Un long chemin vers la liberté

Je viens de regarder cette video et je me suis rendu compte que l’Apartheid était encore plus immonde que ce que gardait ma mémoire. Quelle époque terrible ! Ils ont parcouru un long chemin vers la liberté. Quelle leçon, quelle espérance pour l’Afrique tout entière. Les chaînes de la servitude mentale, politique ou économique ne sauraient être éternelles.

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« L’arme la plus puissante entre les mains de de l’oppresseur est dans l’esprit de l’opprimé » Steve BIKO



silence …violence ?

Oh la la ça fait un long moment que je n’ai rien posté. C’est incroyable comment le temps passe vite et comment il est facile de se laisser déborder par le quotidien. De vous à moi, je n’ai pas envie d’écrire juste pour ne pas laisser un temps mort, comme pour meubler le silence. La nature aurait horreur du vide. Les blogs seraient-ils fondus dans le même moule ? Même si c’était le cas, il faudrait faire avec mon rythme. Non mais !!!
Bon après cet intermède « je me rebelle contre la dictature éventuelle du monde des bloggers » j’ai deux trois petites choses à partager.
Ces derniers temps au détour d’un changement d’univers professionnel j’ai été amenée à être en contact avec des personnes qui ont d’énormes difficultés à s’exprimer en français ou dans un français comprehensible et qui essaient de trouver du travail. Je dois être trop sensible mais ça m’émeut. Aïe, l’émotion ne fait pas partie des termes du contrat. Je vois des personnes pleines de bonne volonté qui essaient de transmettre par des mots maladroits et /ou inappropriés leurs désirs, leurs attentes, leurs expériences, leurs frustrations. Disqualifiés par l’incapacité à instrumentaliser la langue  pour communiquer. Je mesure leur solitude et les prisons dans lesquelles ces personnes se trouvent enfermées. Je ne prétends pas ici faire une réflexion sociologique sur la fonction du langage mais je prends conscience de manière empirique de l’enfermement de l’incapacité à communiquer. Il y a quelques temps, j’ai entendu un débat à la radio et l’un des intervenants, si mes souvenirs sont exacts était un juge aux affaire familiales ou un éducateur. Ce n’est pas la même chose, mais ma mémoire a des périodes durant lesquelles elle déclare son indépendance et ne me restitue que ce qu’elle veut. Elle a bon dos la mémoire n’est-ce pas ? Bref ce monsieur racontait ses entretiens avec des adolescents qui avaient d’énormes difficultés à s’exprimer en français. Ce qui m’a interpelée c’est qu’il a dit que quand les mots leur manquaient pour exprimer ce qu’ils ressentaient ils frappaient, ils cédaient à la violence. L’incapacité à s’exprimer, à comprendre l’autre et à se faire comprendre de lui érige des murs intérieurs et extérieurs. Dans certains des regards croisés cette semaine j’ai cru lire de la résignation, de la solitude. Comment sortir un adulte de quarante ou cinquante ans de cette prison implacable ?

Ceci m’amène à penser à la jeunesse, la « génération sms » qui va à l’essentiel et qui, à force de ne pas utiliser la langue avec ses règles grammaticales et ses subtilités, s’enferme dans des prisons de mots mal utilisés. Dans quelques années cette lueur de résignation, cette violence, cette solitude seront t-elles dans leurs yeux aussi ? Lors du débat radiophonique dont je parlais plus haut, une enseignante en collège et lycée disait que ses élèves et elle ne parlaient plus la même langue, ils ne se comprennaient plus. Elle envisageait d’apprendre « leur langage » pour communiquer avec eux ! Que faire ?  Aller vers l’exclu et prendre le risque de renforcer son exclusion ? Ou alors ne pas aller vers lui et prendre le risque de le laisser dans son exclusion ? C’est quasiment cornélien non ? Quelles préconisations pour ne pas augmenter le nombre d’exclus à cause du langage ? Je n’en ai pas. Mais j voudrais trouver un moyen de convaincre les jeunes qu’à ne pas prendre la peine d’apprendre à comuniquer dans la langue officielle de leur pays ils se préparent des lendemains qui déchantent. Ils se préparent à des silences forcés pour ne pas savoir se servir de mots pour dire. Il est des chantiers plus interessants que les querelles de personnes dans le monde politique parce que, qu’on le veuille ou non, qu’on en prenne conscience ou pas, cette « génération sms » fera partie des adultes demain. Quel avenir pour eux s’ils ne laissent pas s’ouvrir et si on ne les aide pas à ouvrir les portes de prison ?



