Fuir le bonheur … Partie 6

En se dirigeant vers la porte pour l’ouvrir, elle se séchait machinalement les cheveux. Elle avait encore dû chanter trop fort, elle allait devoir affronter le regard noir de madame Martini, sa voisine, qui allait lui expliquer avec une voix de maîtresse de CP en détachant chaque syllabe, que la musique était trop forte et que même à dix neuf heures on n’avait pas idée de hurler comme un goret que l’on égorgeait. Comme à son habitude elle s’excuserait d’avoir troublé la quiétude de l’immeuble et elle inviterait madame Martini à prendre un thé pour se faire pardonner. Madame Martini sourirait et elle entrerait dans son appartement tenant à la main comme par hasard des brownies ou des cookies. Elles éclateraient de rire, tandis que madame Martini entrerait pour partager avec elle leur soirée entre filles.

Monsieur Martini était un homme affable qui travaillait dans une fabrique de composants électroniques. Il était chef comptable et son épouse et lui avaient quatre enfants âgés de dix à seize ans. Ils avaient fait le choix de vivre sur son salaire tandis qu’elle prendrait soin des enfants et de son foyer. Madame Martini n’avait pas eu de maman et le traumatisme de ce vide lui avait donné de croire qu’une bonne mère se devait d’être présente quand ses enfants rentreraient de l’école, du collège ou du lycée. C’était une vie qui l’épanouissait, tout au moins jusqu’à ce que sa petite dernière rentre au collège. Elle avait envie de retravailler, mais à mi-temps pour être présente à la maison quand ses enfants étaient là. Elle s’était mise à l’heure américaine pour la préparation de ses gâteaux faits maison. Les enfants étaient passés de l’ère du quatre quart et des madeleines à celle des cookies et des brownies. La cuisine était devenue pour cette femme de trente six ans l’espace d’expression de sa créativité. Elle aimait sa famille au travers de ses prouesses et de sa créativité culinaires. Elle faisait la cuisine sous le regard cathodique des héros de ses feuilletons. Madame Martini avait une dépendance aux feuilletons et séries américains. Du « soap opéra » à la série télévisée, elle était incollable. Elle connaissait par cœur les personnages de « Desperate housewives », de « Grey’s Anatomy » comme ceux plus anciens de « Côte Ouest ». ou de « Dynastie » dont elle regardait les rediffusions avec un égal bonheur, tout en se moquant des brushings de l’époque. Madam Martini avait même parlé à sa voisine d’une série dont elle regardait avec délectation la rediffusion sur le câble. Cette dernière n’avait jamais entendu parler « Falcon Crest ». Sa voisine lui affirmait que dans ce feuilleton il y avait le première épouse de Ronald Reagan, lui apprenant par la même occasion que l’ancien président des Etats Unis avait eu une première épouse. Elle soutenait que le président Reagan aimait le même type de femme. Sa voisine l’entraînait dans des réalités qui la détendaient et elle aimait passer du temps avec elle parce qu’elle découvrait que des choses très surprenantes retenaient l’attention de sa voisine. Elle était capable de citer dans l’ordre les époux d’Elisabeth Taylor ! Cependant, elle pouvait tout autant discuter de politique en fustigeant le manque de bon sens chez les gouvernants, et de littérature. A l’université, madame Martini avait fait des études de lettres modernes et avait une passion pour Maupassant. Elle avait interrompu ses études en licence pour se marier.

Elle était surprenante, un concentré de culture et de subculture, le profil traditionnel de la ménagère de moins de cinquante ans dans certains de ses aspects tout en cassant le moule de la caricature qu’on en faisait. Elle n’aurait jamais regardé Julie Lescaut ou Navarro, encore moins le Commissaire Moulin mais elle regardait les soap opéra de la deuxième chaîne le matin après que son époux et les enfants aient quitté la maison. Elle n’aurait jamais regardé les émissions tire larmes et faussement empathiques de la télévision présentées par quelque gendre idéal de pacotille. Elle n’aurait pas regardé une émission de télé réalité, elle aimait la fiction et détestait la manipulation du réel. Elle était un être volcanique et généreux explosant de colère comme de rire, tout en étant capable de se taire pour écouter. Une musique écoutée trop fort un vendredi soir avait ouvert la porte à une belle amitié. Pourtant elles ne s’appelaient pas par leurs prénoms et se vouvoyaient toujours. Monsieur Martini avait été informé par son épouse que désormais le vendredi soir elle passerait une soirée entre filles chez Madame Ekambi, la voisine du dessus et sa nouvelle amie. C’est tout naturellement que le rituel s’était installé. Quand monsieur martini rentrait, elle montait chez madame Ekambi et son époux se chargeait de faire manger les enfants et de s’en occuper. Pour une fois qu’il pouvait passer du temps avec eux sans la pression d’un réveil matinal le lendemain, il en profitait et les enfants n’avaient pas l’air de s’en plaindre. Chez les Martini on était complice et la vie se déroulait entre cris et rires mais sans drames.

