Une musique dans la nuit belles prémices de l’album à venir de Fred Doumbe

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J’aime le cœur de la nuit pour mille et une raisons. Certaines d’entre elles sont dicibles d’autres plus personnelles. Mais quand la nuit fait descendre sur la scène de nos vies un rideau opaque obligeant nos yeux à faire des efforts pour discerner les choses et libérant parfois des insécurités dans les grandes villes elle apporte aussi des quiétudes et des silences qui permettent des détentes qu’offre rarement le jour. Le silence complice éveille une conscience de soi et des choses que ne permettent pas nos frénétiques journées. J’aime la nuit aussi parce que je la trouve créative pour moi. C’est la nuit que les mots viennent à moi sans entrave et m’offrent des voyages qui souvent me surprennent. J’aime écouter de la musique au cœur de la nuit parce qu’alors je peux l’entendre. Est-il possible que je sois chouette ? Pas la peine de monter sur vos grands chevaux en m’accusant de défaillance de modestie. La chouette dont il est question c’est la femelle du hibou. Ca y est on a retrouvé son calme ? Revenons à quelques uns de mes bonheurs nés au cœur de la nuit. Figurez vous que la nuit dernière j’ai reçu un bien joli cadeau. J’ai eu le privilège d’écouter en avant première un des morceaux du prochain album de Fred Doumbe, chanteur, compositeur et bassiste d’origine camerounaise. Comment ? Par quel circuit ? Ferais-je partie de ces pirates qui pillent les œuvres des artistes avant leur sortie et la diffusent en douce ? Que nenni mes amis. Si vous rêvez d’en entendre une note par mon entremise, autant essayer de puiser de l’eau avec une passoire ou avec une fourchette. Ca ira plus vite (hi hi).

Revenons à la chanson. Il n’est pas aisé de mettre des mots sur des émotions de l’instant et de fait j’ai conscience des limites de l’exercice. J’assume totalement la subjectivité de mes impressions sur la musique d’autant que mon rapport à la musique passe forcément par des sentiers intimes et personnels. J’aime quand une musique vient à moi, me prend par les sens, par l’émotion et me propose un dialogue, un voyage, et propose des danses à mon âme. Parce que la chanson que j’ai écoutée au cœur de la nuit a ouvert des portes de l’intime elle a retenu mon attention. Je la trouve magnifique pour bien des raisons. La musique a des arrangements d’une subtilité comme je les aime. C’est sans difficulté qu’elle a passé le test des paupières. Le test des paupières kezako ? Laissez-moi vous expliquer. Vous arrive-t-il quelquefois d’écouter de la musique et d’éprouver le besoin de vous soustraire à votre environnement pour être en osmose, en communion avec une musique ? Connaissez-vous cet appel de la musique qui vous invite à fermer les yeux et à entrer dans un de ces lieux dans lesquels la musique et l’auditeur cheminent ensemble tout en entretenant un dialogue ? Avez-vous déjà eu l’impression que la musique vient à votre rencontre et semble ouvrir en vous fenêtre après fenêtre simplement parce qu’elle a trouvé votre «  sésame ouvre-toi  » ? Combien j’aime ces moments, ces balbutiements de la relation à une musique, à une chanson que l’on découvre. Combien j’aime les anticipations que nous offrent les premières notes de musique ! Un peu anthropomorphique ce rapport à la musique ? Probablement. Mais de vous à moi, ne jugeons nous pas des choses au travers du prisme de nos socles de références conscients ou non ?

J’ai aimé la chanson de Fred Doumbe d’abord pour des raisons d’abord strictement musicales. En effet, la musique, les harmonies, les arrangements sont d’une belle subtilité. Aucun son en effet ne m’apparaît rédhibitoire par le fait de céder à la facile tentation du «  attend que je t’épate.  » Les sons s’emboîtent comme une évidence pour livrer une douce mélodie sans pour autant céder aux irritantes facilités qui vous obligent à rouvrir les yeux parce qu’un non sens est venu altérer la beauté de l’instant. Et puis le sens qui forcément rencontre mes chemins intérieurs puisque le chant parle d’une relation avec Celui qui est mon essentiel. Il raconte le voyage en prière de celui qui, devant la conscience de l’état du monde et celle de sa finitude en appelle à la transcendance pour trouver du secours pour lui et pour ses congénères. C’est un chant entre abandon et supplique. «  Sunga nin wase  » (Sauve cette terre) est une prière, une supplication, une complainte à laquelle les cuivres viennent apporter une profondeur et cette douce mélancolie propre à la valse que dansent l’espoir et  nos désespérances. En cela le chant est dans la filiation du blues et du gospel. Drôle sensation que celle d’avoir l’impression d’entendre clairement le langage d’un instrument qui semble entrer en prière, parler, et dire nos complaintes. Magnifique morceau que j’écoute en boucle. Encore et encore. C’est grave docteur ? Clin doeil

J’aime aussi la manière dont vocalement le chant commence tranquillement, à l’image d’une prière chuchotée dans la quiétude du matin. Puis, il monte comme montent ces cris intérieurs propres à cet échange là. Echange unique et antagonique qui voit lutter le désespoir et les entêtements de l’espérance. A force de l’écouter, en moins de 24 heures je le connais presque par cœur. Ah ! vivement l’album !

J’avais déjà été à la rencontre des musiques de Fred notamment sur My Space et les mélodies m’avaient accrochée. Encore un talent né du côté de ma terre qui me touchait. J’aime découvrir les talents qui font briller la richesse artistique du Cameroun. Plus le temps passe, plus ces musiques là, ces sons qui, même enrichis de l’ailleurs laissent passer comme un battement du cœur de ma terre qui me touche et m’habite. Il faut croire que l’ailleurs et la distance ramènent à soi. J’ai écouté apprécié les musiques de Fred Doumbe au fil de mes découvertes. Des musiques qui vous interpellent d’abord par leur qualité et, par la finesse des arrangements. Dans la musique de Fred Doumbe, l’influence du jazz est évidente, de même que celles de la musique funk, et cette double influence va à la rencontre des sons venus de sa terre natale. Je vous laisse découvrir sur My Space les arrangements de Mot’a Ikon qui pose dès l’entrée une ambiance jazzy. Mais alors que vous écoutez la chanson il y a un changement de rythme qui invite des guitares résolument Makossa. Le sons se suivent, s’unissent et se répondent sans rupture. En même temps il passe du duala, au français et à l’anglais avec aisance, comme si chaque langue était dans la continuité de l’autre. Une musique et des mots à la confluence de cultures diverses qui enrichissent sa musique.

1305897212_l.jpg picture by maddyspaceSur no sleep la basse résonne comme j’aime. Venez et écoutez et vous découvrirez qu’il y a des insomnies bienfaisantesCool. Ceux qui aiment le jazz fusion ne devraient pas être dépaysés en empruntant les sentiers ouverts par cette belle musique. Les influences de musiciens tels que Earl Klugh ou George Benson sont audibles. « Mais il arrive quand l’album ? ! ? »Triste Vous entend-je par l’imaginaire soupirer à l’écoute de ce morceau. Comme je vous comprends ! C’est le genre de musique qui vous transporte un lieu de détente dans la quiétude du soir, blotti dans un fauteuil, un verre à la main, ou mieux encore, au risque d’offusquer les âmes sensibles dans un bon bain pris les yeux clos, la musique à fond dans un casque, coupé du monde, seul avec la musique, seul avec cette beauté là. Se contenter de l’écoute via son PC ce n’est pas la même chose vous ne trouvez pas ? Vivement l’album !

Les quatre morceaux offerts à l’écoute sur My Space promettent des variétés dans la thématique des chansons tout en tournant autour de la relation à l’autre. Le musicien nous entraîne en musique dans l’exclusivité d’une relation amoureuse qui fait face à des vents contraires. We na mba (tu es avec moi) est à la fois une déclaration chantée et une prise de position contre les pollueurs de paix pour ceux qui s’aiment. Tout ceci sur une musique comme j’aime, tout en finesse et avec une intervention de la basse vers le milieu du chant du genre …hummmmmmm ! ! ! On n’est pas dans la démonstration, mais la basse est là pour le bonheur de mes écoutilles.

