Anita Baker chante « no one in the world »: un coup de foudre musical qui dure

C’est pas croyable elle a l’air d’avoir tout pour elle cette dame. Elle chante admirablement et est magnifique. Et elle a le privilège de ne pas faire la une des journaux à scandale en nous abreuvant de détails plus ou moins sordides de sa vie privée. Est-il possible que ça me la rende plus sympathique ?

Anita Baker est l’un de mes coups de foudre de l’année 1986. Oui ça ne nous rajeunit pas. Je vais prendre un coup de vieux de plus en vous disant que j’ai acheté le vinyle. Le quoi ???!!?? C’est quoi un vinyle ?

Ce chant est extrait de cet album appelé « Rapture ». 20 ans après (pas possible 20 ans déjà oh la la) je trouve qu’elle est une incroyable chanteuse et ses chansons ont résisté à l’épreuve du temps. Pour moi tout au moins. Je vous laisse découvrir Anita Baker.

http://www.dailymotion.com/video/5gAtGbO33Zbqh6zd0



Dance with my father

J’ai envie departager un coup de coeur musical qui dure. Coup de foudre pour la voix de Luther Vandross qui a eu l’extrême mauvaise idée de mourir et de me laisser orpheline de sa voix et de ses mélodies qui ont bercé mon coeur de midinette et même d’adulte (j’assume publiquement les tares et attardements adolescents). Parmi de nombreux chants celui ci me touche particulièrement parce qu’il parle de la perte d’un père et de l’absence. Il raconte pudiquement le vide laissé par son père dans sa vie et dans celle de sa maman. Vide qui se raconte dans l’impossibilité qu’ils ont l’un et l’autre de danser à nouveau avec celui qu’ils ont perdu. Ca me bouleverse pour avoir été, comme beaucoup amputée d’êtres que j’aimais, arrachés à mon affection par la mort, parfois brutale. Pour ceux qui ne connaissent pas Vandross, je vous propose de le découvrir. C’est beau. Au fait pour voir la vidéo si elle n’apparaît pas, cliquer sur le petit logo dans le cadre qui apparaît sous le texte. Sinon cliquez sur le l’icone qui représente play et…régalez-vous !

Image de prévisualisation YouTube

 DANCE WITH MY FATHER

Back when I was a child, before life removed all the innocence
My father would lift me high and dance with my mother and me and then
Spin me around ‘til I fell asleep
Then up the stairs he would carry me
And I knew for sure I was loved
If I could get another chance, another walk, another dance with him
I’d play a song that would never, ever end
How I’d love, love, love
To dance with my father again
When I and my mother would disagree
To get my way, I would run from her to him
He’d make me laugh just to comfort me
Then finally make me do just what my mama said
Later that night when I was asleep
He left a dollar under my sheet
Never dreamed that he would be gone from me
If I could steal one final glance, one final step, one final dance with him
I’d play a song that would never, ever end
‘Cause I’d love, love, love
To dance with my father again
Sometimes I’d listen outside her door
And I’d hear how my mother cried for him
I pray for her even more than me
I pray for her even more than me
I know I’m praying for much too much
But could you send back the only man she loved
I know you don’t do it usually
But dear Lord she’s dying
To dance with my father again
Every night I fall asleep and this is all I ever dream

 

                                                

 

UNE DANSE AVEC MON PERE

Quand j’étais enfant, bien avant que la vie ne me vole toute mon innocence

Mon père me soulevait tout haut et dansait avec moi et ma mère, et…

Il s’occupait et veillait sur moi jusqu’à ce que je m’endorme

J’avais alors la certitude qu’il m’aimait

Si je pouvais avoir une autre chance, une autre marche, une autre danse avec lui

J’écrirais une chanson infinie

Ô combien j’adorerais, j’adorerais, j’adorerais

.

