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Bonne visite du blog et bonne lecture.

Malaïka




Bonjour tout le monde !

Soyez les bienvenus sur mon blog. Je ne sais pas comment il évoluera. Il se construira en même temps que moi, au contact de l'actualité, du quotidien et au fil des échanges avec vous. Mon souhait est de livrer mes impressions, mes réflexions, mes colères, mes douleurs, mes belles surprises, mes coups de coeur, mes interrogations et mes rencontres dans ces temps. D'une part j'invite ma voix à se laisser entendre d'abord de moi, et pourquoi pas de vous pour raconter l'altérité au coeur d'une période cruciale. D'autre part je livre mes pensées, me livre un peu et partage les choses que j'aime et que j'ai envie de faire connaître. Une part belle sera faite à la musique parce qu'elle fait partie des choses qui me sont essentielles. Peut-être trouverez-vous qu'il y en a trop, alors réjouissez-vous de ne pas partager mon quotidien c'est encore pire !Clin doeil

Une règle d'or dans cet espace : la courtoisie et le respect de l'autre. Merci d'en tenir compte dans les commentaires et éventuelles réflexions que vous aurez l'amabilité de poster. Des propos grossiers, discourtois, et outranciers ne sauraient être acceptés sur le blog. Ne soyez pas surpris de ne pas voir apparaître vos commentaires immédiatement. Ils sont modérés pour lutter contre les spams d'une part et pour veiller autant que possible à ne pas laisser passer des propos dérogeant à ce qui précède. Ceci posé, n'hésitez pas à faire avancer ma réflexion et pourquoi pas celle des autres par des commentaires. En confrontant nos points de vues nous avancerons les uns vers les autres j'en suis sûre. Si nous sommes conscients que nous nous enrichissons de l'apport de l'autre, notamment dans sa différence, alors nos échanges seront intéressants et constructifs. Et vous feriez oeuvre de salut public en ne me laissant pas seule dans mes déambulations mentales et vous n'imaginez pas encore à quel point je déambule !!! Sourire Merci à vous qui passez par ici de vous être arrêtés. Bonne visite et à vos claviers !

 

Valery Lobé nous a quittés. Hommage et impressions subjectives d’une admiratrice

Vendredi 6 novembre, Alaji Touré et le Kata Kata Band sont en concert en Allemagne. Sur scène un quatuor avec à la batterie Valéry Lobé percussionniste éblouissant d’origine camerounaise. Dans la salle l’on peut s’attendre à un moment de musique comme savent les offrir les virtuoses qui sont sur scène. Malheureusement, tapie dans l’ombre, il y a celle qui n’autorise pas de rendez-vous différés et qui cueille en plein vol même un aigle majestueux comme Valo. Il était forcément aigle pour être allé chercher les sons et le jeu qui le caractérisait. Cela venait forcément d’ailleurs, de plus haut que nous, des hauteurs que l’on rencontre quand on est nanti de ce que l’on appelle un don.


Valéry Lobé était un batteur dont la maîtrise de l’instrument et la créativité n’étaient plus à démontrer. Au fil des décennies il a accompagné bien des chanteurs et musiciens par delà les frontières de la musique camerounaise. Depuis une trentaine d’années le musicien « aura visité […] tous les rythmes du monde prouvant de manière aussi limpide qu’il usait de la caisse claire que la musique est le langage universel des hommes et que son alphabet est unique. […]. Il savait que le rythme est une base extraordinaire, que la batterie et la basse, imprègnent de leurs pulsations métriques, les musiques du monde ». Suzanne Kala Lobé

D’Ekambi brillant à Papa Wemba, de Douleur à Alaji Touré, le percussionniste a apporté son groove, son style, sa subtilité et sa dextérité à bien des œuvres musicales. L’homme était étonnant par son impressionnante stature, la finesse de son jeu et la maîtrise de ses baguettes. Entre ses mains ces dernières se faisaient aériennes, fines, légères ou fougueuses. Elles n’étaient que l’expression de la subtilité du musicien. Valéry Lobé était de ces musiciens l’écoute desquels les instruments se révèlent à nous autrement, livrant des sons inattendus, insoupçonnables, et insoupçonnés.

