Titiller le pire pour « fabriquer » un évenement

Depuis quelques semaines, les médias s’entretiennent avec fébrilité de « l’anniversaire » des émeutes de l’année dernière.  j’entends ça et là prétendre qu’on craint un nouvel embrasement. Jour J moins… Alors Paris brûle t-il ?  Je suis assez consternée parce que la quête latente du sensationnel semble dépasser la retenue et le bon sens. Titiller le pire pour avoir de la matière éditoriale ? Je m’interroge…

Y aura t-il une déclaration intempestive de quelque responsable politique pour être l’étincelle qui embraserait les banlieues ? Il y a certes des tensions et des frustrations dans les banlieuses dites difficiles. mais a t-on besoin de leur demander de manière détournée de se manifester par la violence ? Je me questionne. Quand j’entends certains journalistes débattre de cet « anniversaire » je ressens comme un malaise parce que j’ai l’impression qu’il y en a qui espèrent que quelque chose va se passer. Tout ceci met mal à l’aise non ? Pourquoi ai-je l’impression que nous sommes dans une période dans laquelle on va chercher le pire dans l’homme. On titille la violence chez le jeune asocial ou désocialisé. On va chercher le rejet de celui qui est différent chez l’homme. L’autre devient dangereux pour soi, celui qui vient nous voler et nous perdre. L’image du plombier polonais qui a jalonné le débat sur la constitution européenne a consacré la xénophobie, la peur de l’étranger, bien qu’étant européen, comme socle, comme programme politique. Aïe ! On débat sur l’adhésion éventuelle de la Turquie à l’union Européenne et le débat légitime connait des glissades surprenantes. L’homme n’est plus encouragé à penser, à réfléchir, il est encouragé à ressentir : « je ressens donc je suis ». Descartes est battu le règne de l’émotion est en marche. La peur devient l’arme qu’on utilise pour construire son terreau politique quitte à déconstruire le lien social. La peur est  manipulée, instrumentalisée et  cause des dégâts relationnels parfois irreversibles. On titille le pire dans l’homme pour exister politiquement, peu importe si on se dédit. Titiller le pire dans l’autre pour qu’il lise les questions sociétales au travers du prisme de la méfiance, de la peur, du mépris, de la haine de l’autre. On ne donne plus à l’autre de la matière à réflexion, mais on le bombarde d’images, de sons, de bruits qui annihilent sa réflexion et sans s’en rendre compte il reproduit le discours qu’on lui a donné en prenant soin de lui faire croire que celui-ci est le fruit de sa réflexion. Titiller le pire chez l’homme conduit immanquablement à des catastrophes et ce qui se passe m’inquiète. Les sondages d’opinion d’une population à qui l’on fait croire que le résultat du sondage est son opinion construisant par ce biais le mythe sur ces hommes et femme politiques qui sont proches du peuple. Cette proximité supposée ouvre la porte à des propositions qui titillent le pire chez l’homme. La gouvernance par l’émotion a commencé nous voilà entrés dans une ère inquiétante celle de l’émotion et de son corollaire la communication. Espérons que le bon sens trouvrera son chemin et que certaines personnalités auront le courage de braver une impopularité passagère ou durable pour recadrer les choses. Espérons que le monde médiatico politique saura se montrer responsable.



2 commentaires

  1. Matha Dayas-Eyoum 27 octobre

    Je crois que là malheuresement,il ne s’agit même plus de titiller le pire,car titiller est un acte qui est agréable à la base!Non ici il s’agit d’inciter le pire chez certains,de le raviver chez d’autres.Bref de le rendre omniprésent quitte à le créer.Et le monde médiatico politique,ne cesse à coup d’images et de messages plus ou moins subliminaux de vouloir diriger les populations vers la haine…Alors le chemin vers le bon sens,pour le moment on en est bien loin.Non concentrons nous à célébrer le 1er anniversaire des émeutes …Doit on comprendre aussi que les bus qui flambent symbolisent les bougies de cet anniversaire!!!Franchement c’est révoltant.Mais bon ,à mon petit niveau je veux garder espoir et c’est pour cela que localement déjà je vais là où je peux me faire entendre débattre et chercher des solutions afin d’agir,c’est déjà ça.Mais je t’assure que l’on entend et voit de ces choses et le pire c’est que ça parait!Enfin sis,je crois qu’il ne faut pas baisser les bras et que nous devons nous prendre en main,ne serait-ce que localement déjà,comme je l’ai dit tantôt.Oui car c’est surtoutl’avenir de nos enfants que nous construisons,que nous voulons préserver…
    Bizzzzzzzzzz Chantal

  2. Malaïka 28 octobre

    C’est exactement le sentiment que m’ont ces deux dernières semaines (voire trois). Je ressentais comme un malaise mêlé de révolte parce qu’il y a comme une manipulatiion dans un certain traitement de l’actualité. C’est d’un cynisme !!!

Laisser un commentaire

Couissiz |
Ker Gwen |
Le Blog de Coco |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Entrez dans mon univer de m...
| Réalité ou rêve ?
| formation-continue-à-l'ubo