Dans les yeux de mon père : partie 6

C’est aujourd’hui que je suis sortie de l’hôpital. J’avoue qu’alors que j’attendais mes parents qui devaient venir me chercher j’avais très peur. Nous sommes le douze avril, le jour de mes dix huit ans. En les attendant, j’étais terrorisée à l’idée de retourner dans la maison qui avait accompagné mes solitudes, mes douleurs et mes dérives. J’avais peur que les souvenirs et l’atmosphère de cette maison aient raison de mes fragiles protections et me détruisent. Je voulais un chat. Il fallait absolument que j’adopte un chat. Ou alors un chiot. Dans cette maison il fallait impérativement que j’aie un allié. J’étais dans un tel état de panique que je ne voulais plus sortir de l’hôpital. Il fallait que je demande à voir le médecin pour lui dire que je sortirais pas ce jour. Je n’étais pas prête à retourner en enfer. Un médecin ! Au secours !

Toute à la tempête de mes pensées, je n’ai pas entendu la porte s’ouvrir. J’étais prise de tremblements irrépressibles. J’ai entendu la voix de mon père qui m’appelait. Prise par surprise je n’ai pas eu le temps de remettre mon armure. Mes parents étaient là, tous les deux. J’ai croisé le regard de mon père et j’ai vu dans ses yeux, lavés des vapeurs de l’alcool comme dans un miroir le reflet de la tempête qui agitait mes pensées. Mon père avait peur, comme moi. Ma mère était dans le même état. Nous étions des naufragés. Ils avaient besoin de moi. Je devais m’autoriser à avoir besoin d’eux. Mon père a murmuré « Sophie ? ». Il m’a tendu la main avec hésitation. Son hésitation a brisé mes résistances. J’ai pris la main de mon père et j’ai découvert pour la première fois l’étreinte de mon père, après avoir vu son regard de père posé sur moi. J’ai pleuré. Papa tremblait. Nous avons tous les trois versé des torrents de larmes. Larmes amères et larmes d’espérance. Nous avons le reste de la vie pour construire notre histoire sur les ruines des dix huit premières années de ma vie. Mes parents ont un couple à rebâtir. Peut-être. Le jour de mes dix huit ans je suis devenue la fille de mon père. Née une seconde fois, par la douleur et l’électrochoc d’une tentative de suicide. Il aura fallu que je passe tout près de la mort pour naître à la vie. J’ai l’impression d’être née à la vie à dix-huit ans en plongeant mon regard dans les yeux de mon père. C’est aujourd’hui mon anniversaire.



Dans les yeux de mon père : partie 5

Je suis restée une semaine dans le coma. Les médecins ont été étonnés que j’aie survécu à ma détermination à mourir. J’avais veillé à ne pas survivre. Je me suis ouvert les poignets après avoir avalé tout ce que j’avais trouvé dans l’armoire à pharmacie de ma mère. Une mère dépressive c’est une mine d’or pour une personne suicidaire. Je me suis aidée des démons de mes parents pour aller vers la mort. J’ai avalé les antidépresseurs de ma mère avec le whisky de mon père. Ils s’étaient mis à deux pour me donner la vie, j’unissais leurs démons pour me donner la mort. Avant de m’ouvrir les veines j’ai pris de la codéine. Je voulais mourir pas souffrir. J’ai souffert, mais j’étais incapable d’appeler au secours. Je voulais mourir, j’avais mal à en crever. Quand je me suis réveillée mes émotions étaient anesthésiées. Les larmes de ma mère, le chagrin de mon père qui me voyait désormais ne pouvaient plus m’atteindre. Je m’étais réfugiée dans un lieu inaccessible. Ils n’était pas question qu’ils arrivent à nouveau à me faire souffrir. Je m’interdisais d’aimer pour ne plus être blessée. Je ne voulais plus avoir besoin d’eux, ni de qui que ce soit. Le jour où Linda a téléphoné à l’hôpital, j’ai refusé de lui parler. Elle était la seule capable de fissurer ma carapace. Il n’en était pas question. Natacha, une camarade de classe de terminale est passée me voir. Elle était gentille avec moi, mais quelques mois trop tard. Où était elle quand le mépris des filles accompagnait mes passages dans la cour du lycée ? Où était elle quand les garçons parlaient de moi comme d’un objet jetable à consommation immédiate ? Où était elle quand à la cantine je mangeais toute seule depuis trois ans ? Où était elle quand le désespoir et la mort prenaient possession de mon âme alors que mon corps étranger à moi était livré au bon vouloir de ceux qui ne prenaient même plus la peine d’être tendres ? Quand elle est entrée dans ma chambre et qu’elle m’a souri, je lui ai tourné le dos. C’est avec ma mère qu’elle a parlé. Je l’ai entendue promettre à ma mère de m’apporter les cours chaque semaine. Je n’avais plus besoin de personne mon cœur était froid, j’étais protégée. Je voulais qu’elle s’en aille. Je ne voulais pas qu’elle soit gentille. Je me suis endormie. Je ne l’ai pas entendue partir. Je n’étais pas concernée par sa visite. Elle est revenue tous les soirs après le lycée. C’est qu’elle est entêtée Natacha. Elle avait résolu de me sauver. Il a fallu du temps mais je l’ai laissée entrer dans ma vie. Elle avait l’air authentiquement gentille. Je crois qu’on deviendra amies quand je pourrai à nouveau faire confiance. J’ai appris plus tard par elle qu’au lycée j’étais passée de la catégorie de ceux que l’on méprise à celle de ceux dont on a pitié. Certains garçons avaient du remords m’a t-elle appris. Ca ne me concernait pas. La personne qu’ils avaient blessée était morte. Je me souviens des tentatives de mon père à l’hôpital pour me parler. Je le regardais et je lui disais que j’étais fatiguée et lui tournais le dos. Je ne voulais pas de lui dans ma vie.

