Cette absence : Partie 2

Il était son espoir, il désormais devenu sa douleur et son plus grand échec. Le rendez-vous manqué a jeté sur l’avenir un voile qui rend la vie un peu moins lumineuse. Il a eu tant de place tout au long de sa vie que le laisser partir est un deuil absolu. Deuil de sa vie de femme, deuil de ses rêves de mères, deuil de ses projections, le futur n’est plus. Seul le présent sera d’ici à l’éternité.

Il existe sûrement entre les cieux et elle mais elle n’a pas trouvé le chemin jusqu’à lui. Elle ne peut se résoudre à croire que le destin, ironique et cruel ait fait naître un désir, pour mieux ricaner à voir son agonie. Et des questions la hantent, sa mémoire voyage pour retrouver le jour où elle s’est trompée de route.

Ses entrailles ont tari, ses aussi yeux sont secs. Elle sera passée sur terre un souffle et puis plus rien. Qui fermera ses yeux et prolongera sa vie ? Quel bonheur sur la terre hors de la maternité alors qu’elle n’a vécu que pour cette rencontre : donner enfin la vie à son rêve d’enfant. Le bonheur pour elle, sans la maternité, n’est pas le bonheur mais juste quelques sourires dans une vallée de larmes. Elle pense aux petits bras qui n’entourent pas son cou. Elle pense à son odeur que son nez ne sent pas. Elle pense au mot « maman » banni de ses espoirs. Elle pense à leurs deux cœurs qui n’auront pas ensemble battu en harmonie avant sa naissance. Il est dur de se dire que le reste de sa vie elle aura pour compagne la douleur de la l’absence de son rêve d’enfant.

Elle se sent pour toujours la fille de ses parents, condamnée à être l’enfant sans jamais être mère. Elle sera la sœur, la tante, la cousine condamnée par une sentence dont le sens lui échappe à être celle qui est la mère de personne.

Elle n’est pas réveillée par les cris d’un bébé, ses vacances et sorties ne sont jamais contraintes. Libre comme l’air elle et après elle revient si le cœur lui en dit. Libertés amères, et contraintes espérées elle est bizarre la vie se dit-elle quand elle entend ses amies se plaindre de toutes leurs contraintes. Elles rêvent de liberté, elle envie leurs contraintes. Au milieu de tout ceci elle entend ça et là dire qu’une enfant apeurée abandonne son enfant parce qu’elle n’en voulait pas ou ne se sentait pas prête. Et de l’autre côté du lieu où elle vit une femme infanticide congèle des bébés. Ironie d’une vie ou certaines abandonnent et tuent des bébés que d’autres se meurent de ne pas avoir…

Autour d’elle elle entend ces mères qui disent « mon fils », ou qui disent « ma fille » des mots qui n’ont d’existence qu’au cœur de son silence, par la force des choses elle n’a pas le droit de prononcer ces mots.

Elle voulait espérer, mais mon corps l’a trahie et il a refermé à jamais ses espoirs bien plus vite que prévu. L’enfant ne viendra plus pour éclairer ma vie. Sur son lit d’hôpital elle les entend dire que tout s’est bien passé, l’opération disent-ils, a été un succès. La tumeur suspecte logée sur ses espoirs, a été enlevée, balayant ses rêves.

Elle est infirme de lui, et cette infirmité lui est réaffirmée chaque fois qu’on lui demande « avez-vous des enfants ? ». Au milieu des amies, elle est infirme de lui, au milieu des collègues elle est infirme de lui, et même dans sa famille, elle est infirme de lui. Il est des lieux classiques qui ne sont pas accessibles aux personnes handicapés, et ceux qui sont valides dans leur confort d’être ne voient pas pour plusieurs les limites posées à ces derniers par l’infirmité. Ils ne se doutent jamais du moment où ils entraînent celui qui est infirme au delà de ce que son corps l’autorise à faire. Et le voilà cloué, pétrifié de douleur, au milieu des célébrations de ceux qui sont valides. Telle est sa vie sans lui, sans l’enfant espéré, handicapée de lui. Lui son enfant rêvé, lui qu’elle n’a pas eu, lui dont douloureusement, elle apprend à faire le deuil.

