Laisser passer ma voix

Dans moins d’un an, la France élira le chef de l’exécutif, le président de la république. C’est l’effervescence et j’entends dire ça et là qu’on est entré en campagne. Les rôles se confondent aux sommets de l’Etat. Faire le tour des « vérités » dites de part de d’autre de l’échiquier politique avec des corrections à la marge plus ou moins grossières selon les sujets pourrait prêter à sourire si leurs conséquences sur le quotidien des êtres, aux prises avec la réalité de la vie n’en était affecté, dressant les hommes les uns contre les autres, érigeant ou consolidant des murs entre les humains. Le soupçon est entré, le ver est dans le fruit. Les lectures des relations se font par le prisme de la différence. Si l’autre dans le bus m’a bousculée, ce n’est pas parce qu’il est distrait, de mauvaise humeur, névrosé peut-être. Mais non bien sûr ! C’est bien évidemment parce que je suis noire, et lui blanc, parce que je suis blanche et lui noir , je suis maghrébine et lui autre etc. C’est dramatique d’en arriver là n’est-ce pas ? Avons-nous conscience que cette vision de la société est aux portes ? Une vision qui veut opposer les êtres sur le critère de la différence, chaque race se créant un prêt à penser idéologique qui définit l’autre comme un ennemi, quelques fois ancestral avec lequel la relation au mieux doit être fondée sur la méfiance, voire sur la haine. Un prêt à penser idéologique véhiculé par des extrémistes de tous bords qui ont intérêt à bâtir des murs entre les humains. Les paranoïas tapies au fond de nos êtres se nourrissent de ces lectures faussées des rapports humains et l’on se soupçonne, on projette sur l’autre ses peurs et ses névroses, on ne prend pas le temps de réfléchir, on réagit, on n’est plus que réaction. On se retrouve uniquement agi par les mots ou les actes de l’autre.

Il n’y a pas longtemps, dans un supermarché une dame a osé me dire que j’avais été mal éduquée. Mal éduquée moi !?!! Cette femme ne connaissait pas mes parents donc ne parlait pas de moi. Forcément ! Sans m’en rendre compte l’écoute de ce qu’elle me disait a dépassé le cadre de la relation entre deux personnes. Je ne réagissais pas aux propos d’une femme désagréable, l’écoute était biaisée. Je m’étais fait avoir, j’étais dans la réaction et je faisais à l’autre ce que d’autres me font. Bon de vous à moi elle était odieuse mais ce n’est pas une raison n’est-ce pas ? Il se trouve que le flot des émotions au fond de moi étaient amplifié par la mémoire de paroles humiliantes, globalisantes et blessantes relayées par les médias m’avaient affectée bien au-delà de ce que j’imaginais. La prise de conscience de ce danger, et le refus de me laisser changer de l’intérieur par tout ce qui se passe autour me conduit à un choix : me poser et réfléchir.
J’écris parce que je refuse d’être juste une personne qui réagit et qui n’est qu’émotion. J’écris parce que écrire c’est parler, et parler c’est se séparer. Se séparer de la colère, se séparer de la douleur, se séparer de l’humiliation, se séparer de la bétise.
J’écris pour prendre de la distance et pour comprendre. Comprendre comment et pourquoi insensiblement j’ai changé, et pourquoi comme beaucoup, si je ne veille pas je suis en danger de me réfugier dans des espaces micro identitaires pour me défaire des vêtements offerts sur le marché du prêt à porter identitaire. Cette réduction venue de l’extérieur ou ce repli qui viendrait de l’intérieur de moi je les refuse. Je suis un être global et complet. Un être dont la pensée se refuse à être bridée et monocentrée par des considérations nées de la race. Dans le contexte actuel je tiens « mon journal » pour réfléchir, livrer mon ressenti et aller de l’avant sans laisser des cloisons me séparer de moi.

Quelqu’un entendra t-il derrière ma différence une voix qui appelle à la responsabilité ? Quelqu’un entendra t-il derrière la modestie de ma plume les dangers qu’il y à la stigmatisation ? A utiliser le verbe pour semer le soupçon quelqu’un en anticipera t-il les dégâts pour la paix sociale ? Je n’ai pas de solution, ni de préconisations, juste un filet de voix au milieu des cris. Je laisse juste entendre une voix, la voix d’une sans voix, dont l’avis ne compte pas dans les enjeux de ce temps. Parce que ceux qui comptent, dans leur conquête d’un pouvoir politico médiatique ouvrent des brèches, notamment par des petites phrases dont les conséquences peuvent mettre en danger ceux qui comme moi ne comptent pas. Quelle importance si nous sommes blessés ou brisés ?

Pour ne pas être détruite par les maux causés par les mots des autres. Pour ne pas répondre à l’exclusion par une exclusion de l’autre en retour. Pour exister quand l’humeur du moment tend à la négation de l’autre dans son être profond, j’écris. J’écris pour témoigner de ce que quelqu’un comme moi ressent et vit dans un temps comme celui-ci. J’écris aussi peut être, pour demeurer moi, au coeur du changement. C’est le journal d’une femme qui n’est pas d’ici. Ecrire me permet de mettre sur papier mes impressions, mes frustrations, mes bonnes surprises aussi durant cette période de pré-campagne puis de campagne électorale. Ecrire me donne aussi l’opportunité de jeter un pont entre moi et ceux qui n’ont ni mon vécu, ni mon histoire, et de leur donner la possibilité de s’ouvrir à une autre perception.

Etrangère en France et sans impact dans le débat, je voudrais livrer, en toute simplicité le vécu de quelqu’un venu d’ailleurs et pourtant d’ici. Il ne s’agit pas d’un regard politisé, mais d’un regard d’une personne de son temps qui vit en France et qui est concernée par le pays dans lequel elle vit. Je voudrais simplement laisser passer ma voix…



1 commentaire

  1. COEURDENFANT 15 avril

    merveilleuse journée a toi….
    et un gros merci pour ton petit mot…
    http://coeurdenfant.skynetblogs.be

    coeurdenfant

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