Une congolaise s’immole par le feu au Luxembourg 14 décembre

Toutes les nuances du gris semblent s’être donné rendez-vous dans ce ciel des Ardennes. Un chien vautré dans un champ humide surveille les corneilles perchées sur un fil barbelé. Il monte la garde devant le panneau retourné qui marque la frontière avec la Belgique. On accède à Oberwampach par une route étroite.
Le bourg ne compte qu’une centaine de maisons – grosses fermes d’antan et demeures à tourelles de nouveaux riches, blotties dans une vallée dont la quiétude n’avait plus été troublée depuis la bataille autour de Bastogne, la ville belge toute proche, en 1944. Au-dessus du village, les pales de trois éoliennes battent l’air.
Leur chuintement n’étouffe pas de pleurs : à Oberwampach, on ne pleure pas pour la famille Delvaux-Mufu Mpia.
Mardi 5 octobre, Maggy Mufu Mpia, une quadragénaire belgo-congolaise, mère de trois enfants, a troublé la vie paisible de sa patrie d’adoption. Elle s’est arrosée d’essence en plein cœur de la capitale, Luxembourg, avant de craquer une allumette.
Des photographes présents par hasard ont saisi l’image de la jeune femme en feu, hurlant sa douleur. Olivier Delvaux a tenté d’intervenir mais Maggy, transportée à Metz, est morte quelques jours plus tard. Elle voulait, affirmait-elle, dénoncer les tracasseries administratives dont sa famille était l’objet et le racisme dont ses enfants étaient les victimes.
A l’arrière de son garage Citroën d’Oberwampach, dans un bureau aux murs jaune et vert, M. Delvaux se prend la tête entre les mains. ‘Je me reproche de n’avoir pas vu son désespoir, mais j’aurais fait la même chose qu’elle. Aujourd’hui, je préférerais être mort, mais il y a mes trois enfants…’
Ce petit homme fluet, marqué pas la fatigue et la douleur, ne sait plus comment raconter son histoire. Sa voix puissante résonne et tonne, s’adoucissant seulement pour évoquer la visite que lui a rendue la Grande-Duchesse Maria Teresa. Il pense que beaucoup d’autres autorités de ce pays ont ‘tout fait pour le ruiner’ et conduire sa femme au désespoir.
PRÉTENDUE PSYCHOLOGUE
Le couple habitait Bruxelles avant que le mari, ingénieur, décroche un travail à Luxembourg, en 1997. L’installation se déroule sans souci particulier mais les enfants du couple connaissent leurs premières difficultés à l’école.
A Ettelbrück, un garçon se fait traiter de ‘sale Noir’ et on l’interroge sur l’étrange couleur de sa peau de métis. La petite fille est parfois ‘oubliée’ sur le bord de la route par le car de ramassage et, une autre fois, reste coincée dans la porte de sortie tandis que le chauffeur poursuit son chemin.
La maman s’insurge quand on veut placer ses enfants dans les classes les plus faibles, sous prétexte qu’ils parlent mal l’allemand, la deuxième langue du pays. ‘Un jour, une prétendue psychologue nous a lancé violemment : ‘Il est hors de question de donner plus de chance à votre fille qu’à un Luxembourgeois ! », raconte Olivier Delvaux. Sa femme finira par trouver un emploi de bibliothécaire mais se serait vite rendu compte que son salaire se situait sous le minimum légal.
Le couple décide alors de s’installer à son compte et de mobiliser ses économies par reprendre un garage, à Oberwampach. L’affaire compte quelques ouvriers, semble rentable et devrait permettre au mari de la transformer en un petit centre commercial. Il compte sur l’aide des banques et des pouvoirs publics, qui offrent des primes à l’installation. Mais les diverses autorisations requises se feront attendre. Olivier doit fermer le garage pendant plusieurs mois, perdant au passage la concession Citroën, reprise par un concurrent.
A plusieurs reprises, le couple tentera de faire fléchir l’administration. En vain, affirme M. Delvaux. C’est alors que sa femme, dépeinte comme tolérante et soucieuse d’équité, aurait mûri le projet d’une action d’éclat. Son mari affirme que, jusqu’au dernier moment, il a cru qu’elle voulait enflammer des couvertures devant un ministère.