 

J’ai pris la décision de ne pas retourner au lycée. J’ai choisi de préparer mon baccalauréat chez moi. Natacha a promis de m’aider. On verra si je l’ai mon examen.

 

 



Dans les yeux de mon père : partie 4

Encadrée par l’indifférence ou les accès de rage d’un père alcoolique et la neurasthénie d’une mère, j’ai reporté mon admiration sur Linda. Elle était gentille avec moi. Une grande sœur qui ne me chassait pas de sa chambre à l’adolescence. Elle a dû avoir pitié de moi. Je l’ai adorée ma sœur. Elle aurait pu me demander tout ce qu’elle voulait. Adolescente Linda avait une nuée d’admirateurs dont elle me parlait. Elle me demandait mon avis sur ses petits amis. Je me souviens de Mathias, son petit ami d’alors. Je le trouvais si beau. Je crois qu’il a été mon premier amour secret. J’aimais bien quand il venait à la maison. Il était gentil. Quelquefois Linda insistait pour m’embarquer dans leurs sorties. Un jour Mathias exaspéré lui a dit qu’il en avait marre d’avoir constamment « le laideron et son regard de cocker fatigué à ses basques ». J’étais pétrifiée et derrière la porte du salon j’ai su que j’étais laide. Mais ce jour là, derrière la porte du salon j’ai su que ma sœur m’aimait. J’ai entendu ma sœur lui demander de partir et de ne plus revenir. Elle a été une merveilleuse grande sœur pour moi. C’est grâce à elle que mon enfance a été allégée. Les petits brillants qui scintillent dans mon enfance je les dois à ma sœur. Elle m’aimait. J’avais douze ans quand elle partie de la maison pour s’installer sur le campus universitaire à Yaoundé. J’ai recommencé à vomir. Elle revenait pour les vacances et quelquefois le week-end apportant de la lumière dans la pénombre qui enveloppait ma vie. Je ne vivais que pour les moments où ma sœur venait. Elle m’emmenait partout dans la journée. Je me souviens qu’elle s’amusait à transformer sa chambre en boîte de nuit. Elle prenait une toile imprimée et recouvrait la lampe de chevet pour donner un effet coloré à la lumière. Elle mettait de la musique et on dansait. Elle m’apprenait les pas de danse des jeune filles de son âge. Elle était la sœur rêvée. Je ne me souviens pas d’un seul moment où elle m’a donné l’impression que ma présence lui pesait. Elle sortait avec ses amis mais quand elle était avec moi elle était toute à moi. C’était le temps des soeurettes comme elle disait. L’année d’après, elle est partie vivre en France. Elle avait pour mon malheur obtenu une bourse d’études. Elle vivait à Montpellier et moi je pensais mourir. J’étais seule. Ma sœur, mon soleil était loin. Elle m’écrivait souvent, me parlait de sa ville. Elle aimait passionnément cette ville. Moi je la détestais parce qu’elle me volait ma sœur qui n’avait pas l’air de souffrir loin du pays. Je n’ai rien retenu de ce qu’elle ma dit de la ville. Ma sœur était partie et ne reviendrait pas. Une terrible détresse a pris possession de mon cœur. Je me sentais désespérément seule. Rien ne venait combler le vide immense laissé par ma sœur aînée. Les années qui ont suivi ont été pour moi une quête d’amour et d’approbation perpétuelle. J’aurais mangé dans la main de la première personne qui m’aurait manifesté de la tendresse et de l’affection. Une caresse tendre sur ma joue et celui qui me la donnait serait devenu mon maître. Mes quêtes d’affection m’ont abîmée dans des relations destructrices. J’ai connu des étreintes furtives dans des lieux sordides pour une caresse sur ma joue, un geste de tendresse. J’étais une proie facile pour les prédateurs adolescents ou jeunes adultes. Je n’avais pas dix huit ans que je n’avais plus aucun respect pour moi . Pour les garçons du lycée je n’étais pas de celle que l’on invite. J’étais pour eux celle qu’on utilise en cachette et qu’on jette. En quête d’une caresse sur ma joue, j’avais perdu ma dignité, je m’étais perdue. Puisque j’étais morte, j’ai décidé de me suicider. Pour mon malheur j’ai été sauvée in extremis par mon père qui pour une raison qui m’échappe est entré dans ma chambre pour me porter une lettre de Linda. Ma sœur aura été jusqu’au bout le fil qui me relie à la vie. Elle avait été dans l’enfance ma planche de salut. Aujourd’hui, une lettre d’elle permettrait qu’on me sauve. Ma mère m’a raconté que mon père a eu très peur pour moi. Quand il m’a trouvée par terre les poignets ensanglantés il m’a vue pour la première fois. Maman m’a dit qu’il est resté à l’hôpital et qu’il a pleuré. Mon père a subi un choc tel qu’il a décidé d’affronter son problème lié à l’alcool.



