Blick Bassy : Maria

Jeune et talentueux artiste originaire du Cameroun dont j’ai déjà parlé sur le blog, Blick Bassy dont nous étions nombreux à attendre l’album  et je ne suis pas la seule à penser qu’il est réussi.  Je vous conseille son album Léman (Miroir). J’aime la manière dont ce chanteur fait résonner le bassa sa langue maternelle. Bien que cette langue ne soit pas la mienne et que je ne comprenne pas ce qu’il dit il y a une grâce, un talent qui font que tout naturellement j’y entre et la visite sans le moindre sentumen d’étrangeté.

Maria est l’une des premières chansons que j’ai découverte. Je ne m’en lasse pas. 

 

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D’Angelo :Me And Those Dreamin’ Eyes Of Mine

Dégustez…
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Les mots de Souleymane Diamanka

 « Les mots sont les vêtements de l’émotion
Et même si nos stylos habillent bien nos phrases
Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage… »

 

SOULEYMANE DIAMANKA 

dans

Les Poètes Se Cachent Pour Ecrire

 

9.jpg picture by maddyspaceSouleymane Diamanka, Slammeur et griot, poète urbain et magicien des mots. Amoureux des mots jusqu’à la précision, sans pour autant laisser la quête de la précision ravir l’émotion. Je le découvre peu à peu grâce à Natty (merci madâaaaaaaame) et la beauté et la maturité, la poésie des textes que je découvre me touche. De sa voix grave il aime à se situer dans sa lignée familiale s’ancrant de fait dans son héritage peul de même que dans la culture française. Les peul peuple de bergers d’Afrique occidentale valorisent l’oralité comme mode d’expression et de transmission. Le pont entre le griot et le slammeur est vite franchi. Les mots comme héritage, les mots comme transmetteurs d’être et d’états d’être. Les mots comme des armes pour dire les blessures et aussi pour guérir. de Ses racines peul il les déclame.

« Je m’appelle Souleymane Diamanka dit Duajaabi Jeneba

Fils de Boubacar Diamanka dit Kanta Lombi

Petit-fils de Maakaly Diamanka dit Mamadou Tenen(g)

Arrière-petit-fils de Demba Diamanka dit Len(g)el Nyaama

Et cætera et cætera…

J’ai été bercé par les vocalises silencieuses de mes ancêtres

Et je sais que cette voix jamais elle ne s’éteindra »

(Extrait de : L’hiver Peul)

Comment dire mieux que lui ce qu’il est ?

Je l’ai entendu raconter lors d’une interview le fait que son père tenait à ce qu’à la maison ils parlent uniquement le peul. Ce père dont on entend la voix dans l’hiver peul. Il tenait à ce que ses enfants soient des peul de bordeaux, que le fait d’être de bordeaux ne les coupe pas de leurs racines. Le père qui n’a pas voulu que la barrière de la langue se dresse entre ses enfants et lui. Ce père qui n’a pas voulu qu’une appréhension non maîtrisée de la langue française le déprécie éventuellement aux yeux de ses enfants qui auraient pu à cause de la barrière de la langue ne jamais aller à la rencontre de la noblesse de ce père. Souleymane Diamanka reconnaît dans son entretien que cette décision du père a été salutaire pour le regard de ses enfants sur lui et sur la culture d’origine. Souleymane Diamanka peut ainsi déployer les deux ailes de son double ancrage culturel et offrir des texte et des mots à l’interconnexion de son double ancrage. Du slam certes mais bercé par des musiques et des instruments venus de la terre de ses pères. Ce double ancrage apparaît dans la beauté de l’expression et du texte de « l’hiver peul »

Le « poète peul amoureux » « pose sur ses cordes vocales un tapis de velours » pour dire sa muse amoureuse que dans sa langue il appelle mon amour. « Une muse pose nue dans une métaphore et métamorphose son poète en peintre ». Pour entendre la beauté de cette déclaration je vous laisse découvrir la muse amoureuse dans son album l’hiver Peul.

Retourne sur ta planète est un morceau magnifique qui parle de l’état déplorable d’une planète qui a choisi la guerre, la vengeance. « retourne sur ta planète la terre c’est trop dangereux ». La beauté de la musique et le calme de sa voix contrastent singulièrement à l’état des lieux qu’il fait de la planète. J’aime beaucoup le sens de l’image qui est l’une des forces de ses textes.

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Les poètes se cachent pour écrire est un beau texte pour dire son rapport à l’écriture. Il mèle le français et le peul et dans sa voix les mots passent d’une langue à l’autre sans rupture. La musique envoutante semble accompagner une incantation quand il parle peul. C’est un beau texte qui est et ça se comprend le préféré d’une princesse peul amoureuse éperdue des mots. Dédicace…

L’hiver peul est un texte magnifique. Mon père était berger avant d’être ouvrier. Il était prince avant d’être pauvre.Avant ce bâtiment quelconque dans la clairière des oubliés, il habitait une case immense… »

Je pourrais continuer encore et encore mais je vous laisse aller à la rencontre de Souleymane Diamanka en vous livrant encore quelques uns de ses mots.

Dans le chagrin des anges il dit cette chose magnifique  qui dit son rapport aux mots et à la fonction sociale du poète : « nul n’est poète en son pays et pourtant j’ai vu ceux qui suent et deux qui saignent devenir ceu qui sèment les mots qui soignent ».

Trouver le mot juste pour dire l’impression, résumer en une locution ce que d’autres diraient plus longuement, le mots qui claquent déclamés d’une voix douce et maîtrisée. L’homme prend de la hauteur sur la situation sociale et en livre une lecture humaniste comme s’il parlait avec la voix et la sagesse des ancêtres : « on nous montre la violence des jeunes dans les rues infestées mais je sais que la haine c’est un chagrin qui s’est infecté » (le chagrin des Anges). Il fallait la trouver cette expression vous ne trouvez pas ? Faut-il qu’il ait foi dans la puissance de guérison des maux par les mots pour avoir cette lecture de la situation sociale. Sur son site il y a un poème en construction qui éclaire sur son appréhension de la vertu curative du verbe.