Puis la ballade en musique emmène à la rencontre d’une de ces personnes pernicieuses et rongées par l’envie. Vous savez celles qui vous polluent la vie et apportent la division dans les familles (mot’a Ikon). Avec Kongossa, (terme générique du Cameroun qui désigne les ragots médisances et autres calomnies réunies dans la même malveillance) l’on peut entendre une mise en garde et une mise en lumière des dégâts causés par ces langues infectées par le fiel et nourries à la méchanceté. Les langues de ceux qui trouvent leur jouissance dans la chute et dans le malheur de leur prochain. Il faut croire que les tours et détours du cœur humain laissent apparaître bien des gémellités qui défient les barrières culturelles et qui rendent les histoires singulières contées par un chanteur universelles. « Ils sont parmi nous » comme dirait David Vincent.Sourire

Ces prémices me laissent anticiper un bel album, soigné et abouti. J’ai parié avec moi qu’il le serait et je compte bien gagner mon pari (hi hi). Il me tarde de découvrir les autres chansons et de découvrir les arrangement ultimes de celles que j’ai entendues. Mon petit doigt m’a secrètement soufflé le nombre de chansons de l’album à venir mais je ne vous le dirai pas pour vous laisser le bonheur de la découverte au temps convenable.1000311732_l.jpg picture by maddyspace Si tout va bien, et il y a intérêt (soi dit en passant) il devrait être disponible en décembre.

En décembre ? Wow !!!! Mais qui a prétendu que que le père Noël n’existait pas ? (lol).

Je vous laisse découvrir sa musique :   

http://www.myspace.com/freddoumbe

Photos piquées sur My Space (oh la voleuse !!!!).Rire



Si vous croisez Toguy, dites lui…: hommage à Toto Guillaume.

Dans nos parcours de vie,  nous faisons des rencontres virtuelles ou réelles mais qui marquent nos mémoires, nos émotions, nos sens. Il y a dans ma mémoire des musiques qui sont le verso de la mémoire de mes racines. Ce sont des rencontres qui ont fondé mon rapport à la musique et qui sont en filigrane dans mes coups de foudres en musique. Ce billet inaugure mes hommages à ceux qui ont marqué ma mémoire au coeur du patrimoine musical de ma mémoire, de mon enfance, des sons de ma terre. Ce seront des hommages sans être des hagiographies, juste des rapports subjectifs à une musique, un artiste ou des anecdotes dans lesquels leur musique a une place. Ce sont des musiques qui font partie du patrimoine musical de mes terres intérieures. Laissez moi vous parler de Toto Guillaume, alias Toguy.

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Dans les années 70/80 au cœur de la profusion musicale ambiante, une nouvelle génération vient enrichir les sons du Makossa (musique née dans le littoral du Cameroun). Des voix, des chansons qui demeurent dans la mémoire collective comme des classiques. Emile Kangue, Nkotti François et bien d’autres signent des mélodies qui deviennent pour beaucoup des classiques. Dans cette nouvelle génération, un visage, une voix,  un talent, du génie, celui de Toto Guillaume, alias Toguy.
Je me souviens d’un album chez mes parents « les black styl’s à Paris ». Ah la pochette ! Tout un poème. Sur cette pochette, au cœur de la nouvelle génération, il était là, au milieu des autres mais offrant déjà les prémices des années d’éblouissements à venir pour ceux qui aiment le makossa et plus largement, la musique. Et pour ne rien gâcher l’homme est beau. Caramba papa enferme moi à la maison (hi hi) ! Le rapport à la musique est forcément subjectif mais le talent et la classe de Toguy sont de ceux qui font converger nos subjectivités vers des affirmations consensuelles. Affirmation consensuelle sur la qualité et l’originalité des mélodies qu’il a apportées au patrimoine musical Camerounais. Je vous encourage à le revisiter ou à aller à sa rencontre. Vous serez surpris de la modernité des sons et de la profondeur du sens. De Françoise à Dibena, de Issokoloko à Mont Koupé l’homme a déposé des joyaux dans ce patrimoine et des sourires dans bien des souvenirs. Il nous a aussi offert de belles émotions en nous invitant quelquefois dans ses intimes mélancolies. Je me souviens du cri bouleversant du fils à une mère exilée en terre de déraison « Na diane nyongi we, na diane nyongi…son binyo bweya mba ndedi ». J’ai encore besoin de ma mère ma mère criait il en substance dans Emene Marie. Ce chant de finira jamais de m’émouvoir. Qu’on le veuille ou non, et quels que soient nos âges la pensée de nos mères a le pouvoir de mettre l’adulte en pause pour inviter l’enfant à émerger. Quand la mère s’absente de cette manière ou pour toujours il y a en nous un enfant, en position fœtale qui crie
« j’ai encore besoin de ma maman s’il vous plaît ayez pitié de moi ».
Je me souviens aussi de Rosa et des surprises-parties de nos sages jeunesses (lol). Caramba qu’il était beau sur la pochette pensaient nos hormones adolescentes. Mes hormones adultes semblent du même avis mais ce n’est pas le propos.
Y a t-il quelqu’un qui comme moi entend dans sa mémoire la complainte chantée dans Angèle ?  « Angèle o Angèle o na bwa ne  eeeee », dès les premières notes nous prenions « air Toguy » portés par sa voix et sa guitare et nous montions. Pas besoin de parachute de sécurité nous savions que l’atterrissage serait maîtrisé par le savoir faire exceptionnel de Toto Guillaume. Alors c’est sans prendre de risque que j’ai souvent pris « Air Toguy ». Ce vol n’était pas du genre « Air peut-être » (private joke pour ceux qui ont connu les fantaisies horaires de Cameroon Airlines). Chez Toguy la qualité du voyage en musique était assurée. Je ne me souviens pas d’une seule déception à l’écoute de Toto Guillaume. Les subtiles percussions qui soutiennent la chanson Angèle demeurent modernes. C’était le temps durant lequel les chansons Makossa avaient toujours une rupture musicale vers le milieu pour nous obliger à changer le rythme de nos danses. Je me souviens que sur les pistes de danse nous attendions ces ruptures qui le temps d’un instant mettaient comme une osmose à nos trémoussements.
Oh le souvenir de « Dibena » ! Nous tournions et virevoltions sur son injonction chantée même si nous ne comprenions pas réellement l’essence du chant. Pour moi ce chant ne se ride pas « keka yombo le na mombwa nga o tondi mba ! » (Essaie de tourner et laisse moi voir que tu m’aimes). Pas moyen d’écouter cette chanson en restant stoïque. La chanson invite mes sourires et des contorsions corporelles.
Ce qui m’émerveille aussi chez celui que l’on appelle Toguy c’est la profondeur de ses paroles et comment il sait mettre en musique les proverbes et des expressions qui font partie du patrimoine Sawa (région cotière du littoral du Cameroun) charriant des images qui appartiennent à un être ensemble dans lequel chacun de nous rencontre un peu de lui. Parfois les images sont de celles qui participent de la dimension mystico-légendaire propre à nos cultures.
Je vous invite à vous plonger dans « Elimbi na ngomo » « Mbella na wuba », « Douala Mbedi na sawedi », « Ndom’a mumi », « o bia te ndolo »,  qui font de mon point de vue partie des classiques pérennes de la musique camerounaise. Il serait utile de les dépoussiérer pour rappeler à la jeune génération que la qualité ne vieillit pas. La musique de Toguy n’est pas de la musique fast food c’est de la musique pour gourmets. C’est une musique qui, si elle devait prendre des rides ne devrait prendre que des rides d’expression, comme celles que le bonheur dépose au coin des yeux et  des lèvres pour avoir souri, pour avoir ri, pour avoir vécu. La musique de Toguy est de celles qui traversent les décennies parce que le sens et le son y font bon ménage. Et même quand il se met au service de la musique d’autres chanteurs son génie et sa classe  éclatent sans entrave. Son boulot sur le Beneground de Douleur tutoient la perfection. Caramba. Mais où êtes vous Toguy ?
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Si vous croisez Toguy  dites-lui qu’il nous manque.
Si vous croisez Toguy  dites-lui que ses harmonies nous manquent.
Si vous croisez Toguy  dites-lui que son inventivité nous manque.
Si vous croisez Toguy dites-lui qu’au delà de tout, c’est lui qui tout entier manque à la musique.
Si vous croisez Toguy  dites-lui que si par hasard l’échange avec nous son public lui manquait, il peut revenir en confiance. Nombreux sont ceux à qui il manque et qui espèrent en son retour.

Si vous croisez Toguy, pensez juste à lui dire MERCI.

