma mère dépasse la tienne, mon père dépasse le tien, et moi je vous dépasse). Surprenante entrée en matière n’est-ce pas ? Le détour par le jeu et par l’ironie pour dire ce que l’on pense. Passer par la dérision pour s’abstraire d’une éventuelle souffrance et prendre de la hauteur face aux événements blessants. Il ponctue le chant de ces rires moqueurs que je lui connais si bien et qui vous mettent en rogne quand ils vous sont destinés. Ikwale est un morceau aux arrangements efficaces qui invite à la danse. Mais derrière les rires moqueurs il semble affleurer une blessure que je perçois ou imagine sans doute parce que j’ai accès aux coulisses de l’homme et que ses blessures réelles ou nées de mon imagination me touchent. J’ai conscience qu’ici nous atteignons un de ces états modifiés de ma subobjectivité et que nous sommes pour le moins dans une zone de turbulence pour l’objectivité.

Charly Nelle livre aussi dans cet album, prenant la suite d’Eboa Lottin chanteur visionnaire disparu, sa complainte pour Douala, ses racines, son peuple cédé morceau par morceau à des allogènes par des âmes avides de jouissances éphémères (Douala). La terre des pères livrée sans vergogne par des hédonistes décérébrés qui ne sont que dans l’instant, convoquant par leur comportement le déluge sur leurs descendants désormais sans terre d’enracinement. Ces âmes avides et corrompues, qui pour quelques francs ont été jusqu’à livrer les secrets, le sacré de la culture Duala à des étrangers ! L’appât du gain ayant primé pour eux sur la préservation de l’être Sawa. Tant d’artistes depuis Eboa Lottin (mbemb’a mot’a sawa) ont alerté sur ce crime contre la culture perpétré par certains. Ben Decca avec «  Loki  » notamment livrait une émouvante complainte. Etienne Mbappe parle d’une pirogue symbolique, véhicule identitaire des peuples de la côte qui résistera aux assauts des cupides. Les artistes comme autrefois les griots rappellent ces fondamentaux pour éveiller nos conscience quant à l’urgence de préserver nos cultures. Et nous dans tout ça ? Il y a une étape à passer, celle du chant à l’action et celle là est la nôtre, nous les descendants Sawa. Parfois ils semblent bien désespérés les artistes parce que ce sont des éponges émotionnelles mais il y a la part des fils et des filles… Si on écoute et on entend ce que chantent Charly et les autres un éveil de conscience pourrait se convertir en responsabilité et ramener vers l’essentiel précipitant l’accessoire à la périphérie qu’il n’aurait jamais dû quitter. Merci à Charly pour ce rappel. (Di som oa a mun’a Bonanjo).



Impressions subjectives sur Scènes d’Eté à la Villette : Etienne Mbappe un artiste embrasé (suite et fin)

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Le son d’Etienne Mbappe au service du sens

Il y a eu des moments magiques comme ceux durant lesquels les choristes étaient sur la pelouse. Nous étions les choristes. Nous avons, unis avec la scène chanté un classique du répertoire de la musique camerounaise et particulièrement du peuple Sawa (peuple de la côte) mon peuple, mes racines, mes fondations. Ce classique est la complainte du riverain qui se lamente sur la déliquescence de ce qui fait l’assise identitaire des Sawa. C’est l’impérissable  » mbemb’a mot’a sawa «  d’Eboa Lottin. Un moment magique, mystique, unique, et inoubliable. Une communion de cœurs et de soupirs pour notre peuple qui s’unissaient aux larmes prophétiques d’Eboa Lottin versées il y a des décennies pour le peuple de ses pères, de nos pères. Soupirs amplifiés par la distance. Un moment comme je les aime, un moment qui touche l’âme. La musique d’Etienne Mbappe n’occupe pas le vide sémantique par une profusion de sons. Les sons encadrent du sens, de la substance, de la profondeur. Respects. Merci à lui pour ce moment merveilleux.