Les Camerounais et autres africains sont nombreux à avoir découvert Valéry Lobé alors qu’il jouait dans l’EBS (Ekambi Brillant Show) dans les années 1970. Ceux qui l’ont vu sur scène alors rendent témoignage d’un musicien qui jouait de son instrument avec maîtrise et assurance. Il semblait défier le monde. Léo Nséké rend témoignage d’un duel à distance avec Denis Hekimian qui ouvrit à celui que l’on surnommait Valo une plus grande notoriété.

Comme Toto Guillaume, Alaji Touré, Vicky Edimo et bien d’autres Valery Lobe a participé à ce que l’on appelle encore avec nostalgie l’âge d’or du Makossa. C’était le temps où ces orfèvres de la musique réinventaient des sons et semblaient sans cesse en quête d’un rythme ou d’un mouvement qui enrichirait cette musique sans la dépouiller de son essence. Ces musiciens magnifiques ont pris la suite de leurs illustres prédécesseurs élargissant le socle qu’ils ont posé sans le trahir. J’aime à penser que Emmanuel Nelle Eyoum et les autres fondateurs du Makossa ne se sentaient pas trahis alors que ces musiciens de grande valeur élargissaient le lit du Makossa.

Ce sont les musiciens par lesquels j’ai rencontré cette musique dans mes jeunes années. Le fait d’avoir connu leur maîtrise, leur inventivité, leur doigté et leur subtilité rend les auditeurs de ma génération, les mélomanes nés dans leur musique, exigeants et reconnaissants.

Comment pourrions-nous souffrir la « junk music » quand l’on a rencontré et vu ou entendu jouer - pour faire une analogie avec le football - la première division de la musique ?

Valery Lobé est de ceux qui me rendent inaudibles certaines hérésies sonores à vocation commerciale. Merci à lui, merci à eux d’avoir été de loin des précepteurs qui ont éduqué mon oreille et ont donné de l’exigence à mes explorations musicales.
Est-ce parce qu’il avait le jeu subtil, est-ce parce qu’il avait un jeu qui parfois semblait aller vers l’épure qu’il m’a touchée ? Comment mettre des mots sur ce qui se passe au-delà de l’explicable ? La musique quand elle est belle et bonne se ressent, se reçoit, s’ingère et finit par faire corps avec soi. La musique est une rencontre aussi inexplicable que la chimie d’un coup de foudre. C’est juste une évidence que l’on accepte.
Merci à Valéry Lobé d’avoir fait de moi par l’imaginaire une musicienne, une percussionniste, un rythme, une note de musique.

Je me souviens comme si c’était hier de la musique et des arrangements de dans l’album Beneground de Douleur. Cela a été un coup de poing musical, un coup de foudre, un coup de cœur absolu. Nous étions à la fin des années 80 et cette musique m’a enveloppée et a été une béquille magnifique pour une de ces transitions par lesquelles la vie nous oblige à passer.

Si les musiciens savaient ce qu’ils nous apportent par delà les exultations sur une piste de danse ou une autre ! La musique quand elle est une rencontre est un refuge qui aide à vivre.
Valery Lobé m’a aidée à continuer d’avancer dans un de ces moments de vie où l’on peut se perdre. Comment dire merci à ceux qui comme lui participent à nous rendre la vie plus belle, plus légère, plus supportable ne serait-ce que le temps d’un instant ?

Le travail de Valery Lobe sur l’album de Douleur est magistral et vingt ans après les subtilités sonores de cet album me demeurent un éblouissement permanent. Depuis ce moment là le nom du musicien s’associe à mon esprit avec les mots excellence et finesse. L’homme me laisse l’impression d’un artiste qui n’avait de cesse de réinventer sa musique, de se réinventer et de tendre vers l’excellence.

Valery Lobe était non seulement un percussionniste de grande classe, mais aussi un arrangeur et un compositeur de grand talent.
Même si on le connaît moins comme compositeur il a composé le magnifique « We nde mba ne nde oa » de Douleur et Biala de la chanteuse angolaise Florence Chitacumbi. Si je ne me trompe pas, il est aussi compositeur et arrangeur sur l’album de Dora Decca.

