Les mots comme des obus meurtriers

Consternation et douleur

Je me souviens comme beaucoup du moment où, le 11 septembre 2001 j’ai entendu parler de la catastrophe qui avait frappé New York au cœur. Combien de nous se souviennent de ce moment, comme d’un moment qui a changé la vision du monde. La plus grande puissance du monde, celle dont les services secrets ont inspiré des films au réalisme discutable, cette hyper puissance livrait aux yeux du monde ses enfants bouleversés, terrorisés par l’horreur qui était arrivée jusqu’à eux, et courant avec effroi ça et là dans New York pour fuir l’horreur qui venait de frapper.

Je me souviens parfaitement de l’endroit où je me trouvais et de ce que je faisais au moment où j’ai appris la nouvelle. Je me souviens de l’endroit où j’allais quand j’ai entendu parler de ce terrible événement. Ma première réaction a été de pleurer. Je pleurais dans la rue, pas à chaudes larmes certes, mais mes yeux ne pouvaient retenir derrière mes paupières les larmes qui montaient à mes yeux à la pensée de toutes ces vies dévastées, à la pensées des personnes qui aimaient ceux qui sont morts. Quand j’entends parler des catastrophes qui provoquent des décès en grand nombre, je me refuse à laisser le chiffre me voiler les individualités touchées par la catastrophes et les déflagrations émotionnelles que la mort brutale de ces homme, femmes et enfants causent dans les vies de personnes dont on ne verra pas le village. Je ne me suis pas jointe à la vindicte, aux flots de haine et aux propos extrémistes qu’on légitimait par le choc des attentats. Les ondes de chocs de ce séisme ébranlent encore une terre là bas, loin de l’Amérique, du côté d’un Irak dont la reconstruction ne semble pas à l’ordre du jour. Mais ceci n’est pas mon propos et voici que pour change je digresse. Je dois vous confier que je suis atteinte de « digressite aigue. Encore un mal incurable les amis et vous n’êtes pas au bout de vos découvertes. Rire

Pour reprendre le fil de mes idées en espérant ne vous avoir pas perdus en route, je disais que le 11 septembre a fait couler mes larmes parce que je sais les douleurs de l’absence, de l’amputation brutale d’un être aimé, happé par une mort aussi inattendue que violente. Je connais l’incompréhension. Je connais les réveils l’oreiller baigné de larmes que l’on ne savait pas avoir versées. Larmes d’empathie et larmes dues à la prise de conscience que quelque chose s’est brisé. Conscience qu’un palier de plus a été franchi dans l’horrible crescendo de la violence que l’on a vu depuis le Libéria au Rwanda, en passant par la Bosnie et le Liban. Les logiques de guerre et de violence sont de plus en plus illisibles et voici qu’une après-midi, du côté de la Plaine Saint-Denis, je suis saisie d’effroi à la nouvelle que deux avions pilotés par des hommes que la haine et le fanatisme avaient transformés en armes de destruction massive (si je peux me permettre d’utiliser un concept galvaudé plus tard par un mensonge d’Etat pour légitimer un massacre qui voit aujourd’hui mourir autour de cent irakiens par jour, sans compter les soldats américains), ces hommes devenus de véritables bombes humaines au service de la haine et de la destruction. Les tours jumelles se sont effondrées et symboliquement s’est effondrée avec elles une certaine idée du monde. Comment ne pas pleurer ? Vous trouvez que je pleure beaucoup ? Mais les larmes, au pire elles nettoient les yeux ! J’ai donc tout à y gagner non ? Clin doeil

Je me souviens parfaitement du moment où j’ai entendu cette nouvelle, six ans après, ce que je faisais et où j’allais. Il est des événements qui laissent des marques indélébiles dans le cœur et les souvenirs.