J’aime par ailleurs ses mots dans papillon en papier qui en parlant de ses mots dit ceci  : « même s’il est né de ma plume, si tu l’as aimé et qu’il t’a plu, ce n’est plus mon poème »

Je vous laisse aller à la rencontre des mots de Souleymane Diamanka, des mots qui laissent une place à qui écoute pour y trouver sa place. Ces mots généreusement offerts bien que nés de sa plume ne seront plus les siens, mais ils seront aussi les vôtres parce que vous les aurez reçus, vous vous les seriez appropriés. Ah si vous entendiez son salut au vieux sahara accompagné d’une musique entetante qui semble vous transporter dans une nuit au désert.

J’ai attendu longtemps que le néant s’anime

Que chaque mot trouve sa phrase

Et que chaque phrase trouve sa rime

Le pays des songes est derrière une grande colline

Pour écrire, je me sers de la réalité comme d’un trampoline

(Moment d’Humanité)

De mon point de vue la réalité est un trampoline dont Souleymane Diamanka se sert de fort belle manière. Il vaut la découverte et sa voix est superbe. Que dis-je à tomber par terre. Clin doeil

Ecoutez le dire la muse amoureuse :

http://www.dailymotion.com/video/k17fp4wafnGWq7mrkt

Photos piquées sur le site officiel de l’artiste : http://souleymanediamanka.artistes.universalmusic.fr/



Une belle soirée en compagnie d’une orfèvre de l’instant : impressions subjectives sur le concert de Joelle Esso au Theranga partie 2

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© photos : Jean-Pierre Esso. www.okabol.com

J’ai dans la mémoire des moments durant lesquels elle nous a fait rire en insistant sur la prononciation du titre «  Etintin  ». Je crains qu’en lisant ceci vous ne prononciez naturellement le mot de la manière qu’il faut éviter. Deux options s’offrent à vous pour découvrir la bonne prononciation vous procurer l’album et écouter la piste trois ou aller la découvrir en concert si elle passe par chez vous.

Je me souviens aussi du moment où elle nous a invités à nous faire choristes. La salle étant métisse, la chanteuse aura eu des choristes phonétiques. En faisant le tour des tables pour enseigner le mot que nous devions chanter avec elle. Si mes souvenirs ne me font pas défaut c’était sur la chanson To wuma (nulle part). Alors pendant qu’elle chantait sa proclamation de foi, nous pouvions scander en écho avec elle «  to wuma  ». Cette participation de la salle donnait une densité à la chanson qui me ramenait vers des souvenirs de moments vécus sur des terres lointaines. Moments d’osmose avec un conteur qui racontait avec brio nos racines communes. J’aime ces moments durant lesquels un artiste se fait artisan, orfèvre de l’instant. Joëlle est une orfèvre de l’instant en ce qu’elle sait saisir la matière brute d’un instant ordinaire et d’un public hétérogène pour en faire un joyau. J’aime ces moments dépouillés de tout artifice pendant lesquels il ne reste à l’artiste que son âme et sa voix pour vous retenir. Joëlle Esso a une voix d’alto magnifique. Une technique vocale maîtrisée sans pour autant verser dans l’asepsie. Sa voix, comme un lasso envoûtant vous saisit et ne vous lâche plus. Voix magnifique tant dans les graves que dans les aigus.

La beauté de sa voix alors qu’elle chante «  Mumi  » (mon homme) est tout simplement saisissante. Mieux que sur l’album de mon point de vue. Peut être parce qu’elle se livre sans filet. Belle déclaration d’amour que cette chanson. Par ton regard tu fais entrer des rayons de soleil dans mon cœur. J’aime sa voix quand elle mêle dans la même phrase le Duala et le français. A mumi woho oa, tu es dans ma vie. Ahhhhhhhh les graves qui se glissent dans le «  tu es dans ma vie !  » et cette onomatopée qui fait le lien entre le français et le duala je me régale. Monsieur «  mumi  » était dans la salle. Est-ce sa présence qui donnait à la voix de la chanteuse une telle densité ? That is the question. Clin doeil

La soirée était familiale. Il y avait dans la salle l’époux et la fille de la chanteuse qui de temps en temps manifestait sa présence. Il y avait aussi le frère, photographe attitré de la chanteuse accompagné de son fils. La chanteuse mentionnera les deux enfants au cours de son tour de chant. Comme en introduction à Nyambe, elle nous dira que son neveu réclame une chanson en français. Nyambe est la seule chanson de l’album qui ait des séquences en français. C’est une chanson absolument bouleversante qui raconte l’exil d’une femme en terre de déraison d’une manière tout simplement magnifique. Là encore la chanteuse explore des graves somptueux. La chanson est un morceau de poésie en ce qu’il met en musique de mots l’indicible qu’est l’histoire d’une vie happée dans la folie. En Duala elle scande une maxime qui invite à ne pas se moquer de ceux qui sont sous le coup d’une forme de malédiction parce qu’elle se transmet. Rencontre entre les valeurs chantées en terre natale et les mots d’une jeune femme ancrée dans le présent. La chanson m’a touchée parce qu’elle met en lumière avec pudeur et intelligence le regard que l’on porte sur la maladie mentale. Souvenirs du rapport à la folie du temps de mes premières années en terre natale. Souvenirs d’un homme précipité en déraison à un moment crucial de sa vie et qui passait ses après midi assis devant la porte de la maison familiale. C’était à une maison de celle de mes parents. Nyambe o si yoye mo e ma tombea Nyambe. J’aime la belle sensibilité de Joëlle. Elle ne s’érige pas en donneuse de leçons, elle livre son cœur en chansons. Elle ne nous force pas, elle nous invite dans son univers. Y entre qui veut.