Ce deuil elle doit le faire pour continuer la vie, il lui ouvre l’horizon, désert et solitude.

Elle à ces histoires insolites et fantaisistes qu’elle rêvait d’inventer pour lui présenter par l’imaginaire une enfance enchantée. Elle a rêvé de son rire, en entendant rire de ses neveux et nièces.

Autour d’elle ces mamans, certaines le sont par choix, tandis que d’autres non et elle au milieu d’elles se sait handicapée, infirme de cet enfant, de son enfant absent, celui qui n’est pas venu, et qui ne viendra pas. Elle doit faire bonne figure car ce n’est pas leur faute si l’enfant de ses rêves n’est jamais venu.

Sur le lit d’hôpital sur son visage des larmes, il n’y a plus d’espoir. Sur la table d’opération, pour lui sauver la vie, les chirurgiens ont tué ses espoirs d’être mère. Elle n’a pas trente neuf ans, il ne lui reste rien, sinon la certitude de cette terrible absence. Elle ne sera pas mère, elle ne sera jamais, heureuse qu’en pointillés. Cette absence majeure brise la linéarité de ses rêves de bonheur.



19 commentaires

  1. binicaise 21 mai

    Merci de ta visite sur mon blog bonne journée bisous Jacqueline

    Dernière publication sur Binicaise : Blog en pause pour une durée indéterminée.

  2. Malaïka 21 mai

    Merci à toi d’être passée.
    B isous

  3. etoile 21 mai

    et dire que moi je me plains pour un 2eme….merci pour ce bo et triste texte, c est tellement vrai quand tu dis qu il y a des mère qui ne veulent pas d enfants…et les abandonnent pour en faire d autres qui seront aussi abandonnés…courage, Etoile

  4. Malaïka 21 mai

    Réponse à Etoile,
    J’espère que tes rêves et aspirations pour un deuxième enfant s’accompliront. Je t’embrasse

  5. Prunier 21 mai

    Bonjour Malaïka, tu as raison d’écrire ,c’est vraiment très bien continue, un jour tu feras un bouquin. Bonne soirée. Bises
    Gibi.

  6. Malaïka 21 mai

    Merci Gibi.
    Je continuerai.
    Bisous

  7. Petit Ange 21 mai

    je te l’ai dit que tu étais douée Malaïka…Pour les suites c’est toi qui vois ma douce…sourire…en tout cas merci pour ces histoires qui sont magnifiques à lire…te fais des bisous bien doux…Petit Ange…

  8. Malaïka 21 mai

    Réponse à Petit Ange,

    Je suis très touchée par la réception que tu fais de mes écrits. Merci parce que je suis encouragée à aller de l’avant et laisser mon imagination et mes sensibilités construire des personnages et des histoires.
    Je t’embrasse fort.

  9. Michelotte 22 mai

    Bonne nuit Malaika : encore une belle page écrite , dire qu’il ya des femme pour faire des enfants et les chouchoutés et d’autres les faires pour les abandonner et dire qui en a qui paye pour en avoir ..;ainsi va la VIE et qui trinque dans tout cela ???de pauvres petits innocents qui ne demande pas de venir au monde pour mourir et souffrir…..
    Malaika bien des personnes de dis d’écrire un livre ..fait le tu as un don serre toi en …. tu es trop bonne pour écrire tu as la maniére de le faire on dirai que tu raconte ta vie ou celle d’une personne de ta famille .. je t’aime et t’embrasse affectueusement Michelotte

  10. Malaïka 22 mai

    Réponse à Michelotte,
    Merci pour tes mots, t’es encouragements et l’affection qui passe au travers d’eux.
    Gros bisous

  11. Papotine 22 mai

    C’est vrai ce que disent tes visiteurs…tu devrais écrire un bouquin….c’est très joliment écrit tout ça… vraiment! tu as beaucoup de talent.