Le 5 octobre, alors que la police avait été discrètement alertée mais attendait Maggy à un autre endroit de la ville, elle s’est immolée.
Voulait-elle vraiment mourir ? La police garde un doute et devait entendre M. Delvaux de nouveau, mardi 19 octobre. Soit la veille de l’enterrement de Maggy, qui a été retardé : il aura fallu des jours et des jours pour que les pompes funèbres disposent des documents nécessaires à l’inhumation.
Les autorités luxembourgeoises ont, entre-temps, lancé plusieurs enquêtes, judiciaire, scolaire et au ministère des classes moyennes. Un peu tard, sans doute. A Oberwampach, trois enfants n’aspirent plus qu’à fuir le ‘paisible’ Grand-Duché et préfèrent ne pas regarder les photos dans les journaux.
Jean-Pierre Stroobants/ Le Monde





vink 14 décembre
Que de souffrances cette femme et sa famille ont dû endurer pour arriver à un geste aussi extrême. C’est vraiment terrible ce genre d’histoire.
Je n’ose même pas imaginer ce qu’elle a dû endurer. C’est incroyablement violent. Merci pour ta visite.
fulele 14 décembre
Cette histoire ma laissé sans voix lorsque je l’ai apprise.
Voilà que de nouveau je la découvre sur ton blog et j’ai peine à décrire le sentiment qui m’anime. Cette femme aurait pu être ma mère, c’est terrible.
Accepter l’autre telle qu’il est avec sa spécificité est si difficile que ça?
On dit qui voyage ne peut être raciste. Et pourtant moi avant que je ne voyage jamais je n’ai eu un sentiment de haine envers l’homme blanc.
C’est ici en Europe que j’ai découvert le racisme. euh! pardon subi le racisme. Et dire que certains d’entre eux osent prétendre qu’ils nous ont apporté la connaissance de l’amour de l’autre à travers le livre où il est écrit « aime ton prochain… » quand je pense que c’est au nom de ce principe que nous les avons reçu eux qui venaient pour nous déporter vers leur terre afin de nous réduire en esclavage.
bon j’arrête car je m’égard.
Qu’elle repose en paix et que cette même paix apaise l’esprit de ses enfants.
Bonjour Fulele,
. Aimer mon prochain et ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’on me fasse sont parmi les moteurs et les fondations essentielles de ma vie. Cet apport m’est précieux même si plusieurs l’ont instrumentalisé à des fins détestables. Et quand bien même certains des porteurs du message avaient des mains couvertes de sang, je ne renie pas le message qui fonde ma vie et mon espérance. Je ne renie pas le livre parce que le porteur est indigne. 
Je comprends que l’on se sente profondément touché par ce drame. Je comprends que l’on s’indigne face à des actes qui peuvent conduire à ce désespoir absolu. Qu’une personne s’inflige un tel tourment physique révèle des souffrances et des désespoirs inimaginables. Mais je ne veux pas aller au delà de ce drame j’ai juste envie de montrer à quelle extrémité peuvent pousser des actes répétitifs d’exclusion. Je n’imagine pas la peine et le chagrin des siens. Si la mise en lumière ici de ce drame aidait à faire réfléchir celui qui seerait tenté de dire le mot, « le mot de trop ? » à celui qui vient d’ailleurs… Si cela pouvait éclairer sur les déflagrations intimes que peuvent causer la « légereté » des mots et des actes, alors ce blog aurait fait oeuvre utile. Je ne voudrais pas instrumentaliser la vie d’une femme qui a aimé épousé et eu des enfants avec une personne différente. Ce couple a su dépasser des barrières que d’autres ne savent dépasser. Puisse celui qui a perdu sa bien aimée trouver la consolation. Pour ce qui est du livre dont tu parles, il se trouve qu’il est le pédagogue majeur de mes capacités d’aimer
Comme toi j’appelle la paix dans le coeur de ses enfants, de son époux, des siens.
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