Danser avec mon père de nouveau

Quand moi et ma mère nous chamâillions,

Pour avoir gain de cause, je m’éloignais d’elle et me précipitais vers lui

Il me faisait rire, uniquement pour me consoler

Et me faisait ensuite faire exactement ce que maman m’avait dit de faire

L’autre nuit pendant que je dormais

Il a glissé un billet sous ma couverture

Je n’avais jamais imaginé qu’il me quitterait

Si je pouvais avoir un dernier adieu, une dernière ballade, une dernière danse avec lui

J’écrirais une chanson infinie

Car j’adorerais, j’adorerais, adorerais

Danser avec mon père de nouveau

Parfois, je tendais l’oreille derrière la porte de maman

Et j’entendais comment elle pleurait papa

Je prie encore plus pour elle que pour moi-même

Je prie encore plus pour elle que pour moi-même

Je sais que je prie toujours pour mille et une choses

Mais pourrais-tu ramener le seul homme qu’elle a aimé ?

Je sais que tu n’as pas l’habitude de faire ce genre de chose

Mais Seigneur, elle souffre énormément

Elle voudrait danser avec papa de nouveau

Chaque soir, je m’endors et ne rêve qu’à cela…

Traduction trouvée sur le site de la coccinelle

http://www.lacoccinelle.net/traduction-chanson-2617-.html



Fait divers, un fait d’hiver

Il était allongé tous les soirs sur le sol d’un trottoir de Paris. Vivant mais invisible, repérable à l’odeur qui nous importunait. Mélange d’éthylisme et de manque de soins il était tout ce qu’on ne veut pas approcher, et qu’on ne veut pas voir derrière sa déchéance.

Il était difficile de lui donner un âge, mais au premier abord il avait entre 25 et 30 ans. A peine un an plus tard dix années au moins étaient venues marquer le visage juvénile. Un hiver dans la rue, au milieu de sans abris, à se battre pour survivre, à boire pour oublier. Pour oublier quoi ? Je ne le saurai jamais. Il ne me l’a pas dit, je ne lui ai pas demandé. A peine un an encore le jeune homme s’effaçait laissant passer les traits d’un homme mûr et marqué. Ca me fendait le cœur de le voir se dégrader, mais pas un mot bien sûr pour lui dire ma compassion. Deux mondes se croisent sans jamais se rencontrer, celui des sans abris et de ceux qui ne le sont pas. Chacun reste dans le sien et l’on reste séparé par un mur invisible.

Quand je rentrais chez moi, je passais devant lui, alors qu’avec d’autres il s’enivrait. Je n’aimais pas du tout les croiser dans la nuit.

La première fois qu’il m’a demandé de l’argent je lui en ai donné plus par peur que par compassion. Je n’avais pas envie, que l’alcool aidant il se mettent à m’insulter ses compagnons et lui. Fantasme paranoïaque construit bien à l’abri derrière le mur de verre qui n’attend de « ces gens » qu’irrationnel et violence. Je me souviens encore de ce qui m’a surpris, la douceur de la voix, qui m’a remercié. A mon étonnement cet homme dans la misère m’a dit « Dieu vous bénisse ». Sans que je ne m’en rende compte, les fondations du mur de verre ont commencé à être ébranlées.

Depuis ce moment là, quand je passais le soir il me disait « bonsoir » avec aménité. Parfois je m’arrêtais et lui donnais une pièce, parfois je passais juste, il me disait bonsoir. Je n’avais presque plus peur de croiser le soir, cet homme et ses compagnons.

Il était très étrange cet homme dans ma rue, il avait les cheveux longs blonds ou peut être châtains retenus en queue de cheval. Il avait sur les traits la douceur d’un visage de femme.