Consternation, douleur et morcellement intérieur :

Le 20 septembre 2006, comme d’habitude, j’écoutais la radio en rentrant du boulot. Je travaillais alors au cœur de Paris. En rentrant ce soir là, je me suis arrêtée dans une supérette pas loin de chez moi. J’écoutais en même temps débattre des journalistes sur l’actualité immédiate. J’écoutais avec intérêt parce que ces débats, de même que les appels d’auditeurs m’aident à sentir l’humeur de la nation. C’était une période tendue et le monde médiatico politique redoublait d’irresponsabilité, pointant du doigt certaines catégories de la population, les diabolisant, en suggérant à mots couvert des choses indicibles. C’est alors que, attendant mon tour à la caisse, j’ai entendu un propos que je n’aurais jamais imaginé entendre. Il s’est alors passé une chose qui m’a profondément ébranlée, et qui est d’ailleurs l’élément, le moment fondateur de ce blog. Ecrire pour na pas se laisser détruire. Pour beaucoup c’était un non événement, ce n’étaient peut-être que des mots prononcés dans le feu de l’action et à la légère par un journaliste irresponsable. J’ai entendu un journaliste dire « à niveau social égal,les noirs et les arabes sont plus criminels que les blancs ». Exactement comme le 11 septembre 2001, quelque chose a explosé, mais cette fois-ci l’explosion s’est faite en moi, avec violence. J’étais au-delà de la consternation, de la révolte, je suis entrée en douleur. Un tabou venait de sauter et un journaliste qui n’avait même pas l’excuse d’écrire pour un journal d’extrême droite a affirmé cette chose abominable, criminalisant ma race et celle d’autres humains, au mépris du respect le plus élémentaire, comme si ses propos seraient necéssairement sans conséquences. Et si ceux dont on parle avec légereté sont meurtris pas les mots assassins quelle importance ? Ce n’était pas une personne manquant d’instruction, c’était un homme instruit et nanti d’un sens de l’analyse. Et ses analyses l’ont conduit à livrer ce propos abject. Je me souviens parfaitement de ce moment. Je crains de ne jamais l’oublier.

Je sais exactement qui j’avais en face de moi, d’où je venais, où j’allais. Quelque chose s’est fracassé et j’ai entendu se briser quelque chose en moi, un son qui ressemble à l’espoir qui se brise. Viol public de ma dignité d’être par des mots d’un homme, d’un journaliste. C’est un moment qui a consacré une étrangeté qui m’explosait à la figure, à la caisse d’un magasin et en même temps dans une sorte d’irréalité, transportée en émotion au delà de l’insupportable. Le moment a été terrible et rentrée chez moi j’ai écrit dans l’urgence pour laisser sortir ce terrible mal qui s’était insinué en moi, pour me laver de cette agression, pour comprendre ce qui se passait et y réfléchir, pour prendre autant que possible une distance salutaire avec ce qui venait d’être dit et de se passer en moi. Il se trouve qu’en moi aussi, des tours jumelles se sont effondrées. Les tours jumelles internes, les deux choses fortes qui fondaient ma relation à la nation :

  • Le sentiment d’appartenance à la nation dans laquelle je vivais qui s’était construit en y vivant et en m’y attachant,

  • Et la liberté d’être moi en y vivant : avoir le droit de la vivre, de la regarder et de dire franchement ce que je pensais d’elle, ce droit découlant du point qui précède.

Et ces mots là, au milieu du brouhaha ambiant ont fait exploser ces tours jumelles en moi sans que personne d’autre que moi n’en soit conscient.

Depuis des années pourtant, au gré des périodes électorales, des mots qui blessent étaient venus rencontrer mes émotions et mes indignations, entre le bruit, l’odeur, et le reste. pourtant j’avais résisté. Mais là, quelque chose s’est passé qui a brisé ma résistance. Comme les tours jumelles presque cinq ans plus tôt jour pour jour, les deux axes de ma relation à la nation se sont effondrés sous les mots d’une incroyables violence pilotés comme des obus par la bêtise, l’irresponsabilité, le sentiment d’impunité ou le mépris de cet homme là. Sans que je m’en rende compte, il tombé comme un bâillon sur mes libertés d’être et de dire. Comme à « ground zero » dans la lointaine New York, il ne restait plus que des cendres de ce que j’avais construit des années durant. Tout était à reconstruire. Le sentiment d’appartenance et la liberté d’être moi, les deux tours jumelles de ma relation à la France se sont effondrées le 20 septembre 2006 dans une supérette à Paris, sans que personne dans mon entourage n’ait eu conscience de la dévastation que causaient les mots meurtriers d’un journaliste insensé. Sur le ground zero de mes relations blessées à la nation dans laquelle je vis, peu à peu, du moins je l’espère, se lèveront d’autres bâtisses faites de réconciliation, de restauration, de tolérance, d’amour et de pardon.