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L’Afro Ethno Jazz de Terrence Ngassa belle découverte au coeur de la nuit

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Au cours de mes pérégrinations musicales nocturnes, j’ai fait une belle rencontre et je ne résiste pas au plaisir de vous la partager. Au cœur de la nuit alors que je vais à la recherche de Satchmo, je découvre Terrence Ngassa. Ca y est elle a définitivement craqué la Malaïka vous direz vous. Que nenni les amis. J’ai découvert ce musicien, compositeur et chanteur dans un hommage à celui qui était l’objet de ma quête insomniaque. Le nom de celui que je découvre sur un détour m’interpelle parce qu’il m’est familier. Je sais que c’est un nom de chez moi. Mes sens sont en alerte forcément : Cameroun o mulema ponde yese wuma yese (le Cameroun au cœur tout le temps et partout) comme chante quelqu’un que je ne citerai pas pour une fois de peur de provoquer des overdosesLangue. Le Cameroun et moi, c’est viscéral, c’est profond, c’est intime. Le Cameroun m’est intrinsèque. Loin des yeux près du cœur ou comment un poncif s’habille des mes réalités intérieures. Ma terre, mes nostalgies, mes intimes respirations, que je rencontre dans les voix et les musiques qui jaillissent de nos sources communes. Sources nourries aux rythmes traditionnels, fontaines de nos mémoires communes.
Je l’entends d’abord dans un hommage à Louis Armstrong dans lequel le mimétisme vocal est troublant, mimétisme avec cette voix particulière qui caractérisait le Satchmo que l’on aime.  Curieuse et vorace de musique, passionnée des talents de ma terre natale, je ne peux laisser passer l’occasion d’aller à la rencontre de ce musicien au delà de l’hommage rendu à Louis Armstrong.  Je découvrirai plus tard et sans surprise que Louis Armstrong est une de ses principales influences musicales, de même que Dizzy Gillespie, Clifford Brown et Miles Davis. En découvrant l’univers de l’artiste on est dans la continuité du chemin frayé par ces grands anciens.

Pour moi la musique est souvent une rencontre, une rencontre avec un univers, un instrument, un instrumentiste de la voix ou de quelque autre instrument. A la recherche de Satchmo j’ai rencontré Terrence et j’en suis fort aise.  Me voilà de nouveau face à mon abyssale inculture musicaleCool. Comment est-il possible que je n’aie pas eu vent de l’existence de ce musicien d’origine camerounaise ? Y a du boulot l’amie ! Bon de vous à moi c’est plutôt rassurant, cela met en lumière l’incroyable vivier de talents et la variété des expressions artistiques de mon pays natal. La musique camerounaise n’est pas monochrome elle va de rythmes traditionnels à des ceux  qui allient tradition et rythmes venus d’ailleurs notamment ceux du jazz. Quand on écoute nos musiciens qui se sont laissés attirer dans la beauté du jazz, on remarque qu’il n’y a pas pour autant  eu de clonage stylistique et c’est tant mieux. Ceci prouve bien que chacun de nos musiciens imprime sa personnalité dans son appréhension et son imprégnation du et par le jazz. Le Progressive Afro Jazz de Jay Lou Ava, les incroyables revisitations du jazz par Gino Sitson et sa voix séraphique, le Bikutsi according to jazz d’Avline Ava, et tous ses autres talents dont je ne saurais faire la liste en un billet prouvent que bien des personnalités musicales si elles se sont révélées par le jazz ne s’y sont pas perdues au point de se dépersonnaliser. Ce soir en écoutant des interprétations de ce musicien, il me prend l’envie d’explorer davantage son univers et de me procurer rapidement son dernier opus « Ngassalogy vol 1 ». Qui est donc celui à qui je dois ces jolis moments au cœur de la nuit ? J’ai envie d’en savoir plus.

Terrence Ngassa est né à Bamenda dans le Cameroun occidental d’un père trompettiste (son père était  trumpet lead dans l’orchestre national du Cameroun) remarquable qui lui offre sa première trompette en 1989. Initiative inspirée n’est-ce pas ? Dès l’année suivante, le jeune Terrence joue dans l’orchestre de son lycée et commence à y faire ses classes en tant que musicien. Il y joue trois ans et se distingue très vite par son inclination pour le jazz. Cette inclination le conduira à former le Medium Jazz Quintet qui connaîtra en 1996 un grand succès lors du Festival de Jazz sous les Manguiers à Yaoundé.jazz_20030124a_Ngassa.jpg picture by maddyspace Ce festival sera sa première rampe de lancement. Ils entre dans la lumière, son talent comme celui du groupe s’expose et attire l’attention. D’autres opportunités s’offrent à lui notamment quand il remplace un musicien indisponible au Hilton et peut ainsi exprimer son art au contact d’autres musiciens d’horizons et d’arrière plans divers. Ces apprentissages au Cameroun seront des fondations utiles pour le temps de la maturité artistique qui plus tard s’exprimera. Le musicien rodera sa musique sur de nombreuses scènes africaines et européennes. En 2000 il a l’occasion d’étudier le jazz à l’académie de musique de Cologne ce qui lui permettra de toute évidence d’affiner sa technique. Aujourd’hui Terrence Ngassa sur scène est accompagné de fort belle manière par un sextet.

La découverte de Terrence Ngassa m’est d’autant plus agréable qu’elle me rappelle mes premières incursions dans cette musique avec pour guide mon père qui m’apprenait à  écouter le jazz, à isoler un instrument des autres pour l’écouter de manière prioritaire. et entendre le musicien. J’ai ainsi découvert Louis Armstrong (Satchmo), Duke Ellington, et j’ai commencé à écouter Miles Davis.

Le jazz de Terrence Ngassa tout en étant résolument moderne n’a pas rompu le lien avec les grands aînés. Si êtes amateurs de jazz classique, en écoutant Big Man vous devriez vous sentir comme à la maison. Laissez-vous porter par le solo et vous m’en direz des nouvelles. Talent quand tu nous tiens !

Big Man
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Dans sa musique se glissent des rythmes caractéristiques de l’ouest du Cameroun. Un mariage réussi et ma foi fort agréable. J’aime la diversité des rythmes de ma terre et cette variété de sons qui racontent la variété qui est intrinsèque à l’être camerounais. Ecouter « haya haya » appelle en moi des mouvements saccadés des épaules en réponse aux images mentales qui défilent dans ma mémoire à l’écoute  de cette musique. Des onomatopées singulières typiques à la région Bamiléké sont là en filigrane dans la chanson. Bien qu’allochtone à cette culture  je trouve une place ce soir pur l’habiter par le biais de la musique.  Le peu que je sais d’elle, notamment par une amie très chère  remonte au rythme de ces onomatopées soutenues par des percussions. Puis vient la trompette jazz qui épouse les rythmes du pays Bamiléké comme une évidence. Je dis « monsieur ! ». Je vous invite à découvrir  ce chant, il devrait vous surprendre fort agréablement et je ne serais pas surprise qu’en vous se lèvent comme des envies de le suivre en dansant, au rythme de vos coeurs, par delà les frontières culturelles.

Karambani est un morceau qui donne l’impression de vous transporter à la nouvelle Orléans et semble en même temps vous rappeler de par sa musique de fond que la Nouvelle Orléans a des racines africaines.

Kassava Manioc est une intéressante ode à des saveurs alimentaires typiques de toutes les variétés de plats que l’on fait à partir du manioc (du foufou au miondo, au tapioca, en passant par le bobolo). Kassava manioc que je reçois en l’écoutant comme un trait d’union entre les peuples dans un pays aux cultures éclatées voire antagoniques. Est-ce ce qu’il a voulu communiquer je ne saurais l’affirmer mais c’est ce qui m’arrive par cette musique dans la douceur de la nuit. Le manioc dans ses mutations demeure une constante dans l’alimentation du Cameroun et de l’Afrique. Intéressante clé d’entrée. J’ai aimé le suivre dans ses improvisation alimentaires. Merci Terrence pour ce voyage dans le Cameroun par le prisme d’un tubercule. Le talent n’est-il pas aussi la capacité de se saisir de l’ordinaire pour le parer d’extraordinaire ?

Bamsoom devrait faire danser les mémoires de bien des Camerounais dont les racines se trouvent du côté de l’ouest du Cameroun. Entendez vous la subtilité des arrangements tout en étant totalement dans la musique traditionnelle ?

Ce monsieur m’est décidément une intéressante découverte.

J’ai aimé découvrir « praise for the twins » dans lequel la langue qu’il chante s’enveloppe des sonorités jazz sans sembler allogène. 

Je vous laisse découvrir « Praise for the twins » qui est une autre confirmation que les langues d’Afrique sont « solubles » dans le jazz sans le dénaturer. 

