Impressions subjectives : Kaïssa Joyau de ma terre -une artiste tout en finesse sous une voix remarquable

l_eac44c278dfadc2b6c5835dd64632f6a.jpg picture by maddyspaceLaissez moi vous raconter mon coup de cœur du moment. Ceux qui fréquentent cet espace savent probablement que mon rapport à la musique passe par la case  » cœur « . Oh ! Il y a bien des mélodies qui le temps d’un instant m’invitent à la danse, touchent mon sens esthétique, ou répondent à une ambiance, à un moment. Et il y a les artistes. Ceux qui peignent par leur musique, leurs voix, leurs instrument une toile dans laquelle quelque chose en moi trouve sa place. L’une de mes belles rencontres est celle avec l’univers de miss Kaïssa Doumbe, artiste et chanteuse originaire de ma terre natale. Encore le Cameroun me direz-vous ? Mais est-ce ma faute si de cette terre jaillissent des talents aux facettes multiplesCool ? Réponds-je sans camerounocentrisme exacerbé il va de soi Clin doeil! Il faut reconnaître par ailleurs que quand les mots sont chantés avec maestria portés par la langue du plus intime de moi, aucun mot ne saurait atteindre ce que je ressens. Je me contente de prêter la maladresse et les limites de mes mots pour dire ce que m’a offert par son Album Kaïssa, magnifique chanteuse au sourire et à la voix invitants.

Je connaissais Kaïssa par la réputation de choriste qui la précède depuis bien longtemps. Elle a accompagné au fil des ans bien des artistes qui ont reconnu la valeur ajoutée de sa voix et de son phrasé uniques. CharlElie Couture, Manu Dibango, Salif Keita, Cesaria Evora, ou Diana Ross y seront sensibles et utiliseront pour les accompagner cette voix qui allie chaleur, joie, puissance, et vivacité. La voix de Kaïssa.

Comment vous décrire la voix de Kaïssa ? C’est une voix qui jaillit d’elle et arrive jusqu’à vous pour vous happer dans son univers, dans l’univers qu’elle raconte.

l_bd18c4a7b536e8fa4265a2546bf3fe9e.jpg picture by maddyspaceJ’ai découvert cette chanteuse en écoutant et en la voyant chanter  » Alea so  » qui est sur le blog depuis fin 2007. L’énergie et la puissance vocale de Kaïssa m’avaient déjà marquée. Mais ces dernières semaines, je me suis laissée entraîner dans son univers au travers de son album  » looking there « . Il est vrai que l’album date de 2004 et que j’aurais mis du temps pour le découvrir.  » My oh my «  comme on dirait du côté des Amériques où s’est installée l’artiste. C’est un album remarquable à mes oreilles. Remarquable dans les textes et dans les musiques. Ses musiques sont le fruit d’un métissage réussi entre les rythmes de son Cameroun natal qui invitent ceux d’ailleurs à leur donner de l’amplitude. Les rythmes se marient et se répondent guidés par sa voix unique et maîtrisée quel que soit l’univers musical qui se laisse découvrir. L’album s’ouvre sur un chant de ralliement  » Essimo «  qui parle à ceux qui au nom de leurs intérêts se sont arrogés le droit de piller notre Afrique.  » Au nom de quel dieu avez vous versé notre sang ?  » chante l’artiste. Même quand on ne comprend pas les paroles il y a ces percussions universelles qui résonnent dans l’Afrique intérieure tapie dans les fils et filles d’Afrique et devrait parler aux tripes de plusieurs. C’est aussi un chant qui appelle à aller de l’avant.  » Essimo, biso bese o boso « .

Je m’associe à ce cri qui rencontre les miens, mes cris d’Afrique. Comment voulez vous que je ne devienne pas Kaïssaddicted ?

Il y a bien des joyaux dans cet album parmi lesquels un chant  » To nje «  qui raconte la nostalgie de la terre natale, de ce mboa que l’on emporte dans nos exils, que celui qui est loin de chez lui recherche dans un son, dans une odeur, dans une image. Son cri me touche  » mes bien aimés aidez moi à ne pas oublier mon chez moi  » et il y a aussi ce  » où que j’aille, quoi que je fasse je recherche mon chez moi « . Ce chant magnifique je vous laisse le découvrir sur My Space. C’est un joyau.  » Ni mboa na yabe no mo nde na ma wasa no, mo nde mba na kiye no, ni mboa na yabe no mo nde nye mba nyongi «  (ce pays qui m’a vue naître c’est lui que je recherche, c’est lui que je chéris. Le pays qui m’a vue naître c’est lui l’objet de mes désirs.) C’est mon coup de cœur en majuscule. Merci Kaïssa d’offrir à ceux qui sont loin de chez eux un chant de plus pour accompagner en beauté nos nostalgies de la terre natale. Et quand la nostalgie est portée par une mélodie bien rythmée et cette voix qui s’habille de graves juste pour aller toucher au plus profond de nous nos vérités de migrants. Ma KaïssaddictionRire s’aggrave, et pour cause.