Dans les yeux de mon père : partie 3

Quand je suis née, Linda ma sœur aînée avait sept ans. Elle est belle ma sœur depuis le premier instant de sa vie. Elle est de ces personnes qui ont la grâce et que même une grimace hideuse ne saurait rendre totalement affreuse. Ma sœur a été de ces bébés dont la beauté des traits est affirmée au sortir du sein maternel. Elle a la beauté et la grâce des princesses des contes de fées de mon enfance. La naissance de sa petite sœur ne l’a pas menacée un seul instant de descendre de son piédestal de reine de beauté. J’étais un bébé ordinaire, sans grâce ni hideur. J’étais banale. Je me souviens que dans le temps de mon enfance ceux qui connaissaient ma sœur me regardaient avec étonnement. Ils étaient surpris de notre identité parentale. J’ai toujours été terne et ordinaire, le genre de personne sur laquelle les regards glissent sans s’arrêter. Je n’ai même pas l’originalité de la laideur. Mon visage est d’une embarrassante neutralité. L’avantage c’est que ça aide à passer inaperçu. Linda a été une enfant choyée. Elle était la petite princesse de mes parents. Entre la naissance de ma sœur et la mienne, il y a eu une fausse couche et un garçon mort né. Le rêve avorté de mon père. Il a vécu la grossesse de ma mère qui a précédé ma naissance comme la réparation de cette injustice qu’il attendait avec ferveur. La vie lui devait le fils dont elle l’avait privé. Il ne pouvait en être autrement. Il y allait de la pérennisation du nom et de son honneur au milieu de ses frères qui avaient des fils. Les neuf mois de grossesse de ma mère ont retenu toute son attention. Il veillait sur ma mère comme une poule ou un cerbère. Il n’était pas question qu’un autre accident se produise. Selon lui, son fils était mort né parce que ma mère n’avait pas arrêté de travailler pendant la grossesse. Ma mère aimait beaucoup son travail, elle était professeur de français dans un lycée. Les six derniers mois de la grossesse de ma mère se sont déroulés à la maison sous l’œil vigilant de mon père ou de Carabosse qui était venue tenir de la maison pendant que ma mère passait ses journée allongée sur le canapé du salon, se rembourrant les hanches à force de ne pas bouger pour éviter une autre fausse couche et de se nourrir de « cochonneries ». Son alitement forcé, l’ennui et un goût prononcé pour les confiseries l’ont fait passer de soixante huit à quatre vingt quinze kilos. Elle était énorme. Mon père ne s’en offusquait pas tant qu’elle était enceinte de son rêve de fils. Elle a eu une fille. Ses kilos en trop sont coupables et dégoûtants pour son mari. Je crois savoir que ma naissance à sonné le glas de la réalité de leur vie de couple. Seule sa fille aînée trouvait alors grâce aux yeux du père dépité. Son épouse et sa fille cadette, fossoyeuses de ses rêves lui étaient à peine supportables. La petite fille avait droit à son indifférence tandis que son épouse à ses accès de violence quand l’alcool aidant, il l’accusait d’avoir tué son fils. Si elle l’avait écouté, si elle avait arrêté de travailler, son fils n’aurait pas été mort né. Il buvait pour oublier et la l’alcool décuplait sa colère.