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Puis j’ai découvert Sok Chen qui  mêle de fort belle manière le jazz qui est sien aux les rythmes de sa région d’origine. En écoutant cette musique il me revient des danses traditionnelles vues ça et là dans mon pays. Il me semble voir des femmes en vêtements traditionnels se livrer à des danses typiques de la région occidentale du Cameroun. La pureté du jazz est là, sa beauté acoustique et les rythmes africains qui viennent l’enrichir, l’élargir sont là comme une évidence, comme si le jazz et l’Afrique avaient toujours été liés comme si entre le jazz et les sonorités africaine il y avait toujours eu une continuité qu’il suffisait de trouver. L’Afro Ethno Jazz de Terrence Ngassa en est une démonstration qui vient m’émerveiller dans la quiétude du soir.

 Sok Chen
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Je le découvre virtuose de la trompette, compositeur de talent. En écoutant ce monsieur, en repensant à d’autres musiciens de talent de mon pays, en pensant à tous ceux dont la musique enchante mes sens et ravit mon âme, je me dis que la musique est décidément un beau trait d’union transethnique dans un pays gangrené par un tribalisme latent conscient ou non. Et dans mes utopies je me dis qu’en écoutant la musique portée par des musiciens de talents, la beauté de la culture de l’autre, celui qui vient d’ailleurs pourrait arriver jusqu’à nous, nous ouvrant à la beauté d’une autre culture. Et je me laisse aller à une rêverie que j’espère ne pas être un mirage, celle de voir la musique saper peu à peu les fondations de ces murs érigés entre les ethnies par ceux qui depuis des décades ont intérêt à diviser pour mieux régner. Je me prends à rêver de voir la musique jeter des ponts entre les peuples de ma terre, et plus largement entre les peuples de la terre. Je me prends à rêver qu’à l’intérieur de nous aussi, les murs tombent.  Est-ce en cela que la musique adoucit les mœurs ? Peut être.  Si tel était le cas, alors je veux davantage de musique ! 

Vous pouvez explorer davantage son univers musicale en allant sur My Space.

 http://www.myspace.com/terrencengassa

   



On l’appelait Hoïgen Ekwalla

hekwala.jpg picture by maddyspaceJeudi 23 octobre, j’étais devant une salle de spectacle anticipant avec bonheur les moments que seule la musique, quand elle est bonne, me procure. En attendant que les portes s’ouvrent pour ouvrir une parenthèse enchantée de deux heures je devisais sur le trottoir avec des visages familiers venus au concert. Et voici qu’entre deux locutions, j’entends un  murmure qui résonne comme un explosion : « Hoigen Ekwalla est mort ». Cette nouvelle qui explose m’arrive comme importune, inappropriée, indécente. Indécente comme la mort qui frappe trop tôt. Obscène comme la mort qui vient inscrire une indicible plaie dans le cœur et dans les émotions d’une mère. Incongrue comme la mort qui vient priver d’un père ce fils dont il parlait dans sa chanson Mimi. Inconvenant comme la mort qui vient priver une sœur de son frère cadet. Face au flot qui monte sur ce trottoir parisien, mon refuge c’est le déni. Dénégation pour différer l’assomption de cette nouvelle, pour l’exporter de l’instant que je vis sachant que forcément elle reviendra.

Plus tard, quand la nouvelle trouve un chemin vers ma conscience, les souvenirs remontent et bizarrement ce n’est pas en premier le son de sa voix ou de sa musique, ce sont des images arrêtées issues de ma mémoire de lui. Image d’un sourire lumineux qui semblait vous inviter à lui sourire en retour, image d’une stature imposante et de trémoussements sur fond d’une musique que je n’entends pas. Je le vois bouger, je n’entends pas la musique, comme pour me dire que la voix s’est éteinte, comme pour me rappeler que derrière la figure publique il y avait l’homme et que les plus grandes douleurs sont celles de ceux qui viennent de perdre l’homme privé. Mes empathies s’élargissent vers eux forcément. Je lui découvre au fil des hommages une mère, une sœur aînée, un fils, une nièce et bien que sachant que la liste des blessés de l’intime n’est pas exhaustive ces quatre figures me touchent et m’émeuvent.
Mourir à 49 ans ! Perdre la vie à un âge où la maturité et l’expérience permettent aux hommes et aux artistes de savoir où ils veulent aller et leur donne d’offrir des œuvre plus abouties qu’avant pour peu qu’ils ne cèdent pas à la tentation de la facilité.

Hoïgen Ekwalla, découragé comme nombre de ses confrères par la piraterie qui gangrène le monde musical au Cameroun (selon le chanteur, la piraterie était en elle même une industrie) et peut être aussi par les hérésies des sociétés des droits d’auteurs avait pris le parti de renoncer à s’exprimer par la musique en 2003. Cinq années de silence qui ont dû lui être difficiles. En effet, quand on est artiste et que l’on chante parce que cela participe de ce que l’on est, être privé de la possibilité de s’exprimer doit faire lever parfois de sourdes agonies. Quand on chante parce que l’on a des choses à dire par delà les désirs de reconnaissance et de célébrité qui font pousser sur la scène musicale camerounaise des « chanteurs » au talent discutable, et que des raisons telles que la piraterie vous contraignent au silence, de secrètes douleurs doivent naître en celui qui se tait. Un artiste bâillonné hurle de l’intérieur. Si l’on en croit ses proches parmi lesquels Djene Djento, Hoïgen Ekwalla  s’apprêtait à revenir avec un album en 2009 et voici que la mort, traîtresse, a interrompu le vol d’un autre artiste de chez nous. Fauché dans son élan de vie.
Il y a quelques jours en effet, le Cameroun perdait un de ses bassistes de talent Doumbe Djengue foudroyé par la maladie à quarante cinq ans. Il y a quelques jours j’assistais à l’adieu douloureux de cet homme au sourire invitant. Et qui ne se souvient de la claque prise à la nouvelle de la mort prématurée de Tom Yoms ? Et je ne cite que ceux là. Et voici que Hoïgen Ekwalla est fauché dans la fleur de l’âge, dans cet âge où le potentiel artistique, intellectuel et humain se rencontrent dans une belle maturité et peuvent permettre d’intelligentes évolutions artistiques et offrir de belles œuvres au public. Des points de suspensions disent désormais l’inachèvement d’une vie et d’une carrière artistique ravies en plein vol.
Si nous connaissons un peu l’artiste, si nous regrettons les richesses qu’il ne dévoilera pas, mes pensées vont vers sa mère, sa sœur aînée, sa descendance et tous les siens qui eux, perdent l’homme dans les coulisses.

Je ne prétendrais pas avoir été une inconditionnelle de Hoïgen Ekwalla, mais ses succès ont accompagné mes danses d’adolescente et de jeune adulte. Je me souviens que de le voir danser nous faisaient rire mes amis et moi et nous essayions de reproduire ce mouvement particulier qui allait de la tête aux pieds, la tête et les épaules s’accordant pour une indescriptible cadence. Hoïgen Ekwalla n’était de toute évidence pas un danseur ! L’expression « shuba shuba » est de celles qui fait sourire mes souvenirs parce qu’elle ouvre les boulevards de la mémoire ramenant les rires et les insouciances des temps d’avant. La musique a cette force, celle de s’unir comme une seconde peau à nos souvenirs et il suffit de quelques notes pour ouvrir la mémoire. J’ai aussi le souvenir qu’il est de ceux qui n’avaient pas dénaturé l’essence du makossa par d’insupportables tentatives hybrides pour attraper quelque succès, et qui accouchaient d’hérésies sonores. La pureté du Makossa à laquelle il demeurait fidèle lui avait permis d’avoir un disque d’or avec le fameux « chat botté » preuve qu’il aura eu raison de rester fidèle aux fondements de la musique née dans la guitare de Nelle Eyoum Emmanuel un autre fils de Deïdo.
J’ai découvert ce chanteur dans une époque durant laquelle je n’écoutais plus tellement le makossa à quelques exceptions près. Mais comme nous partagions le fait de venir de Deïdo et solidarité oblige j’étais fière de lui comme avant lui de Ben Decca. Il était par ailleurs de la famille de connaissances d’alors. Double raison de l’adopter n’est-ce pas ? Mais au delà de ça, sa musique était bien agréable et enchantait nos concerts scolaires du temps du Lycée Joss. C’est ainsi qu’il s’est inscrit dans la toile de fond inconsciente des « presque de la famille » comme un cousin lointain dont on n’a pas nécessairement de nouvelles mais que l’on sait présent dont on sait qu’on aura des nouvelles et dont la nouvelle de la mort vous pétrifie parce que vous savez que les rencontres n’auront plus lieu.
Je me souviens que les tentatives d’affirmation féministes de mes jeunes années se heurtaient à « femme il faut supporter » c’est le mariage.
Et puis il y a eu des chansons telles que Mun’a Nyuwé qui appelle des résonances. Hoïgen Ekwalla avait perdu son père à l’âge de cinq ans. Quand on est orphelin on en garde la trace à toujours.
L’homme aura laissé un répertoire musicale dans lesquels plusieurs pourront puiser, et pourquoi pas s’identifier à ces mélancolies qui étaient sous-jacentes à la musique de Hoïgen. D’autres, pris dans la complexité des rapports hommes et femmes pourront se reconnaître dans les mots de Femmes il faut supporter ou bila o diba (le combat dans le mariage) . D’autres viendront simplement se laisser porter par Longue di titi nika (la vie n’est pas comme ça), par Ndome ou par Ebol’a ngosso (le chant comme métier) ou encore par la joie.
Aussi longtemps que les uns et les autres se poseront pour écouter sa musique ou pour danser sur elle, quelque chose de lui traversera les temps et sera un défi à cette mort cruelle.
Pour l’avoir connu par procuration, un peu par sa musique, un peu par sa famille, un peu par des personnes plus près de moi dont il était proche, les mémoires s’accordent pour  laisser de lui une impression d’élégance intérieure et de joie de vivre que soulignent ceux qui l’ont perdu « Il était attentionné et plein d’affection. Il avait un esprit paternel et répandait la joie de vivre»,

