silence …violence ?

Oh la la ça fait un long moment que je n’ai rien posté. C’est incroyable comment le temps passe vite et comment il est facile de se laisser déborder par le quotidien. De vous à moi, je n’ai pas envie d’écrire juste pour ne pas laisser un temps mort, comme pour meubler le silence. La nature aurait horreur du vide. Les blogs seraient-ils fondus dans le même moule ? Même si c’était le cas, il faudrait faire avec mon rythme. Non mais !!!
Bon après cet intermède « je me rebelle contre la dictature éventuelle du monde des bloggers » j’ai deux trois petites choses à partager.
Ces derniers temps au détour d’un changement d’univers professionnel j’ai été amenée à être en contact avec des personnes qui ont d’énormes difficultés à s’exprimer en français ou dans un français comprehensible et qui essaient de trouver du travail. Je dois être trop sensible mais ça m’émeut. Aïe, l’émotion ne fait pas partie des termes du contrat. Je vois des personnes pleines de bonne volonté qui essaient de transmettre par des mots maladroits et /ou inappropriés leurs désirs, leurs attentes, leurs expériences, leurs frustrations. Disqualifiés par l’incapacité à instrumentaliser la langue  pour communiquer. Je mesure leur solitude et les prisons dans lesquelles ces personnes se trouvent enfermées. Je ne prétends pas ici faire une réflexion sociologique sur la fonction du langage mais je prends conscience de manière empirique de l’enfermement de l’incapacité à communiquer. Il y a quelques temps, j’ai entendu un débat à la radio et l’un des intervenants, si mes souvenirs sont exacts était un juge aux affaire familiales ou un éducateur. Ce n’est pas la même chose, mais ma mémoire a des périodes durant lesquelles elle déclare son indépendance et ne me restitue que ce qu’elle veut. Elle a bon dos la mémoire n’est-ce pas ? Bref ce monsieur racontait ses entretiens avec des adolescents qui avaient d’énormes difficultés à s’exprimer en français. Ce qui m’a interpelée c’est qu’il a dit que quand les mots leur manquaient pour exprimer ce qu’ils ressentaient ils frappaient, ils cédaient à la violence. L’incapacité à s’exprimer, à comprendre l’autre et à se faire comprendre de lui érige des murs intérieurs et extérieurs. Dans certains des regards croisés cette semaine j’ai cru lire de la résignation, de la solitude. Comment sortir un adulte de quarante ou cinquante ans de cette prison implacable ?

Ceci m’amène à penser à la jeunesse, la « génération sms » qui va à l’essentiel et qui, à force de ne pas utiliser la langue avec ses règles grammaticales et ses subtilités, s’enferme dans des prisons de mots mal utilisés. Dans quelques années cette lueur de résignation, cette violence, cette solitude seront t-elles dans leurs yeux aussi ? Lors du débat radiophonique dont je parlais plus haut, une enseignante en collège et lycée disait que ses élèves et elle ne parlaient plus la même langue, ils ne se comprennaient plus. Elle envisageait d’apprendre « leur langage » pour communiquer avec eux ! Que faire ?  Aller vers l’exclu et prendre le risque de renforcer son exclusion ? Ou alors ne pas aller vers lui et prendre le risque de le laisser dans son exclusion ? C’est quasiment cornélien non ? Quelles préconisations pour ne pas augmenter le nombre d’exclus à cause du langage ? Je n’en ai pas. Mais j voudrais trouver un moyen de convaincre les jeunes qu’à ne pas prendre la peine d’apprendre à comuniquer dans la langue officielle de leur pays ils se préparent des lendemains qui déchantent. Ils se préparent à des silences forcés pour ne pas savoir se servir de mots pour dire. Il est des chantiers plus interessants que les querelles de personnes dans le monde politique parce que, qu’on le veuille ou non, qu’on en prenne conscience ou pas, cette « génération sms » fera partie des adultes demain. Quel avenir pour eux s’ils ne laissent pas s’ouvrir et si on ne les aide pas à ouvrir les portes de prison ?



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