La transmission du socle identitaire et culturel : la naissance de milliers d’étoiles au coeur des larmes de nos enfants (deuxième partie)

m-Douala_Ngondo_Pirogue_05.jpg picture by maddyspaceDans le pays qui a recueilli mon premier cri et qui je l’espère accueillera mon dernier souffle il y a deux langues nationales venues d’ailleurs le français et l’anglais. Ces langues nous ont ouvert à des pans immenses de la culture francophone et anglophone. Nous avons eu accès aux textes fondateurs de la culture occidentale, à la poésie, à la philosophie et à bien d’autres portes ouvertes sur cette culture. Il est des maximes venues d’occident qui font désormais partie intégrante de nos expressions, elles sont inscrites en nous et coulent naturellement. Nous sommes enrichis de cet ailleurs qui nous relie à des mondes, des continents lointains. Cet enrichissement malheureusement s’accompagne bien de fois de l’anémie des fondations culturelles et de lacunes concernant les langues dites vernaculaires.

Dans des pays comme le Sénégal ou le Congo (ex Zaïre) et bien d’autres en Afrique, la langue nationale est une langue issue du pays tandis que les langues reçues de l’extérieur sont langue officielle. Au Sénégal le Wolof est parlé dans toutes les sphères de la société et, même si ce n’est pas la langue unique, c’est une langue qui semble donner un sentiment d’unité aux sénégalais. J’ai eu la même impression en écoutant les congolais exprimer leur rapport au lingala. Je ne sais pas si ceci est spécifique à ceux que j’ai croisé mais quand ils sont réunis, c’est tout naturellement qu’ils parlent lingala. Chez moi il y a tant de langues que ce serait quasiment impossible d’en extraire une en excluant les autres sans provoquer de remous. L’unité linguistique se fait obligatoirement par une langue étrangère, par une langue véhicule d’une culture allogène. Au Cameroun nous avons deux langues nationales qui sont des langues importées, reçues, imposées par la force et ou par l’histoire. Après une incursion dans la langue allemande jusqu’à la première guerre mondiale, les logiques des vainqueurs de la guerre et la partition consécutive des «  possessions  » coloniales a fait entrer le français et l’anglais au Cameroun. Nouveaux apprentissages pour les autochtones. Nécessité de se défaire la langue apprise pour en réapprendre une autre selon que l’on était du Cameroun occidental ou non. Anglais pour les uns, français pour les autres.

Mon grand père paternel né en 1899 gardait des bribes de la langue expulsée du Cameroun en même temps que les allemands. Dans mon enfance, des bâtisses anciennes nous rappelaient que les allemands avaient fait escale sur la terre de nos pères. Mais de leur langue, pratiquement plus de traces sinon quelques appropriations insérées dans des langues locales.

Mes parents ont grandi dans le Cameroun francophone et ont fait leurs études en français. Les échanges primaires avec leurs ascendants leur avaient donné des langues maternelles autres que celles venues par bateau sur les rivages de fleuve Wouri. Ils ont grandi bercés par les légendes et les mythes fondateurs de leurs cultures, racontés dans leurs langues maternelles. Mythes fondateurs et essentiels pour l’identisation d’un être parce que ce dernier agit comme un cordon ombilical qui le relie à la terre mère. Ils se sont approprié par la connaissance de l’histoire des fiertés de leurs lignées familiales.

Le mythe, comme l’histoire des siens agissent pour celui qui la découvre comme des trait d’union entre les générations, entre soi et les siens vivants ou semence nourrissant déjà la terre. Ces traits d’union sont essentiels et sont parfois des lacunes dans les fils d’Afrique de la diaspora et les fils de l’Afrique post coloniale. Nourris à l’histoire d’un autre continent et à une histoire parcellisée de leur continent, les fils et filles d’Afrique font parfois penser à des oiseaux qui ont un potentiel d’envol énorme mais qui ne déploient qu’une seule aile. Ils sont comme des oiseaux qui n’auraient pas appris à se servir de leurs deux ailes. Comment pourraient-ils voler ?

Comment prendre son envol avec une seule aile déployée ? Il y a de fortes chances que le pauvre oiseau ne puisse que tourner en rond, et qu’en plus il épuise la pauvre et unique aile fonctionnelle. Résultat, à terme il risque de tomber et de se faire très mal.

Plus le temps passe plus il m’apparaît essentiel d’enraciner la génération qui nous suit, celle de nos enfants dans la connaissance de ses racines africaines, dans ses racines au cœur d’une famille, d’un clan, d’une histoire non pour faire de la micro identité une raison d’exclure l’autre, mais plutôt d’un tremplin pour aller vers soi, se trouver pour mieux s’ouvrir à l’autre dans une relation apaisée. Par crainte de non adaptation des enfants à un système éducatif occidental de nombreux parents ont volontairement coupé leurs enfants de la langue de leurs pères, de peur que cette dernière soit un handicap à l’adaptation au monde tel qu’il se dessinait. Des amis originaires de la France d’outremer m’ont raconté que de nombreux parents interdisaient l’usage du créole aux enfants de peur qu’ils ne soient pas insérés dans la modernité, dans le progrès, dans la France. Dans certaines appréhensions parentales le progrès était occidental et ce qui était local relevait du folklore, de l’accessoire.

à suivre

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