Fait divers, un fait d’hiver

Il était allongé tous les soirs sur le sol d’un trottoir de Paris. Vivant mais invisible, repérable à l’odeur qui nous importunait. Mélange d’éthylisme et de manque de soins il était tout ce qu’on ne veut pas approcher, et qu’on ne veut pas voir derrière sa déchéance.

Il était difficile de lui donner un âge, mais au premier abord il avait entre 25 et 30 ans. A peine un an plus tard dix années au moins étaient venues marquer le visage juvénile. Un hiver dans la rue, au milieu de sans abris, à se battre pour survivre, à boire pour oublier. Pour oublier quoi ? Je ne le saurai jamais. Il ne me l’a pas dit, je ne lui ai pas demandé. A peine un an encore le jeune homme s’effaçait laissant passer les traits d’un homme mûr et marqué. Ca me fendait le cœur de le voir se dégrader, mais pas un mot bien sûr pour lui dire ma compassion. Deux mondes se croisent sans jamais se rencontrer, celui des sans abris et de ceux qui ne le sont pas. Chacun reste dans le sien et l’on reste séparé par un mur invisible.

Quand je rentrais chez moi, je passais devant lui, alors qu’avec d’autres il s’enivrait. Je n’aimais pas du tout les croiser dans la nuit.

La première fois qu’il m’a demandé de l’argent je lui en ai donné plus par peur que par compassion. Je n’avais pas envie, que l’alcool aidant il se mettent à m’insulter ses compagnons et lui. Fantasme paranoïaque construit bien à l’abri derrière le mur de verre qui n’attend de « ces gens » qu’irrationnel et violence. Je me souviens encore de ce qui m’a surpris, la douceur de la voix, qui m’a remercié. A mon étonnement cet homme dans la misère m’a dit « Dieu vous bénisse ». Sans que je ne m’en rende compte, les fondations du mur de verre ont commencé à être ébranlées.

Depuis ce moment là, quand je passais le soir il me disait « bonsoir » avec aménité. Parfois je m’arrêtais et lui donnais une pièce, parfois je passais juste, il me disait bonsoir. Je n’avais presque plus peur de croiser le soir, cet homme et ses compagnons.

Il était très étrange cet homme dans ma rue, il avait les cheveux longs blonds ou peut être châtains retenus en queue de cheval. Il avait sur les traits la douceur d’un visage de femme.

Quand l’hiver à nouveau a remplacé l’automne, le voir sur le trottoir avec ses compagnons, me faisait de la peine. Un soir ils ont allumé un feu de fortune. Une voiture de police les a ramenés à l’ordre. Il a fait tellement froid l’hiver de cette année, que je tremblais souvent sous mon manteau de laine. Quand je les regardais, couchés sur leurs cartons, j’avais comme un pincement de cœur et j’espérais qu’ils passeraient l’hiver. Je n’ai pourtant pas osé, lui proposer une couverture ou encore une veste pour affronter les grands froids de l’hiver. A cause du mur de verre qui séparait nos deux mondes ?  Surtout ne pas sortir de ma zone de confort. Franchir le mur de verre pouvait être risqué et induire malgré moi, une familiarité que j’anticipais dangereuse. Egoïsme, égocentrisme, indifférence, peur ou lâcheté ? Le fait est que je n’ai pas franchi le mur de verre. S’il n’avait pas été dans la rue que j’habite, j’aurais pris je crois, le risque de donner puisqu’en retour je n’aurais pas couru le risque de le revoir. C’esi idiot je le crois, c’est un manque de courage, mais je pouvais ne pouvais risquer la familiarité.

Un matin en sortant, il y avait du monde, une voiture de police et un attroupement. Il était mort de froid, une nuit sur un trottoir de Paris. Un trottoir dans la rue où j’avais un abri. Pour les gens tout autour c’était un fait divers, pour la police aussi un simple fait d’hiver, un point de statistique. Pour moi c’était un homme, au visage singulier qui en moins de deux ans a vieilli de dix ans. Il me disait bonsoir quand je rentrais le soir. Il a été le premier à venir questionner un mur inconscient, le mur fait de verre. Les larmes ont coulé derrière le mur de verre. Je pleurais l’homme que peut-être personne ne pleurerait. Je pleurais sur la famille qui peut-être, ne saurait jamais. Je pleurais sur la personne derrière un mur de verre qui n’avait pas osé donner une couverture. En partant ce matin, les souvenirs reviennent et je me rappelle un sourire, de cet homme inconnu. J’emporte le regret de n’avoir pas pu dire à celui qu’on emporte, que derrière le sans abri, avait affleuré l’homme et qu’il m’avait touchée. Touchée par sa détresse et par la gentillesse qui transparaissaient malgré les vapeurs d’alcool et les bruits de l’ivresse.

