Si vous croisez Toguy, dites lui…: hommage à Toto Guillaume. 31 octobre
Dans nos parcours de vie, nous faisons des rencontres virtuelles ou réelles mais qui marquent nos mémoires, nos émotions, nos sens. Il y a dans ma mémoire des musiques qui sont le verso de la mémoire de mes racines. Ce sont des rencontres qui ont fondé mon rapport à la musique et qui sont en filigrane dans mes coups de foudres en musique. Ce billet inaugure mes hommages à ceux qui ont marqué ma mémoire au coeur du patrimoine musical de ma mémoire, de mon enfance, des sons de ma terre. Ce seront des hommages sans être des hagiographies, juste des rapports subjectifs à une musique, un artiste ou des anecdotes dans lesquels leur musique a une place. Ce sont des musiques qui font partie du patrimoine musical de mes terres intérieures. Laissez moi vous parler de Toto Guillaume, alias Toguy.

Dans les années 70/80 au cœur de la profusion musicale ambiante, une nouvelle génération vient enrichir les sons du Makossa (musique née dans le littoral du Cameroun). Des voix, des chansons qui demeurent dans la mémoire collective comme des classiques. Emile Kangue, Nkotti François et bien d’autres signent des mélodies qui deviennent pour beaucoup des classiques. Dans cette nouvelle génération, un visage, une voix, un talent, du génie, celui de Toto Guillaume, alias Toguy.
Je me souviens d’un album chez mes parents « les black styl’s à Paris ». Ah la pochette ! Tout un poème. Sur cette pochette, au cœur de la nouvelle génération, il était là, au milieu des autres mais offrant déjà les prémices des années d’éblouissements à venir pour ceux qui aiment le makossa et plus largement, la musique. Et pour ne rien gâcher l’homme est beau. Caramba papa enferme moi à la maison (hi hi) ! Le rapport à la musique est forcément subjectif mais le talent et la classe de Toguy sont de ceux qui font converger nos subjectivités vers des affirmations consensuelles. Affirmation consensuelle sur la qualité et l’originalité des mélodies qu’il a apportées au patrimoine musical Camerounais. Je vous encourage à le revisiter ou à aller à sa rencontre. Vous serez surpris de la modernité des sons et de la profondeur du sens. De Françoise à Dibena, de Issokoloko à Mont Koupé l’homme a déposé des joyaux dans ce patrimoine et des sourires dans bien des souvenirs. Il nous a aussi offert de belles émotions en nous invitant quelquefois dans ses intimes mélancolies. Je me souviens du cri bouleversant du fils à une mère exilée en terre de déraison « Na diane nyongi we, na diane nyongi…son binyo bweya mba ndedi ». J’ai encore besoin de ma mère ma mère criait il en substance dans Emene Marie. Ce chant de finira jamais de m’émouvoir. Qu’on le veuille ou non, et quels que soient nos âges la pensée de nos mères a le pouvoir de mettre l’adulte en pause pour inviter l’enfant à émerger. Quand la mère s’absente de cette manière ou pour toujours il y a en nous un enfant, en position fœtale qui crie « j’ai encore besoin de ma maman s’il vous plaît ayez pitié de moi ».
Je me souviens aussi de Rosa et des surprises-parties de nos sages jeunesses (lol). Caramba qu’il était beau sur la pochette pensaient nos hormones adolescentes. Mes hormones adultes semblent du même avis mais ce n’est pas le propos.
Y a t-il quelqu’un qui comme moi entend dans sa mémoire la complainte chantée dans Angèle ? « Angèle o Angèle o na bwa ne eeeee », dès les premières notes nous prenions « air Toguy » portés par sa voix et sa guitare et nous montions. Pas besoin de parachute de sécurité nous savions que l’atterrissage serait maîtrisé par le savoir faire exceptionnel de Toto Guillaume. Alors c’est sans prendre de risque que j’ai souvent pris « Air Toguy ». Ce vol n’était pas du genre « Air peut-être » (private joke pour ceux qui ont connu les fantaisies horaires de Cameroon Airlines). Chez Toguy la qualité du voyage en musique était assurée. Je ne me souviens pas d’une seule déception à l’écoute de Toto Guillaume. Les subtiles percussions qui soutiennent la chanson Angèle demeurent modernes. C’était le temps durant lequel les chansons Makossa avaient toujours une rupture musicale vers le milieu pour nous obliger à changer le rythme de nos danses. Je me souviens que sur les pistes de danse nous attendions ces ruptures qui le temps d’un instant mettaient comme une osmose à nos trémoussements.
