La transmission du socle identitaire et culturel : la naissance de milliers d’étoiles au coeur des larmes de nos enfants (première partie)

Misodinanguengueti.jpg picture by maddyspace 

«  Neni so nguengueti i ma panya o miso ma munami  »

«  J’ai alors vu des étoiles briller dans les yeux de mon enfant  »

«  Neni pe misodi mi ma sulea o miso ma munami  »

«  J’ai aussi vu des larmes couler des yeux de mon enfant  »

Etienne Mbappe

Cet après midi, j’écoutais de la musique en vaquant à mes occupations. Et voici que les paroles d’un chant que je connais pourtant depuis des années ont ouvert les vannes de mes sempiternelles cogitations. La voix du chanteur portait un message sur l’essentiel de la transmission des racines et de l’histoire à la descendance. Je ne prendrai même pas la peine de vous dire que l’écho de ces mots a rencontré en moi bien des résonances. Ceux qui ont entrebâillé quelques fenêtres sur moi savent que ce sont des problématiques qui me sont importantes. Voici ce que chantait l’artiste :

«  Mon fils grandit, il arrive à l’âge de raison. J’ai pour lui un secret qui m’a été transmis par mon père. Car il faut qu’il sache, qu’il connaisse l’histoire de ce pays, qu’il connaisse notre histoire  ».

Le chant si j’en traduit le titre s’appelle «  les yeux de mon enfant  ». Le chanteur parle des nuances dans le regard de son enfant pour poser des choses qui lui semblent essentielles. Par un chant de quelques minutes à peine il touche à un domaine à mes yeux fondamental, celui de la transmission générationnelle, du passage de témoin de la mémoire, de l’histoire, de «  l’être ensemble  ». Sont ce des résonances de mon africanité ? Peut-être, mais je pense que ce sont plus largement celles de mon humanité. Cette humanité qui a besoin d’être reliée à une famille, à un passé, à une histoire . Sous toutes les latitudes l’humain a me semble t-il besoin de lien social dans le présent et en relation avec le passé.

Comme vous pouvez le constater, il y a des thématiques qui déclenchent chez moi, comme dans un réflexe pavlovien des cogitations déambulatoires. Les hélices sous mon crâne prennent leur envol pour emmener mes réflexions vers des rivages qui cette fois prennent leur source en moi. Ils m’ont conduite à repenser les chemins de mes cheminements identitaires ou d’identisation

La transmission de la langue comme celle de l’histoire sont essentielles dans la construction de celui qui arrive dans la lignée familiale.

Pendant des années, j’ai affirmé avec conviction que le français était ma langue maternelle. Cela m’était d’autant une vérité que la définition de la langue maternelle était pour moi celle de la langue des échanges primaires avec sa figure maternante, le plus souvent avec sa mère. Avec ma mère comme avec mon père, mes frères sœurs et moi communiquions en langue française. Et c’est en français que toute la gamme des émotions dans ma famille se traduisait en mots. Cette langue était par conséquent pour moi ma langue maternelle.

La langue maternelle dans mon appréhension est celle dans laquelle une voix unique rassurait l’enfant que l’on a été. C’est la langue dans laquelle l’enfant apprend à reconnaître les inflexions qui disaient l’humeur de la mère. C’est la voix qui encourageait, qui consolait, reprenait, etc.

La langue de mes pères passait à l’époque en second au palmarès de mes langues d’identifications tandis que je m’enracinais dans l’expression en français. Ce qui demeure pour moi une grande richesse. La français est devenu pour moi la langue de l’expression de la pensée, de la précision du sens, de la communication ciblée. C’est étrange de voir combien quand je m’exprime en français j’ai une quête consciente ou non du mot juste, alors que dans la langue héritée de mes pères je m’autorise de surprenantes approximations, cela d’autant que j’ai en Duala des lacunes abyssales.

La richesse rencontrée dans la langue de Molière me demeure précieuse. Elle porte mes inspirations, elle met des mots précis sur ma pensée, sur mon ressenti de l’instant. Mais il y a l’autre langue, celle qui structurait les échanges de mes ancêtres, de mes pères, et qui structure encore celle de mes pairs, cette langue qui vient habiller les expressions émotionnelles indicibles autrement que par elle. Cette langue qui se révèle au fil du temps celle de mes intériorités et dont les sonorités influencent mon accent quand je m’exprime en français. Cette langue qui malgré mes approximations et la conscience de mes lacunes, m’est de plus en plus signifiante, de plus en plus essentielle. Il y a cette langue qui m’ouvre à des onomatopées porteuses davantage de sens que les plus belles locutions en français. Il y a cette langue qui au fil du temps est passée du chuchotement intérieur au cri, à une affirmation de mon ancrage en moi et dans un peuple dont la terre est irriguée par le fleuve Wouri. Langue de mes douleurs et de mes joies, langues de mes soupirs, langue qui dans un soupir vient aux secours de mes incompétences sémantiques. Pour autant que j’en ai conscience elle n’est pas pour moi un véhicule d’indifférence.

à suivre



1 commentaire

  1. tchitchi 14 septembre

    Je confirme l’existence d’une langue nationale, le Wolof, au Sénégal, langue, naturellement distincte de la langue officielle, le français.
    Il est vrai que l’apprentissage des langues traditionnelles africaines ne peut être que bénéfique. Je donne mon exemple: dès l’enfance, j’étais trilingue. Je parlais Sérère, ma langue maternelle, une petite langue vernaculaire, Wolof, comme tous les Sénégalais et puis français comme tous les alphabétisés…Cela m’a ouvert bien des horizons… la découverte et compréhension de belles expressions qui, à mon sens, ont beaucoup joué sur mon amour pour les lettres….Ce n’est pas pour rien que les polyglottes sont d’aussi bons poètes littéraires! Tous les grands écrivains africains sont polyglottes…

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