Quand l’hiver à nouveau a remplacé l’automne, le voir sur le trottoir avec ses compagnons, me faisait de la peine. Un soir ils ont allumé un feu de fortune. Une voiture de police les a ramenés à l’ordre. Il a fait tellement froid l’hiver de cette année, que je tremblais souvent sous mon manteau de laine. Quand je les regardais, couchés sur leurs cartons, j’avais comme un pincement de cœur et j’espérais qu’ils passeraient l’hiver. Je n’ai pourtant pas osé, lui proposer une couverture ou encore une veste pour affronter les grands froids de l’hiver. A cause du mur de verre qui séparait nos deux mondes ?  Surtout ne pas sortir de ma zone de confort. Franchir le mur de verre pouvait être risqué et induire malgré moi, une familiarité que j’anticipais dangereuse. Egoïsme, égocentrisme, indifférence, peur ou lâcheté ? Le fait est que je n’ai pas franchi le mur de verre. S’il n’avait pas été dans la rue que j’habite, j’aurais pris je crois, le risque de donner puisqu’en retour je n’aurais pas couru le risque de le revoir. C’esi idiot je le crois, c’est un manque de courage, mais je pouvais ne pouvais risquer la familiarité.

Un matin en sortant, il y avait du monde, une voiture de police et un attroupement. Il était mort de froid, une nuit sur un trottoir de Paris. Un trottoir dans la rue où j’avais un abri. Pour les gens tout autour c’était un fait divers, pour la police aussi un simple fait d’hiver, un point de statistique. Pour moi c’était un homme, au visage singulier qui en moins de deux ans a vieilli de dix ans. Il me disait bonsoir quand je rentrais le soir. Il a été le premier à venir questionner un mur inconscient, le mur fait de verre. Les larmes ont coulé derrière le mur de verre. Je pleurais l’homme que peut-être personne ne pleurerait. Je pleurais sur la famille qui peut-être, ne saurait jamais. Je pleurais sur la personne derrière un mur de verre qui n’avait pas osé donner une couverture. En partant ce matin, les souvenirs reviennent et je me rappelle un sourire, de cet homme inconnu. J’emporte le regret de n’avoir pas pu dire à celui qu’on emporte, que derrière le sans abri, avait affleuré l’homme et qu’il m’avait touchée. Touchée par sa détresse et par la gentillesse qui transparaissaient malgré les vapeurs d’alcool et les bruits de l’ivresse.

Jamais je ne saurais qui était cet homme, mais je sais déjà que je ne serai plus la même. Une rencontre qui n’a pas eu lieu, aura touché mon cœur et bouleversé ma vie. En montant dans le bus pour aller travailler, je pleure un inconnu, un visage dans ma rue.

D’autres hivers s’annoncent parfois rudes parfois moins. D’autres hommes et femmes, déclassés de la société, rendus invisibles parce qu’heurtant nos consciences. Bannis de nos regards pour ne pas ébranler nos zones de conforts. Ces hommes et ces femmes sont bien existants. Individus totaux sous le nom de SDF. Ils attendent parfois au-delà de « l’aumône culpabilisée » juste un regard qui dit « je te vois tu existes ».

Je me souviens d’un soir au RER Nation deux femmes demandaient l’aumône, à quelques mètres l’une de l’autre. J’en ai passé une et suis allée vers l’autre. La seconde a crié pour dire qu’elle existait et ça a marqué mon cœur. Je suis revenue sur mes pas et je savais alors que me contenter de lui donner une pièce ne serait pas suffisant. Je me suis accroupie et lui ai parlé un peu. Je lui ai demandé pardon de l’avoir blessée. Je lui ai parlé de Celui qui a changé ma vie et sous le regard duquel elle existe toujours. Je lui ai pris la main avant de la quitter. Elle m’a autorisée à prier avec elle. Au moment de partir en me relevant, j’ai vu dans son regard une lueur spécifique. Nous étions deux personnes de deux mondes différents qui avaient dépassé les limites du mur de verre. Nous avions partagé un temps inoubliable, temps de fraternité en humanité. Elle a vu qu’à mes yeux au moins pour un instant, elle était une personne et pas une « SDF » comme on dit.

Je ne sais pas ce qu’elle est devenue. J’espère que cette rencontre peut être anecdotique, lui aura apporté une lueur d’espérance.