Nous sommes le vendredi 6 novembre 2009 sur une scène à Constance, à 200 km de Berlin, trois jours avant les célébrations commémorant la chute du mur de Berlin, Valéry Lobé musicien magnifique et homme rare s’effondre sur son instrument, victime dit-on d’un accident vasculaire cérébral. Funeste accident qui vole à une femme et à trois enfants un père et un époux. Mort obscène qui ôte la vie à un homme au midi de son existence, un homme qui avait encore tant à offrir et qui fourmillait de projets.

Le public dans la salle a-t-il conscience que c’est un pan de la musique qui vient de s’effondrer ? Savent-ils, ceux qui ont assisté à cette scène tragique que nous perdons en lui un homme que ses pairs admiraient et respectaient.

Comment sauraient-ils que l’instant tragique prive une femme et trois enfants d’un époux et d’un père ? Comment le public saurait-il que l’homme à la carrure massive qui s’effondre était bien plus grand, bien plus impressionnant que son enveloppe corporelle ? Comment sauraient-ils que sa vivacité, sa profondeur, son humour et sa confraternité manqueront dans un milieu qui exalte l’ego ?
Comment ne pas penser avec émotion à Alaji Touré et les autres membres du Kata Kata Band qui doivent être absolument traumatisés par cette mort sur scène et la revivre en boucle sur l’écran noir de leur mémoire ? Un homme vient de s’effondrer et provoque un séisme musical émotionnel et humain.

Le lendemain quand la nouvelle m’arrive je suis pétrifiée et je repense à la série funeste des quinquagénaires de la musique Camerounais qui nous ont quittés depuis deux ans. Je repense à Ndoumbe Djengue son ami et frère dont la mort nous demeure indigeste.

Que dire des Hoïgen, Charlotte, Tom et des autres qui nous rappellent la fragilité de l’existence et nous rappellent aussi que nous devrions inventer des espaces pour rendre hommage à nos artistes de leur vivant, entrer en dialogue avec eux non dans le but de flatter leur ego mais pour leur dire que leur art nous aide à vivre.

Les témoignages glanés ça et là de ceux qui l’ont connu et approché, célèbres ou anonymes ébauchent le portrait d’un homme de bien, humble, accessible et chaleureux. Il laisse la trace d’un homme facile à aimer par delà une admiration légitimée par son talent.
Mes pensées sont tournées vers son épouse et ses enfants, vers tous ceux pour lesquels le 6 novembre 2009 aura résolument changé la vie. Puisse cette page, nos hommages et nos prières participer à alléger leur peine. Merci à eux d’avoir consenti à partager leur époux et père avec son public. De tout cœur nous leur adressons nos condoléances attristées et leur affirmons l’émotion que ce départ suscite en nous. Puissions nous leur dire combien le passage trop court de Valo aura illuminé des vies.

Comment trouver les mots pour rendre hommage à cet homme qui m'apparaît magnifique au fil des témoignages ? Comment résumer en quelques mots l'apport de Valery Lobé à la musique ? Je reconnais mes incapacités mais je ne pouvais le laisser s'en aller dans le silence. Sa mémoire mérite des mots, des hommages, nos mots à tous. Puisse cette page participer à célébrer sa vie et son oeuvre.

Il me revient un cri qui m’a été cathartique dans l’album de Douleur cité plus haut « A dikom lasu di meya oa di meya oa we nde we. A dikom lasu di meya oa natena o bwindea » (Ô notre ami nous te pleurons où es-tu ? notre ami nous te pleurerons jusque dans l'éternité) . Ce cri est probablement celui de nombreux confrères et amis d'un homme à l'âme élégante qui nous quitte trop tôt.
Que son âme repose en paix.

Valéry Lobe, merci !