Dans la période pré électorale qui s’annonce, pour avoir vécu d’autres élections, j’ai peur que le vide du débat désigne encore des personnes comme moi comme des boucs émissaires du mal être dans lequel de nombreuses personnes ne France se trouvent. D’autres mots, d’autres assertions intolérables sont venues ponctuer le débat en France et l’écriture est ma manière de résister pour que les mots guérissent les mots. Dans cette période pré-électorale, alors que les échéances approcheront, crains que les politiques relayés les médias se souviennent de nous, faciles boucs émissaires de leurs incompétences. Je cherche pas prévention un gilet pare-mots, mais ça n’existe pas.

Mais je pense à ceux qui, nombreux n’ont ni l’écriture, ni l’art pour faire sortir les nombreux poisons instillés par les mots. J’ai commencé à écrire pour vous raconter l’altérité la mienne au milieu de tout ça. Ces choses me reviennent et me font réfléchir. Je vous les livre telles qu’elles sont et sur le « ground zero » des dévastations antérieures, je suis résolue à reconstruire dans l’amour et non sur la colère.

Ce soir, j’ai voulu vous liver ce visage là de l’altérité qui essaie d’être roseau plutôt que chêne pour ne pas rompre même si souvent il doit plier, plier ses rêves, ses douleurs et ses colères. Il y a des jours où c’est plus difficiles que d’autres.

Merci à vous de m’avoir lue. Merci à vous qui participez à m’offrir un visage de cette nation, cette somme des paysages de vos âmes qui posent des briques nouvelles et magnifiques sur le « ground zero » de la reconstruction d’une relation blessée.

Ce soir j’ai juste eu envie de parler d’une chose que l’on pourrait ranger dans la rubrique états d’âmes, mais qui a marqué ma vie.

Je me souviens parfaitement du moment où j’ai entendu cette nouvelle, des mois après, je me souviens de ce que je faisais, ce que j’avais sous les yeux et où j’allais. Il est des événements qui laissent des marques indélébiles dans le cœur et les souvenirs.

Amitiés à vous fidèles lecteurs qui m’accompagnez dans mes déambulations intérieures.



Cette violence qui me glace

Ce soir, je suis sortie du boulot la dernière, j’avais des choses à terminer avant de partir. Conscience professionnelle quand tu nous tiens n’est-ce pas ? Cool
Je ne sais pas pour vous mais il y a des moments comme ça où les sons semblent amplifiés par le silence. De plus je travaille dans une de ces banlieues qui a fait l’ouverture des journaux télévisés il y a quelques temps pour cause d’embrasement. Ce ne sont pas les endroits qui donneraient envie de quitter le boulot à des heures tardives. Ces endroits incitent à un couvre-feu personnel. Ce soir j’ai dû dépasser le couvre-feu interne et je suis partie la dernière. Je n’étais pas mécontente de ma journée et je suis allée prendre le bus qui devait me conduire à la gare. Voici que j’aperçois de loin le bus que je suis sensée prendre et, à mon grand étonnement, il ne bouge pas. Je m’interdis de me mettre à courir pour le rattraper. Je n’ai pas spécialement envie d’un face à face avec le trottoir ce soir. Il est salutaire de différer certains moments d’intimité n’est-ce pas ?Clin doeil Je prends mon temps et le bus ne bouge pas. Arrivée à l’arrêt de bus, il y a du monde sur le trottoir et en fait de bus, il y en a deux et le second est presque vide. Pas normal. Pas dans cette banlieue ! La fréquentation quotidienne de ce bus est un démenti du propos selon lequel les franciliens ne seraient pas proches les uns des autres. Rire Dans ce bus la proximité est de rigueur si vous voyez ce que je veux dire. Bref deux bus en même temps à l’arrêt près de mon boulot, à l’heure où j’en ai besoin dont un presque vide, c’est aussi inattendu que la mutation visible aux yeux nus d’un gène. Bon avec le temps vous réaliserez que je n’ai pas, mais pas du tout le sens de l’exagération. Mutation génétique visible à l’œil nu… et quoi d’autre ? Bref revenons à notre bus.

