Plus qu’une simple erreur de destination de la colère

Bonsoir à vous,

Je fais remonter un article qui date de novembre de l’année dernière. Presqu’un an déjà et l’actualité en France, en Allemagne et en Suisse notamment me donnent envie de questionner le racisme ou plutôt de nous questionner au regard de la tentation raciste. Bonne lecture et bonne soirée.

Amitiés

Malaïka

sp003092.jpg picture by maddyspace

« Les racistes sont des gens qui se trompent de colère… » disait Léopold Sedar Senghor.

Il me semble que ça va plus loin que le simple fait de se tromper de colère. Oh rassurez vous je n’entre pas dans un débat à postériori avec l’ancien président du Sénégal et ancien « immortel » de l’Académie Française. Je ne m’en sens pas la carrure et je n’en éprouve pas le désir. J’entrerai d’ailleurs d’autant moins en débat que je ne sais dans quel contexte la phrase a été prononcée. J’ai entendu dire il ya quelques temps que citer un texte hors de son contexte n’est qu’un prétexte. Je me contente de lire ou plutôt de transposer mon appréhension de cette affirmation dans le contexte de mon vécu d’humanoïde de début du 21ème siècle. Il me semble que cette vision réduit la responsabilité de celui ou de celle qui embrasse des positionnements et des thèses racistes et s’en sert comme d’une grille de lecture des rapports sociaux. L’histoire récente aux USA, en Afrique du Sud, en Afrique et ailleurs, les actions violentes racialement connotées (voire justifiées) en France et ailleurs nous mettent en garde. Dans le racisme, dans la xénophobie, dans le rejet et la stigmatisation de l’autre il y a bien plus qu’une « erreur de colère ». Il y a à mes yeux de l’ignorance parfois, de la bêtise souvent, de la peur de la différence quelquefois et aussi, même si ça agresse littéralement mes entrailles la définition de l’autre comme inférieur à soi, et de fait disqualifié juridiquement du droit à l’égalité d’accès aux différents services, avantages et biens auxquels n’importe quel quidam aurait accès. Il est des gens qui sont agressés à l’idée que quelqu’un, perçu comme inférieur à soi même s’ils n’osent pas le formuler publiquement occupe un poste ou une fonction qui le place hiérarchiquement au-dessus d’eux. Cette pensée manifestement absurde est pourtant là, tapie au cœur de bien des schémas de pensée. Simple erreur de colère ? Admettons. Colère contre qui ? Contre soi peut-être pour n’avoir pas su, voulu ou pu avoir un parcours scolaire, universitaire ou professionnel qui lui aurait donné le poste attribué à cet autre qu’on exècre ? Oui mais il est évident qu’il y a un codicille à cette colère : l’autre ! La colère, la vraie raison de la colère est la détestation de l’autre nourrie par des siècles d’infériorisation de celui qui est différent et qui renverse voire invalide par son nouveau positionnement hiérarchique les sentiments de supériorité qui ont nourri la structuration interne et l’appréhension des rapports sociaux telles qu’intégrées jusqu’alors. Effondrement de paradigmes.

Ce qui m’interroge dans cette affirmation de Senghor, c’est qu’elle pourrait être instrumentalisée pour servir d’excuse et pour légitimer des comportements absurdes et imbéciles. « Tu es raciste, tu rejettes l’autre sur sa différence l’incongruité de tes déambulations mentales mais quelle importance ? Ce n’est pas grave nous allons juste trouver les raisons de ta colère. » Heu… on va peut être se calmer là ! Apprenons à mettre les personnes face à la réalité de leurs analyses et de leurs prises de position sans euphémiser le sens et la portée de leurs attitudes. Si ma réponse au racisme d’un abruti est du racisme en retour en quoi serais-je moins abruti que lui ? A mon avis je le suis au moins autant.

Hé oui je suis un « abruti en retour », un raciste en retour, oui mais un raciste point final. pha185000004vignette.jpg picture by maddyspace

Devant mon miroir, mon visage est aussi hideux que celui des autres racistes, quelles que soient les raisons « apparentes » de mon racisme, elle est là, la bête immonde, tapie et prête à convertir en haine et en violence les rapports que j’ai aux autres, à ceux qui d’une manière ou d’une autre sont différents de moi. Aïe ! Me tromper de colère n’est plus la légitimation intellectuelle de mon positionnement stupide. Stupide moi ? Non mais !!! « Miroir, mon beau miroir dis-moi si je suis bête » Mais oui je suis bête pas simplement distrait dans le positionnement de mes colère. Je suis d’autant plus stupide que pris(e) dans mes paradigmes absurdes je me prive de l’enrichissement que m’apporterait celui qui est différent.