Oh le souvenir de « Dibena » ! Nous tournions et virevoltions sur son injonction chantée même si nous ne comprenions pas réellement l’essence du chant. Pour moi ce chant ne se ride pas « keka yombo le na mombwa nga o tondi mba ! » (Essaie de tourner et laisse moi voir que tu m’aimes). Pas moyen d’écouter cette chanson en restant stoïque. La chanson invite mes sourires et des contorsions corporelles.
Ce qui m’émerveille aussi chez celui que l’on appelle Toguy c’est la profondeur de ses paroles et comment il sait mettre en musique les proverbes et des expressions qui font partie du patrimoine Sawa (région cotière du littoral du Cameroun) charriant des images qui appartiennent à un être ensemble dans lequel chacun de nous rencontre un peu de lui. Parfois les images sont de celles qui participent de la dimension mystico-légendaire propre à nos cultures.
Je vous invite à vous plonger dans « Elimbi na ngomo » « Mbella na wuba », « Douala Mbedi na sawedi », « Ndom’a mumi », « o bia te ndolo », qui font de mon point de vue partie des classiques pérennes de la musique camerounaise. Il serait utile de les dépoussiérer pour rappeler à la jeune génération que la qualité ne vieillit pas. La musique de Toguy n’est pas de la musique fast food c’est de la musique pour gourmets. C’est une musique qui, si elle devait prendre des rides ne devrait prendre que des rides d’expression, comme celles que le bonheur dépose au coin des yeux et des lèvres pour avoir souri, pour avoir ri, pour avoir vécu. La musique de Toguy est de celles qui traversent les décennies parce que le sens et le son y font bon ménage. Et même quand il se met au service de la musique d’autres chanteurs son génie et sa classe éclatent sans entrave. Son boulot sur le Beneground de Douleur tutoient la perfection. Caramba. Mais où êtes vous Toguy ? 
Si vous croisez Toguy dites-lui qu’il nous manque.
Si vous croisez Toguy dites-lui que ses harmonies nous manquent.
Si vous croisez Toguy dites-lui que son inventivité nous manque.
Si vous croisez Toguy dites-lui qu’au delà de tout, c’est lui qui tout entier manque à la musique.
Si vous croisez Toguy dites-lui que si par hasard l’échange avec nous son public lui manquait, il peut revenir en confiance. Nombreux sont ceux à qui il manque et qui espèrent en son retour.
Si vous croisez Toguy, pensez juste à lui dire MERCI.






MBOA 1 novembre
Merci de rendre hommage à ce génie que le Cameroun a engendré mais incapable de reconnaître le talent.
Personne et je pèse mes mots, personne n’a fait dans le contexte Camerounais ce qu’il a fait. Il a transformé tout ce qu’il a touché en Or massif.
Je le compare très souvent à Quincy Jones. Ramené dans son contexte et sa réalité, il est même au-delà.
Malaïka 1 novembre
@ Mboa,
Toi même tu sais. Je ne pourrais pas mieux le dire. C’est vrai que Toguy a ce que l’on appelle « Midas touch ».
Qu’est-ce qu’il manque !!!! Si tu le croises…dis lui.
Nous en avons parlé en juillet tu te souviens ? C’est un grand Toto Guillaume.
Merci à toi pour ton hommage.
Minipoucine 1 novembre
Elle est sympa cette nouvelle rubrique de ton blog.
)
Gondar 2 novembre
Toguy !!!!
Un genie ? Si il y avait un mot plus fort …..