Ils étaient dans le parc en face de chez moi

parc en face de chez moi.jpgIl y a quelques mois, en sortant de chez moi, j’ai eu le choc de voir la rue envahie par une dizaine de cars de police. Les accès à ma rue étaient interdits aux véhicules et j’ai dû passer sous le cordon de sécurité pour aller travailler. La machine à cogiter qui est sous ma boîte cranienne s’est mise à fumer. Terrorisme ? Braquage pas loin ? J’imaginais le pire et je n’en menais pas large. C’est étrange comment les forces de l’ordre quand elles sont en grand nombre sont anxiogènes. En effet, leur présence en masse, loin de nous rassurer nous dit qu’il se passe une chose suffisamment inhabituel ou dangereux pour avoir nécessité une telle mobilisation. Bref  ça cogitais un maximum !!!

Le soir en rentrant ils étaient toujours là, et la police était carrément devant mon immeuble ! Oubliant les réserves suscitées par les rumeurs de xénophobie prêtées à certains membres de la police, et bien que n’en menant pas large, je me suis approchée d’un agent de police pour lui demander les raisons de la présence de leur présence dans ma rue depuis plus de 9 heures ! L’agent de police m’a répondu avec courtoisie qu’un squat du voisinage avait été fermé et que je n’aurais plus à m’inquiéter.

Pendant quelques semaines le parc en face de chez moi a abrité (si l’on peut dire)  sous des tentes des familles entières dans des conditions pas évidentes vu de ma lorgnette.  Difficile de se mettre à leur place tant qu’on a pas vécu ce qu’ils vivent. Je n’ai pas réalisé le moment où ces familles sont parties de là. C’est terrible de s’habituer à l’inhabituel au point rendre invisible à soi la détresse de l’autre. C’est aujourd’hui que je réalise que je n’ai pas su quand ils sont partis, ni dans quelles conditions.  Mais en rentrant ce soir, j’ai vu des enfants jouer normalement dans ce parc,  sous le regard attentif de leurs parents. La vie a repris son cours et le quartier ses habitudes. les enfants profitent de cet espace dédié à leur détente. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de me demander ce que sont devenus ceux qui des mois auparavant avaient trouvé en ce parc un abri de fortune.

La vie continue… Que deviennent les vivants ?



Etre enfermés dehors ?

C’est étrange comment un mot, une réflexion peuvent entrainer des questionnement et des réflexions qui vont au delà du mot en question.

Il y a un film que je n’ai pas vu. Un film réalisé par Albert Dupontel qui est sorti dans les salles au mois d’avril de cette année. Les images montrées à la télévision quand l’acteur/réalisateur et son actrice principale (dont je n’ai pas retenu le nom) en faisaient la promotion laissaient supposer un univers assez déjanté. Pourquoi je parle d’un film que je n’ai pas vu ? Parce que le titre du dit film m’interpelle : « enfermés dehors ». C’est étrange comme concept. Etre dehors et être enfermé. Dans cette expression il y a une contradiction implicite. Un absurde intrinsèque à la situation. Si je me souviens bien de ce qu’on disait du film au moment de sa sortie, il est question d’un SDF qui se fait passer pour un policier  après avoir trouvé un uniforme et se transforme en justicier maladroit qui se porte au secours d’une femme désespérée.
Je n’ai pas vu le film, ma réflexion et mon imagination ne sont par conséquent pas bridées par l’histoire ou les images. Et d’ailleurs le film n’est pas le propos, mais juste le prétexte ou le catalyseur d’une réflexion.
 
Je reviens sur l’expression « enfermés dehors ». Comment peut-on être enfermé dehors ? Je ne sais pas pour vous mais le concept d’enfermement m’évoque plutôt une idée de cloisonnement, d’incapacité à sortir d’un lieu clos et fermé. Ce titre de film me revient aujourd’hui et me fait réfléchir à la question de l’enfermement.
 