101_6590.jpg image by maddyspaceJoëlle est de ces artistes dont la musique, les textes et la voix m’invitent à fermer les yeux. Je ne me force pas, mes yeux se ferment naturellement pour ne rien perdre de ce qu’elle livre. J’ai été touchée par l’hommage magnifique au père qui s’est absenté du côté de l’éternité. Malgré le poids de l’absence elle sublime la douleur et nous offre un «  danse  » de toute beauté et d’espérance. C’est aussi la force de la foi , celle qui est assurée qu’il y a une autre rive pour recueillir les disparus. «  tu as choisi de traverser le fleuve  » chante t-elle. «  des anges ont poussé ta pirogue. Tu nous as précédés, sans avertir de ton départ, nous n’allons plus nous voir. Danse ! Tu danses avec les anges.  » C’est une chanson rythmée et profonde sur laquelle celui qu’elle chante danserait sans problème si l’on en croit le témoignage qu’elle livre de lui en quelques mots. Magnifique chanson qui rencontre ceux qui ont vu partir quelques pirogues emportant ascendants, descendants ou des personnes dans la fratrie. Fermer les yeux et voir les siens qui dansent avec les anges. Moment inoubliable magnifié par le visage de la chanteuse. Elle avait le visage illuminé par un immense sourire et les yeux fermés, comme en communion avec le père absent, en communion avec sa joie de vivre. Emotion. Moment qui donne comme une envie de dire à chacun de ceux qui m’ont précédée de l’autre côté : danse ! Merci à l’artiste pour cette partition d’espérance dans laquelle je crois n’être pas la seule à trouver des espaces pour faire danser les miens.

Comment vous raconter des impressions forcément intraduisibles en mots ? Comment mettre des mots sur des moments de grâce ? Comment raconter une orfèvre de l’instant ? Comment dire la simplicité et le professionnalisme de Joëlle ?

Elle réussit l’exploit de chanter en faisant toutes les voix pour ne pas vider les chansons de leurs substance. Et ceci sans micro. Chapeau bas madame. Le temps de laisser la chanteuse reposer sa voix, Kristo interprète une de ses chansons et voici que Joëlle interrompant son éphémère repos se fait choriste et percussionniste. Générosité d’artiste.

Vers la fin du tour de chant, Joëlle nous a donné un avant goût de l’album à venir en interprétant un chant sur les racines africaines de Pouchkine poète, dramaturge et écrivain russe. Avant de chanter, elle nous révèle que contrairement à ce qui se disait l’ancêtre de Pouchkine ne venait pas d’Ethiopie, mais du Nord du Cameroun (pour en savoir plus une visite sur le site http://www.gnammankou.com/). La chanson est magnifique. Elle parle des cris de la mère à qui l’on a arraché son fils pour l’entraîner vers une terre lointaine. La voix de Joëlle y est tout simplement sublime. Au Duala, elle allie la langue de la région de laquelle est parti l’ancêtre de Pouchkine. Vivement l’album pour réécouter cette merveille. Le second album promet parce qu’elle le présente comme ouvert sur le monde après Mungo qui était plus près d’elle.

Le tour de chant s’est terminé, trop tôt à mon goût (je n’avais qu’à être à l’heure me direz-vous). Que voulez vous ? Je suis boulimique de bonne musique, de beaux moments, d’authenticité. Joëlle Esso après son tour de chant fait le tour des tables pour faire la distribution de son CD. Elle échange avec son public d’un soir un mot, une sourire, un rire, en toute simplicité. A ceux qui le souhaitent elle dédicace le CD sans manifester le moindre signe d’impatience ou de fatigue. Sa petite fille qui veut retrouver sa maman pour elle toute seule l’accapare, veut s’emparer du stylo, vient profiter d’un instant câlin. Maman et artiste, artiste et mère tout simplement.

Le concert terminé, je vais pouvoir voyager par le goût. Ah ! chaque grain de riz est un poème. Mais qui me donne la recette du riz façon Sénégal ? Entre le plat de riz agrémenté de légumes et de poisson et la boisson au gingembre mes papilles gustatives n’ont pas fait le voyage pour rien. Est-il besoin de dire que mes oreilles et mon âme ont été enchantés par cette soirée ?

En repartant chez moi, j’emporte le souvenir d’un moment magnifique avec une femme et une artiste de grand talent. Sa modestie et sa simplicité sont l’écrin d’un talent et d’une intelligence remarquables. C’est le sourire au cœur que j’ai rejoint Morphée cette nuit là. Et pour la petite histoire, mes cheveux ont réfréné leur rébellion le temps d’une soirée. Il faut croire que la musique adoucit les moeurs et les humeurs de tignasses récalcitrantes. Pour la petite histoire j’ai eu une dédicace des plus touchantes. Merci à Joëlle pour avoir pris le temps de trouver des mots rien que pour moi. Me revoilà au centre du monde. Vous voulez la preuve par l’image ? (rires). 101_6690.jpg image by maddyspace



Une belle soirée en compagnie d’une orfèvre de l’instant : impressions subjectives sur le concert de Joelle Esso au Theranga partie 1

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© photos : Jean-Pierre Esso. www.okabol.com 

Samedi 19 septembre 2008, j’arrive au Theranga dans le 17ème arrondissement de Paris. Le Theranga est situé dans une petite rue animée à deux pas de la salle une petite boutique dans laquelle dans laquelle j’ai fait une escale pour explorer les CD et DVD de musique africaine. J’ai enfin pu trouver «  Nzinzi  » de King Quester Emeneya qui fait danser mes souvenirs. Mais ceci est une autre histoire. Quelle idée de faire une escale dans une boutique quand on se sait déjà en retard ? Ce retard ne relève pas d’une quelconque coquetterie. Je ne me prends pas pour une Marylin Monroe au retard atavique et légendaire. Il se trouve que j’attendais simplement des personnes qui avaient du mal à trouver une place pour se garer après avoir goûté les délices d’un périphérique parisien bondé. A notre arrivée devant le Theranga, il est bien 20h45. Pas la peine de vous offusquer de mon retard, s’il est bien une personne qui en avait conscience c’est bien moi. Si vous saviez les contrariétés qui ont précédé mon arrivée sur le seuil du restaurant ! Laissez moi faire un retour en arrière avant de continuer.

