Elle m’appelait Tiki : partie 9

Le soir après leur départ, comme chaque soir je suis entrée dans sa chambre pour lui souhaiter une bonne nuit. Elle était épuisée mais si heureuse. Elle m’a tendu la main et a dit « Nadine Tiki, viens. ». Je me suis assise sur le lit. Elle m’a demandé « dis moi ma chérie comment dit on petite fille dans ta langue maternelle ? » Je lui ai répondu la gorge nouée par l’émotion « on dit muladi » « Alors pour dire petite fille chérie on dit muladi tiki ? ». Je lui ai répondu « non Mbambe on dit « Tik’a muladi ». Elle m’a regardé et a murmuré « Tik’a muladi » en m’ouvrant les bras. J’ai posé ma tête contre son cœur. Elle a murmuré encore et encore « tik’a muladi ». Je pleurais contre son sein parce qu’elle faisait de moi sa petite fille, pas seulement sa chérie, mais sa petite fille chérie. Le fait d’avoir vu ses petits enfants, de les avoir étreints l’autorisait à me faire de la place dans cette relation là.

Ses petits enfants sont revenus souvent avec leur père, mais sans leur mère. Mbambe était heureuse et apprenait à connaître leurs goûts. Ils lui téléphonaient souvent. C’était trop tard pour être complices, mais heureusement ça ne l’était pas pour s’aimer. Les enfants l’aimaient. Elle était si facile à aimer. Six mois après s’être installée chez nous, Mbambe est morte dans son sommeil.

Le jour de son enterrement le ciel était orageux. Je me tenais en retrait et je pleurais. Elle allait me manquer au delà des mots. Ma consolation je la puisais dans la sérénité sur ses traits au moment de sa mort. Elle était partie heureuse d’avoir pu profiter un peu de ses petits enfants.

Ils l’appelaient grand-mère, je l’appelais Mbambe. Et elle m’appelait avec un accent délicieux « tik’a muladi ». C’est le magnifique cadeau qu’elle m’a laissé, sa voix qui chantonnait sa tendresse pour moi dans ma langue maternelle.

Le vase en verre qui venait de se briser avait fait remonter tous ces souvenirs alors que du balcon de l’appartement dans lequel étudiante je vivais avec ma famille, je voyais mettre dans un camion de déménagement les souvenirs de la vie de ma grand-mère de cœur, je ne pouvais m’empêcher de pleurer. Pour Jacques son fils qui supervisait les opérations, le vase qui venait de se briser n’était que du verre. Pour moi c’était le témoignage d’un amour magnifique qui venait de se briser. L’amour absolu qu’avait éprouvé une femme que j’avais aimée bien plus que bien des membres de ma famille. Nous nous étions trouvées.

Alors que je regardais s’éloigner les déménageurs, j’ai senti dans mon sein je sentis remuer mon bébé, ma petite fille. Elle s’appelera Léone.

Un jour je lui raconterais la vie de son arrière grand mère d’adoption, ma grand-mère adoptée, celle qui m’appelait Tiki.

(Fin)



20 commentaires

  1. fernando 28 avril

    c’est très bien écrit et émouvant
    fernando

  2. Malaïka 28 avril

    Merci Fernando d’avoir pris le temps de lire, d’avoir apprécié et de la dire.
    Ca me touche beaucoup.
    Amicalement

    Malaïka

  3. natureinsolite 28 avril

    un récit émouvant et touchant…
    mais je n’ai pas lu les débuts… ça viendra, sans doute pas ce soir car il est trop tard…
    bon rétablissement et bonne nuit malaïka

  4. Malaïka 28 avril

    Merci Marie.
    Comme je te suis reconnaissante de lire mes nouvelles. Ca m’aide à progresser.
    Bisous et bonne nuit.

  5. marc 29 avril

    quoi dire , s’il cela pouvait arriver a toutes ces pauvres personnes qui meurent seule dans ces maisons de retraite , tu sais quand j’etais ambulancier nous faisions pompes funebres aussi ,la principale cliantèle c’ etaient ces personnes seules ou rejetées par leur famille , cela bouleverse d’être 3 ou 4 dans la chambre du ou de la defunte , de se receuillir ,moi ,la directreur de la maison de retraite , l’employé de mairie , le commissaire venus contater le décès , plus des femmes de chambres, pour acompagner dans la mémoire ces pauvres personnes seules .
    souvent cela a éte le cas , des personnes qui avaient des diplômes d’excellence , de meillieur ouvrier , qui avait fait de très bonnes actions de leur vivant , qui sont seuls là au moment de partir ( tu voit ton histoire me touche directement sur cela , j’ai fait ça pendant 5 ans de ma vie )
    C’est pas de mourir qui est le plus terrible ,c’est naturel c’est de mourir seul sans laisser d’autre trace que celle que les personnes qui sont là parce qu’il travaille garde de nous , j’ai dans ma tête le souvenir de plein de personnes que j’ai préparées et enterrées ( à qui je rends hommage ) car la solitude existe aussi a la mort.
    désolé je suis un peu long , mais cela ma touché , j’aime beaucoup les détails aussi que tu donnes .
    amitiés
    bises
    Marc

  6. Troisieme-Oeil 29 avril

    Tu as vraiment une jolie plume… Peut-être devrais tu publier? C’est vraiment émouvant, et j’aime la pointe de nostalgie qui ressort comme un fil conducteur de tes écrits. Très chouette!