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-63.jpg image by maddyspaceIl y a eu le moment où le chanteur et ses musiciens nous ont entraîné dans le chant  » Alane «  (emmène moi chez moi). Quelques cloisons internes se sont ouvertes pour laisser passer les larmes qui font écho aux profonds sentiments de solitudes nés de la distance de sa terre natale. Il y a ces morcellements cachés qui coulent en larmes. J’avais à côté de moi mon amie de toujours, mon amie d’enfance, ma sœur dont les yeux laissaient couler des larmes. Nous n’étions pas les seuls. Unis à la voix d’Etienne nos cœurs criaient  » emmène moi chez moi, là où j’ai poussé mon premier cri ». « Dis aux miens que je reviendrai et nous danserons et chanterons encore ensemble ». Comment ne pas verser de larmes quand la distance nous rappelle les défections fondamentales liées, à l’absence, à la conscience que là bas la vie continue et se construit sans nous et nous habille progressivent d’une inquiétante étrangeté ? Etrangers partout…(Na yo nde). « Alane » notre madeleine de Proust. C’était un moment unique. Pardon aux musiciens si nous avons écorché ces deux chants, mais il nous eût été impossible de ne pas chanter notre chant à tous en même temps que vous. De ne pas chanter ce chant né des hurlements intérieurs et de nos éloignements communs. Ce chant qui s’écoule de nos larmes d’altérité. C’est ce chant fondamental que l’artiste a su entendre au fond de lui, le recevoir et nous l’offrir comme un support à nos émotions et à nos solitudes. En toute subobjectivité je dis qu’il y a une dimension poétique et quasi prophétique dans la musique d’Etienne Mbappe. Et vous savez quoi, il a enchaîné avec Cameroun o mulema. Obligée de chanter avec lui, avec eux le Cameroun que nous avons au cœur. Caramba y carambistouille ça c’est un concert ! Les choristes de la pelouse de la Villette étaient en poste. Nous avons dansé sur Miso ma munami (les yeux de mon fils), sur une version énergique et maîtrisée de Yen Etom (cette dette) et sur cette chanson la basse me met la tête à l’envers. Et puis il y a eu  » Sansanboy «  qui a permis à la chanteuse PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-54.jpg image by maddyspaceCate Petit (Endalle Bosadi comme l’appelle le chanteur) de livrer à la fois sa maîtrise vocale et sa capacité à se livrer à de surprenantes danses. Elle doit être un peu contorsionniste à ses heures perdues. Elle a une voix superbe et est très expressive quand elle chante. Et quand elle chante en Duala il y a ce petit quelque chose qui habille les mots d’un charme singulier. Elle est Endalle Bosadi, et puis c’est tout ! La chanteuse est un visage radieux de la rencontre des mondes. La musique est décidément un pont efficace entre les peuples.

 

Générosité d’artiste

J’ai aimé la générosité du chanteur qui laisse exister les musiciens. Il attire l’attention du public sur chacun des musiciens, et plusieurs fois encore. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-64.jpg image by maddyspaceLe guitariste n’a pas usurpé sa place dans le groupe. Saperlipopette sa guitare est polyglotte ! le violoniste a été mis en lumière plus d’une fois par Etienne, de même que le percussionniste du Burkina Faso dont le nom m’échappe. ce dernier nous a offert vers la fin du concert un solo de percussion qui semble venir des profondeurs

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-62.jpg picture by maddyspace

de l’Afrique pour résonner dans nos  » Afrique  » intimes. L’homme donne l’impression d’avoir en plus de ses deux mains des mains invisibles qui viennent faire résonner ses instruments sans qu’il donne l’impression de souffrir le moins du monde. Les percussions sont un langage qui me parle décidément de plus en plus.

 

J’ai aimé ce concert d’abord parce que l’univers qu’offre la musique d’Etienne Mbappe fait écho en moi parce et parce que la qualité de sa musique est exceptionnelle. Mais au delà de ça il y a la maîtrise de la musique, de l’espace sans effets inutiles et surfaits. Quand il est arrivé sur scène pas besoin de manières, il est là et c’est tout, comme une évidence et la basse résonne. C’est l’instrument qui nous dit qu’il est le boss. L’artiste n’est pas dans le trip  » voyez comme je suis bon. Vous êtes épatés ? « . Si tel était le cas, il ne me toucherait pas. Ceux qui s’épatent eux même n’ont pas besoin de notre admiration n’est-ce pas ? Non, Etienne Mbappe n’a pas besoin de faire dans la surenchère, il n’en a pas besoin. Son talent s’impose. Sa basse l’impose. Ses textes et sa musique explosent et nous sommes avec lui. Il peut s’autoriser l’assurance tranquille de ceux qui sont doués et travaillent, et qui font de la musique pour dire quelque chose, communiquer, partager. Tant qu’il restera comme ça je resterai.