Quelques heures plutôt j’ai quitté le bureau pour rejoindre mon home sweet home me changer, masquer les outrages du temps, me redonner figure humaine, et ma rafraîchir avant de repartir vers le 17ème arrondissement de Paris. Travail au bureau pas de tout repos les amis. Mais comme je suis prévoyante, j’avais prévenu ma hiérarchie que je décollerais à dix-sept heures tapantes. Mes collègues et ma boss ont dû sourire de l’intérieur connaissant cette arlésienne. Ils connaissent les impromptus de fin de journée, les compte rendus informels qui s’éternisent. Mais cette fois, foi de moi, qu’il pleuve ou qu’il vente à dix sept heures et trois minutes je serai sur le trottoir en direction du métro. Pas question de me laisser avoir par un besoin urgent et tardif de faire le point avec mon équipe ou par quelque émail de dernière minute appelant bien entendu une réponse pour hier. Je n’ai pas foulé le trottoir avant dix huit heures et quelques minutes.

Se retenir de maudire les passants et autres voyageurs du métro francilien qui semblent s’être donnés le mot pour fonctionner au ralenti. Un coup d’œil à ma montre il est presque l’heure à laquelle je suis sensée partir de chez moi. Il faut que je me fasse une raison, je vais être en retard au dîner concert. J’espère que la chanteuse le sera aussi me dis-je en tout égocentrisme. Pensez-vous que centrée sur moi et sur mes propres intérêts je me soucierais le moins du monde de ceux qui se sont donné la peine d’être l’heure ? Que nenni. Que voulez-vous à la naissance j’ai pris l’option centre du monde, et il est normal par conséquent normal que mes semblables, satellites inconscients d’un astre qui a quitté son boulot en retard, respectent mes rythmes personnelsCool. C’est bien la moindre des choses non ? (hi hi).

Me voici, slalomant au milieu de la foule tout en veillant à ne pas bousculer mes congénères sans pour autant perdre le rythme soutenu de ceux qui savent que le temps ne suspend son vol que dans nos inaccessibles espérances. Non seulement j’ai besoin de me rafraîchir et de me redonner figure humaine après une longue journée, mais pour tout couronner, je suis depuis quelques semaines victime d’une rébellion capillaire et je ne peux décemment pas me rendre au Theranga avec la tignasse en crise. Je vous passe les détails de la bataille féroce pour discipliner la rebelle. Et me revoilà dans le métro pour me rendre au concert de Joëlle artiste complète qui met son âme à nu en offrant des mots qui sont quelquefois véhicules de maux. L’album Mungo qu’elle présente ce soir est un album au plus près de sa vie, de ses expériences, de ses espérances. Elle y chante son village, ses parents qui ont traversé l’autre rive, son homme, sa foi. Ce sont des expressions nuancées de ses visages de femme qui s’offrent portés par une voix superbe. La voix de Joëlle n’est pas seulement belle mais en plus elle est vivante. Revenons cependant au concert.

Arrivée devant le Theranga, l’impression est singulière. Le lieu est plutôt est plutôt exigu et en longueur plutôt qu’en largeur. Sur les murs des tableaux couleur sable et pourpre donnent au lieu une impression d’ailleurs. La porte est ouverte et la voix de Joëlle Esso nous accueille alors qu’elle chante «  Dikala  » le chant qui vous accueille sur son My Space. L’impression est singulière, annonçant la chaleur et l’intimité qui seront au principe de cette belle soirée. La maîtresse des lieux le temps d’un soir a laissé la porte ouverte et sa voix vous invite à entrer dans la salle, à entrer dans son univers. Ce chant est à la fois prière et allégorie sur l’échelle de Jacob. Une échelle entre cieux et terre. Au centre de la pièce se tient Joëlle belle comme l’Afrique, qui livre cette invocation les bras ouverts «  lomea mba dikala a Sango kana o ndot’a Yakob  » (Envoie moi une échelle Père comme à Jacob dans son rêve). Elle est dans sa tenue vestimentaire à l’image de son univers musical : cosmopolite. Sa tenue vestimentaire tout comme sa musique relient l’Afrique à l’occident sans artifice. Joëlle est cosmopolite dans ses expressions, dans ses centres d’intérêt, dans l’africanité dans laquelle elle est ancrée et dans l’universalité qu’elle a su accueillir. C’est ainsi que sa musique invite naturellement de subtiles percussions et des syncopes propres au phrasé de sa terre tout en laissant entrer des sonorités d’ailleurs pour l’enrichir. La cohérence semble être le maître mot de cette femme artiste, de cette artiste femme. Joëlle au cœur de la multiplicité de ses expressions artistiques et de ses centres d’intérêts demeure cohérente. Cohérente quand elle parle de racines, de l’Afrique, du monde dans lequel elle vit, de l’histoire des hommes. Cohérente quand elle se sert de son art pour livrer un regard différent sur ce qui souvent est un tissu de poncifs. Elle travaille en ce moment sur une bande dessinée qui livre son regard sur l’enfance à l’école en Afrique, un regard loin des poncifs habituels et misérabilistes sur l’enfant d’Afrique. Elle est artiste et son art est le véhicule de ses émotions, de ses convictions et de ses évidences intimes.