  12. Marc 22 mai

    bonjour Malaïka
    toujours aussi jolie tes textes , j’adore , cette vraissemblance qui existe à travers tes mots , merci c’est très jolie.
    bises
    Amitiés
    Marc

  13. Malaïka 22 mai

    Réponse à Papotine,
    Merci pour tes encouragements. J’y travaille mais pour l’instant je m’essaie aux nouvelles et la pratique m’aide.

    Réponse à Marc,
    Merci d’apprécier. Tant mieux si c’est vraissemblable. C’est encourageant.
    Amicalement

  14. sic 22 mai

    ce message est dans la catégorie de l’article « une femme meurt tous les 3 jours » mais je n’arrive pas à poster, pour une raison de proxy.
    alors je le passe ici, dsl

    bonsoir Malaika,
    je tenais à passer dans ton salon, car j’aime beaucoup ton blog.
    il parle de tout, et c’est vraiment un lieu aussi pour parler et écouter les autres.
    La violence conjugale, la violence sur les femmes, est un sujet tabou.
    Car beaucoup de femmes souffrent à l’heure actuelle de ces violences.
    Je pense à elle et à toutes celles qui ont subi des blessures physiques et morales graves dans leur existence.
    C’est terrible, de réaliser que cela existe même à côté de chez soi. Quelque part, même dans sa famille, des amis, tout le monde est concerné par ce problème. Des femmes ont eu le courage de le dénoncer, de le combattre, mais à quel prix.
    Malaïka, tu es une femme de coeur, et je pense que c’est en faisant des sujets de ce genre, des problèmes de sociétés, qu’on pourra diffuser et peut-être aider des femmes qui n’osent pas en parler ou qui évitent de le dire.
    Je soutiens ton article, et ta bonté du coeur.
    Toutes mes amitiés à toi, et encore une bonne et longue route à ton blog,
    une lumière pour voir plus clair.
    Amicalement sic

  15. Chantal 22 mai

    C’est la vie, et tu la raconte merveilleusement bien…bise

  16. Malaïka 23 mai

    Réponse à Chantal,
    Merci pour ta visite et je suis ravie que ma façon de raconter te plaise.
    Bises

  17. natureinsolite 24 mai

    cette grande douleur de ne pas avoir d’enfant, je peux l’imaginer telle que tu la décris puisque ma meilleure amie, et aussi… cette personne si généreuse que tu connnais bien sont dans cette situation…
    je sais aussi qu’elles ont une autre vocation, sans doute dans l’engagement, le partage, la créativité…
    je pense à toi malaïka, même si tu ne me vois que peu souvent. bisous. marie.

  18. Malaïka 24 mai

    Réponse à Marie,
    Merci et bisous à ta meilleure amie et à toi.
    Malaïka

  19. tchitchi 26 septembre

    oyé.. Je ne sais même pas quoi dire en lisant ce texte. J’ai mal; je ressens le mal de cette femme. Je sens au plus profond de moi, cette douleur. La douleur qu’on peut éprouver de ne pas être mère. Bien sûr, pour une personne qui n’en éprouve pas le désir, c’est égal. Mais une personne qui déborde d’amour à donner et qui ne rencontre, pour recevoir son amour que le grand vide! Cette abscence vide de vie…ça me pousse à réfléchir. A réfléchir sur la valeur de la maternité. A penser à celles qui avortent quand d’autres désespèrent d’avoir des enfants. A penser à celles qui sont obligées de se séparer de leurs enfants et de les confier à d’autres…Merci d’inciter en moi ces pensées.

    Tchitchi, en mode pensive.

Laisser un commentaire

Couissiz |
Ker Gwen |
Le Blog de Coco |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Entrez dans mon univer de m...
| Réalité ou rêve ?
| formation-continue-à-l'ubo