    Marc

  7. Malaïka 29 avril

    Réponse à Marc,

    Elle est terrible la solitude que tu nous racontes…
    Amitiés
    Malaïka

    Réponse à Troisième Oeil,
    Je te remerce pour ta visite et pour avoir apprécié ma plume. Je pense de plus en plus à publier, encouragée que je suis par les réactions que je reçois de ceux qui me font l’amitié de me lire.
    Malaïka

  8. inero 29 avril

    « Elle est terrible la solitude que tu nous racontes… »
    mais malheureusement téllement vrais
    bises
    Amitiés
    Marc

  9. Michelotte 29 avril

    coucou Malaika : trop émouvant ta petite histoire vécu plein d’Amour et Compassion pour cette mamie d’adoption ,mais sais le plus pure Amour que l’on peu vivre et porter et tu gardera dans ton jardin secret le plus doux des souvenirs , tu sais en te lisant j’ai sentie mes larmes perlées sur mon visage tellement elle ai pure et belle ton histoire ,je t’aime Malaika et t’embrasse affectueusment une vieille étoile Michelotte

  10. DOURVAC’H 29 avril

    Je trouve que tu écris avec ton coeur : tu fais passer une belle tendresse dans ce que tu dis, avec des mots très simples.
    Aussi, merci de ton passage chez moi et amitié.
    A bientôt ?

  11. Malaïka 29 avril

    Réponse à Douvac’h
    Merci pour ta visite et merci pour ce que tu dis de mon écriture. Ca me touche et me fait plaisir. A bientôt.
    Malaïka

  12. bayelef 30 avril

    ma chère malaika
    ce texte est magnifique, émouvant , il prends au coeur et à l’âme.
    L’amour donné aux êtres que l’on choisit est toujours très fort et le lien du coeur est plus fort parfois que celui du sang .
    Tu écris divinement, tu as une plume d’artiste ma soeur. J’espère qu’un jour tu pourras en faire profiter le plus de monde possible , qu’un éditeur reconnaitra ton talent et te publiera .
    bises
    brigitte

    Dernière publication sur l'esprit des anges 2 : L' Amour est le lien que Dieu nous tend..........

  13. Malaïka 30 avril

    Merci Brigitte pour ton appréciation et tes mots pour c texte.
    Merci de dire comment tu l’as reçu.
    Tes mots pour moi sont magnifiques et je t’en remercie. Je te remercie pour tes souhaits aussi.
    Bisous à toi et encore merci.

  14. natty dread 30 avril

    C’est tellement touchant et tellement rempli d’emotion… des mots du coeur … d’un coeur genereux ! merci malaika !!!!

  15. Malaïka 30 avril

    Réponse à Natty,
    Merci à toi de recevoir mes mots avec un coeur généreux.

  16. natureinsolite 30 avril

    sorry, je n’ai pas encore eu (pris) le temps de lire les premiers chapitres… bisous. marie.

  17. Malaïka 30 avril

    réponse à Marie,
    Quand tu le pourras je sais que tu le feras. Merci pour l’attention. Bisous

  18. Prunier 2 mai

    Bonjour Malaïka, j’ai enfin récupéré le retard dans la lecture de ton si joli récit.
    Il est très émouvant et tellement vrai à notre époque. Si cette histoire t’est arrivée, tu as au moins le bonheur d’avoir permis à cette vieille dame d’être heureuse sur la fin de vie. Continue à m’enchanter. Bises.
    Gibi

  19. lenaelle 19 janvier

    Emouvant…Je deviens militante: un livre, un livre, un livre! Malaika, écris-en un. Tu ne devrais pas garder tout ce talent pour toi.
    Bises

    Merci Lenaelle ! J’y pense en atendant je m’entraîne avec vous. Je suis encouragée de voir que mes déambulations intérieures converties en mots peuvent retenir l’attention. Bises et merci pour la fidélité de tes passages.

  20. tchitchi 16 septembre

    Histoire, très émouvante…On vibre avec toi en lisant…

    Tchitchi

Laisser un commentaire

Couissiz |
Ker Gwen |
Le Blog de Coco |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Entrez dans mon univer de m...
| Réalité ou rêve ?
| formation-continue-à-l'ubo