 

Alors que je m’approche du bus et que le monde sur le trottoir m’alerte, la boîte à contrariétés sous mon crâne se met en marche. Je m’imagine comme quelques soirs laisser passer quelques bus pour être sûre de respirer aisément, ou alors de faire un trajet des plus déplaisants. Alors que j’approchais du bus, j’ai réalisé que la situation était plus grave qu’un retard de bus. Dans le bus il y avait un épouvantable déchaînement de violence. C’était absolument insoutenable. Des jeunes gens qui en frappaient un autre avec sauvagerie, et un chauffeur de bus qui mettant sa vie en danger qui s’interposait prenant des coups terribles pour être un paravent pour ce jeune homme. Quand on est face à l’insoutenable, le temps semble tourner au ralenti. Heureusement pour moi je n’ai assisté qu’à la fin de cette débauche de sauvagerie. Ce n’est que plus tard que deux jeunes femmes qui avaient assisté à toute la scène m’ont raconté ce qu’elles ont vu. Elles ont vu un groupe de jeunes gens (je serais surprise que le plus vieux ait plus de vingt ans) qui à l’arrêt du bus se sont précipités dans le bus forçant l’ouverture à coups de batte de base-ball. Je n’ai heureusement pas vécu cet épisode terrifiant.

 

Les jeunes gens sont descendus du bus, ils étaient déchaînés et s’excitaient les uns les autres dans la violence et j’avoue que mon cœur était glacé. Avez-vous remarqué que quand ils sont en bande les jeunes gens sont quelquefois incontrôlables ? La violence sauvage a sur moi un effet terrible. Elle m’oppresse. Ce soir j’ai ressenti cette oppression et une incroyable impuissance face à des jeunes gens à peine sortis de l’adolescence déchaînés. Ecrire est pour moi une manière de résister à la peur rétrospective, prendre de la distance pour faire fondre la glace autour du cœur. Il ne m’est rien arrivé mais juste à côté de moi la violence a explosé. La police qui avait été appelée est venue sur les lieux. Les jeunes gens ont passé de la bravade à la débandade et quand le bus a enfin pu partir, j’ai vu ces jeunes gens à peine sortis de l’enfance menottes aux poignets. Triste visage d’une certaine jeunesse n’est-ce pas ? Des jeunes gens qui n’ont aucune gêne à troubler la quiétude d’un autobus dans lequel des femmes, des enfants et des hommes rentrent du travail, de l’école ou d’ailleurs et aspirent à la tranquilité après une journée bien remplie. Plus ils intimident les passagers glacés par la peur et par cette violence inexplicable, plus ils ont un sentiment d’impunité, voire de toute puissance. Eux, des jeunes gens à peine sortis de l’enfance qui prennent en otage par la violence des personnes qui n’ont rien à voir avec eux. Personne parmi les passagers n’a été blessé, hormis le malheureux jeune homme cible d’un règlement de compte apparent amis aux racines inexplicable.

 

Dans le bus qui m’emmenait vers « home » plus « sweet » que jamais, refuge, endroit dans lequel, la porte fermée je suis tranquille, j’avais les larmes aux yeux parce que cette scène pénible qui n’était qu’un fait divers de plus mettait sous mes yeux la réalité d’une jeunesse de plus en plus nombreuse faite de jeunes gens en rupture avec les codes de socialisation de base. Une jeunesse qui vit le quotidien, posant des actes susceptibles d’hypothéquer leur avenir sans aucune retenue. Une jeunesse en déshérence et ce visage d’une certaine jeunesse en France m’attriste profondément. Une jeunesse qui porte la semence des adultes de demain. Ca me fait peur ce soir. Comme souvent je n’ai pas de préconisations ni de solutions, mais ce soir j’ai froid au cœur et mal à l’espérance. Il y a des jours comme ça qui font passer comme des nuages sur les perspectives d’avenir.

 

Ce n’est pas un coup de gueule, même si ça pouvait l’être, mais juste un coup de blues face à une panne momentanée de l’espérance.

 

 

 

Bonne soirée à tous !

 

Ps : je ne voudrais pas vous quitter sur cette note de violence mais vous faire un cadeau virtuel. Quelques fleurs pour adoucir ce récit visiblement pessimiste. Comme disait Scarlett O’Hara « Tommorrow will be another day » (demain sera un autre jour)

 

 

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« Livraison de viande » : ou une pirouette pour sauver la face

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J’aime bien les moments durant lesquels ma mémoire prend sa liberté pour me faire voyager dans des moments qui font sourire mes souvenirs.
Parfois ce sont des moments embarrassants (comme celui qui suit), parfois ce sont des moments heureux, qui quand ils reviennent me font rire, sourire, ou « nostalgiser » (désolée pour les puristes intégristes de la langue française mais je prends des libertés pour laisser parler mon ressenti et je suis sûre que vous me pardonnerez d’autant plus aisément que ça se reproduira sûrement (rires !)