Eloge de l’autre par Tahar Ben Jelloun

“Le dialogue véritable suppose la reconnaissance de l'autre à la fois dans son identité et dans son altérité”

(Proverbe Africain)

“Si je diffère de toi, loin de te léser, je t'augmente.”
(Antoine de Saint Exupéry)

 

 

Je vous propose une incursion dans un texte magnifique de Tahar Ben Jelloun. J'aime la beauté de ses mots, la précision, la pudeur et l'élégance avec laquelle il raconte le funambule qu'est celui qui est loin de chez lui, exilé de l'intérieur loin des sensations propres à sa terre d'origine.
“L'étranger a toujours un ciel froissé au fond des yeux.” Où a t-il été cherché cette phrase sublime et bouleversante ?

L'altérité est richesse et douleur, elle est négociations permanentes avec son environnement pour demeurer constant dans le changement. Au cœur des discours qui parlent de lui envisageant son intégration et proposant sa désintégration pour être assimilé il se bat pour évoluer sans se perdre. On voudrait qu'il oublie la langue de ses pères, cette dernière est son repère, le lien avec lui même. C'est un ensemble de sons, c'est une musique particulière qu'il transfère quand il parle langue du pays qui l'accueille. Son accent, sa différence font sourire, il ne les entend pas toujours, quand il parle, sa voix et ses intonations lui sont une matrice. Il se trouve que parfois celui qui a souffert des violences de l'altérité est d'une rare férocité avec celui qui est différent. Nous sommes toujours l'étranger, l'autre de quelqu'un. Un texte comme celui qui suit nous fait vivre cet autre de l'intérieur et aller à sa rencontre et l'accueillir comme un frère.

 

ÉLOGE DE L'AUTRE

Celui qui marche d’un pas lent
Dans la rue de l’exil
C’est toi
C’est moi
Regarde-le bien,
Ce n’est qu’un homme

Qu’importe le temps,
la ressemblance,
le sourire au bout des larmes
L’étranger a toujours
Un ciel froissé au fond des yeux

Aucun arbre arraché
Ne donne l’ombre qu’il faut
Ni le fruit qu’on attend

La solitude n’est pas un métier
Ni un déjeuner sur l’herbe
Une coquetterie de bohémiens

Demander l’asile est une offense
Une blessure avalée
Avec l’espoir qu’un jour
On s’étonnera d’être heureux
Ici ou là-bas.

Tahar Ben Jelloun

 


Merci à vous Monsieur Ben Jelloun d'avoir su mettre des mots sur cet état d'être propre à l'altérité.




Cent ans de plus par Francis Cabrel

“Cent ans dans la peau de l'esclave, Et juste après cent ans de plus. Chercher des miettes sous les tables, avant que les blancs ne marchent dessus. Dormir sur des paquets de planches, chanter seulement le dimanche. Tu vois la femme noire, dans le rôle de la bonne, avec tout à coté tout tordu son bonhomme. Après ça faut pas que tu t'étonnes…”

 

Ainsi débute une chanson de Francis de Cabrel.

Dès la première écoute de cette chanson il y a quelques années, une rencontre. Si ma mémoire ne me trahit pas elle était dans l'album “Hors saison”. La chanson avait ouvert des boulevards de réflexion et d'émotion. Elle effleure une histoire qui rencontre mes profondeurs. Telle est la force de mon rapport à la musique. Elle initie parfois un dialogue avec mon environnement. Parfois une phrase, un mot, une séquence et les hélices sous mon crane affirment leur autonomie. La chanson de Cabrel est parsemée de quelques séquences qui mettent une focale sur la négation de l'humanité qui a frappé ceux que l'on avait emmenés en esclavage, sur ce “Peuple interdit du reste des hommes”.

Cabrel et moi ne regardons pas cette blessure, cette offense, ce crime, cette injure à l'humanité depuis le même lieu. Mais nous nous rencontrons dans le respect pour la mémoire. Musicien et chanteur, il insiste sur la sublimation de la douleur qui a donné naissance à de magnifiques talents et à d'inoubliables musiques.

Mais il y a eu un tel tribut payé à la douleur… Bien des biographies de saltimbanques perdus dans la drogue en témoignent. Ils nous ont offert du bonheur en musique mais ils erraient dans les paradis artificiels pour se soustraire à une vie bien moins belle que leur musique.