La première fois que madame Martini sa voisine était venue frapper à sa porte l’air courroucé, elle s’était confondue en excuses en promettant de faire attention au bruit à l’avenir. Sa désolation était telle que madame Martini avait laissé fondre sa colère, touchée par la sincérité de son repentir et l’air profondément désolée de sa voisine. Elle était venue pour une rixe et elle s’était surprise à sourire à la femme en peignoir vert. Elle lui avait spontanément dit « je viens de faire des cookies, je pense que ça vous fera du bien d’en manger un petit peu. Je vais vous en chercher et je reviens dans une minute ». Elle n’avait pas eu le temps de dire non que sa voisine s’était engouffré dans les escaliers en lui criant de ne pas fermer la porte. Elle était revenue plus tard avec assez de cookies pour nourrir un régiment. Madame Ekambi lui avait proposé d’entrer et de prendre un thé pour accompagner les cookies si généreusement offerts. Ainsi était née leur amitié.

Ce soir elles allaient regarder les aventures des Desperate Housewives tout en se faisant une manucure, une pédicure et des soins du visage. Madame Martini était une experte en soin de beauté et l’avait conseillée dans sa démarche de reprise en main de son physique.

Vêtue d’un peignoir vert pâle en éponge, les cheveux en bataille et tenant une serviette à la main elle ouvrit la porte d’entrée avec un grand sourire pour accueillir madame Martini. L’homme se tenait devant sa porte. Dans la main gauche il tenait un immense bouquet de fleurs.

 



Club Nouveau : Lean on me



Georges Benson : 20/20

J’étais jeune, j’avais de l’argent de poche, et j’achetais des vinyles. J’ai acheté l’album dont est extrait ce titre. Memories…

http://www.dailymotion.com/video/7qyicAdapRqdF2Jfy



Georges Benson : On Broadway

Ca c’est de la musique. Et la voix et groove de George Benson !!!! My oh my !

Image de prévisualisation YouTube]



Ray Charles , Chaka Khan et Quincy Jones : I’ll be good to you

Souvenirs souvenirs. Du bonheur en chanson.

http://www.dailymotion.com/video/2BHUf3WegfzXOeAe1



Fuir le bonheur … Partie 5

Assise en tailleur au milieu des cartons, elle était incapable d’écrire. De déposer sur la froideur d’une feuille de papier le plus intime de son être. Les mots, quel que soit le soin avec lequel elle les choisirait ne sauraient lui dire la complexité et la profondeur de ce qu’elle ressentait. Le passé et le présent se confondaient. Son incapacité à lui écrire n’effaçait pas la présence appuyée de son sourire, de son rire, de son odeur, de lui. Son souvenir remplissait la pièce qu’elle allait quitter, saturant l’espace de sa mémoire et la ramenant à cette soirée, inoubliable soirée qu’ils avaient passée dans cet appartement. Elle se souvenait que pour la première fois elle s’était dénudé l’âme devant un homme sans avoir peur qu’il la lui piétine. Vu de l’extérieur il pouvait sembler bizarre que deux adultes normalement constitués, attirés l’un par l’autre et se retrouvant seuls dans un appartement et au cœur d’une soirée des plus merveilleuses ne trouvent pas autre chose à déshabiller que leurs âmes.

Elle savait qu’elle ne s’était jamais livrée autant à quiconque, il serait pour toujours celui qui connaîtrait son âme dans les moindres aspérités. Les souvenirs de cette soirée lui faisaient mesurer l’immensité de la perte qu’elle s’était infligée par peur d’oser le bonheur. Un an déjà. Un an sans le voir, un an sans entendre sa voix, un an sans lui, un an sans la femme qu’il lui avait permis d’entrevoir.