101_6502.jpg image by maddyspaceUn petit haut couleur beige, un pantalon noir sublimés par sa coiffe, Joëlle chante sans micro, simplement accompagnée à la guitare par le malicieux Kristo Numpuby chanteur et musicien. Une évidente complicité les unit. Complicité née de nombreuses années de collaboration. Le tour de chant est acoustique. Derrière la chanteuse de percussions qui attendent le moment de livrer leurs sons. Une guitare, une voix, et les bras de la chanteuse ouverts vers l’autre, comme pour l’accueillir. La musique de Joëlle est à l’image de ses bras ouverts, elle vous accueille et vous enlace dans une douce étreinte entre soie et velours. Le reste de la soirée ne démentira pas cette chaleureuse impression première. Joëlle égrènera son tour de chant en échangeant avec son public, l’invitant à la complicité. Elle a la manière pour nous inviter à nous faire choristes l’espace d’un instant, ou percussionnistes en nous défiant de battre des mains sur un rythme qu’elle nous enseigne. L’absence de micro efface de fait la distance que cet instrument pourrait mettre entre un artiste et son public. Nous sommes comme sous un arbre à palabres et nous nous laissons raconter en chansons des histoires. Par petites touches la chanteuse impose son univers fait de douceur et de force. Je n’ai pas eu besoin de m’échauffer pour les rejoindre, son public et elle dans le voyage qu’ils faisaient ensemble. A peine assise, j’ai juste fermé les yeux pour me couper des bruits extérieur que je me suis retrouvée dans son univers. L’univers de Joëlle Esso on y entre et on y trouve sa place comme une évidence. C’est un univers qui distille des moments de bonheur à ceux qui s’y laissent inviter.

A suivre



Que faites vous vendredi soir ? Dîner concert à Paris avec Joelle Esso

flyerjoelleessotheranga1.jpgHello à vous amis, connaissances, et autres passagers éphémères,

 Que faites-vous vendredi soir ? 

« Voilà une question qu’elle est indiscrète » s’exclameront de l’intérieur les esprits chagrins. Et ceux qui ont la langue de Molière châtiée diront « qu’est-ce donc que l’impertinence qui nourrit cette intrusion dans nos activités du vendredi ? ». « Hé la go, on se prend pour qui » ? « Ou bien ? »

Bref il y en a pour tous les esprits retorsRire. Mais laissons là les joutes verbales pour revenir à la raison fondatrice de ma question initiale. Je ne me sens pas de velléités  poutiniennes rassurez-vous. 

Heu on se calme la question n’a absolument pas pour but de me livrer à quelque indiscrétion, juste vous proposer quelque chose d’intéressant pour vendredi (Pfttt !). Mais quel mauvais esprit !!! Ca vous apprendra à vous laisser déborder par le mister Hyde tapi en vous.  Okay Dr Jekyll let’s get serious !

Toutes mes excuses par avance aux non franciliens mais le concert a lieu à Paris. Embarasse

Ce vendredi 19 septembre à 20 heures s’offre aux franciliens la possibilité de régaler leurs papilles gustatives tout en profitant d’un concert et de l’univers offert par Joëlle Esso artiste et chanteuse sensible aux talents multiples. 

Un dépaysement offert au cœur de Paris par les saveurs de ces « ailleurs » qui sont pour certains des « ici » fondateurs. Humm le Thiboudieune ou le Yassa qui vous propulsent sans prévenir au cœur des parfums, des saveurs des bruits de Dakar. Ah les boissons à base de gingembre ou de fruits qui poussent dans ces « là-bas » qui  nous sont « ici ». Venez et  goutez. 

Et cette ambiance qui semble vous emmener sous un arbre à palabres, dans un lieu d’échanges, de convivialité avec un artiste qui se fait le temps d’une soirée, guide de nos enchantements sensoriels. 

Et pour cette tâche Joëlle Esso est largement à la hauteur. A la hauteur de par un parcours de choriste très sollicitée et de chanteuse de plus de vingt ans. Elle est à la hauteur parce qu’elle est une artiste complète peintre, comédienne, conteuse entre autres talents qui sont l’essence de l’artiste invité sous nos arbres à palabres. Elle est à la hauteur parce qu’elle est une artiste jusqu’au bout de l’âme. 

Avec l’intelligence et le cœur que je lui connais depuis l’enfance ans, avec l’intelligence artistique qu’elle dévoile au fil des ans, je peux parier sans douter sur le bonheur que apportera cette soirée.   

Et vous savez quoi ? Pour 25€ (oh là ! On descend de ses grands chevaux et on me laisse terminer non mais !!!!). Donc je disais que pour 25€ vous aurez droit à un dîner (saveurs gustatives) une boisson offerte, le CD de l’artiste, une dédicace si vous voulez, son chaleureux sourire (elle ne sait pas ne pas sourire) et un concert en prime. Que demande le peuple ? 

Alors on est descendu de ses grands chevaux ? Rire

Alors si vendredi 19 septembre au soir vous n’êtes pas pris par une activité que vous ne pouvez différer (genre rupture de la poche des eaux et accouchement imminent) je vous encourage vivement à venir découvrir Joëlle ESSO artiste issue de mon Cameroun à moi et histoire de prouver que je ne suis pas chauvine, elle sera accompagnée à la guitare de Kristo Numpuby, un musicien et chanteur bien de chez moi que je vous ai déjà présenté sur le blog l y a plus d’un an

Le dîner spectacle à lieu le 

Vendredi 19 septembre à 20heures 

Au Théranga 

20 rues des dames paris 17 ème

Métro :  place de Clichy

En attendant, pour découvrir l’univers de Joëlle Esso, vous 

http://www.myspace.com/joelleesso 

N’hésitez pas à faire tourner l’info. Un peu de marketing viral ne fera pas de mal  à  cette artiste qui gagne à être connue. J’aime à attirer l’attention sur les artistes issus de mon lointain et si proche « chez moi ». Non par « camerounocentrisme » ou par « afrocentrisme » absurde mais simplement parce que l’air de rien la terre mère a donné naissance à bien des talents magnifiques qui méritent largement d’être mis en lumière. Alors pourquoi se gêner ?   Clin doeil

A vendredi au Theranga j’espère. 

