L’Afro Ethno Jazz de Terrence Ngassa belle découverte au coeur de la nuit

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Au cours de mes pérégrinations musicales nocturnes, j’ai fait une belle rencontre et je ne résiste pas au plaisir de vous la partager. Au cœur de la nuit alors que je vais à la recherche de Satchmo, je découvre Terrence Ngassa. Ca y est elle a définitivement craqué la Malaïka vous direz vous. Que nenni les amis. J’ai découvert ce musicien, compositeur et chanteur dans un hommage à celui qui était l’objet de ma quête insomniaque. Le nom de celui que je découvre sur un détour m’interpelle parce qu’il m’est familier. Je sais que c’est un nom de chez moi. Mes sens sont en alerte forcément : Cameroun o mulema ponde yese wuma yese (le Cameroun au cœur tout le temps et partout) comme chante quelqu’un que je ne citerai pas pour une fois de peur de provoquer des overdosesLangue. Le Cameroun et moi, c’est viscéral, c’est profond, c’est intime. Le Cameroun m’est intrinsèque. Loin des yeux près du cœur ou comment un poncif s’habille des mes réalités intérieures. Ma terre, mes nostalgies, mes intimes respirations, que je rencontre dans les voix et les musiques qui jaillissent de nos sources communes. Sources nourries aux rythmes traditionnels, fontaines de nos mémoires communes.
Je l’entends d’abord dans un hommage à Louis Armstrong dans lequel le mimétisme vocal est troublant, mimétisme avec cette voix particulière qui caractérisait le Satchmo que l’on aime.  Curieuse et vorace de musique, passionnée des talents de ma terre natale, je ne peux laisser passer l’occasion d’aller à la rencontre de ce musicien au delà de l’hommage rendu à Louis Armstrong.  Je découvrirai plus tard et sans surprise que Louis Armstrong est une de ses principales influences musicales, de même que Dizzy Gillespie, Clifford Brown et Miles Davis. En découvrant l’univers de l’artiste on est dans la continuité du chemin frayé par ces grands anciens.

Pour moi la musique est souvent une rencontre, une rencontre avec un univers, un instrument, un instrumentiste de la voix ou de quelque autre instrument. A la recherche de Satchmo j’ai rencontré Terrence et j’en suis fort aise.  Me voilà de nouveau face à mon abyssale inculture musicaleCool. Comment est-il possible que je n’aie pas eu vent de l’existence de ce musicien d’origine camerounaise ? Y a du boulot l’amie ! Bon de vous à moi c’est plutôt rassurant, cela met en lumière l’incroyable vivier de talents et la variété des expressions artistiques de mon pays natal. La musique camerounaise n’est pas monochrome elle va de rythmes traditionnels à des ceux  qui allient tradition et rythmes venus d’ailleurs notamment ceux du jazz. Quand on écoute nos musiciens qui se sont laissés attirer dans la beauté du jazz, on remarque qu’il n’y a pas pour autant  eu de clonage stylistique et c’est tant mieux. Ceci prouve bien que chacun de nos musiciens imprime sa personnalité dans son appréhension et son imprégnation du et par le jazz. Le Progressive Afro Jazz de Jay Lou Ava, les incroyables revisitations du jazz par Gino Sitson et sa voix séraphique, le Bikutsi according to jazz d’Avline Ava, et tous ses autres talents dont je ne saurais faire la liste en un billet prouvent que bien des personnalités musicales si elles se sont révélées par le jazz ne s’y sont pas perdues au point de se dépersonnaliser. Ce soir en écoutant des interprétations de ce musicien, il me prend l’envie d’explorer davantage son univers et de me procurer rapidement son dernier opus « Ngassalogy vol 1 ». Qui est donc celui à qui je dois ces jolis moments au cœur de la nuit ? J’ai envie d’en savoir plus.