Il me prend l’envie de vous raconter une anecdote qui m’est arrivée il y a des années.
Le jour était important, je devais affronter un jury pour soutenir un mémoire dans le cadre de mes études. Vous pensez bien que je n’étais pas forcément détendue. Pas folle la guêpe je me suis fait escorter par ma cousine et un ami. Tant qu’à entrer dans la fosse aux lions, je préférais avoir dans le public des visages amicaux et compatissants.

A moment important attirail de rigueur pardi !
Faisant montre d’une intelligence supérieure j’ai mis à mes pieds des chaussures neuves. Ca tombe sous le sens non ? Qui dit chaussures neuves dit non maîtrise de l’appréhension de l’espace et douleurs possibles aux pieds. Il n’ y a que moi pour avoir des idées aussi futées je vous assure. Et comme il va de soi qu’il y a une ligne directe qui va des pieds chaussés de chaussures neuves au cerveau et qui active la case « mention très bien à votre mémoire », j’ai pris le soin de mettre ces agents de torture à mes pieds. Bref j’ai mis mes beaux souliers, me suis habillée à la manière d’une aspirante « jeune cadre dynamique » (apparence quand tu nous tiens) et me suis rendue à la fac.

Bon l’insistance sur les apparences devait de vous à moi masquer un manque d’assurance quant à la pertinence du contenu de mon travail. Je savais n’avoir pas donné le meilleur de moi-même et une mention « très bien », chaussures neuves ou pas eût été usurpée et surfaite.
Sans surprise la soutenance a été tendue mais je m’en suis sortie sans dommages autres qu’une déflation de l’égo devant ma cousine.

En rentrant avec les deux personnes qui m’avaient accompagnée je n’en menais pas large. Pendant la soutenance ma langue semblait alourdie, embarrassée, mes mots hésitant achoppaient sur des syllabes simples. La honte intégrale !!!!!!!! Fracas public d’une légende d’éloquence sous les yeux de ma jeune cousine. Rougissement intérieur masqué fort heureusement par mon teint chocolat. (hi hi). Comment garder la face devant ma jeune cousine ? Six ans nous séparaient diantre ! Remplir l’espace de mots durant le trajet de retour pour ne pas entendre le bruit de l’embarras qui remplit le silence telle a été ma réaction.

Et le pire c’est que mes deux acolytes semblaient avoir apprécié ma triste performance devant le jury. L’amour et l’amitié masquent les failles de ceux que l’on aime et apprécie et c’est tant mieux n’est-ce pas ? En sortant du métro pour rentrer à l’appartement, mes jambes ont dû déclarer leur indépendance sans m’en informer. La honte du jour les avaient atteinte plus que le reste de mon corps. Elles ne me portaient plus les traitresses !
Et voila que passant devant la boucherie du coin je fais une chute des plus ridicules.
Oh non je ne parle pas d’une de ces chutes cinématographiques qui reste esthétique et laisse à l’héroïne un semblant de dignité ou lui confère grâce et fragilité et qui sont un signal au héros qui se mue en chevalier servant. Il n’y avait pas la grâce d’une Greta Garbo qui se pâmait dans la Dame aux Camélias. Que nenni ! C’était une chute ridicule et surprenante et qui, pour tout couronner se faisait devant la boucherie dans laquelle j’étais sensée revenir un jour pour acheter de la viande. Mamma mia !!!!!!!!!!!!!!!!!!! Qu’avait-il bien pu se passer ? J’avais été trahie par mes jambes et aussi par mes chaussures neuves dont la semelle glissait (trop drôle).