Pendant longtemps les afro descendants ont été perçus comme de superbes saltimbanques, des amuseurs (sportifs ou autres) participant à offrir le pain et le cirque. Donner de la musique, faire danser, mais surtout ne pas être conscients. Confort pour les puissants.

La conscience libère son absence retient dans la servitude. Certains ont intérêt à les enfermer dans ce fantasme folklorique. Cependant, les rôles que les descendants d'esclaves peuvent tenir ne peuvent plus être prescrits par des “maîtres” arrogants et paternalistes. Ils écrivent leur histoire et tracent leur route dans la littérature, en politique, dans les différentes sphères de la société civile, n'en déplaise à ceux qui pensent que l'homme africain n'est pas entré dans l'histoire.

J'aime à dire aux enfants qui touchent ma vie et dont la vie me touche qu'ils portent en eux le potentiel pour rendre possible l'impossible. J'exècre l'idée que l'on s'autorise à empêcher les enfants de se rêver grands, de se rêver aigles, sous le prétexte que l'on n'aurait pas soi même su, voulu ou pu être autre chose que des poussins, connaissant l'existence des hauteurs et ne les ayant jamais rencontrées.

Ne laissons pas nos échecs et notre manque d'ambition barrer la route de nos enfants et les empêcher d'aller à la rencontre d'eux-mêmes.

Cent ans après, se souvenir mais pour construire l'avenir. Quatre-cent ans après déployer ses ailes et voler très haut à la rencontre de soi.


 

 

Cent ans dans la peau de l'esclave
Et juste après cent ans de plus
Chercher des miettes sous les tables
Avant que les blancs ne marchent dessus
Dormir sur des paquets de planches
Chanter seulement le dimanche
Tu vois la femme noire
Dans le role de la bonne
Avec tout à coté
Tout tordu son bonhomme
Après ça faut pas que tu t'étonnes

C'est Eux qui ont fait
Eux qui ont fait
Son House et Charlie Patton
Howlin' Wolf et Blind Lemon

Bien rouge le sang de l'Afrique
Sur la jolie fleur du coton
La toute nouvelle Amérique
La belle démocratie “Welcome”
Bateaux déportant les villages
Au bout de l'immense voyage
Gravé dans la mémoire
Pour des années-lumière
Chaque larme d'ivoire
Chaque collier de fer
Après ca faut pas que tu t'étonnes

C'est Eux qui ont fait
Eux qui ont fait
Son House et Charlie Patton
Howlin' Wolf et Blind Lemon

Toujours plaire aux marchands de fantômes
Elle qu'on achète et lui que l'on donne
Naître avec la peine maximum
Toujours vivant dans ce que nous sommes
Peuple interdit du reste des hommes
Cherchant le bleu de l'ancien royaume
Eux qui ont fait faut pas que ca t'étonne

Son House et Charlie Patton
Blind Blake et Willie Dixon
Ma Rainey et Robert Johnson
Howlin' Wolf et Blind Lemon…
Son House et Charlie Patton

 

 

“Tell It Like It Is” : Aaron Neville chante l’exaspération est l’espoir au coeur du doute amoureux

J'aime beaucoup ce chant d'Aaron Neville. Je l'ai découvert il y a deux ou trois éternités. Quoi ? Comment ? Kezako ? “Deux ou trois Plusieurs éternités ? Ça y est elle a basculé du côté obscur de la force” devez-vous vous dire. Mais non ! Ceci n'est juste une figure de style pour mettre de l'emphase à la manière de dire que le temps a passé depuis ces quelques notes de musique et la voix angélique de monsieur Neville ont passé les frontières de mes sens. Même le carbone 14 ne saurait dater ma rencontre avec cette chanson. Ma seule certitude est de ne l'avoir pas écoutée avant qu'elle ne soit chantée (lol).

 

Bref ce qui m'a marquée c'est et ça ne surprendra pas ceux qui l'on approchée, c'est la voix d'Aaron Neville. Mais quelle voix ! Quand je l'écoute je me surprend à penser que le son de sa voix doit interroger les anges. Je les imagine chuchotant entre eux “serait-il des nôtres” ? Vous constatez sans peine que la musique me fait voyager dans des lieux à la frontière du sensé et du fantaisiste.