Il paraît que les bonnes choses ont une fin. Voici venir la fin du concert. Pas déjà !L’homme et ses musiciens nous saluent et prétendent s’en aller. C’est trop brutal. Ca ne peut être fini ! Pas comme ça. Pas en laissant des points de suspension entre nous. Il n’a pas chanté Bonendale. Une protestation monde de la pelouse à coup de « une autre » et de « Bonendale ». Devinez de qui vient la seconde expression Clin doeil? Non le chanteur nous fait le coup de la fausse fin. Il ne peut en être autrement. J’en guette la confirmation sur les visages des siens qui me rassurent. Il revient. Yes ! Bonenedale arrive. Non ce ne sera pas ma chanson vitamineMecontent, mais il met quand même le feu sur place. Et plutôt deux fois qu’une ! Who’s the boss ?

Etienne Mbappe n’a pas de mal à mettre le feu à la scène et à le communiquer à l’auditoire parce qu’il est visiblement habité par un feu intérieur fait de passion pour la musique et pour ses racines. Parce qu’il semble habité par ce feu intérieur qui fait qu’un humain, dans sa sphère d’activité repousse les limites connues et apparemment établies pour ouvrir des ailleurs et de surprenants autrements. Avez vous entendu le solo rock du plus bel effet au coeur de Na Yo nde ? Ailleurs et autrement. Le talent et la grâce rendent l’insoupçonné matériel. C’est par ce feu intérieur que ces êtres d’exception communiquent aux autres leurs embrasements, et l’on peut ainsi affirmer avec l’un d’eux que le véhicule identitaire des Sawa ne sombrera pas (Bolo Bwa Sawa). C’est ce feu que l’on transmet à ses pairs et à la génération qui vient et l’on peut voir du changement dans les fondements de la culture. Pour moi Etienne Mbappe n’est pas un bassiste qui chante c’est un artiste complet qui communique le feu intérieur, le monde qui l’habite par son instrument, par sa musique, par ses mots et par sa voix. En ce sens, l’album Su la take est porteur de feu pour qui l’écoute et l’entend.

Pour revenir à mes contrariétés de départ, vous savez quoi ? j’ai acheté un autre CD et je suis repartie avec une dédicace. J’ai désormais deux CD un pour la semaine et un pour le week-end (hi hi)  » Etiennobarge, vous avez dit Etiennobarge ? Mais nooooooooooon !!!Rire

Et dans la rubrique les jaloux vont maigrir….

J’ai rencontré l’artiste backstage et le peu que j’ai entrevu derrière de l’homme derrière le musicien ne déçoit pas. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-74.jpg image by maddyspaceL’Etienneaddiction me guette en toute subobjectivité cela va sans dire. Merci aussi pour la gentillesse et la disponibilité. Etienne Mbappe la classe ! Assia à vous les jaloux, quand je vous disais de venir à la Villette…

Maigrir avant de périr comme on dit par chez nous Cool

PhotosconcertEtienneMbappeetSimonNw.jpg picture by maddyspace

Merci à l’artiste pour ce concert incroyable. Je lui pardonne de m’avoir privée de Bonendale et je sais que lors d’un prochain concert je pourrai reprendre ma nationalité  » Bonendale  » le temps d’un concert avant d’être rendue au Bonatene de mes pères.



Impressions subjectives sur Scènes d’Eté à la Villette (deuxième partie) : Etienne Mbappe un artiste embrasé