Elle l’avait revu un soir, devant sa porte, deux jours après s’être rencontrés devant la librairie. Elle se délassait dans son bain quand il avait sonné à sa porte. Ses velléités écologiques sur l’utilisation intelligente et citoyenne de l’eau cédaient face à son rituel du vendredi. Elle compensait la culpabilité née de son délassement hebdomadaire en soutenant une association qui forait des puits au Niger et au Mali. Tous les mois sans hésiter elle payait la dîme de son confort par un chèque à cette association. Dans sa salle de bains elle avait pris le soin de mettre une mini chaîne stéréo et si le matin la radio rythmait ses préparatifs avant d’aller travailler, le vendredi soir elle écoutait du jazz , des standards de la musique négro américaine ou de la musique classique alors qu’elle se délassait dans son bain. Le bain était son luxe hebdomadaire. Le choix de sa musique dépendait de son humeur. Ce soir là, elle avait envie de se laisser porter par une voix dont le timbre et la chaleur l’envoutaient, et dont les fêlures semblaient rencontrer les siennes. Elle écoutait la voix de cette chanteuse aux innombrables blessures égrener « Here comes the sun ». La légèreté des doigts de Nina Simone courant sur le piano l’émerveillaient comme au premier jour. Cette chanteuse avait la capacité de venir la rencontrer dans ses mélancolies et l’aider à s’en défaire en chanson. “Here comes the sun, aren’t you glad to see it, I say its all right” Ce soir là, dans la salle de bains qui ressemblait à une étuve, elle ne chantait plus, elle se saisissait des mots de la chanteuse pour se les proclamer comme une incantation. Allongée dans sa baignoire, la tête posée contre le rebord, elle chantait à tue tête et sortant sa jambe droite de la mousse de son bain, elle la laissait danser au rythme de la musique. Les accords que jouait la chanteuse résonnaient ce soir là dans ses oreilles et dans son cœur comme des notes d’espérance. Pendant que sa jambe battait la mesure, elle se lavait dans un bonheur quasi extatique. Il y avait un moment qu’elle ne s’était pas autant délectée de sa pause du vendredi. Après le bain elle se ferait un soin complet du visage, des mains et des pieds. Le vendredi était le jour où elle s’autorisait à prendre soin de ce qu’elle appelait ironiquement son « enveloppe déclinante ». Ce soir elle ne se laissa pas atteindre par la direction nouvelle prise subrepticement par sa poitrine. Ses seins cédaient progressivement à la loi de la gravité. Cette vue avait en général pour effet de lui donner le blues, car elle venait comme une confirmation ultime de la désormais impossibilité de séduire dans laquelle elle se croyait enfermée. Elle avait quarante trois ans et se sentait hors du circuit de l’amour. Elle ne savait pas s’aimer et la perte de ses attraits physiques sonnait le glas de ses possibilités. Du temps préhistorique de la fermeté de la dite poitrine un homme l’avait quittée comment oserait-elle livrer aux regards d’un autre homme son corps sur le déclin ? Elle se savait désormais l’unique spectatrice de sa nudité, et elle était sans pitié face à ce corps qui lui semblait étranger avec des seins qui tombaient, des vergetures et dix kilos en trop. Elle manquait tellement de confiance en elle qu’un homme l’aurait regardée avec insistance qu’elle aurait pensé qu’il se moquait d’elle, forcément. Son infirmité était celle là. Celle de se croire inéligible à l’amour d’un homme.

Mais ce soir elle ne pensait pas à tout ceci, elle chantait le soleil qui se levait en mimant de ses mains les gestes d’un chef d’orchestre. Au cœur de la phrase “ Little darling it’s been a long cold lonely winter ”elle entendit sonner à la porte. Elle se saisit de la télécommande sur le rebord de la baignoire et baissa la musique. C’était bien chez elle qu’on sonnait.

 



Levert Sweat and Gill : Friends



Leonard Cohen : quelque chose de classe !

 Je trouve qu’il a quelque chose de classe dans la voix, dans l’allure, dans la musique.

Because of

http://www.dailymotion.com/video/7iR5gZeqXBGKjb8SC

In my secret life

http://www.dailymotion.com/video/1gYRls53cKgOh9hSU

Stranger song

http://www.dailymotion.com/video/6jpXL6ViL6Z1k7kDv



Nina Simone chante My way

Nina Simone interprète un standard de la chanson et je trouve son tnterpétation absolument magnifique.

Elle confère par le piano une belle énergie et sa voix donne de la profondeur. J’aime beaucoup cette chanson. J’espère que vous l’apprécierez.

http://www.dailymotion.com/video/1ff9ipIbRY0Gs8EqI

And now, the end is near and so I got to face
The final curtain,

Friends I say clear and state her case of which I’m uncertain
I’ve lived a life that’s full of travelled each and every highway
And more, much more than this, I did it my way
Yeah, regrets, I’ve had a few
But then again, who feel to me uncertain.
I did what I had to do and saw it through without exemption
I planned each other course, each careful footstep along the byway,
Yeah, and more, much more than this,
I did my way

Yes, there were times, I’m sure you know
When I did all much more than I could do
But threw it all, when there was doubt, on everyday
And it’s not enough, I faced it all
And as big as all did my way.

Oh, I’ve laughed and cried, had my fill my share of losing
And now, as tears subside, counted also music
To think like the old lad
And may I say not in a sky away,
Oh, no no no, You’re not me, I did it my way.

What is a man, what have he got
If not himself, and he had not to may the things
He truly feels not words of one for use
With that shows, I took the blows and did it my way!



Nina Simone : Ne me quitte pas



12345...13

Couissiz |
Ker Gwen |
Le Blog de Coco |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Entrez dans mon univer de m...
| Réalité ou rêve ?
| formation-continue-à-l'ubo