Ses collègues musiciens mettent en avant le fait qu’il était travailleur et perfectionniste.
Alors que j’écris ces lignes, même si je ne sais rien des conditions spécifiques qui entourent le décès prématuré de Hoïgen Ekwalla, la pensée d’autres artistes morts parfois dans des conditions inacceptables hante ma mémoire. La pensée d’un jeune chanteur que l’on dit entre la vie et la mort au Cameroun me fait frémir. La pensée de Messi Martin,  Essindi Mindja, JM Kankan et bien d’autres encore assaille ma mémoire.
La pensée de grands anciens qui sont peut être dans des situations précaires hante mes pensées. Je ne voudrais pas les citer pour ne pas heurter les éventuelles superstitions des uns et des autres mais est-il normal que des personnes qui ont fait rayonner la culture et les arts de chez nous parfois par delà les frontières se retrouvent dans un état d’indigence et connaissent des fins pathétiques ? Cela m’interroge en pensant à un jeune chanteur camerounais rescapé d’un accident de la route dont je parlais plus haut et que j’espère voir accéder aux meilleurs des soins. Cela laisse pensif sur l’état des lieux du milieu de la culture et de la politique culturelle du Cameroun. Mais je m’égare…

Ekwalla Mpouli Eugène est mort ce jeudi 23 octobre 2008 à l’hôpital Laquintinie autour de neuf heures du matin au pavillon Samuel Kondo. La nouvelle de sa mort a laissé pétrifiés ceux qui l’ont apprise parce que le souvenir de son sourire rend d’autant plus l’idée de mort indécente. Le souvenir de sa joie de vivre qui semblait rendre allogène tout ce qui ressemblait à la mort n’en rend que plus insupportable cette perte précoce. Le souvenir de la joie qu’il dispensait ne laissait pas présager que prématurément, son nom se lierait à l’indicible tristesse qui désormais s’y attache.
On l’appelait Hoïgen Ekwalla.
Il nous laisse la sensation que l’histoire aurait pu continuer, s’écrire encore, s’écrire autrement, et pourquoi pas de belle manière.
Mes pensées émues et respectueuses vont à sa famille. Trouvera t-elle quelque consolation dans le fait que de nombreuses personnes l’aimaient et l’admiraient ? Je l’espère, même si cette forme de consolation n’est que superficielle voire dérisoire. Mais si les hommages pouvaient participer à mettre des moments de pause dans la peine, alors j’espère qu’ils entendront, liront et verront les nombreux hommages qui viennent de divers continents pour dire ce que celui qui est parti a apporté par sa musique et par ce qu’il dégageait. J’espère que le fait de savoir que même si son passage sur terre aura somme toute été bref, il aura marqué des vies par son sourire, par sa voix, par le son de sa guitare, par sa musique, par sa présence scénique. « Il faut supporter » chantait Hoïgen. Comment ceux qui restent supporteront-ils ce qui vient de leur tomber dessus ?
L’offrande de nos prières, si nous sommes croyants pourraient être utiles et participer à aider la famille éprouvée à supporter l’insupportable, à surmonter l’insurmontable, à vivre sans lui pour le reste de leurs parcours de vie.

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Puisse l’âme de l’homme reposer en paix.
Puisse la musique de l’artiste résonner encore, comme un défi à l’indécence de la prématurité de sa mort.

R.I.P. Hoïgen Ekwalla.



J’ai vu s’ouvrir un de ces entre-deux magiques qui suspendent le temps et élargissent l’espace : impressions subjectives sur le show case d’Etienne Mbappe au Comedy Club (troisième partie)

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Il y a aussi eu la concrétisation de mon rendez-vous avec la chanson que j’attends sur scène depuis le printemps : Bonendale. A chacun ses addictions. L’attente en valait la peine. Caramba y carambistouille mes pieds ne touchaient plus terre. Etre obligée de rester assise à ce moment là relève de la torture. Il a introduit ma chanson vitamine par un «  mini mini mini mini ya mini mini » qui a eu la vertu d’ouvrir un boulevard dans les mémoires de ceux qui ont eu ce chant comme compagnon de leurs jeux d’enfants du côté de ma terre natale. Ce chant qu’il nous fait reprendre en chœur est une belle escale avant d’arriver à Bonendale. Ce chant qui arrive comme une suite à nos jeux d’enfants raconte l’enfance du chanteur. Ingénieux n’est-ce pas ?  Et en plus la chanson était pour moi et pour moi toute seule. Tous les autres spectateurs n’étaient que des figurants de mon enchantement de l’instant. Comme vous pouvez le constater, l’option centre du monde prise à la naissance ne s’est pas arrangée. CoolVous vous imaginez vivre un tel moment coincé sur une banquette ? Je mérite une médaille pour y avoir survécu. Vivre Bonendale assise sur une banquette est aussi incongru que d’essayer de boire de l’eau en se servant d’une fourchette !

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Le groupe Su la take qui accompagne Etienne Mbappe est constitué de Cate Petit, ravissante chanteuse aux visage expressif et aux contorsions corporelles qui font d’elle par adoption une fille du Cameroun. Cédric guitariste virtuose dont nom m’échappe de même que celui de Nicolas le batteur qui de temps en temps se mue en Shiva pour jouer comme s’il lui poussait de partout des bras invisibles. Il nous a offert un solo surprenant de maîtrise. Bravo à lui. Et il y a le violoniste dont je n’ai saisi ni le nom ni le prénom, mais dont je sais qu’il a des yeux magnifiques. Heu… J’ai aussi remarqué la beauté du son de son violon. Il en joue avec grâce. Par petites touches, il apporte du brillant à la musique de l’ensemble. Souvent Etienne à l’écoute du son de son violon lui jette un regard qui en dit long sur la beauté qui se dégage de l’instrument. Le groupe Su la Take est un bien beau groupe et une évidente complicité unit le chanteur et son groupe. Des regards et sourires approbateurs, de discrets hochements de tête, des moment de duo comme avec le guitariste (magique) la complicité avec Cate et le mariage subtil de leurs voix sur l’émouvant «  o mwititi  »

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Oh la voix de la chanteuse sur ce chant, l’émotion dans son regard dans ce chant qui parle de la solitude et des douleurs de l’abandon. Sur ce chant Etienne Mbappe se fait choriste et laisse briller la voix de Cate Petit qui par moments offre de superbes graves. Joli moment.

Je ne saurai raconter ce concert de manière chronologique parce que les lois naturelles étaient pour moi en pause et je ne peux que livrer les impressions durant ce concert, les émotions offertes par les chants. J’ai aimé qu’il reprenne un classique d’Eboa Lottin auquel la proclamation sur son «  bolo bwa Sawa  » à la fin du concert est un bel écho. Résonance qui nous dit que le témoin est passé entre deux artistes, entre deux génération.

