La clé

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C’est sous une pluie d’étoiles, à en croire sa mémoire qu’elle lui avait confiée la plus précieuse des clés. Elle trouvait romantique du haut de ses seize ans de lui remettre une clé dans un geste symbolique qui représenterait l’accès au plus précieux des biens qu’elle possédait. Elle était solennelle alors qu’ils cheminaient sur le sentier étroit qui menait vers le mas dans lequel elle vivait.. En lui tendant la clé elle lui dit avec gravité qu’il avait désormais la seule clé qui ouvrait le royaume de son cœur.

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Avait il réalisé la force de l’instant ou avait elle été seule à croire ce qui avait été chimère ? 

Il avait un sourire qui savait rassurer la jeune fille qu’elle était, la femme en devenir. Dans ses yeux elle voyait des promesses d’un futur qui lui laissaient penser que son précieux trésor serait bien à l’abri chez cet être délicat. Il serait sans douter celui qui saurait prendre soin du cœur qu’elle lui confiait. Il avait pris la clé, un peu embarrassé, elle avait pris sa gêne pour de l’émotion face à un moment vécu comme solennel.  Elle avait de beaux rêves, il en avait aussi mais leurs rêves les portaient vers des lieux opposés. Elle rêvait de « toujours », de serments éternels, il rêvait de voyages, de découvrir le monde. Quand ils se s’étaient quittés elle le savait ailleurs, même s’il s’efforçait de ne pas la blesser.  Le cœur adolescent se croyait condamné à ne jamais guérir du chagrin que de ses seize ans d’alors croyaient éternel. C’est sous une pluie de larmes qu’elle a repris la clé se promettant alors de toujours la garder. 

Elle garderait scellées les portes de son cœur, même si elle se privait comme le disait sa mère de moments de bonheurs inscrits dans son futur. Elle n’aimerait plus jamais promettait-elle avec foi et elle avait tenu jusqu’à ce que l’amour traverse les barrières qu’elle avait érigées tout autour de son cœur.. 

En dépit des promesses faites au cœur du chagrin elle a laissé son cœur la porter vers l’amour, prenant le risque d’aimer et aussi de souffrir. Elle a connu des peines et rencontré des joies mais son cœur ne s’est plus fermé à double tour. 

Un fauteuil à bascule sur une véranda, elle referme le journal qu’elle tenait à seize ans, dont s’est échappée une toute petite clé qui a ouvert la porte de ses souvenirs. Les souvenirs des toujours et des jamais d’alors lui semblent à la fois touchants et dérisoires. Les mèches blanches qui s’échappent de son chignon aussi bien que les rides qui écrivent sa vie sur son doux visage témoignent que le temps a passé depuis que la jeune fille de seize ans qu’elle était s’était persuadée que sa vie désormais serait vallée de larmes. 

En entendant un pas qui lui est familier sur son visage se pose le plus beau des sourires. Les visage ridé qui lui rend son sourire accélère le cœur de ses soixante deux ans. Il y a sur le visage de l’homme qui vient vers elle le témoignage d’une vie vécue l’un avec l’autre. Le pli qu’il a au front elle l’a vu s’installer quand il était âgé d’à peine cinquante ans. Il a accompagné d’un regard des plus tendres ses inquiétudes de femme qui voyait s’installer ça et là sur ses traits des sillons qu’elle vivait comme des offenses à sa beauté qui, sans un bruit à ses yeux, la quittait peu à peu. Elle connaît par cœur son visage et son corps, et il pourrait la peindre avec les yeux bandés.  Ils ont leurs habitudes comme le thé de quatre heures ou la partie d’échec le soir au coin du feu. Dans un accord tacite elle sait que comme toujours il la laissera gagner tout en se donnant l’air bougon du mauvais perdant. Et le soir dans leur lit elle se ferait câline prétexte pour effacer sa fausse contrariété. C’était un mercredi, c’était leur mercredi, une journée parsemée de galets bien précis, un jour qui résumait des années partagées, années durant lesquelles les bonheurs avaient eu le dessus sur les peines.   

En quittant son fauteuil elle va vers la poubelle et laisse tomber la clé et le sourire aux lèvres rejoint celui qui vient. Celui à qui jamais elle n’a remis de clé, est celui qui pourtant, depuis quarante années est sans contestation le souverain de son cœur.

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8 commentaires

  1. Michelotte 31 juillet

    bonjour : trop belle ta page , quel Amour et qu’elle passion , et puis de la maniére dont tu racontes je le vis.; , je rentre dans cette maison puisqu’elle est ouverte et l’on découvre ces personnes qui sont heureuses et ou l’AMOUR règne ….ils sont trés beau tout les deux soyez heureux mes chers amis.

    gros câlin ma copine ,je dois te dire que je pars pour quelques jours chez une amie en Auvergne.
    Michelotte

  2. binicaise 31 juillet

    Une très belle histoire d’amour partagé malgré les années, les rides , l’amour n’a pas d’age et la complicité d’un vieux couple est très émouvante.
    Bonne journée bises Jacqueline

    Dernière publication sur Binicaise : Blog en pause pour une durée indéterminée.

  3. Malaïka 31 juillet

    Réponse à Michelotte,
    Merci pour ta visite. Cette histoire comme toujours est née de mon imagination comme un hommage à un amour qui me touche. Bisous et bon séjour en Auvergne.

    Réponse à Jacqueline,
    Je suis toujours très touchée par les couples de personnes âgées qui demeurent amoureux et complices. Heureuse que tu aies apprécié. Non en effet l’amou n’a pas d’âge. Bises

  4. elisabeth 31 juillet

    Bonjour,
    Tu m’as mise sur le chemin d’une belle histoire. A seize ans, c’est beau la vie.
    Cela me rappelle mon adolescence : j’avais mis en pendentif autour du cou une petite clé que j’avais trouvée dans un carton chez mes parents. Je la portais au lycée au moment où j’étais amoureuse du plus beau garçon de la terre (pour moi seule il était le plus beau). Mais je ne me suis pas mariée avec lui …. j’ai attendu qu’il vienne me prendre mais en vain………

  5. Malaïka 31 juillet

    Réponse à Elisabeth,
    On dirait que c’est autour de cet âge là que l’on rencontre le plus beau de la terre et de ses environs. Je me reconnais dans ton anecdote. On épouse rarement celui que l’on aime à seize ans, je n’ai pas failli à la rège ;-)
    Il reste souvent un sourire dans les souvenirs, un sourire qui a la jeunesse de nos seize ans. Merci pour ta visite.

  6. natureinsolite 31 juillet

    ce texte est très touchant, vibrant d’émotions et de ressentis, vibrant d’un amour déçu puis d’un nouvel amour partagé pendant ces 40 années. et les photos sont magnifiques, respirant ce bonheur d’une longue route à deux!
    bisous malaïka. marie.

  7. natty dread 31 juillet

    Merci pour ce tres beau texte !!!

  8. Malaïka 1 août

    Réponse à Marie,
    Hommage à la vie qui se laisse reconstruire, à l’amour qui dure avec ses mutations. Merci d’avoir reçu ce texte. Bisous à toi ma chère Marie.

    Réponse à Natty,
    C’est moi qui te remercie de l’avoir lu et aimé.
    Bisous à vous princesse

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