Il y a quatre morceaux qui dévoilent un peu de son univers intime.  » Mumi «  belle déclaration d’amour à l’homme de sa vie. Ce qui dans une autre voix pourrait rejoindre le cortège des chants d’amour un peu mièvres devient une déclaration assurée d’une femme qui aime. Une affirmation tranquille sur un rythme entêtant. Le choix rythmique, les arrangements et le phrasé choisi font que le chant sort de la banalité et devient unique. Pourtant elle dit des choses déjà entendues autant de fois que des femmes et des hommes se sont déclaré leur flamme. Comment se fait-il que sa chanson évite l’écueil de la banalité et du poncif musical ? Et si c’était le talent tout simplement ? » Eyoum  » et  » Sangwam «  Sont des chants en hommage au frère et au père disparus. Ce sont des chants d’amour et de douleur d’une grande beauté. Kaïssa chante l’absence de ce frère auquel elle rend un bel hommage. D’une phrase elle effleure avec pudeur les larmes de la mère et la tentative de ceux qui restent pour consoler celle qui pleure son fils. Quiconque a croisé cette douleur dans le regard de sa mère entend sans peine le monde tapi derrière cette phrase. Et il y a ce père parti lui aussi pour le grand voyage. Kaïssa chante l’absence du père et la méchanceté de ceux qui comme des charognards se repaissent de cette perte immense. Il est des vautours qui dansent autour de la douleur des autres… Quiconque a eu la douleur de connaître ces amputations latérales ou au-dessus de soi devrait se reconnaître dans ses mots quand elle appelle l’entourage à mettre un frein à leurs méchancetés. La force d’un artiste est d’universaliser l’intime et de rappeler à ceux qui marchent dans un chemin similaire qu’ils ne sont pas seul et que leur expérience intime est celle de milliers d’autres. La force de l’artiste est d’offrir à ceux qui marchent dans cette vallée de chagrin un chant qui leur permet de laisser sortir d’eux le flot émotionnel sans se mettre en danger parce qu’ils peuvent emprunter les mots d’un autre pour parler de soi. Quand l’artiste se fait consciemment ou non médiateur de nos déluges émotionnels. Kaïssa rend un bel hommage à sa mère dans  » Joy « .  » Il est beau de t’aimer. Je remercie Dieu de t’avoir dans ma vie.  » Lui chante-t-elle. Quel bel hommage à une mère que celui de la définir par, et de la lier à la joie qu’elle est pour son enfant n’est-ce pas ?

La conscience politique et sociale de Kaïssa l’américaine se laisse rencontrer au travers d’un  » Big Brother «  qui dit avec force la condition des laissés pour compte des ghettos. Ceux qui n’existent que pour les politiques qu’en période électorale. Kaïssa une femme dans son époque.

Les autres chansons de l’album sont tout aussi magnifiques. Elles chantent la trahison en amitié ( O si keka). L’importance d’écouter les conseils, notamment ceux de ses parents quand on est enfant (Senga), l’importance de demeurer dans l’espérance quand on s’attend à quelque chose (Ombwa te). C’est une chanson remarquable aussi bien vocalement que dans le texte. Et la musique ! ! ! !  » to lambo na lambo nja… « 

Et il y a le Alea so qui est une interdiction formelle de rester assis.

Kaïssa a réussi un album qui marie des sonorités transfrontalières qui habillent de fort belle manière sa voix et son remarquable phrasé.

C’est un album d’une grande richesse par lequel la chanteuse nous invite dans son univers intime, dans ses prises de position socio-politiques, bref nous invite à regarder au travers de la finesse de son regard, celui d’une femme dans son époque.

Au fait savez que dans la région natale de la chanteuse le mot Kaïssa parle de royauté ?

Si j’avais un reproche à faire à Kaïssa ce serait celui de ne pas nous offrir en France et au Cameroun l’occasion de la voir sur scène. Quand venez-vous Kaïssa ?l_5736e2fab25c4a6d3d4d8ca65a45164f.jpg picture by maddyspace

 


Vous pouvez découvrir plus avant l’univers de cette artiste ou acheter son disque en visitant son site :

http://www.kaissa.com/html_f/intro.html

ou en allant sur My Space.

http://www.myspace.com/kaissa1

Image de prévisualisation YouTube



12 commentaires

  1. Sylviane 15 juillet

    Je crois que demandé ainsi, Kaissa va se faire une joie de venir sur une scène française rien que pour toi lol…
    Belle découverte une fois de plus dans ce billet dont je te remercie.
    Heureuse également de te retrouver…
    Bisous et à bientôt, Syl

  2. elisabeth 15 juillet

    Bonjour Malaïka,
    Te voilà revenue ! Je ne pense pas connaître cette chanteuse qui a pourtant bien des références. Je reviendrai l’écouter car j’ai la télé allumée derrière moi, j’écoute un enregistrement d’hier soir sur Arte (hommage à Léonard COHEN).
    Bises.

  3. elisabeth 15 juillet

    J’avais laissé un commentaire et je ne sais pas s’il est passé. Je disais : te voilà revenue !
    Je ne pense pas connaitre cette chanteuse qui a pourtant des références. Je reviendrai l’écouter plus tard car j’ai la télé allumée derrière moi : j’écoute l’enregistrement d’Arte d’hier soir (Hommage à Léonard COHEN). Bises.

  4. binicaise 15 juillet

    Une très belle voix chaude bien nuancée, malheureusement pour moi les paroles sont pas ma langue.
    Je comprends ton sentiment on garde toujours dans le coeur ses racines elles sont NOUS.
    Bisous Jacqueline

    Dernière publication sur Binicaise : Blog en pause pour une durée indéterminée.

  5. Créer un blog gratuitement sur Unblog.fr

    Oops ! Une erreur est survenue.

    L'accès au blog est momentanément impossible,
    veuillez nous excuser et ré-essayer dans quelques instants.

    Retour ou Écrivez-nous si le problème persiste.