Terrence Ngassa est né à Bamenda dans le Cameroun occidental d’un père trompettiste (son père était  trumpet lead dans l’orchestre national du Cameroun) remarquable qui lui offre sa première trompette en 1989. Initiative inspirée n’est-ce pas ? Dès l’année suivante, le jeune Terrence joue dans l’orchestre de son lycée et commence à y faire ses classes en tant que musicien. Il y joue trois ans et se distingue très vite par son inclination pour le jazz. Cette inclination le conduira à former le Medium Jazz Quintet qui connaîtra en 1996 un grand succès lors du Festival de Jazz sous les Manguiers à Yaoundé.jazz_20030124a_Ngassa.jpg picture by maddyspace Ce festival sera sa première rampe de lancement. Ils entre dans la lumière, son talent comme celui du groupe s’expose et attire l’attention. D’autres opportunités s’offrent à lui notamment quand il remplace un musicien indisponible au Hilton et peut ainsi exprimer son art au contact d’autres musiciens d’horizons et d’arrière plans divers. Ces apprentissages au Cameroun seront des fondations utiles pour le temps de la maturité artistique qui plus tard s’exprimera. Le musicien rodera sa musique sur de nombreuses scènes africaines et européennes. En 2000 il a l’occasion d’étudier le jazz à l’académie de musique de Cologne ce qui lui permettra de toute évidence d’affiner sa technique. Aujourd’hui Terrence Ngassa sur scène est accompagné de fort belle manière par un sextet.

La découverte de Terrence Ngassa m’est d’autant plus agréable qu’elle me rappelle mes premières incursions dans cette musique avec pour guide mon père qui m’apprenait à  écouter le jazz, à isoler un instrument des autres pour l’écouter de manière prioritaire. et entendre le musicien. J’ai ainsi découvert Louis Armstrong (Satchmo), Duke Ellington, et j’ai commencé à écouter Miles Davis.

Le jazz de Terrence Ngassa tout en étant résolument moderne n’a pas rompu le lien avec les grands aînés. Si êtes amateurs de jazz classique, en écoutant Big Man vous devriez vous sentir comme à la maison. Laissez-vous porter par le solo et vous m’en direz des nouvelles. Talent quand tu nous tiens !

Big Man
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Dans sa musique se glissent des rythmes caractéristiques de l’ouest du Cameroun. Un mariage réussi et ma foi fort agréable. J’aime la diversité des rythmes de ma terre et cette variété de sons qui racontent la variété qui est intrinsèque à l’être camerounais. Ecouter « haya haya » appelle en moi des mouvements saccadés des épaules en réponse aux images mentales qui défilent dans ma mémoire à l’écoute  de cette musique. Des onomatopées singulières typiques à la région Bamiléké sont là en filigrane dans la chanson. Bien qu’allochtone à cette culture  je trouve une place ce soir pur l’habiter par le biais de la musique.  Le peu que je sais d’elle, notamment par une amie très chère  remonte au rythme de ces onomatopées soutenues par des percussions. Puis vient la trompette jazz qui épouse les rythmes du pays Bamiléké comme une évidence. Je dis « monsieur ! ». Je vous invite à découvrir  ce chant, il devrait vous surprendre fort agréablement et je ne serais pas surprise qu’en vous se lèvent comme des envies de le suivre en dansant, au rythme de vos coeurs, par delà les frontières culturelles.

Karambani est un morceau qui donne l’impression de vous transporter à la nouvelle Orléans et semble en même temps vous rappeler de par sa musique de fond que la Nouvelle Orléans a des racines africaines.

Kassava Manioc est une intéressante ode à des saveurs alimentaires typiques de toutes les variétés de plats que l’on fait à partir du manioc (du foufou au miondo, au tapioca, en passant par le bobolo). Kassava manioc que je reçois en l’écoutant comme un trait d’union entre les peuples dans un pays aux cultures éclatées voire antagoniques. Est-ce ce qu’il a voulu communiquer je ne saurais l’affirmer mais c’est ce qui m’arrive par cette musique dans la douceur de la nuit. Le manioc dans ses mutations demeure une constante dans l’alimentation du Cameroun et de l’Afrique. Intéressante clé d’entrée. J’ai aimé le suivre dans ses improvisation alimentaires. Merci Terrence pour ce voyage dans le Cameroun par le prisme d’un tubercule. Le talent n’est-il pas aussi la capacité de se saisir de l’ordinaire pour le parer d’extraordinaire ?

Bamsoom devrait faire danser les mémoires de bien des Camerounais dont les racines se trouvent du côté de l’ouest du Cameroun. Entendez vous la subtilité des arrangements tout en étant totalement dans la musique traditionnelle ?