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-58.jpg picture by maddyspaceIl est plus de dix neuf heure trente. C’est l’heure du boss. C’est l’heure d’Etienne. Mes pendules internes se mettent à l’heure de l’artiste à l’interconnexion de Misiya et de Su la take. Je sais avec une certitude inébranlable que le moment qui se prépare sera mémorable. Il ne peut en être autrement. La gestation de l’instant aura été faite de patience et d’extase différée. Ce que j’anticipe se révélera en deçà de la réalité. Pourtant mes anticipations nourries à ses deux albums et à son concert avaient mis la barre très haut. Je ne veux rien rater depuis son entrée jusqu’à la fin du concert que j’espère la plus tardive. On est Ngolo wake (boulimique) ou on ne l’est pas. Assise sur l’herbe au milieu de mes amis qui se trouvent être de la famille de l’artiste nous sommes chauffés à bloc. Le rendez-vous manqué de juin me rend l’instant d’autant plus essentiel que Paris ne semble pas être dans les prochaines dates d’Etienne Mbappe. Devant nous arrive la famille du vitrier et les fils de  » Claire « . Ils nous voilent l’arrivée d’Etienne. La basse majestueuse nous dit qu’il est là. La famille du vitrier suite à une remarque s’écarte et laisse apparaître celui que nous attendions. L’homme porte des jeans et une chemise blanche imprimée. Ses mains comme à son habitude sont gantées et sur son visage sont déposées des lunettes fumées. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-66.jpg image by maddyspaceIl est accompagné d’un guitariste, d’un batteur, d’un percussionniste, d’un violoniste et de Cate Petit chanteuse et choriste. Il est là comme une évidence. C’est le boss et il le montrera par sa maîtrise scénique et musicale. Mais laissez moi faire un détour avant de revenir à la suite du concert…

 

 

L’affaire « Bonendale » ou une revisitation du syndrome de Stockholm

Avez-vous déjà écouté  » boomerang «  ? C’est un morceau de musique à tomber par terre tellement c’est abouti. C’est une chanson incroyable de beauté, de finesse, qui laisse transparaître le génie de Marcus Miller alors que sa voix qui se mêle à celle de Rafael Saadiq (ex Tony, Toni & Tone) portées par une superbe mélodie. Bijou musical, bijou vocal, bijou harmonique, c’est de l’or en barre ce morceau. Un caviar du meilleur choix, comme la saveur unique d’un ndole aux crevettes préparé par les mains aimantes d’une mère. C’est un alliage de saveurs, de senteurs, de sensations, d’impressions, un monde sensoriel qui s’ouvre le temps d’une bouchée ou de l’écoute d’un morceau. C’est court, c’est intense, c’est bon. Il n’y a pas si longtemps, je me laissais transporter dans de magnifiques hauteurs musicales par ce morceau. La case  » encore  » bien activée dans mon cerveau, je ne sais quasiment pas écouter ce morceau une seule fois puis, passer au suivant.. Avez-vous déjà été saisi par une musique qui, dès les premières notes capte vos sens et attention et vous retient jusqu’à la dernière note ? Boomerang est de ces morceaux de musique qui vous emporte dans un voyage incroyable. Tout y passe looping, dépressurisation, la totale, puis un atterrissage en douceur maîtrisé par le commandant de bord, sir Marcus lui même ! Vous voyez je me fais mes trip en musique et la descente ici est sans danger. No other drug for me ! C’est l’effet  » boomerang  » les amis. Vous ne connaissez pas ? Je vous encourage à vous procurer l’album magnifique qui lui sert d’écrin : « The essential Marcus Miller : Power «  Et la basse de Marcus au secours !  » Un grand n’est pas un petit ! «  comme on dirait par chez moi. Serais-je bass addicted ? Disons que l’affaire m’a attrapée du côté du lycée Joss il y a une demi-éternité et depuis… voilà quoi ! Bref la bass addiction est une piste à creuser. Tiens tiens, le lien avec Etienne Mbappe est trouvé. Quelle maîtrise n’est-ce pas ? Je m’épate moi même.

PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-6.jpg picture by maddyspace

Bref pour revenir à nos moutons, depuis dimanche, jour de la mémorable prestation d’Etienne Mbappe à la Villette, je suis incapable d’écouter  » boomerang « .  » What ? Quoi ? Comment ? Qué ? Na nje ? Quel rapport avec la choucroute ? «  Me direz-vous fort à propos. Figurez vous dans l’ordre des morceaux de musique dans mon lecteur MP3, il y a  » Bonendale « ,  » Boomerang «  et un savoureux  » bring it on home to me «  de George Benson et Al Jarreau. Et je suis bloquée sur Bonendale. Lambo la manyaka (c’est incroyable !) Ai-je besoin d’aller plus loin ? Pas besoin de vous expliquer ce qui m’arrive. Depuis dimanche je suis retenue prisonnière à Bonendale, dans un village de sons, de rythmes, de voix, voire d’onomatopées que je visite écoute après écoute et qui ne cessent de me surprendre encore et encore. Prise d’otage à Bonendale. Mais que fait la police ? Record d’écoute journalier de la chanson. A cette allure je la connaîtrais bientôt mieux que son auteurCool.