Au bruit (inélégant vous pensez bien) de ma chute, le boucher (qui aurait trouvé sa place dans un film de Pagnol) et son apprenti se sont précipités vers l’entrée. Pour accentuer le moment de solitude, il y avait du monde dans la boucherie. Et voilà qu’ils sont tous aux premières loges, public attentif d’une chute inélégante. Grhhhhhhhhh ! Je ne pouvais souffrir l’idée qu’ils se mettent à pouffer de rire pour accompagner le spectacle !
J’ai alors fait une chose que je n’avais pas préparée : j
’ai levé les bras au ciel (avec une grâce étudiée bien entendu) et j’ai déclaré avec aplomb au boucher et à sa cour

« LIVRAISON DE VIANDE !!! ». Si vous aviez vu leurs têtes ! Les laissant à leur surprise interloquée je me suis relevée et j’ai disparu à toute vitesse, prenant le risque d’une autre trahison des souliers neufs.

Vous pensez bien que j’ai mis du temps à remanger de la viande…achetée dans cette boucherie.
Pour clore l’anecdote quand je suis rentrée chez moi j’ai éclaté de rire au souvenir des têtes de mon public et du ridicule de ma chute. Ce rire a libéré ma cousine et l’ami qui m’accompagnaient et ça a été un moment de franche hilarité. Et au fait, je n’ai plus remis mes souliers. Ca leur apprendra. Na !
Souvenirs, souvenirs…



Quand Eloi n’est pas là

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Je ne sais pas pour vous mais parfois des situations anodines, voires banales suscitent des réflexions inattendues. J’aime bien laisser les situations me parler, me conduire à une conversation interne et dont le fruit me surprend quelques fois. Contrairement à ce que pourrait laisser supposer cette introduction singulière, aucune psychose n’a été diagnostiquée me concernant. Pour être plus claire je ne suis pas schizophrène. Ceci dit comme n’importe quel passager du 21ème siècle j’ai mes névroses mais… rideau.

Il m’est arrivé une aventure (le mot semble excessif si l’image qu’on associe à ce terme est celle d’Indiana Jones) amusante et embarrassante à la fois. Les deux émotions dans mon cas n’ont pas été synchrones. Si cela avait été le cas, une troisième les aurait accompagnées : le masochisme. Mais là, je m’égare.Clin doeil

Il y a deux samedi, j’ai dû me lever à la vitesse grand V pour aller au coeur de Paris. C’était une course urgente, nécessaire et impossible à différer. A t-on idée de sortir les honnêtes travailleurs de leur lit aux aurores un samedi ? Je dois à l’honnêteté de vous dire qu’il était plus de 11 heures. Ceci dit, le samedi je « grassematine » si je veux ! Non mais…
Bref j’avais à peine quelques minutes pour prendre une douche, masquer les ravages du temps par un subtil maquillage ( heu je plaisante là, ne cédons pas à l’inélégance de l’esprit, c’est petit !!!! ) me vêtir et foncer hors de mon home sweet home. Première rencontre : un voisin dans l’ascenseur qui semble mettre son sourire en vacances quand il me voit. Je dois me faufiler pour me faire une place dans l’ascenseur. Vous pensez qu’il se pousserait le bougre ? Que nenni ! Mais je ne me laisse pas faire, j’ai un but dans cet ascenseur (à part descendre bien sûr) vérifier que je ne suis pas décoiffée et faire les derniers raccords maquillage. Je suis visible ouf. Je fonce vers Chatelet les Halles.

Dans le métro des regards insistants se posent sur moi. Je n’ai pas la vanité de les attribuer à ma splendeur. Une pensée ce pendant me traverse l’esprit mon jean serait-il trop serré ? Puis je passe à autre chose. Arrivée aux halles, à mon soulagement, la personne qui m’attendait n’a pas renoncé, au vu de mon retard, à m’attendre et de surcroît elle n’a pas revêtu le masque de reproche que portent quelques fois ceux qu’on fait attendre (moi comprise). Praise God for that ! Retour à la case maison mais avant de rentrer je décide de faire une halte dans un magasin qui bien entendu est dans une rue très passante. Tant qu’à être embarrasée, il faut qu’il y ait du public non ?
Alors que j’arrive devant le magasin, la vision d’une étiquette inopportune dans la vitre du magasin me donne une information embarrassante : mon sweat shirt est à l’envers. Morcellement intérieur façon Tex Avery. J’essaie de prendre les choses avec hauteur mais c’est plus facile à penser qu’à faire. Je sais désormais pourquoi mon placide voisin m’a jeté un regard étrange dans l’ascenseur. Dans le métro ce n’était pas mon charme ravageur façon Ava Gardner (on ne va pas citer Marylin Monroe tout le temps n’est-ce pas ?) de la belle époque qui retournait les gens sur mon passage. Ce n’était même pas la taille de mon jean (hypothèse plausible pourtant). Non c’était l’image d’une adulte à l’air sain d’esprit qui traversait la ville avec un sweat shirt à l’envers. Oh la la la honte !!!
Je me suis dit, allez on se reprend je n’ai plus qu’une station de métro et je rentre chez moi. J’ai acheté ce que j’étais venue chercher et je suis sortie, décidée à rentrer au plus vite chez moi et téléphoner à mon psychanaliste (heu…pour le psy je plaisante au fait).