Ce monsieur m’est décidément une intéressante découverte.

J’ai aimé découvrir « praise for the twins » dans lequel la langue qu’il chante s’enveloppe des sonorités jazz sans sembler allogène. 

Je vous laisse découvrir « Praise for the twins » qui est une autre confirmation que les langues d’Afrique sont « solubles » dans le jazz sans le dénaturer. 

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Puis j’ai découvert Sok Chen qui  mêle de fort belle manière le jazz qui est sien aux les rythmes de sa région d’origine. En écoutant cette musique il me revient des danses traditionnelles vues ça et là dans mon pays. Il me semble voir des femmes en vêtements traditionnels se livrer à des danses typiques de la région occidentale du Cameroun. La pureté du jazz est là, sa beauté acoustique et les rythmes africains qui viennent l’enrichir, l’élargir sont là comme une évidence, comme si le jazz et l’Afrique avaient toujours été liés comme si entre le jazz et les sonorités africaine il y avait toujours eu une continuité qu’il suffisait de trouver. L’Afro Ethno Jazz de Terrence Ngassa en est une démonstration qui vient m’émerveiller dans la quiétude du soir.

 Sok Chen
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Je le découvre virtuose de la trompette, compositeur de talent. En écoutant ce monsieur, en repensant à d’autres musiciens de talent de mon pays, en pensant à tous ceux dont la musique enchante mes sens et ravit mon âme, je me dis que la musique est décidément un beau trait d’union transethnique dans un pays gangrené par un tribalisme latent conscient ou non. Et dans mes utopies je me dis qu’en écoutant la musique portée par des musiciens de talents, la beauté de la culture de l’autre, celui qui vient d’ailleurs pourrait arriver jusqu’à nous, nous ouvrant à la beauté d’une autre culture. Et je me laisse aller à une rêverie que j’espère ne pas être un mirage, celle de voir la musique saper peu à peu les fondations de ces murs érigés entre les ethnies par ceux qui depuis des décades ont intérêt à diviser pour mieux régner. Je me prends à rêver de voir la musique jeter des ponts entre les peuples de ma terre, et plus largement entre les peuples de la terre. Je me prends à rêver qu’à l’intérieur de nous aussi, les murs tombent.  Est-ce en cela que la musique adoucit les mœurs ? Peut être.  Si tel était le cas, alors je veux davantage de musique ! 

Vous pouvez explorer davantage son univers musicale en allant sur My Space.

 http://www.myspace.com/terrencengassa

   



5 commentaires

  1. natty 30 octobre

    PAs eu le tps de lire et de savourer today…
    i ‘ll be back …
    Mais faut quand même pas rater l’occase pour faire un bisou à mon ange préféré

  2. tchitchi 31 octobre

    Un énorme bisou en passant Malaïka, je repasse lire plus tard.

    Tchitchi, version éclair.

  3. natty 31 octobre

    Décidément nous semblons toutes débordées :-)

    Je suis revenue ma Malaika, et j’ai aimé découvrir cet artistes à travers tes mots (Je crois qu’on a du mal à ne pas s’ intéresser quand ce sont tes mots à toi qui présentent l’artiste :) )
    J’ai aimé “Praise for the twins”. « soluble » était exactement le bon mot à propos des langues Africaine dans le jazz.
    ET c’est émouvant Malaika de lire toujours l’amour que tu portes à ton Cameroun, vraiment, et il y a de quoi! EN plus tous ces artistes talentueux que je découvre ici ..il y a de quoi être fière !!!
    Merci encore et grosses bises sisternelles

    ps: Je sens que Hady qui va beaucoup aimer ce post :)

  4. michelotte 1 novembre

    bonjour : tu garde dans ton coeur ton pays et dés que tu peu tu en parle tu as bien raison d’avoir ce grand AMOUR pour son pays et moi je suis comme toi j’adore le pays qui ma donner le jour ..qui est L’ALGERIE)
    cela fait lontemps que je ne te vois plus mon écrivain préféré; TU VAS BIEN ,;;

    CALIN DE Michelotte

  5. JJD 17 février

    Merci de nous faire découvrir cet artiste du terroir dont j’ignorais l’existence.

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