Jamais je ne saurais qui était cet homme, mais je sais déjà que je ne serai plus la même. Une rencontre qui n’a pas eu lieu, aura touché mon cœur et bouleversé ma vie. En montant dans le bus pour aller travailler, je pleure un inconnu, un visage dans ma rue.

D’autres hivers s’annoncent parfois rudes parfois moins. D’autres hommes et femmes, déclassés de la société, rendus invisibles parce qu’heurtant nos consciences. Bannis de nos regards pour ne pas ébranler nos zones de conforts. Ces hommes et ces femmes sont bien existants. Individus totaux sous le nom de SDF. Ils attendent parfois au-delà de « l’aumône culpabilisée » juste un regard qui dit « je te vois tu existes ».

Je me souviens d’un soir au RER Nation deux femmes demandaient l’aumône, à quelques mètres l’une de l’autre. J’en ai passé une et suis allée vers l’autre. La seconde a crié pour dire qu’elle existait et ça a marqué mon cœur. Je suis revenue sur mes pas et je savais alors que me contenter de lui donner une pièce ne serait pas suffisant. Je me suis accroupie et lui ai parlé un peu. Je lui ai demandé pardon de l’avoir blessée. Je lui ai parlé de Celui qui a changé ma vie et sous le regard duquel elle existe toujours. Je lui ai pris la main avant de la quitter. Elle m’a autorisée à prier avec elle. Au moment de partir en me relevant, j’ai vu dans son regard une lueur spécifique. Nous étions deux personnes de deux mondes différents qui avaient dépassé les limites du mur de verre. Nous avions partagé un temps inoubliable, temps de fraternité en humanité. Elle a vu qu’à mes yeux au moins pour un instant, elle était une personne et pas une « SDF » comme on dit.

Je ne sais pas ce qu’elle est devenue. J’espère que cette rencontre peut être anecdotique, lui aura apporté une lueur d’espérance.



Ils étaient dans le parc en face de chez moi

parc en face de chez moi.jpgIl y a quelques mois, en sortant de chez moi, j’ai eu le choc de voir la rue envahie par une dizaine de cars de police. Les accès à ma rue étaient interdits aux véhicules et j’ai dû passer sous le cordon de sécurité pour aller travailler. La machine à cogiter qui est sous ma boîte cranienne s’est mise à fumer. Terrorisme ? Braquage pas loin ? J’imaginais le pire et je n’en menais pas large. C’est étrange comment les forces de l’ordre quand elles sont en grand nombre sont anxiogènes. En effet, leur présence en masse, loin de nous rassurer nous dit qu’il se passe une chose suffisamment inhabituel ou dangereux pour avoir nécessité une telle mobilisation. Bref  ça cogitais un maximum !!!

Le soir en rentrant ils étaient toujours là, et la police était carrément devant mon immeuble ! Oubliant les réserves suscitées par les rumeurs de xénophobie prêtées à certains membres de la police, et bien que n’en menant pas large, je me suis approchée d’un agent de police pour lui demander les raisons de la présence de leur présence dans ma rue depuis plus de 9 heures ! L’agent de police m’a répondu avec courtoisie qu’un squat du voisinage avait été fermé et que je n’aurais plus à m’inquiéter.

Pendant quelques semaines le parc en face de chez moi a abrité (si l’on peut dire)  sous des tentes des familles entières dans des conditions pas évidentes vu de ma lorgnette.  Difficile de se mettre à leur place tant qu’on a pas vécu ce qu’ils vivent. Je n’ai pas réalisé le moment où ces familles sont parties de là. C’est terrible de s’habituer à l’inhabituel au point rendre invisible à soi la détresse de l’autre. C’est aujourd’hui que je réalise que je n’ai pas su quand ils sont partis, ni dans quelles conditions.  Mais en rentrant ce soir, j’ai vu des enfants jouer normalement dans ce parc,  sous le regard attentif de leurs parents. La vie a repris son cours et le quartier ses habitudes. les enfants profitent de cet espace dédié à leur détente. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de me demander ce que sont devenus ceux qui des mois auparavant avaient trouvé en ce parc un abri de fortune.

La vie continue… Que deviennent les vivants ?



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