La justice de la mémoire

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Le Chambon sur Lignon : un village Juste.

Hier le président de la république Française a honoré les « justes » de France. Ceux dont la mémoire est célébrée et dont les noms sont cités en Israël, parce qu’ils ont pris le risque, à contre-courant de l’idéologie politique et sociale dominante, de voir l’humain derrière une étoile collée à un vêtement pour le stigmatiser et pour en faire un citoyen de seconde zone, pour faire disparaître son visage, l’unicité de son être derrière un signe globalisant d’appartenance à une communauté.
Le visage de l’homme disparaissait derrière la figure du juif. Que de terreurs, de frayeurs intimes dans ceux qui fuyaient la barbarie qui s’était déversée sur l’Europe trouvant sa source dans une Allemagne prisonnière du nazisme. Un régime terrible, haineux et haïssable dont les euphémisations coupables de ce début de 21ème siècle ne devraient être acceptées. Massacrer une population dont le crime est d’exister, en systématiser l’extinction dans un projet abominable appelé la solution finale… Ces choses se sont passées en Europe, il n’y a pas si longtemps. La bête immonde relève la tête de diverses manières, propageant sa haine contre le juif, le musulman, le noir, le blanc, l’asiate et que sais-je encore. La source est connue : la détestation de l’autre sur des critères intolérables. Elle relève la tête voulant couper les ponts de fraternité entre les êtres. Ca et là des femmes et des hommes sont agressés, voire pire sur des critères tels que mentionnés plus haut. Qui saurait dire à quel moment un filet, un ruisseau de haine est entré et s’est logé dans le cœur d’Adolph Hitler avant de grossir pour se déverser comme un torrent sur l’Europe causant des millions de morts et offrant un boulevard au détestable régime stalinien. Les visages détestables de ce qu’on ne voudrait plus voir, mais qu’on ne devrait pas oublier, enterrer. Se souvenir pour que l’histoire ne bégaie pas. Pas cette histoire là ! C’est notre responsabilité de ne pas laisser grossir en nous les ruisseaux de la haine.

Quand on porte sur sa peau une différence visible et qu’on croise ceux qui se sont laissé séduire par ces sirènes affreuses, des blessures intimes déchirent le cœur et parfois se pose sur les lèvres comme un bâillon qui étouffe les cris silencieux de l’âme. La couleur de la peau est un vêtement qu’on ne saurait ôter même si on avait la faiblesse de le vouloir.

Hier, le Président de la république Française a rendu hommage à ces justes, qui ont su voir l’homme, la femme, l’enfant derrière l’étoile. Il a honoré ceux qui ont vu le frère en humanité derrière celui dont on voulait ne faire qu’une bête traquée.
Comme lui je veux honorer ces hommes et ces femmes qui ont pris le risque d’affronter la Gestapo et le régime de Vichy et ont caché des familles, les sauvant d’une mort certaine. Honneur à ce village déclaré juste : Le Chambon sur Lignon. Honneur à eux dont j’ai entendu le témoignage. Ils livraient une parole (qui m’est chère et qui prend racine dans ce qui fonde ma vie) comme maxime de vie et qui était le sens et l’essence de leur combat : « aime ton prochain comme toi-même ». La dame qui témoignait disait que cette parole était le socle de leur action, de leur résistance. Quel merveilleux socle n’est-ce pas pour un combat d’amour, pour un entêtement à aimer, à aimer comme soi même, à offrir à l’autre l’amour et la protection qu’on souhaiterait trouver dans les temps de détresse, au péril de sa vie. Tous les héros ne sont pas célèbres n’est-ce pas ? Quel merveilleux exemple ! Quel souffle d’espérance en l’homme dans un temps durant lequel le pire de l’homme se manifestait. Le Chambon sur Lignon la plus belle image de la résistance à la déshumanisation proposée alors à une France vaincue par le vainqueur provisoire de la guerre.