L’otage qui sympathise avec son ravisseur et épouse sa cause musicale. Otage volontaire, syndrome de Stockholm à Bonendale. Allo la police ?

Que voulez-vous ? L’album Su la take n’a pas de date de péremption ! Je sens le piège qui se profile à l’horizon. Le chanteur va encore nous faire le coup de cinq ans entre deux albums. Wèèèèèèèèèèèèèèèèèèèhhhhhhhhhh !Triste

Okay je ne suis pas normale si l’on en croit mes délires mais j’assume ! Je suis unique. Unique et modeste de surcroît Clin doeilRire. Bref, malgré la présence de ces bijoux de musicalité à deux encablures de Bonendale sur mon MP3, je n’ai pas réussi à traverser la frontière du village musical. Prise en otage dans la chanson, par les rythmes, par les épousailles subtiles de la basse et des percussions. Retenue captive par les ruptures et par de surprenantes onomatopées faites à contre temps. Vous avez entendu le « oooooooooohhhhhhhhh » et le contretemps du « aahhhhhhhhh » de Bonendale ? Je meurs sur place ! Caramba mais dis donc (prononcer didong) il a même appris ça où é eeeeeeee ? Comme on dirait par chez moi. Bato ba ye eeeeeeeee, venez nombreux ! Bonendale c’est une de ces chansons qui donne la pêche, qui vous arrache des terres de mélancolie pour laisser entrer la pêche. C’est mieux que le Prozac les gars. Cette chanson devrait être remboursée par la sécurité sociale. Bon j’en conviens je m’égare…

Tout ça pour dire que si la Villette était pour moi une évidence, j’y avais joint une évidence additive selon laquelle je danserais sur mon morceau vitamine. Forcément. C’était sans compter avec la programmation de l’artiste. Pfttt ! Ca m’apprendra ! Frustrée je suis ! ! ! ! Alors je me console en explorant MP3 à l’appui, la chanson qui m’a manqué. Tant de méchanceté a mun’a Bonendale ! ! ! ! Rire

En toute « subobjectivité », du bonheur en majuscule sur la pelouse de La Villette.

Oui mais comment tenir rigueur à un musicien et chanteur qui nous a offert deux heures d’un bonheur en majuscule ? Pas un seul déchet pendant le concert. Pas un moment de trop. Pas une approximation. Tout était en place, comme une évidence. Et je suis objective quand je le dis même si mes enthousiasmes pour le moins paroxystiques peuvent à la longue appeler la suspicion des âmes chagrines et faire douter de mon objectivité. Mettons nous d’accord sur un entre deux et fondons le concept de subobjectivité misant sur le fait que la vérité doit se trouver quelque part dans cet entre deux. La subobjectivité, hum j’aime cette notion car elle ouvre un droit intéressant à des fantaisies narrative qui me convient. Je conviens aisément aussi du fait que je ne me suis pas rendue au concert pour faire une écoute analytique et chirurgicale du moment. Je suis venue bien résolue à me laisser happer par un univers qui me touche et dont les échos résonnent en moi. Je suis venue déterminée à vivre un de ces instants qui suspendent le temps et vous déposent sur des rives euphoriques. PhotosconcertEtienneMbappeetSimo-63.jpg image by maddyspaceMission accomplie par monsieur Mbappe et ses musiciens. Ca a marché. Et pas que pour moi. J’ai en effet vu autour de moi des visages éblouis, j’ai entendu des cris et des acclamations qui matérialisaient le fait que le fil invisible et fragile qui unit un artiste à son public était en place. Nous pouvions ensemble construire le concert. Vous ne me croyez pas ? Demandez à l’artiste qui nous a remerciés, nous le public d’avoir participé à faire du concert une réussite. Qu’est-ce que vous croyez à la Villette le public était trié sur le volet. Nous ne sommes pas n’importe qui Clin doeilRire.

(à suivre)



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