Dans les yeux de mon père : partie 2

La petite fille que j’étais a fait une entrée tonitruante sur la terre des vivants. Le lendemain de ma naissance, mon père régurgitait ma naissance et sa déception la tête dans la cuvette des toilettes. J’ai appris récemment, par le frère de ma mère qu’il ne m’a revue qu’une semaine après ma naissance lorsque ce dernier a ramené ma mère qui portait dans ses bras l’objet de sa déception. Il ne m’a pas regardée m’a t’on dit.

 

Il se raconte qu’avant ma naissance, l’homme était charmant et plein d’esprit. Il doit y avoir une part de vérité dans les légendes pensais-je enfant. J’ai vu récemment des photos sur lesquelles mon père souriait. La photo la plus surprenante est celle sur laquelle il rit éclats, Linda ma sœur aînée sur les genoux. Comme il avait alors l’air heureux. Les légendes portent en elles une part de vérité. J’aurais bien aimé avoir cet homme là pour père. Il aurait aimé avoir un fils. Mauvaise pioche pour deux personnes qui ne se rencontreront jamais. Linda a eu un père, j’ai eu un géniteur. La vie a quelquefois de cinglantes ironies. Je suis le portrait caché de celui qui m’a rejetée au premier regard.

 

A peine née le nourrisson que j’étais s’est trouvée investie de la lourde responsabilité d’être la porte par laquelle l’admirable homme qu’avait été son père était entré en alcoolisme comme d’autres en religion. Quelle responsabilité mise sur les frêles épaules d’une enfant à peine née. Il est certain qu’il y a de meilleures fondations émotionnelles sur lesquelles bâtir sa vie. Celles ci furent les miennes. Prélude à une vie en demi teinte, entre gris clair et gris foncé. Une vie entre mélancolie et culpabilité. Sur ces fondations s’est construite une enfant obsessionnellement sage et dans une quête perpétuelle d’approbation qui était en germe l’adulte que j’allais devenir.

 

Il paraît que mon père a été quelqu’un de gentil et de jovial. C’est ce qu’en dit ma mère. C’est dur à croire. J’ai le souvenir d’un homme taciturne, d’un fauteuil, d’une télévision allumée pour la forme, d’une bouteille de whisky et d’un verre jamais vide et de grognements bourrus.

 

Je ne pense pas qu’il m’ait détestée. Je n’ai jamais eu suffisamment d’espace dans ses affects pour qu’il me fasse l’offrande de quelque détestation. Il m’a ignorée. L’émotion la plus marquante que je lui ai inspirée a été la déception originelle ( qui m’a rangée dans la catégorie des événements dont on se serait bien passés, des accidents aux conséquences embarrassantes.) mêlée à une inextinguible envie de s’enivrer. Je suis une anomalie originelle et heureusement pour moi j’en ai eu conscience assez vite. J’ai rapidement appris à ne pas écouter mes rêves. Ca m’a aidée plus tard à ne pas être déçue. Je n’attendais rien de la vie, sinon qu’elle glisse sur moi sans faire de bruit.

