Elle avait vécu son rêve : Partie 2 28 avril
Cette nouvelle était présentée sur le blog d’un seul bloc mais elle était très longue et de fait pas facile à lire pour plusieurs… J’ai du la séquencer.
Pour trouver la première partie comme pour les autres, je vous encourage à aller dans la rubrique
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et vous pourrez y accéder.
Merci et bonne lecture !!
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Les badauds en face de la cathédrale se demandaient quel événement majeur avait poussé l’évêque à quitter la capitale, à mettre ses plus beaux atours et à attendre à la porte de la cathédrale l’entrée de personnalités éminentes de la ville et du pays. L’événement était forcément important. Pendant ce temps, des bruits d’escarpins résonnaient dans la cour et un défilé de chapeaux immenses entrait dans l’église, la démarche étudiée. L’élégance était de mise et la moindre faute de goût serait impardonnable. Les hommes en costume et cravate rivalisaient d’élégance. La chaleur était intolérable, mais aucun de ces hommes n’aurait cédé au bon sens et renoncé au costume et à la cravate. Des couples se croisaient dans la cour et les dames se donnaient la joue délicatement, veillant mutuellement à ne pas mélanger leurs fonds de teint et abîmer un maquillage forcément soigné. Dans l’entrée de la cathédrale, Monseigneur Mbahi, l’air compassé attendait, saluant d’un signe de tête étudié les notables qui entraient dans la grande bâtisse. Il n’était pas courant de voir le saint homme dans l’entrée, accueillant des fidèles. En général c’étaient les fidèles qui allaient à lui. Ce samedi de février, il était venu à eux dans l’entrée veillant à accueillir chaque arrivant avec un sourire d’homme de Dieu conscient du don que pensaient recevoir ceux qu’il accueillait ainsi. Il leur offrait le sourire le plus saint qu’il pouvait proposer, gardant la distance nécessaire à la dimension de sa sainteté et offrant le sourire qui raconterait son évidente bonté. L’évêque était en représentation. Le héros national avait figé l’évêque dans une attitude compassée et elle l’avait emprisonné dans un rôle qu’il jouait à la frontière de la schizophrénie, l’humilité et la gloire étant antagoniques. Les couleurs exigées par les hôtes du jour étaient le noir et le blanc pour les dames. Ces dames devaient faire preuve de créativité dans les limites du choix que leur offrait ce panel limité de couleurs. Il faut dire que malgré ces limites dans leurs expressions vestimentaires, ces dames étaient bien élégantes sous la chaleur de février. On pouvait discerner quelques fautes de goût ça et là, comme celle de l’épouse du préfet boudinée dans un tailleur trop petit qui donnait l’impression que son opulente poitrine allait avoir raison des boutons à l’agonie. On s’attendait à tout moment à voir s’envoler des boutons et entendre soupirer de soulagement une poitrine maltraitée par cette compression exagérée.
Et l’épouse du neurochirurgien le plus réputé de la ville donnait l’impression d’avoir grandi depuis l’achat de sa jupe noire. Elle donnait en outre l’impression que ses cuisses avaient forci malgré les rumeurs persistantes de liposuccion qui accompagnaient chacun de ses séjours en France, d’où elle revenait mince et rayonnante. Les bonnes âmes de son entourage espéraient repérer un jour quelque couture suspecte qui établirait de manière certaine que la peau qu’elle avait lisse ne devait pas sa beauté à la seule nature. Elle avait été mannequin et ne se résignait pas à renoncer à sa splendeur d’antan. Sa beauté était son identité et le temps qui passait menaçait cette identité. Elle voyait sa ravissante fille de seize dont les traits annonçaient des splendeurs futures. Sa fille devenait magnifique, tandis qu’elle déclinait jour après jour, luttant pour ne pas se muer en rivale d’une fille qui désormais retenait l’attention et captait les louanges qui autrefois lui revenaient de droit. L’époux qui l’escortait était épris de beauté, elle vivait dans la hantise du jour où il la trouverait moins attirante, puis vieille. Elle tira sur sa jupe, comme pour l’allonger alors qu’ils approchaient de l’entrée de la cathédrale et de l’évêque debout sur le pas de la porte. Il est indécent d’exposer ses cuisses à un saint homme se dit elle dans un sursaut de bonnes manières. Un avocat célèbre portait quant à lui à la poche de son smoking une pochette qu’il avait laissé pendre par souci de style. Il était d’autant plus grotesque qu’à son poignet brillait de mille feux une gourmette d’une taille à faire pâlir de jalousie un rappeur afro-américain. Quelques fautes de goût ça et là humanisaient cette assemblée compassée et si pénétrée de son élection.
(à suivre)





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