Enfermé dehors. Cela suggérerait le fait d’être à l’extérieur et de ne pas pouvoir entrer dans un intérieur auquel on aspire. Ca me fait penser à une réflexion que m’a faite une amie très proche qui est française de Guadeloupe. Elle m’a dit une chose qui m’a marquée. « Ce n’est pas que je n’aime pas la France, mais j’ai l’impression qu’elle et moi nous avons de moins en moin de choses à nous dire »
Pour moi c’est un constat terrible et amer. Un constat d’échec. Un échec à être de l’endroit d’où l’on est sensé être. Cette phrase laisse transparaître sinon un désamour, tout au moins une indifférence qui s’installe. Je m’interroge sur cette indifférence. Elle semble être une réponse à la violence de l’indifférence d’une nation vis-à-vis de soi. C’est une indifférence réactionnelle, une indifférence de protection. Le détachement est ici une arme défensive contre le sentiment de rejet ressenti de la part de son pays. C’est terrible d’être d’un endroit et de se sentir citoyen de seconde zone, citoyen d’ailleurs, citoyen déclassé. Quand je réfléchis à cette situation, je me dis qu’il est infiniment plus douloureux d’être rejeté par son pays que de l’être par un pays dans lequel on est immigré (ce qui soit dit en passant est sismique quelquefois). Enfermé dehors. Hors de la communauté nationale d’élection. Tel est le sentiment de nombreux français d’outre-mer. Pourquoi ? Je n’ai pas la réponse mais pour avoir parlé avec plusieurs ami(e)s originaires des Antilles, je sais que ce sentiment est latent dans plusieurs d’entre-eux, comme une douleur, un cri intérieur, un besoin de reconnaissance peut-être. Certains de ces ami(e)s semblent se replier sur une identité culturelle, sur une identité ethnique pour ne pas se sentir reconnus dans la nation comme ils aimeraient ou devraient l’être.
Enfermés dehors, hors de la reconnaissance qui ferait d’eux des français à part entière. Enfermés dehors quand ils entendent parler d’un délinquant dont on souligne l’origine antillaise alors qu’on ne le fait pas pour le breton, le cévenol ou le picard. Enfermés dehors, dans une différence qui devient exclusive. Enfermés dehors quand un tapage médiatique incroyable est fait parce qu’en 2006 un journaliste antillais est nommé présentateur du Journal d’été de la première chaine française et qu’on souligne davantage sa couleur de peau que ses qualités professionnelles (qui par ailleurs sont grandes). Enfermés dehors quand on se sent cloisonné dans une définition « carte postale » de son identité soulignant son exotisme, sa bonne humeur, sa musique rythmée et que sais-je encore, plutôt que d’être connu et reconnu dans la totalité et la complexité de son être.
Il y a bien des portes à ouvrir pour que la nation française laisse ses citoyens sortir des préjugés qui donnent à certains de ses enfants le sentiment d’être en dehors de la pleine citoyenneté. Quand j’entends les constats amers et désabusés de mes amis des Antilles je me dis qu’il y a urgence à laisser entrer ces français dans tout ce que contient l’être français.
Est-il besoin de souligner que les français issus de l’immigration dont la carnation souligne l’origine étrangère sont en butte à cet enfermement ? Il y a des portes à ouvrir dans la nation et il semble que l’ouverture de ces portes passe par l’assomption par la France de son histoire pour mieux construire le présent. Il ne s’agit pas de faire l’apologie de la culpabilité, ni d’être dans le déni, mais entre ses deux postures, il y en a une qui me semble constructive : celle de la responsabilité. La responsabilité face à son histoire passée et la responsabilité de construire son histoire présente pour que ceux qui sont d’ici, pour qu’eux au moins n’aient plus le sentiment d’être enfermés dehors.