Amitiés 

 

Que faites vous vendredi soir ? Dîner concert à Paris avec Joelle Esso dans A decouvrir a0rzzcfj

 

 

 



Lauryn Hill : To Zion

Bel ode à la maternité.

Lauryn Hill chante la joie que lui a apporté Zion son fils. Dans la manière dont elle chante Zion la joie de sa vie, il semble se glisser de subtils jeux de mots liés à ses croyances. C’est une artiste talentueuse. Elle peut décontenancer par des prises de positions qui sont à l’image de ses quêtes intérieures mais la voix, la créativité, le talent sont là.

Et pour ne rien gâcher la guitare de Carlos Santana l’accompagne. Mmmmmmm !

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Etienne Mbappe avec Steps Ahead : un solo de bass façon « caramba! »

Caramba il y a de la basse par ici !

Quand je dis qu’ « un gars est doué » !

Une réaction : O boso ( en avant ) !

Soit dit en passant La formation Steps ahead est à découvrir à Bobigny le 31 octobre à 20 h pour les franciliens. Comme je suis sympa je vous ai fait un copié collé sur le site de canal 93. Merci qui ? (hi hi).

Mike Mainieri & Steps Ahead (Jazz Fusion / USA)

1ère partie : Jean-My Truong Quartet (Jazz / France)

15 € / 12 €

Mike Mainieri & Steps Ahead
Déjà presque trente ans d’âge pour ces maîtres de la planète. Steps est un groupe mythique né en 1979 d’une jam session dans un club new-yorkais, à l’initiative du vibraphoniste Mike Mainieri, et composé, à l’origine de Michael Brecker, Don Grolnick, Eddie Gomez et Steve Gadd.
Vibraphoniste de jazz, Mike Mainieri a également beaucoup de talent en tant que producteur, arrangeur et compositeur. Issu d’une famille de musiciens et d’interprètes, sa formation a commencé tôt. A 14 ans il faisait déjà parti d’un trio. Il parcourt le monde auprès des plus grands avant de fonder Steps, l’un des groupes les plus passionnants et les plus demandés du jazz fusion des années 80, qui sera rebaptisé Steps Ahead lorsque la musique de Mainieri s’électrifiera. Le groupe a accueilli des pointures comme Steve Smith, Peter Erskine ou Omar Hakim, qui ont succédé à Gadd sur le siège de batteur. Le vibraphoniste nous revient aujourd’hui avec une formation régénérée : Rodney Holmes (batterie), Etienne Mbappe (basse), Till Brönner (trompette), Donny McCaslin (sax), Bryan Baker, (guitare). Un concert événement !

En écoute sur : www.myspace.com/canal93

Revenons au solo de bass avec Etienne Mbappe aux commandes.

Bonne écoute et à bientôt.

Amitiés

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Impressions subjectives : Kaïssa Joyau de ma terre -une artiste tout en finesse sous une voix remarquable

l_eac44c278dfadc2b6c5835dd64632f6a.jpg picture by maddyspaceLaissez moi vous raconter mon coup de cœur du moment. Ceux qui fréquentent cet espace savent probablement que mon rapport à la musique passe par la case  » cœur « . Oh ! Il y a bien des mélodies qui le temps d’un instant m’invitent à la danse, touchent mon sens esthétique, ou répondent à une ambiance, à un moment. Et il y a les artistes. Ceux qui peignent par leur musique, leurs voix, leurs instrument une toile dans laquelle quelque chose en moi trouve sa place. L’une de mes belles rencontres est celle avec l’univers de miss Kaïssa Doumbe, artiste et chanteuse originaire de ma terre natale. Encore le Cameroun me direz-vous ? Mais est-ce ma faute si de cette terre jaillissent des talents aux facettes multiplesCool ? Réponds-je sans camerounocentrisme exacerbé il va de soi Clin doeil! Il faut reconnaître par ailleurs que quand les mots sont chantés avec maestria portés par la langue du plus intime de moi, aucun mot ne saurait atteindre ce que je ressens. Je me contente de prêter la maladresse et les limites de mes mots pour dire ce que m’a offert par son Album Kaïssa, magnifique chanteuse au sourire et à la voix invitants.

Je connaissais Kaïssa par la réputation de choriste qui la précède depuis bien longtemps. Elle a accompagné au fil des ans bien des artistes qui ont reconnu la valeur ajoutée de sa voix et de son phrasé uniques. CharlElie Couture, Manu Dibango, Salif Keita, Cesaria Evora, ou Diana Ross y seront sensibles et utiliseront pour les accompagner cette voix qui allie chaleur, joie, puissance, et vivacité. La voix de Kaïssa.

Comment vous décrire la voix de Kaïssa ? C’est une voix qui jaillit d’elle et arrive jusqu’à vous pour vous happer dans son univers, dans l’univers qu’elle raconte.

l_bd18c4a7b536e8fa4265a2546bf3fe9e.jpg picture by maddyspaceJ’ai découvert cette chanteuse en écoutant et en la voyant chanter  » Alea so  » qui est sur le blog depuis fin 2007. L’énergie et la puissance vocale de Kaïssa m’avaient déjà marquée. Mais ces dernières semaines, je me suis laissée entraîner dans son univers au travers de son album  » looking there « . Il est vrai que l’album date de 2004 et que j’aurais mis du temps pour le découvrir.  » My oh my «  comme on dirait du côté des Amériques où s’est installée l’artiste. C’est un album remarquable à mes oreilles. Remarquable dans les textes et dans les musiques. Ses musiques sont le fruit d’un métissage réussi entre les rythmes de son Cameroun natal qui invitent ceux d’ailleurs à leur donner de l’amplitude. Les rythmes se marient et se répondent guidés par sa voix unique et maîtrisée quel que soit l’univers musical qui se laisse découvrir. L’album s’ouvre sur un chant de ralliement  » Essimo «  qui parle à ceux qui au nom de leurs intérêts se sont arrogés le droit de piller notre Afrique.  » Au nom de quel dieu avez vous versé notre sang ?  » chante l’artiste. Même quand on ne comprend pas les paroles il y a ces percussions universelles qui résonnent dans l’Afrique intérieure tapie dans les fils et filles d’Afrique et devrait parler aux tripes de plusieurs. C’est aussi un chant qui appelle à aller de l’avant.  » Essimo, biso bese o boso « .