 

J'aime cette chanson pas uniquement par sadisme. Mais aussi parce que les paroles nous invitent dans un lieu qui pour plusieurs personnes de la gente féminine, semble être un lieu tiré de la science fiction : les coulisses émotionnelles d'un homme. Non que nous pensions que ces coulisses soient inexistantes, mais plutôt que certains en ont fait une chambre secrète dont l'inviolabilité rendrait envieux Barbe Bleue soi même ! Vouiiiiiiiiiiiiiii !!!! Ca en surprendra plus d'une mais c'est que ça a des émotions un homme. (Je me baisse le temps de laisser passer les scud). Hihi

 

Ouf j'ai survécu à la frappe chirurgicale du jour. Continuons…

 

La fragilité et le doute inhérents à certaines phases de la relation amoureuse sont bien rendus ici. Ah ces moments qui nous transforment en funambules de l'émotion ! L'on se retrouve enfermés dans un inconfortable “peut être” qui semble s'éterniser. Même si la certitude dans ce domaine est un leurre, l'entretien du doute par l'autre se révèle agonique.
Alors, entre doute et frustration l'homme se rebiffe et la première phrase de la chanson est surprenante de violence rentrée. Il entre dans un moment “tell it like it is”. C'est l'heure de la mise au point.

 

L'homme explose : “Si tu veux t'amuser avec quelque chose trouve toi un jouet, chérie mon temps est trop précieux et je ne suis pas un petit garçon !”

 

Le cadre est posé. Il en a assez des atermoiements de sa belle. On doute peut être mais on ne va pas geindre. Non mais !!!! L'homme invite fermement la femme à prendre ses responsabilités et à se décider quant à la suite de leur relation.

 

Entre nous, si tous les hommes furieux avaient du miel dans la voix comme Aaron Neville ! Mais bon la terre n'est pas un fantasme même des princes ont quelquefois des voix de crapauds (hihi).

 

” Si tu es sérieuse, ne joue pas avec mon cœur, cela me met hors de moi. En revanche si tu veux que je t'aime, alors chérie tu sais que je le ferai”

 

Le cadre est posé pour la belle, c'est l'heure des choix, plus d'atermoiements. Le doute dans ce domaine là c'est comme des punaises sur un lit, ce n'est pas seulement inconfortable, surtout pour ceux qui aiment prendre la vie à bras le corps. Les hommes viennent décidément de Mars. Du côté de Vénus les choses n'auraient pas forcément été aussi directes de peur de rompre le fil ténu d'une relation et dans l'espoir que le temps la rende plus solide. Mars et Vénus complémentaires et antagoniques aller sur la planète de l'autre pour l'entendre de l'intérieur.

 

Pour l'une ce n'est peut être qu'une coquetterie, une manière de se rassurer et d'entretenir l'intérêt de l'autre en ne basculant pas trop tôt du côté des certitudes de l'autre pour inviter l'habitude. Tandis que pour l'autre c'est vécu comme un jeu cruel. Combien la communication est difficile quand l'on ne se réfère pas aux mêmes codes ! C'est l'histoire de deux mondes qui passent leur temps à trouver des points de rencontre.

 

La chanson n'est pas longue, elle n'est pas faite d'une profusion de paroles mais nous rappelle que nous rencontrons un jour où l'autre ce moment “Tell It Like It Is “, ce tournant qui fait que ça passe ou ça casse, ce moment qui nous rend fébriles et nous révèle fragile. Ce virage que nous négocions selon nos sensibilités. A la croisée des chemins, “Tell it like it is”

 

Peut être que la raison pour laquelle la chanson me touche est qu'elle me rappelle que cette fragilité n'est pas sexuée, mais qu'elle est intrinsèque à ceux qui osent se laisser aller à aimer.Bien souvent les hommes masquent leur doute. Quand un homme tombe le masque il laisse apparaître de la beauté dans ce qu'il pourrait croire faiblesse. Mais ceci n'est qu'un point de vue qui ne prétend pas à l'universalité.