Je suis 100% d’ accord avec l’ auteur de cet article . Toto Guillaume est un grand …. Il a su allier notre patrimoine (africain) a la musique moderne ….. Je n’ avais jamais entendu une section de cordes dans un morceau originalement africain …. Ecoutez encore Dibena … Quelles harmonies … Qui douterai de l’ originalite de ce chant ? …. Et de sa modernite … Ndolo, ndolo mbana naye …. (je ne me rappelle pas du tire) en voila un autre qui a fait vibrer le continent … Eh oui, c’ est dommage que les grands noms ne sont pas toujours reconnus comme tels, peut etre un jour …. un jour ….
Toguy ! Je te respecte, je t’admire … God bless you !
natureinsolite 5 novembre
c’est étonnant que tchitchi ne soit pas encore tombée en pâmoison…
Gibi 17 novembre
Bonsoir, simplement un petit coucou pour te dire que nous avons particulièrement pensé à toi hier, car nous avons participé au grand rassemblement des Africains d’I d F dont le thème était Chrétiens français et d’Afrique, comment faire église ensemble, j’ai regretté que nous soyons peu de « visages pales » comme l’a dit le Cardinal 23, cela se passait à Notre Dame, bref je voulais simplement te dire notre pensée et notre bonheur d’avoir participé à cette journée.
Bien amicalement.
Gibi
Z.T. 1 décembre
Franchement, je ne sais pas si on peux mieux faire et mieux en dire sur TOGUY.
En tout cas, je lui transmettrais ces quelques lignes qui je suis certain lui ferront un sacré plaisir.
Et puis, pour ton info, il ne tardera pas à te faire encore plaisir…
Comme par hasard, je suis à l’instant en train de suivre ELIMBI NA NGOMO, un pur, mais alors un pur et vrai plaisir…
mbouegueu justin 5 décembre
je ne sais vraiment que dire d’un musicien exceptionnel tel que Toguy. je suis toujours au garde-à-vous lorsque j’écoute les mélodies ensorcellentes du fils de lhomme- toguy-. franchement les camerounais n’ont pas besoin des nouveaux makossa si on entre dans les repertoires de Toguy et avec lui d’autres phenomenes du makossa: Misse ngoh, nkoti, emile nkangue, douleur, time et foty, manulo, salle john, manfred ebanda, marcel tjahe, pierre de Moussi,ekambi brillant, le grand manu…restons vigilant quant au travail fourni par les jeunes comme Belka tobi…merci.
ricky 19 février
J’estime que Toguy porte une grave responsabilité dans la dérive que connaît le makossa aujourd’hui. Peut-être a t-il pour sa défense des circonstances atténuantes? En tous cas, voici les éléments à charge:
- il a abandonné le brassard de capitaine de l’équipe nationale du makossa (80% des arrangements des chansons de l’époque que nous considérons comme l’âge d’or étaient l’oeuvre de Toguy):
- par le silence dans lequel il est entré depuis près de 25 ans, il a cessé d’être le phare de la musique populaire camerounaise; aujourd’hui, les jeunes générations ont pour horizons, non plus les albums du Maître (tous des chefs d’oeuvre), mais ceux des ambianceurs comme Petit Pays, Papillon, à la musicalité douteuse..
S’il a quelque chose à dire pour sa défense, qu’il parle!
Christ ken 16 septembre
Toguy? Il n y a pas beaucoup de personne au monde qui ait ce niveau de culture musicale tant dans la rigueur des arrangements musicaux que dans les compositions complexes. Toutefois au travers des enseignements qu’il dispense aux etudiants ou au conservatoire, nous savons qu’il reste dans la musique. De nombreuses pressions s’articulent autour de lui au nombre desquels Manu Dibango qui veulent qu’il revienne sur la scène avec ses compositions pures. Esperons que l’admiration qu’il voue à son ainé le fera bouger d’ici là…
Théodore TANG NKOT 1 janvier
Je suis un fana de TOGUY et il nous manque tellement!!!!!!Heureusement nous avons ses musiques!!!!REVIENS TOGUY STP