Mobiles : partie 1

Ce matin de février, alors qu’elle se hâtait vers l’arrêt de bus, Daphné grelottait. Le froid glacial avait eu raison du manteau de laine, du pull à col roulé, de l’écharpe et des gants dont elle avait pris la précaution de se recouvrir. Elle abaissa son béret sur ses oreilles et remonta son écharpe pour s’en recouvrir le nez. 

Jamais, pensait-elle, elle n’avait eu aussi froid. Ce n’était pas tout à fait exact, mais le souvenir de sensations antérieures de froid se dissipait face à la réalité de ses orteils gelés et de ses doigts qui, frigorifiés peinaient à répondre aux sollicitations de son cerveau. Elle n’avait qu’une hâte, retrouver au plus vite son petit appartement de la rue de Choisy. 

Chacun de ses pas était un supplice. Elle s’efforça cependant d’en hâter la cadence. La douleur aiguë qui répondit à son initiative la força à s’arrêter. Elle sentit des larmes perler à ses paupières. Secouant la tête pour en stopper l’afflux, elle s’interdit de se laisser aller. Elle avait conscience que si elle cédait à ce moment de faiblesse, ses larmes en appelleraient d’autres d’une nature différente, et qu’elle ne tenait pas à affronter Porte de Versailles. 

La température hivernale était aussi venue à bout de la fausse fourrure qui tapissait ses chaussures. Abaissant les regards vers ses pieds, elle se mit à rire. Ses chaussures lui semblaient en ce matin là, encore plus hideuses que la veille au soir lorsqu’elle les avait enfilées. A l’idée qu’elle les avait achetées uniquement à cause de leurs prétendues vertus protectrices contre des températures quasi polaires (et aussi pour éviter une autre chute humiliante sur quelque trottoir verglacé) son rire dériva vers un fou rire incontrôlable. 

Les affreuses chaussures avaient rompu leur accord tacite en livrant ses pieds aux morsures du froid. Les chaussures avaient pourtant pour mission principale de la protéger contre le froid tandis que sa part de l’accord était de faire en retour abstraction de leur manque patent d’esthétique. 

à suivre



8 commentaires

  1. elisabeth 13 juillet

    Bonjour Malaïka,
    Merci pour ces nouvelles que je lis avec intérêt.
    Je vois que tu passes de temps en temps. L’important c’est d’être là même si tu n’as plus autant de temps qu’avant.
    Je te souhaite une réussite dans tous tes projets.

  2. natureinsolite 15 juillet

    sorry, il est beaucoup trop tard pour lire ton ancien-nouveau chef d’oeuvre! à plus tard malaïka. marie.

  3. Malaïka 16 juillet

    Réponse à Elisabeth,
    Merci pour ton message si gentil. Merci de lire mes nouvelles. Amitiés.

  4. Malaïka 16 juillet

    Réponse à Marie,
    Merci pour la confiace prospective. Bisous chère Marie.

  5. natureinsolite 20 juillet

    c’est en montagne qu’il m’arrive d’avoir les yeux mouillés, quand les pieds me brûlent et quand je crois avoir épuisé toutes les forces qui sont en moi pour continuer à avancer… et puis un miracle se produit… et la marche continue…
    bisous malaïka.

  6. natureinsolite 20 juillet

    … j’ai pourtant la rolls des chaussures de rando!

  7. Malaïka 21 juillet

    Je n’ai pas l’expérience de ces randonnées mais tu me fais envie. Il faudra que je choisisse mes chaussures au mieux. Bisous Marie et merci pour ta visite de ce soir.

  8. tchitchi 21 septembre

    Une dent contre les chaussures, chère Malaïka? Un traumatisme dû à une certaine chute peut-être?

    Tchitchi, en version Taquine.

    :-)
    Je n’avais pas fait le lien. Hi hi. Ca doit être vrai.

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