J’ai dans la mémoire des moments comme l’intro formidable sur le chant «  Ee to kem  », ou la prestation de Cate Petit sur l’incontournable «  San san boy  ». Et il y a eu «  Alane  » madeleine de Proust pérenne qui sans cesse dépose comme du cristal au bords de mes cils. Alane, chant dans lequel le «  je  » du chanteur n’est pas étouffant. C’est un «  je  » inclusif et invitant qui permet une catharsis à celui qui le chante à son tour, pour peu qu’il connaisse les solitudes et les déconstructions propre aux déracinés. J’ai aimé la prière pour l’Afrique dans son chant Mukambilan. Un chant qui me touche comme une évidence. Décidément la soirée aura été d’une grande richesse. Malgré de petits soucis de sono et le fait de devoir apprendre la danse en position assise, j’ai passé une soirée magnifique. J’ai bien essayé de réclamer dix chansons de plus à la fin mais je n’ai pas été écoutée. Pfttt ! Quand j’ai vu monter sur scène un monsieur qui marquait par sa présence la fin imminente du concert, je me suis rendu compte qu’il était pratiquement une heure et demi du matin. Etienne Mbappe et Su la take m’avaient ouvert une brèche, cet entre deux qui fait que l’espace et le temps se dissolvent pour laisser place à la grâce d’un instant unique et par conséquent irremplaçable.«  La musique pour moi a toujours été, et demeurera le plus sûr endroit pour me réfugier, et plus encore lorsqu’elle est habillée de mots conteurs d’histoire. Et vous ?  » demande Etienne Mbappe sur la jaquette de son premier album.

Nous aussi Etienne. Et en nombre croissant. Nous aussi nous aimons nous réfugier dans la musique quand elle s’habille de mots conteurs d’histoire. Merci de n’avoir pas dérogé à cette ligne directrice d’un album sur l’autre et de l’avoir plutôt enrichie. Et cette musique et les mots qui l’habillent font que les auditeurs, pour peu qu’ils se donnent la peine d’entendre ont envie de rester. Ils restent parce ce qu’ils savent que les mots d’Etienne sont ceux de leurs âmes et sa basse est aussi le rythme de leurs cœurs, l’expression de ce qu’ils ressentent et ne savent pas dire. La musique d’Etienne s’habille complaintes sur l’état des lieux de la planète, de l’Afrique. Elle porte ses affirmations, ses proclamations sur la terre mère, notre Afrique qui donnent envie de lever le poing comme en leur temps les combattants pour les droits civiques. Ca m’est arrivé hier lors du concert, comme une évidence et comme une suprise. Etienne Mbappe est un artiste passeur de sens. Il est un artiste en ce qu’il a quelque chose à dire et l’art est au service de ce qu’il porte en lui. C’est parce les mots d’Etienne Mbappe ne sont pas des logorrhées insensées, mais des mots qui mis bout à bout sont conteurs d’histoire. Les mots et la musique d’Etienne nous parlent parce qu’ils parlent de nous depuis nos espaces de refuge micro identitaires à des espaces plus larges de l’expression de nos êtres. Des mots qui ont un sens et qui se posent sur de la musique

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La soirée a été riche en belles surprises parmi lesquelles la rencontre avec Noël Ekwabi bassiste d’origine camerounaise que j’avais entendu se déchaîner au printemps sur un concert de Jay Lou Ava. Lui aussi a une basse pyromane. Le Cameroun a donné à la musique des bassistes d’une classe folle. J’ai apprécié la simplicité et l’enthousiasme avec lequel il répondait à la musique d’Etienne Mbappe. J’aime croiser l’humilité dans les gens que je rencontre.

Il faisait un peu froid sur le trottoir en attendant d’entrer dans le Comedy Club mais ce qui devait suivre valait bien quelques grelottements sur un trottoir parisien. Je savais qu’à l’intérieur je n’allais pas tarder à me réchauffer. Je savais qu’il y avait du feu dans la basse de monsieur Etienne Mbappe. En sortant du Comedy Club, faisait-il froid sur le trottoir parisien ? Je l’ignore, j’emportais avec moi des réchauffements intérieurs comme je les aime et des étoiles dans les yeux. Si vous croisez de surprenants brillants dans mes yeux, je ne suis pas «  stone  » si ce n’est de musique, si ce n’est de la magie d’une soirée de toute beauté. Si vous croisez de surprenants brillants dans mes yeux, ne me réveillez pas.

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Pour conclure, figurez vous que j’ai pu assister à cette soirée pour avoir eu l’immense privilège d’être invitée par l’artiste soi même ! «  Les jaloux vont …  » Assia.

 



J’ai vu s’ouvrir un de ces entre-deux magique qui suspendent le temps et élargissent l’espace : impressions subjectives sur le show case d’Etienne Mbappe au Comedy Club (deuxième partie)

 

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L’art est vivant, il est vie, il est invitation. Celui qui vient à son contact et qui le désire peut y entrer. Il peut se laisser toucher, si l’expression artistique qui s’offre à lui trouve en lui quelque écho. Cet entre deux dans lequel nous invitent les véritables artistes est un lieu unique, un lieu qui défie les lois naturelles. Quand on est face à un artiste qui a quelque chose à dire, qui n’est pas dans une égotique mise en scène des surinflations du soi, alors on a l’impression que le temps et l’espace se font complices pour laisser affleurer un entre deux, un entre ciel et terre, lieu dans lequel les lois naturelles cèdent la place à la grâce de l’instant. Le temps semble suspendre son vol, l’on oublie que l’on porte une montre à son poignet. Happé, pris en otage par un artiste au talent éblouissant, il ne nous vient pas l’idée de regarder notre montre. On est ailleurs, oui on est dans l’un de ces entre deux auquel seuls les vrais artistes nous ouvrent l’accès.

Ce jeudi 23 octobre, j’ai eu l’immense privilège d’assister à un showcase au Comedy Club situé Boulevard Bonne nouvelle. Un concert d’Etienne Mbappe. Oui vous m’avez bien entendue. «  Encore lui ! ! ! mais elle nous saoule «  diront les âmes chagrines. «  Allez dire. C’est même quoi ? !  » répondrais-je si je me laissais aller à la cession de mes émotions à l’autorité de mes gènes de Deïdo (Ebele o boso en passant). Cependant mes éruptions volcaniques quasi génétiques sont domptées la plupart du temps par les couches de maîtrise de soi culturellement intégrées. Je me contente de me saisir d’un truisme pour vous rappeler que «   quand on aime on ne compte pas ». Par ailleurs, la tiédeur connais pas camarades ! Hi hi.

C’est en toute subobjectivité que je vous affirme que voir ce monsieur en concert est d’autant plus impressionnant qu’il semble en progression constante d’un concert à l’autre. Etienne Mbappe, retenez ce nom et si dans le couloir de quelque FNAC ou autre distributeur de musique vous croisiez son CD saisissez-le et laissez vous happer dans un entre deux d’où l’on ne saurait sortir indemne pour peu que l’on prenne le temps d’écouter et d’entendre. D’entendre battre le cœur de l’artiste au rythme de sa basse impériale, d’ouïr son âme s’entrebâiller au fil des sujets qu’il égrène en chanson. Si en revanche vous êtes en quête d’un dispensateur de musique ou de sons encadrant quelque vide sémantique, vous vous êtes trompés de lieu, la sortie c’est la deuxième porte à gauche (rires). Ici il y a du sens, de la consistance, et du son. En revanche si vous voulez entendre quelqu’un qui laisse passer son âme par la voix et par sa musique alors prenez un siège, vous êtes chez vous dans la musique d’Etienne Mbappe, laissez vous porter et inéluctablement la rencontre se fera. Foi de moi ! Etienne Mbappe est un artiste du genre «  caramba puissance manyaka  ».