Je m’associe à ce cri qui rencontre les miens, mes cris d’Afrique. Comment voulez vous que je ne devienne pas Kaïssaddicted ?

Il y a bien des joyaux dans cet album parmi lesquels un chant  » To nje «  qui raconte la nostalgie de la terre natale, de ce mboa que l’on emporte dans nos exils, que celui qui est loin de chez lui recherche dans un son, dans une odeur, dans une image. Son cri me touche  » mes bien aimés aidez moi à ne pas oublier mon chez moi  » et il y a aussi ce  » où que j’aille, quoi que je fasse je recherche mon chez moi « . Ce chant magnifique je vous laisse le découvrir sur My Space. C’est un joyau.  » Ni mboa na yabe no mo nde na ma wasa no, mo nde mba na kiye no, ni mboa na yabe no mo nde nye mba nyongi «  (ce pays qui m’a vue naître c’est lui que je recherche, c’est lui que je chéris. Le pays qui m’a vue naître c’est lui l’objet de mes désirs.) C’est mon coup de cœur en majuscule. Merci Kaïssa d’offrir à ceux qui sont loin de chez eux un chant de plus pour accompagner en beauté nos nostalgies de la terre natale. Et quand la nostalgie est portée par une mélodie bien rythmée et cette voix qui s’habille de graves juste pour aller toucher au plus profond de nous nos vérités de migrants. Ma KaïssaddictionRire s’aggrave, et pour cause.

Il y a quatre morceaux qui dévoilent un peu de son univers intime.  » Mumi «  belle déclaration d’amour à l’homme de sa vie. Ce qui dans une autre voix pourrait rejoindre le cortège des chants d’amour un peu mièvres devient une déclaration assurée d’une femme qui aime. Une affirmation tranquille sur un rythme entêtant. Le choix rythmique, les arrangements et le phrasé choisi font que le chant sort de la banalité et devient unique. Pourtant elle dit des choses déjà entendues autant de fois que des femmes et des hommes se sont déclaré leur flamme. Comment se fait-il que sa chanson évite l’écueil de la banalité et du poncif musical ? Et si c’était le talent tout simplement ? » Eyoum  » et  » Sangwam «  Sont des chants en hommage au frère et au père disparus. Ce sont des chants d’amour et de douleur d’une grande beauté. Kaïssa chante l’absence de ce frère auquel elle rend un bel hommage. D’une phrase elle effleure avec pudeur les larmes de la mère et la tentative de ceux qui restent pour consoler celle qui pleure son fils. Quiconque a croisé cette douleur dans le regard de sa mère entend sans peine le monde tapi derrière cette phrase. Et il y a ce père parti lui aussi pour le grand voyage. Kaïssa chante l’absence du père et la méchanceté de ceux qui comme des charognards se repaissent de cette perte immense. Il est des vautours qui dansent autour de la douleur des autres… Quiconque a eu la douleur de connaître ces amputations latérales ou au-dessus de soi devrait se reconnaître dans ses mots quand elle appelle l’entourage à mettre un frein à leurs méchancetés. La force d’un artiste est d’universaliser l’intime et de rappeler à ceux qui marchent dans un chemin similaire qu’ils ne sont pas seul et que leur expérience intime est celle de milliers d’autres. La force de l’artiste est d’offrir à ceux qui marchent dans cette vallée de chagrin un chant qui leur permet de laisser sortir d’eux le flot émotionnel sans se mettre en danger parce qu’ils peuvent emprunter les mots d’un autre pour parler de soi. Quand l’artiste se fait consciemment ou non médiateur de nos déluges émotionnels. Kaïssa rend un bel hommage à sa mère dans  » Joy « .  » Il est beau de t’aimer. Je remercie Dieu de t’avoir dans ma vie.  » Lui chante-t-elle. Quel bel hommage à une mère que celui de la définir par, et de la lier à la joie qu’elle est pour son enfant n’est-ce pas ?

La conscience politique et sociale de Kaïssa l’américaine se laisse rencontrer au travers d’un  » Big Brother «  qui dit avec force la condition des laissés pour compte des ghettos. Ceux qui n’existent que pour les politiques qu’en période électorale. Kaïssa une femme dans son époque.

Les autres chansons de l’album sont tout aussi magnifiques. Elles chantent la trahison en amitié ( O si keka). L’importance d’écouter les conseils, notamment ceux de ses parents quand on est enfant (Senga), l’importance de demeurer dans l’espérance quand on s’attend à quelque chose (Ombwa te). C’est une chanson remarquable aussi bien vocalement que dans le texte. Et la musique ! ! ! !  » to lambo na lambo nja… « 

Et il y a le Alea so qui est une interdiction formelle de rester assis.

Kaïssa a réussi un album qui marie des sonorités transfrontalières qui habillent de fort belle manière sa voix et son remarquable phrasé.

C’est un album d’une grande richesse par lequel la chanteuse nous invite dans son univers intime, dans ses prises de position socio-politiques, bref nous invite à regarder au travers de la finesse de son regard, celui d’une femme dans son époque.

Au fait savez que dans la région natale de la chanteuse le mot Kaïssa parle de royauté ?