Le racisme va à mon avis plus loin qu’une simple erreur de destination de la colère. dv1460021vignette.jpg picture by maddyspace

Et quand l’on se défait de tous les prétextes qui masquent la réalité hideuse du racisme, alors on peut se mettre en chemin pour changer, pour laisser sortir le poison de la haine enfermé en soi.



15 commentaires

  1. fulele 30 novembre

    je suis ok avec toi seul l’ignorance peut expliquer le racisme.

  2. Malaïka 30 novembre

    A mon avis l’ignorance oui, mais aussi la bêtise et des tas d’autres choses qui tournent autour de ces deux choses.

  3. Nath_Christiane 1 décembre

    Moi je n’ai pas de reponse à l’origine du racisme ou d’explication assez acceptable. Car il me semble que celui-ci existe à tous les echelons. De plus, en tant qu’africaine celui dont les miens ont toujours été victimes a toujours été pensé, programmé, théorisé… Il n’y a rien d’ignorant ou excusable dans les processus d’aliénation et d’assujetissement des populations non blanches en général, et noires en particulier.

    Je suis fatiguée qu’en tant que victime car qu’on le veuille ou non nous sommes les victimes d’une guerre qui n’en porte pas le nom je suis aussi celle qui doit trouver le moyen de donner bonne conscience ou une excuse à mon bourreau. Le racisme n’est pas une erreur et encore moins juste une question d’éducation ou d’ouverture d’esprit. J’ai vu dans differents pays d’Afrique des etudiants americains de prestigeuses universités, des européens éduqués ayant voyagé avoir peut-être même plus de mépris et de haine pour nous que ceux que nous a présentés France 2 cette semaine dans son 13h.

    A ma fille de 6 ans j’annonce la couleur. N’essaye jamais de comprendre ou d’accepter sous certains aspect pourquoi pour certains tu ne seras jamais qu’une sous-femme. Car chaque fois que tu feras cela tu autoriseras ces personnes à te voler un peu de ton humanité. Sois fière. Tu es une reine et le monde est ton royaume.

  4. Nath_Christiane 1 décembre

    Il y a deux livres sur le racisme que je conseille très, très vivement :

    « Noire, la couleur de ma peau blanche » de Derricotte Toi ; Kiron Editions Du Felin qui selon moi est un formidable recit de l’experience d’être noire ou pas assez noire et le regard des autres blancs et noirs sur vous. Et en plus c’est très bien écrit.

    Et pour moi la bible dans le domaine c’est bien entendu « Peau noire, masques blancs » de Franz Fanon dont le travail admirable n’a à mon sens jamais été reconnu à sa juste valeur notamment en France. Il est très souvent qualifié de militant quand en fait il n’a été qu’un grand homme de principes et de tolérance.

  5. Malaïka 1 décembre

    Merci Nath pour les références je vais tâcher de lire les deux dès que possible on se donne rendez-vous dans dix ans ? (loooooooool).

  6. Nath_Christiane 1 décembre

    Pas question et mon poisson braisé!!!

  7. Malaïka 2 décembre

    Le poisson braisé est prévu avant t’inquiète je plaisantais sur ma vitesse de lecture. Déjà le temps d’aller acheter les livres, retrouver mon cerveau etc, il faut compter 10 ans (ha ha)

  8. Nath_Christiane 2 décembre

    Ouf! J’ai eu peur.