Comme les meilleurs des vins, l’homme se pique du droit de se bonifier à chaque prestation. Entre juillet à la Villette et le showcase de jeudi dernier il a fait d’incroyables progrès dans sa manière de chanter, de poser sa voix. J’avoue en être impressionnée. Sa voix est incroyablement plus assurée. Il semble avoir travaillé suffisamment la technique pour s’en affranchir. Accéder à cette liberté qui fait que le chant résonne d’autant plus vrai. La voix d’Etienne peut ainsi passer de la mélopée à l’affirmation, monter descendre en toute assurance. C’est ainsi que les expressions de son âme d’artiste conscient du monde qui l’entoure jaillissent et arrivent jusqu’à nous avec force. Aye (yen etom) et mukambilan en sont une belle expression. C’est par le premier qu’il a débuté le concert. Sur yen etom la voix et la basse sont en osmose, disant la même chose parce qu’elles résonnent l’une et l’autre avec autorité. C’est un chant intéressant parce qu’il fait l’état des lieux des dettes que nous avons reçues en héritage du fait des gestions allant de la corruption, de la gabegie et autres prévarications. «  cette dette quand bien même nous voudrions la payer que ne nous le pourrions pas  ». Le «  aye  » est une onomatopée qui en un son dit le désespoir, l’impuissance, la solitude et la douleur des héritiers de la dette qui peuplent les pays qui sont aux racines de nos existence. C’est une onomatopée qui dit la douleur consternée face au sentiment d’impuissance. Etienne parle des «  laissés pour compte que nous sommes et qui entendons parler de l’immense dette qui fait ployer nos épaules  ». Endettés par naissance au cœur des ripailles de ceux qui ont pillé nos richesses. Un intérêt de cette chanson est qu’elle est sur rythme aux sonorités funky dans lesquels la basse peut s’exprimer sans entraves et en même temps l’africanité d’Etienne Mbappe le place dans la filiation des griots qui par leur chant portent les douleurs d’un peuple, d’une terre, d’un héritage. Ce double ancrage, ce métissage sont une des forces de cet artiste. Entre juillet et octobre la différence dans la façon de chanter est impressionnante. Pendant ce temps, sous la table mes pieds déclarent leur indépendance en réponse à ce qui se joue sur scène. Comment ne pas anticiper avec délices les autres rendez-vous sur scène et ce troisième album que j’attends déjà ? Comme vous le savez si vous m’avez déjà lue, j’ai pris entre autres l’option «  encore  » à la naissance. Je suis dans le cas d’espèce et en conscience ngolo wake (jamais rassasiée). Et vous savez quoi ? Je l’assume sans états d’âme. Quand il entame Miso ma munami ( les yeux de mon fils) un chant qui parle de la nécessité de la transmission de l’héritage culturel à sa descendance, un chant qui nous fait voir naître par anticipation des milliers d’étoiles dans les yeux de nos enfants. Vous comprenez pourquoi cette musique me touche au cœur ?

Dans la salle, une grande partie de l’auditoire avait du prendre une douche glacée avant de venir. Bon courage le groupe pour réchauffer cette banquise. La basse du boss va mettre tout le monde d’accord. En un chant ou deux il va mettre tout le monde d’accord par l’autorité avec laquelle son instrument résonne. Même ceux qui ont bu de l’eau glacée ne peuvent nier éblouis que sur scène il y a de la basse. Et le sang se réchauffe peu à peu dans l’auditoire. J’ai dans la mémoire un moment de solo incroyable. O le solo en comme en état de transe alors qu’il rend visiblement hommage à un grand absent. C’est un moment fort, comme si l’homme par le biais de sa basse dont le son et le rythme montent crescendo comme si par son instrument il voulait transpercer la frontière qui sépare les morts des vivants et laisser passer son message à l’absent. Les paroles sont émouvantes même si le rythme peut en masquer l’intensité. Le chanteur était seul en scène. Le groupe s’était éclipsé pour le laisser dans un double face à face. Face à face avec le public, sans filet et face à face avec celui à qui il rendait hommage par delà les frontières de la mort. Face à face avec cette frontière pour la vaincre et laisser le message de son cœur arriver jusqu’à cet autre. Moment chair de poule pour moi. Moment qui synthétise des émotions disparates liées à l’absence et au désir de garder vivant un moyen d’être avec cet autre qui est dans un inaccessible ailleurs. Un moment intense face auquel mes mots trouvent leur seuil d’incompétence. Je m’incline simplement et dis merci à celui qui nous a permis d’assister à ce moment. C’est un moment inénarrable, il est à vivre, et à voir.

(suivre)



J’ai vu s’ouvrir un de ces entre-deux magiques qui suspendent le temps et élargissent l’espace : impressions subjectives sur le show case d’Etienne Mbappe au Comedy Club (première partie)

«  Si seulement nous savions par où venait la lumière, il serait facile d’en pénétrer les faisceaux. La musique pour moi a toujours été, et demeurera le plus sûr endroit pour me réfugier, et plus encore lorsqu’elle est habillée de mots conteurs d’histoire. Et vous ?  »

Etienne MBAPPE

thG_8057.jpg picture by maddyspaceConnaissez vous le syndrome persistant de démangeaison de la voûte plantaire ? Et avez vous déjà expérimenté celui de la contorsion contrariée ? Ces deux syndromes gagnaient du terrain à certaines tables du Comedy Club jeudi dernier. Ne les ayant absolument pas anticipés, je n’avais pas pris le soin de m’en prémunir par quelque vaccin. Ce syndrome ne se manifeste que quand la musique est bonne, quand le groupe assure, et quand la disposition des lieux ne vous permet pas de vous laisser aller à la danse en toute liberté, en réponse à la musique.

Quand une attaque de démangeaisons de la voûte plantaire se fait jour, la réponse la plus minime est de battre les pieds en cadence. Si l’on ne réprime pas les effets de ce syndrome et s’ils s’additionnent à ceux de la contorsion contrariée, des tables et chaises pourraient se retrouver en grand danger et des vols planés de meubles pourraient venir mettre en danger l’auditoire. Un seule solution, quand on est déterminé à garder quelque façade civilisée au milieu de ses congénères : réprimer instincts organiques et différer les contorsions et autres «  bal à terre  » vers son home sweet home ou vers des lieux de concerts plus propices à nos déchaînements contrariés. Entendez vous le soupir qui monte du tréfonds contrarié de la narratrice ? Souffrez que je glisse un message personnel à monsieur Etienne M. et à son groupe : «  bissez !  », oui monsieur, mais de grâce dans des lieux où l’on peut répondre à votre musique par la danse.

Je n’aurai pas l’outrecuidance de suggérer quelque lieu de concert à monsieur M. et à son staff mais juste leur demander de penser un instant à ceux dont la musique d’Etienne Mbappe cadence les cœurs et les mémoires sensorielle et émotionnelle. Les émotions rassasiées au cœur de sens affamés ça laisse comme le goût d’inachevé. Inachèvement dans la réponse que l’on aurait aimé donner à une musique qui nous est un cadeau magnifique. Il est connu cependant que le Ngolo wake est par définition jamais rassasié.

Vous êtes vous déjà arrêté devant une œuvre d’art et vous êtes senti comme aspiré à l’intérieur de cette œuvre comme si un autre monde s’ouvrait devant vous ? Avez-vous déjà eu au contact de l’œuvre d’un artiste l’impression que le monde tel que vous le connaissez révélait soudain des nuances et autres aspérités qui vous auraient échappé ? Le regard de l’artiste sur le monde en redessine les contours accentuant un point ou un autre pour nous en révéler la force, la beauté, la grâce, voire la violence ou la nocivité. Un artiste vous prend par l’âme et vous emmène dans des promenades sur des boulevards de beauté, des chemins de grâce, des allées de magnificence, des sommets de révolte ou des vallées de douleur. Son regard est le vôtre, ses sens sont vôtres. Oui les artistes nous entraînent dans un univers de beauté, comme si soudain grâce à l’œil, grâce à l’oreille, grâce au regard d’un artiste, vos yeux se dessillaient pour voir l’invisible, entendre l’inaudible, voir et entendre le monde autrement ? Parfois, une photo, un tableau, un mélodie, un son, et voici qu’un entre deux s’ouvre. L’on se retrouve, comme dans un monde parallèle, pas fondamentalement différent mais avec qui laisse affleurer des modifications sommaires, à peine perceptibles mais qui participent de la dilatation de l’âme. En matière de peinture, je suis aussi inculte qu’un désert pierreux face à une semence. Je ne peux rien expliquer, je ressens, je reçois ou pas. Il est des tableaux que l’on regarde et que l’on ne quitte pas en étant le même. Les visions d’horreur mises en scène par Picasso dans Guernica marquent durablement la mémoire et l’on n’en sort à priori pas indemne. Ce tableau nous défait des fantasmes de guerres héroïques et de chevaliers valeureux qui ont habité les épopées historiques qui nous ont été racontées. Le tableau laisse apparaître toute la monstruosité de la guerre comme si les hommes étaient habités par des créatures monstrueuses.