Si j’avais un reproche à faire à Kaïssa ce serait celui de ne pas nous offrir en France et au Cameroun l’occasion de la voir sur scène. Quand venez-vous Kaïssa ?l_5736e2fab25c4a6d3d4d8ca65a45164f.jpg picture by maddyspace

 


Vous pouvez découvrir plus avant l’univers de cette artiste ou acheter son disque en visitant son site :

http://www.kaissa.com/html_f/intro.html

ou en allant sur My Space.

http://www.myspace.com/kaissa1

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Impressions subjectives sur Blick Bassy : la rencontre du talent et de la grâce

Le deux avril dernier, j’ai assisté à un concert magnifique en première partie duquel chantait une petite merveille venue de mon Cameroun à moi. Blick Bassy. Vouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ça me reprend mes irrépressibles fiertés face aux joyaux de ma terre. Que voulez-vous ? On ne se refait pas.  Au-delà des mes gargarisations camerounocentrées, Blick Bassy a un talent pour faire chanter les mots et résonner sa voix avec un groove comme je les aime. Son univers est accoustique et folk tout en puisant ses racines à bas, sur la terre de mes pères. C’est encore une synthèse, un métissage musical comme je les aime. Il a fait ses classes entre autres aux côtés de Jay Lou Ava éblouissant guitariste dont je vous parlerai bientôt. Et à votre avis il est originaire de … ? Clin doeil  Ce n’est pas encore noel mais il arrive que l’on reçoive des cadeaux hors saison. Quel cadeau ? Un autre concert de Blick Bassy à Paris quelques semaines après le 2 avril. 

 Blick Bassy

est en concert au Cabaret Sauvage

Le 10 mai à 20 heures.

C’est porte de la villette, 59 boulevard Mc Donald dans le 19ème à Paris. 

Ceux qui n’ont encore rien prévu pour la soirée, je peux vous garantir que sa voix et son talent vous accompagneront vers des lieux de toute beauté. Vous en voulez une démonstration ? Faites une ballade sur son site My Space et vous m’en direz des nouvelles. Je sais de source sûre qu’il entre en studio la semaine prochaine et j’attends son album avec impatience. Blick Bassy les fans vont se fâcher oooooooooo ! Si vous voyez Blick Bassy dites lui que mon timbre est prêt pour porter plainteCool 

 http://www.myspace.com/blickbassy2  

Laissez moi vous raconter le concert du 2 avril…

En pénétrant dans la petite salle à l’ambiance feutrée, la voix et la musique de Blick Bassy occupent l’espace sans effort. Il est entouré de quelques musiciens parmi lesquels un guitariste qui m’a bluffée. Le percussionniste laisse sortir des sons surprenants alors que je me demande sur quoi il joue. Je n’ai pas percé le mystère. Blick Bassy n’a pas besoin d’effet spéciaux pour occuper l’espace, son talent suffit. La langue Bassa s’écoule de ses lèvres chantantes avec une douceur, une beauté, une musicalité que je n’avais jamais entendue dans cette langue avant d’entendre ce jeune chanteur et musicien la porter. L’entendre en direct confirme à mes oreilles la beauté d’une langue que je découvre belle comme les mots d’amour. Je serais Bassa que je ferai de Blick Bassy l’ambassadeur plénipotentiaire de la langue de ses pères.

Sue la scène, le jeune prodige est assis avec sa guitare habillé couleur crème du pantalon au couvre chef. En plus d’être talentueux il a oublié d’être moche. A côté de moi une femme laissera jaillir un surprenant cri du cœur à la fin de son tour de chant «  Blick, bonbon des jeunes filles !  » Tout est dit non ?Rire

Revenons à la musique avant d’être coupable d’une mièvrerie qui siérait mal à l’âge de mes artères. Blick Bassy nous a entraînés dans un voyage en chanson au travers de mélodies qui parlaient de l’absence, de l’isolement nécessaire, de la mort, de la rupture. Nous avons rencontré le désarroi de l’époux délaissé de «  Donalina  » oscillant entre colère et supplique. Nous avons revisité le mythe de cendrillon au travers d’un coup de foudre imparable symbolisé par le foulard oublié de «  Maria  », foulard qui est pour l’amoureux transi le signe d’espoir qu’il reverra celle que son cœur foudroyé a élu.

Blick Bassy se révèle un chanteur incroyable à la voix parfaitement maîtrisée. La colonne d’air est de toute évidence en place. Je suis éblouie par ce qu’il laisse sortir comme son. Assis, il chante comme d’autres debout. Blick Bassy est un chanteur dont la technique vocale ne voile pas l’âme, et il suffit de faire un petit peu attention pour l’entendre passer par sa voix. Il est de ces chanteurs qui donnent envie de fermer les yeux pour l’accompagner dans le voyage qu’il nous offre. J’ai fermé les yeux et mon cœur a été touché. Il y a tant de mots que je ne comprenais pas mais en écoutant le langage de cette voix en accord avec son âme on peut entendre les mots et être ému, être touché. Derrière sa voix en place, j’ai entendu des mélopées, des nostalgies et mélancolies qui rencontrent celles de l’humain qui vit dans le monde réel fait de rires et de larmes. Celui qui a connu l’absence absolue liée à la perte d’un être cher entend la complainte qui passe par la voix qui chante l’orphelin du sida ou qui chante Sofie.

Avec le temps, Blick Bassy devrait croître dans sa capacité d’échanger avec le public. C’est la seule faiblesse que j’ai relevée dans son tour de chant. Quand il nous a invités dans son Donalina, nous avons partagé un moment sublime. A la fin du tour de chant, je sais n’avoir pas été la seule sous le charme du moment partagé.

Blick Bassy est un chanteur, un guitariste, un mélodiste de talent qui vaut largement la découverte. Je l’ai approché et ai parlé quelques minutes avec lui (j’ai une photo pour le prouver hi hi tant pis pour les jaloux).BlickBassyChantal.jpg image by maddyspace Les intuitions que j’avais sur la beauté de l’âme qui chantait se sont confirmées par la simplicité, l’humilité et l’écoute de cet artiste. J’espère que ces qualités resteront des constantes dans les changements que je lui souhaite, et vers lesquels il ira forcément. Il en a la grâce et le talent. C’est un artiste dont l’histoire musicale s’écrit et se dessine sous nos yeux. La voir s’écrire est un privilège.



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