If you want something to play with
Go and find yourself a toy
Baby, my time is too expensive
And I'm not a little boy

 

If you are serious
Don't play with my heart, it makes me furious
But if want me to love you
Then, baby, I will, girl, you know I will

 

Tell it like it is
Don't be ashamed to let your conscience be your guide
But I-I-I-I-I know deep down inside of me
I believe you love me, forget your foolish pride

 

Life is too short to have sorrow
You may be here today and gone tomorrow
You might as well get what you want
So go on and live, baby, go on and live

 

Tell it like it is
I'm nothin' to play with, go and find yourself a toy
But I-I-I-I-I
Tell it like it is
My time is too expensive
And I'm not your little boy

 

[Fade]
Mm mm, tell it like it is

 

Quand Aaron NEVILLE pose sa voix sur cette chanson, ceux avec qui il chante se muent en quasi spectateur admiratifs.

Une telle voix ce n'est pas possible ! A partir de la 3ème minute le voyage stratosphérique s'ouvre.

Magnifique commandant de bord de ce voyage. “I believe I can fly…

 

Whitney Houston : I look to you

So do I …




Brûlures

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Sensation de brûlure
Un étourdissement
J’ai la tête qui explose
Et l’esprit qui s’abime

 

Il n’est pas possible
Que cela me survienne
La limite franchie
Consacre le désastre

Le visage qui m’observe
N’est pas celui que j’aime
La fureur qui l’anime
A modifié ses traits

J’ignore les mobiles
De la brutalité
Qui un jour après l’autre
A vaincu la tendresse

Sous des mots de mépris
Ton rire s’est évanoui
Les étoiles dans tes yeux
Ont cédé aux orages

Chacune de mes actions
Réveillait ton courroux
Et je me haïssais
De ne pas te rendre heureux

Incohérences d’une femme
N’existant que par toi
J’aurais tout supporté
Pour que te voir me sourire

J’ai sondé ton visage
Pour retrouver tes traits
J’ai exploré ta voix
En quête de tes tendresses

J’ai enduré les mots
Et les dénigrements
Désaltérant mon âme
Aux puits de mes souvenirs

J’ai souffert les silences
Habilement orchestrés
Les esquives étudiées
Pour asseoir ton pouvoir

Déraison d’une passion
Muée en négation
De celle qui était
Indépendante et libre

A force de te chercher
De vouloir de garder
J’ai perdu le respect
De celle qui t’aimait

Sensation de brûlure
Un étourdissement
J’ai la tête qui explose
L’esprit qui se ranime

Comment est-il possible
Que cela me survienne
Je n’aurais jamais cru
Etre de ces femmes là

Et la main sur ma joue
Je regarde ton visage
Une limite est franchie
Je dois tourner la page

Tes promesses de changement
Tes larmes et tes regrets
Ne me retiendront pas
Maintenant je te vois

Un geste intolérable
Te révèle dispensable
Je me soustrais au nous
Qui en fait était toi

Sensation de brûlure
Un étourdissement
J’ai la tête qui explose
Mais je sors d’un cauchemar


© Malaïka

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Harry Belafonte chante Martin Luther King

mlk.jpgJe ne résiste pas à la tentation de vous partager un moment qui me bouleverse. J'écoute cette chanson en boucle depuis des heures sans pouvoir passer à autre chose, comme si elle m'invitait à étreindre ce passé pas si lointain. Un passé dont la violence, la haine et l'ignominie ont assassiné sur un balcon à Atlanta un messager de paix. Il n'avait que 39 ans ! 

Après sa mort, Harry Belafonte lui a rendu un hommage en chanson que je découvre.

 

Pour mémoire Belafonte était un compagnon de lutte de MLK. Il était avec lui dans les marches, les combats, utilisant sa notoriété au service de cette cause.