L’artiste est celui qui a la capacité de vous prendre par le regard ou par l’ouïe et accéder par le biais des sens à votre âme. Il vous touche, vous émeut, éveille votre conscience, bref il vous touche. Pour moi Etienne Mbappe est un artiste. Un artiste engagé qui livre ses impressions sur le monde qui l’entoure sans se faire pour autant donneur de leçons, ce qui est une belle respiration après certaines dérives artisco-politiques depuis le temps de l’émission 7/7 de Anne Sinclair que les moins de vingt ans ne doivent pas connaître. Mais je m’égare.

Parce qu’il ne prétend pas me donner un «  prêt à penser socio politique  » je peux entendre et saisir les cris de l’artiste qui rencontrent les miens et qui au fond sont simplement les miens.

Vous êtes-vous déjà laissé entraîner avec un artiste pour guide, dans un autre monde, dans un entre deux dans la contemplation duquel vous vous retrouvez plongés au point d’être comme abstrait du monde qui vous entoure ? Ce jeudi 23 octobre au Comedy Club à Paris, j’ai vécu des moments de cette envergure, j’ai croisé ces interstices dans le temps et dans l’espace qui vous mettent dans un état entre légèreté et profondeur. Légèreté née de la jouissance de l’instant et profondeur de ce sens qui habille la musique d’Etienne Mbappe. Ce qui en soi ne m’est pas une surprise puisque le chanteur et bassiste est aussi un artiste.

(à suivre)



Avis de réchauffement climatique à Dunkerque: 3 jours au Jazz Club avec Etienne Mbappe & Su la take

 « Des sonorités neuves, inédites, délicieusement rafraîchissantes sur l’horizon caniculaire de l’Afrique musicale … voilà l’Etienne MBAPPÉ 2008 ! «  

Valère EPEE

« Entre tradition et pop musique, entre jazz et funk, entre amour et mélancolie … », Etienne nous fait voyager avec un immense bonheur. Magnifique !  »

  Avis de réchauffement climatique à Dunkerque: 3 jours au Jazz Club avec Etienne Mbappe & Su la take dans A decouvrir EtienneMBAPPECela fait quelques semaines que les pull-over sont sortis des armoires et que des manteaux plus ou moins épais font escale au pressing en prévision des frimas de l’hiver.  Farrewell summer…

Les  jupes se rallongent et les jambes se vêtent de collants et les décolletés  estivaux laissent la place à des cols roulés et autres pull.  Les regards égrillards de l’été se font moins vifs. L’hiver arrive et la morosité aussi. Avez vous remarqué que l’automne venu les  visages  s’allongent et les sourires s’estompent tout au moins à Paris ? Déjà que dans certaines contrées le sourire s’offre avec parcimonie imaginez ces visages au coeur du froid et sous un ciel gris ! Ah le métro parisien et les mines façon cafetière…Clin doeil

Bref, voici qu’au coeur de l’automne, alors que le temps se rafraichit, un vent du Sud, un vent chaud, un vent qui s’est nourri des chaleurs africaines et qui fait résonner le coeur de l’Afrique partout où il souffle se propose de réchauffer la ville de Dunkerque. Ce vent a eu l’intelligence de se laisser enrichir de vents d’ailleurs. C’est la force et la richesse d’un artiste d’accueillir l’ailleurs sans se dénaturer. Auteur compositeur, bassiste d’exception et chanteur aux textes qui allient avec intelligence force et subtilité, Etienne Mbappe se pose pour trois jours à Dunkerque. Ses préoccupations d’homme et ses yeux ouverts sur son temps sont mis en musique, sa basse rythmant son coeur et ses états d’être. Ce vent unique que j’ai vu réchauffer pelouse et salle de concert se propose d’apporter une chaleur subtile au coeur de l’automne Dunkerquois.   Oyez oyez lecteurs réguliers de ce blog ou visiteurs occasionnels habitant le nord de la France ou la Belgique. L’occasion vous est donnée de profiter d’un de ces moments durant lequel le temps suspend son vol et durant lequel la musique vous conduit dans un de ces ailleurs qui vous réchauffe le coeur tandis que vous vous laissez happer dans l’univers offert par l’artiste. 

Ceux qui sont des visiteurs réguliers de ce blog ont entendu bien des fois parler de mes impressions « subobjectives » sur l’univers musical de ce monsieur. Oui Minipoucine  ça ne s’arrange pas !!!!Clin doeil

Si vous n’êtes pas loin de Dunkerque, l’occasion vous est offerte de vous faire une opinion et de venir nous la partager. On ne me fera pas le reproche de faire dans le parisianisme primaire. Langue

En toute subobjectivité je peux vous garantir que vous ne serez pas déçus du voyage, foi de moi.  

Demandez le programme !

Les Jeudi 16, Vendredi 17, & Samedi 18 octobre 2008
 

 à 20h45

au Jazz Club de Dunkerque

En plus des concerts bande de veinards il y a aussi :

  • Vendredi 17 octobre à 15 h : Concert « Jeune Public » : 
    Etienne MBAPPÉ et « Su La Také » et les élèves de l’Ecole Jean Jaurès de Saint-Pol-sur-Mer (ah les veinards)
  • Samedi 18 octobre à 15 h : Atelier de Formation :
    Etienne MBAPPÉ et PYARTO

Les tarifs vont du jazz club de Dunkerque vont de 7 à 14€ selon que vous êtes ou non adhérents au Jazz Dunkerque.

Pour de plus amples informations : jazzdunkerque@wanadoo.fr ou Tel : 03. 28. 63.51.00

En attendant je vous laisse écouter ceci :



Jay Lou Ava : Bantu Serenade

Je crois n’avoir pas besoin de dire mon admiration pour ce musicien à la fois discret et prodigieux. C’est un virtuose de la guitare qui, dans ses explorations sonores de l’Afrique à l’Amérique et nous livre des joyaux harmoniques. Son « bantu serenade » écouté bien des fois a ce soir mis mon âme en éveil. Quelque chose s’est ouvert à l’intérieur de moi pour livrer un « nous » que je n’avais jamais interrogé en conscience. La Bantoue en moi inspirée par ce chant a jeté sur papier quelques mots épars convertis en prose. La force de l’artiste, je le pense de plus en plus est d’ouvrir à ceux qui sont au contact de son art des horizons inexplorés ou des revisitations de ce qu’on croit connaître. Merci Jay Lou Ava.

Je vous laisse découvrir cette musique magnifique et dans le billet qui suit je mettrai mon poème histoire de ne pas polluer par mon ressenti les impressions que vous laisseront ce morceau. 

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Rap Conteurs : Je wanda

thkofyou.gif picture by maddyspaceJuste parce que mon pays me manque. Juste parce que ce manque parle un peu plus fort aujourd’hui, je remonte un post de décembre  2007.

Il est des soirs comme ça durant lesquels quelque chose de soi remonte à la mémoire converti en nostalgie. La perspective de revoir bientôt cette terre qui est mienne et l’impression concomitante que le temps ne passe pas assez vite doivent y être pour quelque chose. Alors en attendant les retrouvailles avec mon chez moi à moi, en attendant les retrouvailles avec les miens et avec mes parts d’essentiels, je fais une plongée terre natale par le biais de mes sens. La musique m’y aide. La musique qui suit est de celles qui sans avoir un fond qui me parle, charrient quelque chose qui me met en joie. Pour quelle raison ? Probablement parce que les rythmes, l’humour, les mouvements, même le ridicule de certaines attitudes parlent à l’essence de mon être. Probablement parce que mes percussions internes s’accordent avec ce rythme, les accents, les murs, les couleurs de la terre, la chaleur des sourires me mettent en mode E.T. Entendez-vous résonner ce « maison, maison » écho interne et parfois audible de ceux qui sont loin de chez eux. Cameroun o mulema as usual  ! J’espère que vous apprécierez. Amitiés et bonne fin de semaine.

Malaïka.

blessedday.gif image by maddyspace

Ambiance Mboa.

Ce clip est visiblement un support publicitaire pour l’opérateur de téléphonie mobile numéro un sur la marché du Cameroun. Mais la musique de fond, l’ambiance provoque des démangeaisons de la voûte plantaire obligée de monter le son et de se laisser à la danse. j’en oublie l’opérateur, je suis chez moi, au « Mboa ». Oh la la des envies irrépressibles de mon pays ! Allons allons on se reprend et ne se laisse pas aller à des nostalgies improductives. On monte le son, on se laisse porter par la musique et on danse. Bon je vous laisse j’ai un dossier chorégraphique à traiter en urgence malgré mon âge avancé. Clin doeil

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