Honneur à ces gens. Comme ils doivent être fiers les descendants de ce village dont les anciens, ces résistants de l’honneur parlent avec humilité de ce qui pour nous est héroïsme, et pour eux un acte naturel, en totale adéquation avec la foi qui fondait leurs vies. Révérence pour saluer la grandeur de leurs cœurs et la beauté de leurs âmes ouvertes à aimer l’autre, le différent, le persécuté, sans autre gain que le fait de payer une dette d’amour.
J’ose espérer que face à une situation de choix à la fois noble et dangereux, mon âme se révèlera noble et belle. J’ose espérer que le principe de l’amour habite en moi suffisamment pour me pousser à me transcender le cas échéant, mais je n’en sais rien. J’espère, oh Dieu je l’espère ! Devant les flots de haine qui se déversent sur les cinq continents j’espère que mon âme ne se laissera pas contaminer par cette laideur et qu’elle saura se tenir du côté de la justice, de la bonté, de l’amour, de la paix et de la vie.

Alors que les bassesses et les lâchetés typiques aux fins de règnes se dévoilent sans vergogne, j’en profite pour rendre hommage à un homme qu’il est de bon ton de moquer, dénigrer, rabaisser : monsieur Jacques Chirac, Président de la République de France. On peut penser ce qu’on veut de son bilan économique, social, politique, de son parcours pour accéder au pouvoir, des irrégularités qui le touchent de près ou de loin, je pense qu’il était nécessaire qu’un homme aux plus hautes fonctions de l’Etat ose reconnaître les failles de l’histoire de France à Vichy, dans la traite négrière, dans le rapport aux combattants Algériens pour la France. Merci à lui pour avoir oser être la voix de la France pour dire ces choses là. Il était juste que ce Président rende hommage à « ces milliers de françaises et français qui, sans s’interroger ont fait le choix du bien ». A mon humble avis, cette parole présidentielle pour amener la France à faire face à ce qu’il y a de peu honorable dans son passé est une pierre de fondation, si le travail de mémoire est fait, pour ouvrir à une France apaisée et réconciliée avec ses filles et fils de toutes origines.

Laissons parler Jean-Michel Thénard de Libération :
« Au dernier jour du bilan de Jacques Chirac, il restera à son actif d’avoir permis aux Français de regarder leur passé en face. Ce n’est pas rien. Le rôle d’un chef d’Etat n’est pas d’écrire l’Histoire, mais bien d’aider son peuple à l’assumer dans sa vérité. Premier président de la Ve République à reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans la déportation de 75 000 Juifs en 1995, son discours a tourné la page d’une mythologie gaulliste pernicieuse. Pour réconcilier résistants et collabos, mettre fin à la guerre civile intérieure et permettre au pays de retrouver son rang international, de Gaulle avait réussi à convaincre les Français de se vivre en vainqueurs quand, au fond de lui, il les voyait comme des veaux. Le mythe a pris corps qui, avec le temps, a fait oublier les lâchetés d’une période honteuse où la police française et l’administration de Vichy firent du zèle pour aider l’envahisseur nazi à déporter des Juifs. Il a fallu les travaux d’historiens américains pour que le voile commence à se déchirer. Pour avoir été nourris au culte du héros, perpétué par un Mitterrand compromis avec Vichy, les Français tombèrent de haut. La repentance alors a grandi et s’est imposée. Ajoutée aux hourvaris des déclinologues, elle a contribué ces dernières années à noircir la psyché d’une nation devenue craintive sous les coups de la mondialisation. Mais la repentance commence aujourd’hui à s’estomper pour laisser place à cette «lumière» que diffusent les Justes. 2 700 héros ordinaires qui ont sauvé des milliers de Juifs de la déportation. Au-delà d’eux, ce sont aussi quelques millions d’anonymes qui doivent être salués, ces Français qui permirent aux trois quarts de la communauté de l’Hexagone d’échapper à la mort. Il fallait bien un gaulliste pour remettre sur ses pieds une Histoire qui marchait sur la tête. Grâce à lui, la France a une vision plus juste de son passé, condition nécessaire pour recouvrer confiance en son avenir. Cela vaut service rendu à la nation. »

Même si le passage de ce président n’avait servi qu’à cela, pour moi ce serait déjà un destin. Un jour, au-delà des sarcasmes, la mémoire devrait lui rendre justice. Je ne fais pas de politique, j’admire ce courage d’aller à contre-courant de son propre camp pour crever des abcès et avancer. Pour crever des abcès et reconnaître des faits. Pour moi il y a une grandeur dans le fait de faire face à la vérité. Ca me touche autant que le fait qu’un jour, Willy Brandt ait osé tomber à genoux a Varsovie…