La mort de MLK est pour lui une blessure qu'il chante. Et voici que son chant semble toucher en moi quelque chose de plus grand que moi, quelque chose tapi au fond de mes entrailles. Cette mélopée m'est une évidence comme si elle avait toujours été en gestation en moi, comme si elle m'attendait pour pouvoir dire l'admiration et la mélancolie qui accompagnent ma relation à Martin Luther King. Il m'a été donné à admirer une après midi de 1981. Je l'ai découvert en regardant un reportage qui enquêtait sur ses combats et sa mort. Sa mort et sa vie forment un tout indissociable en moi, l'espoir et les larmes marchent avec ma relation à lui. Alors cette complainte m'est catharsis et hommage.  Elle rencontre ce quelque chose qui fait que je trouve ma place dans le blues et dans le jazz.  Elle touche un  indicible qui m'invite dans les voix de Billie Holiday, de Mahalia Jackson , de ou de Sam Cooke.   Cela ne s'explique pas. C'est en moi, comme un trait d'union qui m'unit aux Afro-descendants  sous toutes les latitudes et qui doit relever de la mémoire du peuple noir.
 
harryb1.jpgJe vous laisse découvrir ce chant.  Ecoutez le merveilleux témoignage de l'impact de Martin Luther King sur la vie de Harry Belafonte. Il témoigne de ce que Martin Luther King l'a sorti de l'errance et de la colère et lui a parlé d'une manière qui l'a touché davantage que la musique. MLK a su le ramener à la maison, le sortir des voies de la guerre pour embrasser celles de la paix. Et plus de 40 ans après le souffle qui l'animait continue de nous inspirer. Il continue à nous rappeler que le choix de la haine n'est pas la solution. Il continue de nous rappeler que tendre la main à celui qui agit mal peut être une porte vers la liberté pour lui et pour nous. La figure magnifique d'un autre héros Madiba nous le rappelle. Les balles de la haine ne pouvaient pas arrêter MLK parce qu'il était plus grand que les limites de son enveloppe corporelle, de son être physique. Heureusement.

Hommage à un homme magnifique, à une homme que je remercie de m'être une inspiration. Merci à lui d'avoir su dépasser de légitimes colères pour se faire messager de paix. merci à lui de nous avoir partagé son rêve.
A sa mort Harry Belafonte lui rendra un bel hommage en disant que Martin King avait un rêve, mais n'était pas un rêveur.
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Etrangement, cet homme me manque.
“Sweet Martin Luther King I miss you”

 

 

 


As I wondered round the world so lost and angry,
He called me home and reached out for my hand,
He spoke with words that sounded more like music,
The words my heart could finally understand.

He showed me pride and said I could feel better,
But no better than the smallest of the small,
He showed me victories where no one loses,
He showed me the answer for us all.

And the song I sing,
I sing for you, sweet Martin Luther King,
And the song I sing,
I sing for you, sweet Martin Luther King,

And as we walked the people gathered round him,
Open arms the only weapons that they bore,
He wore us into cloth of many colors,
And armed with love he marched us off to war.

And the song I sing,
I sing for you, sweet Martin Luther King,
And the song I sing,
I sing for you, sweet Martin Luther King.

The more he spoke of love the more they feared him,
The more he spoke the truth their lies would grow,
Then suddenly with no good-byes we lost him,
My sweet black prince of peace,
I miss you so

They cut his dreams down thinking they would not flower,
But he planted seeds everywhere he'd gone
So that someday in an endless field of colors,
A million dreams would bloom to carry on.

And the song I sing.
I sing for you, sweet Martin Luther King,
And the song I sing,
I sing for You, sweet Martin Luther King,

And the song I sing,
I sing for you, sweet Martin Luther King,
And the song I sing,
I sing for you, my sweet prince of peace,
My sweet prince of peace.

Bob Marley : Natty Dread

Dédicace à ma princesse Peul , à ma soeur de là bas, si loin si près.

Je sais que bien de tes essentiels rencontrent et se racontent par cette musique.

Bien des sentiers de ton âme se rencontrent dans la voix et les mots de Bob Marley.

Je sais que tes indignations d'aujourd'hui sont un prolongement des siennes et tes rêves dans la filiation de ceux qui rêvèrent avec lui.

Je sais que tu sais.

Namnala sister.

Merci d'être toi et de l'être de cette manière.




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dipitadidia

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