  9. Malaïka 2 décembre

    Nath, le racisme n’a en effet à mes yeux, comme aux tiens, aucune excuse de fond, aucune excuse acceptable ! Je refuse de participer à dédouaner ceux qui font d’une certaine manière le choix du racisme pour lire leur rapport à l’autre, à celui qui est différent. Il peut cependant avoir de nombreuses explications et moult racines. La méconnaissance, la peur de l’autre peuvent en être quelques unes. Dans un temps où l’information circule à grande vitesse et dans lequel les moyens d’y avoir accès se démultiplient de façon impressionnante. Dans un temps qui m’ouvre à la possibilité de découvrir l’autre au delà du regard imbécile de ceux qui m’ont précédée, je me sens responsable du regard que j’accepte de porter sur l’autre.
    Mon combat si l’on peut dire est un combat contre l’enfermement. L’enfermement de moi et celui de l’autre. De moi et de ceux qui me ressemblent, de ceux qui portent sur leur peau les nuances de leur négritude, plus jolies les unes que les autres qui vont du clair à l’ébène, mais ne racontent pas pour autant leur caractère. Mon combat c’est celui du refus de la globalisation. La globalisation d’une race considérée longtemps et politiquement comme inférieure et qui a subi dans l’histoire des outrages innomables. Refus de cette globalisation qui excluait les noirs de l’humanité justifiant de fait les traitements dont la portée tragique n’est toujours pas assumée. Je refuse la globalisation dans laquelle certains de ceux de ma race enferment les blancs sous le prétexte que des gens de la même race qu’eux ont emmené en esclavage ceux qui me ressemblent. Oh non ça n’enlève pas la douleur inscrite dans ma mémoire générationnelle. Ca n’enlève pas la révolte contre ce qui a existé. Mais je fais le choix de ne pas haïr, de ne pas soupçonner de ne pas être raciste en retour. Si je l’étais, cela voudrait dire que je n’ai pas retenu les leçons de l’histoire…
    Je ne pense pas la bêtise héréditaire mais il est vrai que quand on est descendant d’un abruti, d’un raciste, d’un faschiste, il faut prendre un sacré recul pour choisir de ne pas continuer l’histoire de la famille et se défaire des chaînes de la stupidité. Il est parfois plus confortable de continuer cette histoire plustôt que de se remettre en question et de sortir des schémas familiaux confortables;
    Il y a quelques jours je revoyais le Malcolm X de Spike Lee et les mutations du personnage m’ont touchée parce qu’il a su évoluer. Ce qui m’a touchée aussi c’est que mon regard sur le film était différent, des détails, des nuances avaient davantage d’importance, il faut croire que j’évolue aussi… ouf !!!
    La colère d’une victime est légitime et elle s’explique ô combien ! Elle va de soi parce qu’on refuse de courber l’échine plus longtemps. La colère est un moteur pour la victime qui ne veut plus l’être et elle donne de l’énergie pour briser les chaînes et affirmer son combat. Puis en évoluant la victime qui s’est révoltée devient force de proposition et peut travailer à faire avancer les choses. La colère a frayé le chemin d’une certaine façon, et maintenant qu’allons nous faire ? Allons-nous laisser perdurer les murs entre les races et les entretenir ?

  10. binicaise 23 octobre

    Le racisme ne se justifie pas, mais il est largement alimenté par une analyse des crises faisant toujours porter par l’étranger l’origine de celles ci, de cette façon les nantis se dédouanent à bon compte…..il est flagrant que le racisme ressort plus violent à chaque périodes difficiles.
    Bonne soirée bises Jacqueline

    Dernière publication sur Binicaise : Blog en pause pour une durée indéterminée.

  11. Titophe 24 octobre

    Tu pointes du doigt la porte de la solution par cette approche holistique. Effectivement, le racisme ne peut se ramener à une causalité simple et unitaire. C’est d’abord une relation intime, le regard que l’on a sur soi, qui détermine notre rapport aux autres. C’est ce que j’avais essayé de décortiquer lorsque j’avais développé le concept d’armure, vision métaphorique de nos acquis et de nos phobies

    Bonne journée
    Titophe

  12. mamapasta 24 octobre

    les humains ont du mal à accepter ceux qui ne font pas partie de leur  » horde  »
    cela doit remonter au paléolithique ce truc, il n’y a pas si longtemps qu’il était encore mal vu de choisir une épouse dans un autre village que le sien , ici , en France , d’où un grand nombre de tares dues à la consanguinité d’ailleurs .
    Et puis c’est tellement plus facile de se dire qu’on est mieux que les autres , plutôt que de travailler pour s’améliorer effectivement , plus facile d’aller détruire ce qu’à le voisin que de construire aussi bien chez soi , de décider que les minorités n’ont pas de droits pour s’approprier leurs biens….Et si le racisme n’était qu’un manque total d’honnêteté et de courage?

  13. danyboy 25 octobre

    Je pense que le racisme est une bonne excuse pour les incompétents qui nous gouvernent! tous les problèmes du pays ç’est à cause des « étrangers »…. tu parles !!! moi je suis raciste avec les cons de toutes les couleurs !
    Bonne nuit et @ bientôt

  14. Coriolis 30 octobre

    Coucou Malaika,
    Voilà un article où je n’ai pas de mots !!! Les tiens étant déjà si forts !!!
    Je terminerai seulement ave cette petite phrase :
    Les racistes sont des gens qui se trompent de colère !!!
    Et c’est tellement dommage !!!
    Bien à toi, à tout bientôt !!!
    :o )

    Merci d’avoir pris le temps de lire cet article. Bises

  15. chamade1000 8 novembre

    Bonjour
    Le racisme est la racine de la haine
    Le racisme ne devrait pas exister
    Ce nom lui-même ne devrait pas se trouver au dictionnaire
    Nous sommes tous des êtres humains, avec les mêmes souffrances, les mêmes envies, les mêmes peurs.
    Nous ne sommes en rien différents les uns des autres
    Nous avons la même demeure : la terre
    Si tous les gars du monde voulaient se donner la main………………..
    A bientôt

    Dernière publication sur Mes émotions : A cette enfant que j'étais °°°°°

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