Hommage au courage de monsieur Chirac au-delà du reste. J’admire ces actions là et je le dis. Puisse l’histoire se souvenir que c’est sous sa présidence qu’une journée spéciale a été mise à part pour célébrer l’abolition de l’esclavage.
Merci à Jacques Chirac pour avoir osé reconnaître les parts d’ombre de l’histoire de France, merci à lui aussi d’en reconnaître comme hier en honorant les justes les parts de lumière de la France. La vérité de la France n’aurait pas été vraie sans ces deux facettes de son visage. Celui qu’on a vu hier fait espérer dans l’humanité. Merci à ces anonymes qui nous ont montré l’exemple.



9 commentaires

  1. binicaise 20 janvier

    Encore une fois , j’admire ton analyse et reconnais que le President sait dire les mots qu’il faut et reconnaitre les erreurs de notre
    Histoire.Depuis la fin de l’époque nazis nous n’avons jamais reconnu nos héros, simples citoyens comme ses Justes qui ont fait comme ils le disent un « acte naturel ».
    Tu as raison de te poser la question qu’est ce que je ferais moi, si….
    Je me suis demandée si j’avais été en age d’agir pendant cette période est ce que j’aurais été un héro ou un sa….
    Bonne soirée bises Jacqueline.

    Dernière publication sur Binicaise : Blog en pause pour une durée indéterminée.

  2. Nath_Christiane 20 janvier

    « Au dernier jour du bilan de Jacques Chirac, il restera à son actif d’avoir permis aux Français de regarder leur passé en face. Ce n’est pas rien. Le rôle d’un chef d’Etat n’est pas d’écrire l’Histoire, mais bien d’aider son peuple à l’assumer dans sa vérité. »

    Il est en effet induscutable que la bravoure de ces hommes et femmes soit enfin reconnue. Par contre, il semble toujours qu’en France certains épisodes du passé soient plus rapidement dit et prétendument assumé que d’autres. J’espère qu’un jour les algériens, les africains du sud du Sahara, les caraibeens pourront aussi en dire autant.

  3. Malaïka 20 janvier

    Bonsoir Jacqueline,

    Merci d’avoir pris la peien de lire mon loooooooooooooooong texte. Merci pour ton commentaire. Gros bisous à toi et bonne soirée.

    Ma Nath !!!!!!!!!!
    Te revoilà enfin !!!!!!!!!!!!!!!!! Merci d’être là.
    « Par contre, il semble toujours qu’en France certains épisodes du passé soient plus rapidement dit et prétendument assumé que d’autres. J’espère qu’un jour les algériens, les africains du sud du Sahara, les caraibeens pourront aussi en dire autant. »

    Je comprends ce que tu dis, mais combien de temps a t-il fallu pour que la parole présidentielle dise ce qu’elle a dit ? Le président Français a ouvert une porte qui en ouvrira d’autre j’en suis sûre. L’histoire est en marche. Les choses se feront je suis sûre au fur et à mesure de l’assomption du passé. Dans cette génération, dana la suivante, mais les choses se feront. Elles se feront parce que c’est nécessaire, c’est un besoin. Elles se feront parce que l’histoire et la mémoire se construient, parce que les sources d’informations se décentralisent, parce que les enfants creuseront l’histoire… Les choses viendront, j’en suis sûre. Bisous à toi princesse.

  4. Nath_Christiane 20 janvier

    Eh Oui ! Je suis de retour sur ce joli blog.

    Et effectivement, les choses sont en marche mais il ne faut pas oublier que ce n’est que par le travail et la pression de certains groupes que l’on est parvenu à ces résultats. Toutefois, on peut remarquer que des évènements antérieurs aussi dramatiques et odieux n’aient pas encore une place dans les pages de cette memoire collective que nous essayons de construire…