Mais voici que je n’avais pas le cran de passer devant des inconnus nombreux comme par hasard ce samedi là. Je me suis offert un moment de répit en entrant (plutôt en me réfugiant) dans un parc tout près. Et là j’ai découvert un endroit merveilleux où j’ai plaisir à retourner depuis et m’adonner au plaisir de la photo. Comme quoi de situations embarrassantes peuvent naître de belles rencontres avec des lieux ou avec des gens. Là ce fut le parc de Bercy. C’est joli soit dit en passant… Mais ce n’est pas le sujet.

Dans le parc je prenais le soin d’éviter les gens cherchant du regard de salutaires toilettes que bien sûr je n’ai pas trouvées. Cependant, au coeur de l’embarras j’ai fait des photos, on ne se refait pas. L’idée de quitter le parc, d’entrer dans le métro et surtout de marcher du métro à mon « home sweet home » ainsi vêtue m’agressait littéralement. C’est étrange combien le regard de personnes qui ne comptent pas devient important élevant des pécadilles au rang d’événements quasi dramatiques. Il n’était pas question que je sorte ainsi du parc ! Je me suis réfugiée dans un buisson (si l’on peut dire (voir photo. A t-on idée de se cacher à cet endroit ? Dieu soit loué je n’ai pas été arrêtée pour exhibitionnisme) et j’ai remis mon sweat shirt à l’endroit. Il fallait faire vite. Je vous passe l’épisode comique à postériori de la manche qui résiste accentuant la crainte d’être vue par quelque promeneur du samedi. Dieu merci personne n’est passé. J’ai pu sortir. J’étais à nouveau assurée et sereine. L’assurance et la sérénité ne tiendraient t’elles qu’à celà ? Est-il possible qu’elle puisse être ébranlée par une simple étiquette qui révèle qu’un vêtement est à l’envers ? J’en parlerais à mon psy imaginaire au plus tôt.
L’histoire ne s’arrête pas là, le lundi en allant bosser, à ma grande surprise je me suis rendue compte peu avant de sortir que j’avais mis ma chemise à l’envers. Syndrome du roi Dagobert ? J’aurais parié après les embarras de la situation précédemment mentionnée je ne me serais plus jamais laissée avoir par ce genre de distraction ! Je pensais plutôt que je serais pendant un bon moment hantée par la peur de revivre cet embarras. J’aurais cru que je vérifierais névrotiquement mes vêtements. Tu parles !!!
Bizarre que les leçons qu’on croit avoir reçues se laissent oublier, l’émotion de l’embarras et de la gêne passée. Cette distraction du lundi m’a poussée à réfléchir sur ce que je fais des leçons que la vie me donne. Le bon roi Dagobert avait à ses côtés, comme le dit la chanson, le bon saint Eloi pour lui rappeler qu’il avait mis sa culotte à l’envers. Chez moi Saint-Eloi n’est pas là, il faut que ma mémoire et ma conscience m’assistent pour garder en mémoire et mettre en pratique les choses que j’ai apprises. Parce que Saint-Eloi n’est pas là, c’est à moi d’assumer l’appréhension des leçons de la vie. Bon de vous à moi, je ne suis pas seule face aux défaillances de ma mémoire, j’ai le privilège d’avoir un merveilleux pédagogue qui m’aide à pallier l’absence d’Eloi. C’est Celui qui vit en moi et me conduit. Merci à Lui.
Pour l’anecdote, ce matin je ne me suis pas inquiétée d’avantage en sortant. Je vous rassure mes vêtements étaient à l’endroit.Sourire

Bonne soirée à tous et merci de votre visite.



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