Paris le 26 septembre 2006



Laisser passer ma voix

Dans moins d’un an, la France élira le chef de l’exécutif, le président de la république. C’est l’effervescence et j’entends dire ça et là qu’on est entré en campagne. Les rôles se confondent aux sommets de l’Etat. Faire le tour des « vérités » dites de part de d’autre de l’échiquier politique avec des corrections à la marge plus ou moins grossières selon les sujets pourrait prêter à sourire si leurs conséquences sur le quotidien des êtres, aux prises avec la réalité de la vie n’en était affecté, dressant les hommes les uns contre les autres, érigeant ou consolidant des murs entre les humains. Le soupçon est entré, le ver est dans le fruit. Les lectures des relations se font par le prisme de la différence. Si l’autre dans le bus m’a bousculée, ce n’est pas parce qu’il est distrait, de mauvaise humeur, névrosé peut-être. Mais non bien sûr ! C’est bien évidemment parce que je suis noire, et lui blanc, parce que je suis blanche et lui noir , je suis maghrébine et lui autre etc. C’est dramatique d’en arriver là n’est-ce pas ? Avons-nous conscience que cette vision de la société est aux portes ? Une vision qui veut opposer les êtres sur le critère de la différence, chaque race se créant un prêt à penser idéologique qui définit l’autre comme un ennemi, quelques fois ancestral avec lequel la relation au mieux doit être fondée sur la méfiance, voire sur la haine. Un prêt à penser idéologique véhiculé par des extrémistes de tous bords qui ont intérêt à bâtir des murs entre les humains. Les paranoïas tapies au fond de nos êtres se nourrissent de ces lectures faussées des rapports humains et l’on se soupçonne, on projette sur l’autre ses peurs et ses névroses, on ne prend pas le temps de réfléchir, on réagit, on n’est plus que réaction. On se retrouve uniquement agi par les mots ou les actes de l’autre.

Il n’y a pas longtemps, dans un supermarché une dame a osé me dire que j’avais été mal éduquée. Mal éduquée moi !?!! Cette femme ne connaissait pas mes parents donc ne parlait pas de moi. Forcément ! Sans m’en rendre compte l’écoute de ce qu’elle me disait a dépassé le cadre de la relation entre deux personnes. Je ne réagissais pas aux propos d’une femme désagréable, l’écoute était biaisée. Je m’étais fait avoir, j’étais dans la réaction et je faisais à l’autre ce que d’autres me font. Bon de vous à moi elle était odieuse mais ce n’est pas une raison n’est-ce pas ? Il se trouve que le flot des émotions au fond de moi étaient amplifié par la mémoire de paroles humiliantes, globalisantes et blessantes relayées par les médias m’avaient affectée bien au-delà de ce que j’imaginais. La prise de conscience de ce danger, et le refus de me laisser changer de l’intérieur par tout ce qui se passe autour me conduit à un choix : me poser et réfléchir.
J’écris parce que je refuse d’être juste une personne qui réagit et qui n’est qu’émotion. J’écris parce que écrire c’est parler, et parler c’est se séparer. Se séparer de la colère, se séparer de la douleur, se séparer de l’humiliation, se séparer de la bétise.
J’écris pour prendre de la distance et pour comprendre. Comprendre comment et pourquoi insensiblement j’ai changé, et pourquoi comme beaucoup, si je ne veille pas je suis en danger de me réfugier dans des espaces micro identitaires pour me défaire des vêtements offerts sur le marché du prêt à porter identitaire. Cette réduction venue de l’extérieur ou ce repli qui viendrait de l’intérieur de moi je les refuse. Je suis un être global et complet. Un être dont la pensée se refuse à être bridée et monocentrée par des considérations nées de la race. Dans le contexte actuel je tiens « mon journal » pour réfléchir, livrer mon ressenti et aller de l’avant sans laisser des cloisons me séparer de moi.