  5. Malaïka 20 janvier

    Alors au travail. Au travail de la mémoire pour construire et pacifier les rapports à l’histoire et à la mémoire. Ceci passe par l’assomption de l’histoire avec ses parts d’ombre et non par la diabolisation implicite des descendants de ceux qui ont fait l’histoire. Il y a des moments où il est commode d’oublier, de ne pas se retourner parce que ce visage de l’histoire est trop laid pour qu’on le regarde. C’est un travail de longue haleine, s’il est fait avec méthode et pédagogie, les choses se feront j’en suis sûre. Ma sensibilité n’est pas dans l’affrontement mais dans la communication et la pédagogie. Je suis une incurable optimiste ou une naïve, peut-être mais je crois qu’en acceptant de faire tomber les murs entre les hommes et en construisant un pont pour vivre ensemble, nous n’aurons plus de part et d’autre peur d’affronter le passé pour construire un avenir plus lumineux. Nous n’avons pas le choix, nous allons vivre ensemble descendants des acteurs différents de l’histoire que nous portons, avec douleur pour certains, avec honte pour d’autres, avec une amnésie protectrice ou volontaire pour d’autres encore, etc. Mais nous sommes là, dans un même espace temps et nous devons vivre ensemble le présent. Nous allons devoir apprendre à nous retourner sur ce passé sans nous affronter avec violence. Et c’est pas gagné si l’on en croit l’humeur du temps. Bises la sis’

  6. envolée sauvage 21 janvier

    tant que les hommes se jalouseront, se feront la guerre, s’envieront de nations en nations, il n’y aura ni paix ni joie !! à nous d’éduquer nos enfants dans l’amour du prochain pour que tout cela cesse enfin !!!!
    le racisme, le génocide, la haine sont hélàs de ce monde car l’homme n’a pas compris que les yeux doivent servir à autre chose que de regarder nos différences !! ahhhhh si tous les gens avaient pu naitre aveugles !! il serait bien différent ce monde !!! tu ne crois pas ?
    gros bisous ma chère Malaïka

  7. Fabrice 21 janvier

    Quel beau texte Malaïka. J’aime ton action, j’aime tes prises de position. J’aime ta reconnaissance. Mon Dieu, quelle noble fille tu es. Tes parents peuvent être fiers de toi. Tu es merveilleuse Malaïka.
    Bisous pour toi

  8. Malaïka 21 janvier

    « tant que les hommes se jalouseront, se feront la guerre, s’envieront de nations en nations, il n’y aura ni paix ni joie !! à nous d’éduquer nos enfants dans l’amour du prochain pour que tout cela cesse enfin !!!! »
    Oui ma chère Envolée nous avons, en tant qu’adultes à transmettre autre chose à la jeune génération. Leur transmettre l’amour, et au-delà des mots vivre cet amour sous leur regard, pour qu’ils puissent regarder l’autre avec bienveillance. Aimer son prochain c’est une fondation de vie qui m’est chère.
    « le racisme, le génocide, la haine sont hélàs de ce monde car l’homme n’a pas compris que les yeux doivent servir à autre chose que de regarder nos différences !! ahhhhh si tous les gens avaient pu naitre aveugles !! il serait bien différent ce monde !!! tu ne crois pas ? »
    Je suis heureuse de pouvoir voir les merveilles de la création. Mais c’est vrai que nos yeux peuvent nous voiler l’essentiel des êtres si nous les regardons par le prisme d’une différence qui voile ce qui rapproche les êtres : l’état d’humanité. Je t’embrasse et merci pour ta contribution.

    Cher Fabrice
    Que dire suite à ton message ? Je suis très touchée et en même temps heureuse que tu aies saisi l’essence de mon texte.
    Merci de tout coeur et je t’embrasse.

  9. tchitchi 23 septembre

    Bien que j’aie du mal avaler la fameuse phrase de Chirac sur les « odeurs des noirs », je suis globalement d’accord avec toi…C’était une belle leçon d’humanisme que la décoration de ce petit village. Il est clair qu’il a fait de son mieux pour rassembler.
    Nous le regrettons de plus en plus…
    Son successeur est un redoutable adversaire contre le bon sens…Il confond agitation publique et action publique!!!

    Tchitchi.

    La phrase sur le bruit et l’odeur est indigeste et je ne pourrai jamais la digérer cela d’autant qu’elle participait de ce cynisme politique qui voulait rameuter les voix de droite. Cette indigestion ne m’empêche pas de saluer la noblesse de certaines prises de positions en tant que chef d’État que ses prédécesseurs n’avaient pas eu le courage de prendre. Le successeur aux antipodes de cela, dans un retour en arrogance a produit l’infect discours de Dakar.

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