 

 



Dans les yeux de mon père : partie 1

Le jour de ma naissance mon père s’est saoulé. J’ai l’immense privilège d’être dans le patrimoine mémoriel familial celle par qui le malheur est entré dans le tableau parfait d’une vie idéale. Etre la raison pour laquelle un homme honorable s’est mis à boire. Faut-il que j’aie été une enfant exceptionnelle pour provoquer par ma naissance un changement aussi radical chez une personne que tout le monde se plaît à présenter comme « un honnête homme ». Il faut croire que lui et moi ne pouvions cohabiter. Ma naissance a selon toute vraisemblance « tué » l’honnête homme. Une mort pour une vie. Je n’ai jamais rencontré cet homme là. J’ai rencontré des silences, l’indifférence ou la colère, et les vapeurs d’alcool. Pendant le premières années de ma vie j’ai essayé de percer les brumes alcoolique du héros d’antan pour cueillir dans ses yeux un regard qui me dirait qu’il m’a vue. Le jour de mon septième anniversaire j’ai entendu ma tante Betty et sa mère (« tatie sorcière » et « mamie carabosse » comme je nommais dans le silence de mon cœur la mère et la sœur de mon père) dire que j’étais une enfant du malheur et que si mon père était devenu ce qu’il était c’était à cause de la déception de ma naissance. C’est à partir de ce jour que j’ai arrêté de chercher à capter son attention. J’ai appris à disparaître autant que je le pouvais. Le douze avril de l’année de mes sept ans, à seize heures trente deux minutes le reste d’insouciance que j’avais pu préserver dans l‘atmosphère étouffante dont je découvrais soudain être la responsable a fondu aussi vite que les sept bougies posées sur mon gâteau d’anniversaire et a donné au reste de mon enfance comme un goût de cendres dans la bouche. Quand j’entendais le bruit de la voiture de mon père au loin, je me réfugiais dans ma chambre. A table j’étais silencieuse tant que je n’étais pas sollicitée. Jusqu’à l’âge de sept ans j’ai eu l’esprit vif et je n’avais pas de difficultés à l’école. A partir de mon funeste anniversaire j’ai essayé de ne pas me faire remarquer. J’ai rejoint la cohorte des élèves moyens, ceux qu’on ne remarquait ni par leur brio, ni par leurs lacunes. C’est étrange, mardi dernier j’ai croisé mon institutrice de CE2 qui m’a dit se souvenir que j’étais une enfant sage. Elle m’a dit ne m’avoir jamais vu me salir. Je n’avais jamais d’écorchures aux genoux. A la récréation, pendant que les autres enfants jouaient, je m’asseyais sous le préau et je lisais un livre. A l’époque qui aurait pensé à s’alarmer du calme excessif de la fillette de sept ans et demi que j’étais. Le jour de mon anniversaire j’avais entendu mamie Carabosse dire à tatie sorcière « cette enfant a le démon en elle ». Plus tard elle me l’a dit bien des fois « tu as le démon en toi. Tu as tué mon fils. Ta naissance n’a apporté que le malheur. Maudites soyez-vous ta mère et toi». Je n’en comprenais pas le sens mais je savais qu’elle me haïssait. Pour mon malheur j’allais chez elle pour les vacances de pâques, année après année. Elle a participé la vieille sorcière à m’ancrer en culpabilité. Les mots cruels de ma grand mère et son regard plein de haine ont couvé bien des jours de vacances. Elle me faisait peur, je ne pouvais le dire. Je voulais rentrer chez moi. Je ne pouvais appeler au secours. J’avais appris à ne pas déranger. En rentrant de mes premières vacances chez la mère de mon père j’étais convaincue de porter en moi un mal que je devais expier par la soumission et le silence. Longtemps je n’ai pas osé exister pour ne pas les embêter. C’est aussi à cette période que j’ai eu les premiers symptômes de ce qui allait se révéler être des douleurs abdominales qui me faisaient vomir. Je me vidais littéralement. Les médecins ne savaient pas comment m’aider. Ils ne trouvaient rien, et moi je vomissais. J’ai vomi pendant des années. C’est bien plus tard que j’ai compris que mon corps réagissait aux mots de ma grand mère. C’était la façon pour moi de sortir le mal qui était en moi. Je vomissais leurs définitions de moi qui s’étaient insinuées en moi comme un poison.



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