Quelqu’un entendra t-il derrière ma différence une voix qui appelle à la responsabilité ? Quelqu’un entendra t-il derrière la modestie de ma plume les dangers qu’il y à la stigmatisation ? A utiliser le verbe pour semer le soupçon quelqu’un en anticipera t-il les dégâts pour la paix sociale ? Je n’ai pas de solution, ni de préconisations, juste un filet de voix au milieu des cris. Je laisse juste entendre une voix, la voix d’une sans voix, dont l’avis ne compte pas dans les enjeux de ce temps. Parce que ceux qui comptent, dans leur conquête d’un pouvoir politico médiatique ouvrent des brèches, notamment par des petites phrases dont les conséquences peuvent mettre en danger ceux qui comme moi ne comptent pas. Quelle importance si nous sommes blessés ou brisés ?

Pour ne pas être détruite par les maux causés par les mots des autres. Pour ne pas répondre à l’exclusion par une exclusion de l’autre en retour. Pour exister quand l’humeur du moment tend à la négation de l’autre dans son être profond, j’écris. J’écris pour témoigner de ce que quelqu’un comme moi ressent et vit dans un temps comme celui-ci. J’écris aussi peut être, pour demeurer moi, au coeur du changement. C’est le journal d’une femme qui n’est pas d’ici. Ecrire me permet de mettre sur papier mes impressions, mes frustrations, mes bonnes surprises aussi durant cette période de pré-campagne puis de campagne électorale. Ecrire me donne aussi l’opportunité de jeter un pont entre moi et ceux qui n’ont ni mon vécu, ni mon histoire, et de leur donner la possibilité de s’ouvrir à une autre perception.

Etrangère en France et sans impact dans le débat, je voudrais livrer, en toute simplicité le vécu de quelqu’un venu d’ailleurs et pourtant d’ici. Il ne s’agit pas d’un regard politisé, mais d’un regard d’une personne de son temps qui vit en France et qui est concernée par le pays dans lequel elle vit. Je voudrais simplement laisser passer ma voix…



Bonjour tout le monde !

Soyez les bienvenus sur mon blog. Je ne sais pas comment il évoluera. Il se construira en même temps que moi, au contact de l’actualité, du quotidien et au fil des échanges avec vous. Mon souhait est de livrer mes impressions, mes réflexions, mes colères, mes douleurs, mes belles surprises, mes coups de coeur, mes interrogations et mes rencontres dans ces temps. D’une part j’invite ma voix à se laisser entendre d’abord de moi, et pourquoi pas de vous pour raconter l’altérité au coeur d’une période cruciale. D’autre part je livre mes pensées, me livre un peu et partage les choses que j’aime et que j’ai envie de faire connaître. Une part belle sera faite à la musique parce qu’elle fait partie des choses qui me sont essentielles. Peut-être trouverez-vous qu’il y en a trop, alors réjouissez-vous de ne pas partager mon quotidien c’est encore pire !Clin doeil

Une règle d’or dans cet espace : la courtoisie et le respect de l’autre. Merci d’en tenir compte dans les commentaires et éventuelles réflexions que vous aurez l’amabilité de poster. Des propos grossiers, discourtois, et outranciers ne sauraient être acceptés sur le blog. Ne soyez pas surpris de ne pas voir apparaître vos commentaires immédiatement. Ils sont modérés pour lutter contre les spams d’une part et pour veiller autant que possible à ne pas laisser passer des propos dérogeant à ce qui précède. Ceci posé, n’hésitez pas à faire avancer ma réflexion et pourquoi pas celle des autres par des commentaires. En confrontant nos points de vues nous avancerons les uns vers les autres j’en suis sûre. Si nous sommes conscients que nous nous enrichissons de l’apport de l’autre, notamment dans sa différence, alors nos échanges seront intéressants et constructifs. Et vous feriez oeuvre de salut public en ne me laissant pas seule dans mes déambulations mentales et vous n’imaginez pas encore à quel point je déambule !!! Sourire Merci à vous qui passez par ici de vous être arrêtés. Bonne visite et à vos claviers !

 



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