Elle m’appelait Tiki : partie 8

Après l’épisode de la visite de son fils, la santé de Mbambe s’est mise à décliner. Elle parlait d’aller retrouver Robert. Six mois après mon mariage, elle était si faible que j’avais peur de la laisser seule. Je m’inquiétais pour elle et passais la voir tous les soirs. Parfois je surprenais son regard posé sur les photos de sa famille et ça me brisait le cœur. Je ne pouvais plus la laisser toute seule. Patrick et moi lui avons proposé de venir vivre chez nous. Il en a fallu du temps pour la convaincre. Nous l’avons prise avec nous et elle a passé les six derniers mois de sa vie dans notre appartement. Son fils prévenu de la situation avait fait le voyage pour nous rencontrer.

Mbambe avait informé son fils de son déménagement après son installation chez nous. Ce dernier avait pris le premier avion pour Paris. Je le revois nous interrogeant avec suffisance nos intentions vis à vis de sa mère. J’ai explosé et près de cinq ans de colère rentrée lui ont explosé à la figure. Les mots se bousculaient et je ne me rendais même pas compte que j’étais en train de faire la leçon à un élu de la nation, à un député-maire. Je me souviens lui avoir dit que c’est scandaleux d’avoir honte de sa mère sous prétexte qu’elle est une femme modeste. Je lui ai dit qu’il avait privé ses enfants d’une merveilleuse grand mère. Je criais et je pleurais de rage, je ne pouvais me retenir. Avec du recul je sais avoir été totalement hystérique « Honte à vous monsieur le notable » j’appuyais volontairement sur le mot notable disant l’intensité de mon mépris. Dans ma colère, je ne pensais pas à Mbambe qui, dans la chambre qui devait m’entendre.

« Vous n’avez qu’une noblesse d’apparat monsieur le député maire. Et vous osez venir chez moi nous accuser de vouloir profiter de votre mère ? Mais où étiez vous quand elle avait besoin de vous ? Vous êtes un être vil et méprisable vous qui n’avez pas su voir la femme extraordinaire qu’est votre mère et qui l’avez privée de ses petits enfants. Pour qui vous prenez vous en venant chez moi et en me prenant de haut ? Honte à vous monsieur le député. Remballez votre morgue et vos questions insidieuses et sortez de chez moi. Je ne vous interdirai pas de revenir parce que votre mère sera heureuse de vous voir. Mais pour l’instant dehors ! »

Le grand homme était interloqué. Il devait y avoir longtemps qu’il n’avait pas croisé quelqu’un qui ne tremble pas devant lui. Le visage de l’homme s’est décomposé et il y a eu comme un tremblement au niveau de son menton. Ma colère retombée je me sentais vidée. Je trouvais plus sage de m’asseoir un instant. Sans l’avoir prévu, je me surpris à lui dire « Votre mère n’en a je le crains, plus pour longtemps Pourquoi ne pas lui adoucir ses derniers jours ? Elle sera mieux ici que dans une maison de retraite. Ici elle sera entourée d’affection. Je n’ai pas envie de me battre contre vous, mais je me battrai de toutes mes forces pour que mbambe ne passe pas ses derniers jours dans la solitude » j’ai vu passer un petit garçon dans le regard de l’homme qui me faisait face. son fils. L’homme a souhaité voir sa mère avant de se retirer. Je les ai laissés tous les deux. Il est resté dans sa chambre une heure au moins. Après le départ de son fils, j’ai glissé ma tête dans l’entrebâillement de la porte. Mbambe s’était endormie un doux sourire aux lèvres. Que s’étaient-ils dit ? Je ne le saurai jamais. A la fin de la semaine, son fils est arrivé avec son épouse, sa fille et ses deux fils. J’ai vu des larmes de bonheur dans les yeux de Mbambe Leone. Elle rayonnait. Elle les voyait enfin, elle les touchait enfin. C’était un moment bouleversant. Ils sont restés à Paris trois jours et sont venus voir Mbambe chaque jour. Au moment de partir elle les a serrés dans ses bras et quand sa belle fille s’est approchée, elle a murmuré « merci ». Mathilde la bru a eu l’élégance de rougir. Tout était dit. Jacques le fils a embrassé sa mère. Il semblait ému. Je n’ai jamais su ni compris ce qui pouvait expliquer son comportement d’avant et d’aujourd’hui. Je respectais l’amour d’une mère et m’interdisais de la questionner.

(à suivre)



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